L'expression « douces violences », un oxymore créé par Christine Schuhl, éducatrice montessorienne, attire l'attention sur des actions et des paroles anodines du quotidien qui peuvent avoir un impact négatif sur les enfants. Cet article explore la définition de ce concept, fournit des exemples concrets, examine les causes sous-jacentes et propose des alternatives pour promouvoir un environnement plus bienveillant dans les crèches et autres milieux d'accueil de la petite enfance.
Définition des Douces Violences
Selon Christine Schuhl, les douces violences se manifestent lorsque « l’intention de l’adulte prend le dessus sur celle de l’enfant ». Il s'agit d'attitudes, de paroles, de gestes et de rythmes imposés par l'adulte sans tenir compte du point de vue ou des besoins de l'enfant. Ces actions ne sont pas de la maltraitance au sens strict, ni de l'abus, mais plutôt des moments éphémères où le professionnel n'est plus en relation avec l'enfant en tant que personne. Ces moments, bien que brefs, peuvent être fréquents tout au long de la journée et passer inaperçus pour l'adulte.
Exemples Concrets de Douces Violences
Les douces violences peuvent prendre de nombreuses formes, tant gestuelles que verbales ou liées à la négligence. Voici quelques illustrations :
Gestes sans verbalisation ou consentement
- Mettre un bonnet à l'enfant sans l'avertir au préalable.
- Enlever sa tétine de la bouche ou son doudou des mains pour éviter de les chercher avant la sieste.
- Prendre un enfant par surprise ou brusquement.
- Moucher un enfant brusquement, sans le prévenir.
- Lors d'un change, ne pas regarder l'enfant, ni lui parler, mais seulement le changer sans le prendre en compte.
Paroles jugeantes ou comparaisons
- « C’est le mordeur de la salle ».
- « Ouh ! Tu as fait une selle, tu pues ! ».
- « Regarde T, va aux toilettes elle, alors qu’elle est plus petite ».
- « Arrête de pleurer, tu nous fais mal aux oreilles ! ».
- « Que tu es vilain quand tu pleures ».
- « Arrête de pleurer, on dirait un hystérique ! ».
- "Bouh, tu es moche quand tu cries, regarde ta copine elle ne crie pas et elle est jolie !"
- "Tu n'écoutes jamais !"
- "Mange sinon maman ne sera pas contente de toi !"
- "Fais moi plaisir et mange tout !"
- "Avec ton petit ventre on dirait un éléphant !"
- "A ton âge tu devrais déjà marcher, regarde elle est plus petite et elle le fait déjà !"
- "Tu es vraiment une méchante fille !"
- "Fais ceci et je te donnerai cela"
- "Tu comprendras quand tu seras plus grand"
- "Arrête tes caprices, c'est n'importe quoi ce que tu es entrain de faire !"
- "Mais dépêche-toi !"
- "Fais-lui un bisous !"
- "Tu manges comme un cochon".
- "Aujourd'hui tu es vilain, je ne t'aime plus !"
Exemples de négligence
- Ignorer un enfant qui pleure.
- Ignorer le rythme de l'enfant.
- Lui refuser quelque chose car l'adulte est en colère.
- Parler d'un enfant en sa présence sans l'inclure dans la conversation.
Causes et Origines des Douces Violences
Les causes des douces violences sont multiples et peuvent provenir de divers facteurs, notamment :
- L'institution elle-même : Les contraintes organisationnelles, le manque de personnel ou un projet d'accueil inadéquat peuvent favoriser des pratiques peu respectueuses de l'enfant.
- L'équipe : Des tensions au sein de l'équipe, un manque de communication ou une absence de réflexion collective sur les pratiques peuvent également contribuer aux douces violences.
- Le professionnel : Le vécu personnel, les croyances éducatives ou un manque de formation peuvent influencer les comportements du professionnel envers l'enfant.
- L'enfant : Le comportement de l'enfant, ses difficultés ou ses besoins spécifiques peuvent parfois susciter des réactions inappropriées de la part de l'adulte.
- Le parent : Des difficultés relationnelles avec les parents ou des attentes irréalistes peuvent également impacter la qualité de l'accueil de l'enfant.
Alice Miller, dans son livre "Le drame de l'enfant doué", souligne que la violence (individuelle et collective) provient souvent des traumatismes infligés à l'enfant. Lorsque l'enfant est utilisé pour satisfaire les besoins de l'adulte, battu, puni, manipulé, négligé ou lorsqu'on lui ment sans qu'aucun témoin n'intervienne, son intégrité physique et/ou morale subit une blessure. La réaction normale à cette blessure serait la colère et la douleur, mais l'expression de ces émotions est souvent interdite à l'enfant. Devenu parent, l'adulte peut, inconsciemment, reproduire ces schémas en utilisant ses propres enfants comme boucs émissaires.
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Impacts sur l'Enfant
Les douces violences peuvent avoir des conséquences importantes sur le développement global de l'enfant, notamment sur les plans psychique et affectif. Elles peuvent entraîner :
- Un manque de respect et de considération : L'enfant peut se sentir dévalorisé et en situation d'échec.
- Un non-respect du rythme de développement : L'enfant n'est pas autorisé à se développer à son propre rythme et selon ses propres besoins.
- Une insécurité affective : Chaque geste ou parole peut blesser profondément l'enfant et l'isoler affectivement.
- Des troubles du comportement : L'enfant peut développer un comportement querelleur, imitant ainsi son environnement.
- Un manque de confiance en soi et en l'adulte : L'enfant peut se sentir vulnérable et inférieur à l'adulte.
Selon l'Observatoire de la Violence éducative ordinaire, les douces violences sont utilisées au quotidien et peuvent être appliquées par les parents à la maison ou par les professionnels dans les écoles ou les crèches. Ces actes, souvent brefs et répétés, peuvent avoir un impact significatif sur le bien-être et la sécurité psychique des enfants.
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