L'endométrite est une cause majeure d'infertilité chez les juments. La gestion des endométrites, notamment l’utilisation d’antibiotiques, doit être raisonnée. Les métrites et endométrites sont la première cause pathologique d’infertilité chez la jument, et, à ce titre, leur traitement et leur prévention représentent un enjeu essentiel pour l’élevage équin. Il est donc crucial de comprendre les causes possibles de la présence de liquide après l'insémination chez la jument, ainsi que les mesures à prendre pour assurer sa fertilité. Cet article explore en détail les causes, la prévention et les traitements associés à cette condition.
Causes Possibles de Liquide Après Insémination
Plusieurs facteurs peuvent contribuer à la présence de liquide dans l'utérus d'une jument après l'insémination. Il est essentiel de distinguer les causes infectieuses des causes non infectieuses, ainsi que les différents types d'endométrites.
Endométrites Infectieuses
Les endométrites infectieuses sont causées par des agents pathogènes qui colonisent l'utérus. Les agents pathogènes responsables ont un rôle déterminant.
- Transmission Sexuelle d'Agents Très Pathogènes : Certains agents pathogènes sont transmis sexuellement par l'étalon, porteur inapparent. Ces agents incluent Taylorella equigenitalis (l'agent de la métrite contagieuse équine), Klebsiella pneumoniae (notamment les types capsulaires 1, 2 et 5) et certains sérotypes de Pseudomonas aeruginosa. Des juments sont également porteuses de ces bactéries dans leurs voies génitales postérieures, principalement la région clitoridienne. Il s’agit alors véritablement d’une maladie sexuellement transmissible (MST).
- Autres Endométrites Infectieuses Chroniques : Ces endométrites sont dues à des agents pathogènes banals de l’environnement du cheval, tels que Klebsiella pneumoniae, Streptococcus equi subsp. zooepidemicus, Escherichia coli ou des champignons. De plus, ce type d’endométrites peut également être induit par des maladresses dans la gestion des animaux, telle qu’une insémination artificielle réalisée en phase lutéale sur le seul critère de la présence d’un gros follicule ovarien.
Quelle que soit la cause de ces endométrites infectieuses, elles sont assez souvent caractérisées par des signes cliniques, sous forme de sécrétions utérines plus ou moins abondantes, à l’origine parfois d’écoulements vulvaires assez discrets et, le plus souvent, d’une accumulation liquidienne de volume variable dans la lumière de l’utérus en dehors de la période d’œstrus. Ces signes cliniques, qui évoluent sur un mode chronique, sont souvent décelés lors d’un diagnostic précoce de gestation.
Endométrites Non Infectieuses
Les endométrites non infectieuses peuvent résulter d'une réaction inflammatoire à la saillie ou à l'insémination, ou de facteurs anatomiques.
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- Endométrite Persistante Post-Saillie : Toute saillie ou insémination induit une réaction inflammatoire physiologique de l’endomètre. Au moment de l’œstrus, cette inflammation a tendance à disparaître rapidement de façon spontanée. En revanche, chez certaines juments, cette élimination physiologique ne se produit pas, par défaut de vidange utérine, et l’inflammation persiste et en quelque sorte s’auto-entretient. En l’absence d’intervention thérapeutique, cette inflammation persistante induit la mort de l’embryon lors de son arrivée dans la cavité utérine 6 à 7 jours après l’ovulation, puis, dans un second temps, favorise le développement des bactéries éventuellement pathogènes entrées dans l’utérus au moment de l’œstrus.
- Prédisposition Anatomique : De très nombreuses études montrent que certaines juments sont “prédisposées” à développer ce type d’endométrite persistante post-saillie ou postinsémination. Cette prédisposition peut résulter d’une orientation pendulaire de l’utérus qui plonge vers le bas de la cavité abdominale. Ce type d’endométrite n’est pas initié par une colonisation microbienne pathologique.
Endométrites Dégénératives Chroniques
La dernière catégorie d’endométrites correspond en général aux séquelles des inflammations utérines précédentes. Toute inflammation utérine est susceptible d’entraîner des lésions tissulaires fibreuses irréversibles de l’endomètre. Ces endométrites dégénératives chroniques ne s’accompagnent d’aucun signe clinique autre qu’une réduction de la fertilité de la jument et sont découvertes le plus souvent dans le cadre d’un examen génital pour infertilité à la faveur d’une analyse anatomopathologique effectuée sur une biopsie de l’endomètre.
Diagnostic des Endométrites
Le diagnostic précis de la cause de la présence de liquide est essentiel pour un traitement approprié.
- Examen Clinique : Il est conseillé aux éleveurs de juments présentant les signes évocateurs de métrite de consulter leur vétérinaire : Présence d’écoulements vulvaires, Jument vide après 2 cycles correctement exploités et présentant des intervalles entre chaleurs raccourcis (10-12 jours au lieu de 14-18 jours), Jument vide après 3 cycles correctement exploités.
- Cytologie Utérine : Lors de suspicion, une confirmation d’endométrite repose sur une cytologie utérine à partir d’un prélèvement effectué soit par lavage utérin avec un volume de 60 à 200 ml de sérum physiologique, soit, plus facilement, en utilisant une cytobrosse spécifique disponible depuis peu sur le terrain.
- Bactériologie : La bactérie responsable doit alors être identifiée, dans l’idéal à partir d’un prélèvement par lavage utérin, à défaut par cytobrosse.
- Biopsie de l'Endomètre : C’est pourquoi il est conseillé d’effectuer une biopsie de l’endomètre après toute guérison d’une endométrite infectieuse, au plus tôt au cycle œstral suivant (dans l’idéal, il convient d’attendre 30 jours), pour apprécier la gravité et l’étendue des lésions dégénératives irréversibles.
- Échographie Utérine : L’identification des juments prédisposées est indispensable et repose sur des examens échographiques utérins. Ces juments sont indemnes de signes cliniques lors de l’interœstrus, à part une infertilité. Au cours de l’œstrus, certaines d’entre elles présentent une accumulation liquidienne anormalement abondante dans la cavité utérine.
Traitement des Endométrites
Le traitement dépend de l'intensité, de la profondeur et de la bactériologie de l'endométrite.
- Traitement des Endométrites Infectieuses : Avant tout traitement anti-infectieux, un prélèvement des liquides utérins permettrait, en théorie, une identification de la bactérie impliquée et une évaluation de son antibiosensibilité afin de pouvoir, le cas échéant, ajuster le traitement. Après quelques jours de lavages utérins, l’antibiothérapie locale est courante lors de bactériologie positive.
- Traitement des Endométrites Non Infectieuses : Toute jument dont l’échographie révèle une quelconque accumulation de liquide utérin plus de 4 heures après une saillie ou une IA doit être considérée comme débutant une endométrite postsaillie. Celle-ci persiste si un drainage utérin n’est pas institué. Des examens cytologique et bactériologique utérins ne sont pas utiles.
Protocoles Thérapeutiques
- Lavage Utérin : Lors de culture négative, les lavages utérins additionnés d’antiseptiques sont fréquemment utilisés et la durée du traitement dépend plus de la profondeur de l’infection que de sa sévérité. Un lavage-siphonnage utérin réalisé quatre à six heures après la dernière (la seule) saillie ou IA, ne perturbe pas la fécondation, mais il convient de ne pas le faire plus tôt après l'accouplement, car s'il est effectué seulement deux heures après insémination, cela altère la fertilité. Il semble qu'il faille conseiller de répéter le lavage avec autant de litres de liquide qu'il est nécessaire pour obtenir un milieu de siphonnage aussi limpide que celui introduit. Le sérum physiologique ou le lactate de Ringer semblent pouvoir être utilisés indifféremment. Il apparaît que l'addition d'anti-infectieux n'est pas utile.
- Ocytocine : Une injection d’ocytocine réalisée dans le même délai de quatre à six heures post-saillie permet de favoriser la vidange de l'utérus. Un effet dose semble exister et afin d'éviter une éventuelle tétanisation du myomètre, il convient de ne pas dépasser la dose de 20 UI et des doses de 10 à 15 UI semblent suffisantes.
- Prostaglandines (PGF2α) : Une injection de PGF2α provoque également des contractions et une vidange utérines, mais le délai et surtout la durée de réponse sont plus longs (environ 5 heures) qu'avec l'ocytocine.
Prévention des Endométrites
La prévention joue un rôle crucial dans le maintien de la fertilité des juments.
Mesures Sanitaires
- Dépistage des Maladies : Toutes les informations et règlementations à jour concernant le dépistage des maladies et vaccinations sont disponibles sur le site de l'Ifce.
- Matériel à Usage Unique : Le matériel utilisé qui rentre en contact avec les organes génitaux doit être à usage unique (papier absorbant, protège-queue, gants utilisés pour le passage à la barre, l’insémination ou le lavage de la vulve…).
- Matériel Stérile : Le matériel utilisé pour pénétrer dans l’utérus de la jument doit être stérile (cathéter d’insémination, écouvillon cervical, sonde de siphonnage intra-utérin, sonde de collecte embryonnaire, pistolet de mise en place de l’embryon, vaginoscopes…).
- Gants d’Insémination : On utilise soit des gants stériles emballés dans une pochette individuelle (afin d’éviter de souiller les gants) soit des gants non stériles présentés en vrac dans des boites de 100.
Gestion de la Reproduction
- Éviter les Saillies sur les Juments Infectées : Il est déconseillé de faire saillir des juments présentant des signes cliniques d’endométrite (écoulements vulvaires en particulier).
- Surveillance Échographique : Toute jument dont l’échographie révèle une quelconque accumulation de liquide utérin plus de 4 heures après une saillie ou une IA doit être considérée comme débutant une endométrite postsaillie.
Suivi Sanitaire des Étalons et des Juments
- Dépistage de la Métrite Contagieuse Équine : Depuis le 17 février 2006, la métrite contagieuse équine n’est plus MRC (maladie réputée contagieuse) mais MDO (maladie à déclaration obligatoire). Tout résultat positif à la recherche de Taylorella equigenitalis, doit obligatoirement être déclaré à la Direction Départementale de la Protection des populations par le laboratoire d'analyse par le vétérinaire qui diagnostique ou le propriétaire de la jument.
- Suivi des Reproductrices : Les races PS et AQPS ont organisé un suivi des reproductrices dont les résultats sont positifs (traitement et 3 contrôles successifs avant toute nouvelle saillie).
- Dépistage Avant la Monte Naturelle : Pour les juments saillies par des étalons de race Arabes ou AA adhérents au « label sanitaire course », un dépistage est exigé si l’étalon est exploité en monte naturelle (sur sinus clitoridien et/ou fosses clitoridiennes après le 1er janvier et avant le premier saut).
Impact sur la Fertilité
La présence de liquide après l'insémination peut avoir des conséquences significatives sur la fertilité de la jument.
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- Infertilité : Les métrites et endométrites sont la première cause pathologique d’infertilité chez la jument. L’endométrite est la première cause d’infertilité chez la jument.
- Mortalité Embryonnaire Précoce : En l’absence d’intervention thérapeutique, cette inflammation persistante induit la mort de l’embryon lors de son arrivée dans la cavité utérine 6 à 7 jours après l’ovulation.
- Lésions Irréversibles : Toute inflammation utérine est susceptible d’entraîner des lésions tissulaires fibreuses irréversibles de l’endomètre.
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