La perspective d'une grossesse après un diagnostic de cancer est un sujet complexe et émotionnel. De nombreuses femmes se demandent si elles pourront un jour concevoir un enfant après avoir subi des traitements anticancéreux. Cet article explore les témoignages de femmes qui ont vécu cette expérience, les défis rencontrés et les options disponibles pour réaliser leur désir de maternité.

Le choc du diagnostic et la question de la fertilité

L'annonce d'un cancer est un moment de bascule, un choc qui laisse une trace indélébile. Pour les jeunes femmes, la question de la fertilité se pose souvent dès l'annonce du diagnostic. Clémence, diagnostiquée d'un cancer du sein à 25 ans, se souvient que sa première inquiétude n'était pas pour sa vie, mais pour sa capacité à avoir des enfants. De même, une autre femme témoigne : « Quand j’ai senti la masse, jamais je ne me suis dit que cela pouvait être ça, je pensais à un ganglion tout bêtement. Avant je n’y pensais pas. Ma mère a pourtant eu un cancer du sein assez jeune mais jamais je ne me disais qu’à mon âge cela pouvait arriver. Oui, et c’est un sujet auquel je n’avais pas pensé du tout ! J’ai eu peur de ne pas pouvoir faire d’enfant et ça a été la douche froide. »

Les traitements anticancéreux, tels que la chimiothérapie et la radiothérapie, peuvent avoir un impact significatif sur la fertilité. Les médecins évoquent alors la "préservation de la fertilité" comme une option à envisager avant de commencer les traitements lourds.

Préserver la fertilité: une course contre la montre

Plusieurs options existent pour préserver la fertilité avant de commencer les traitements contre le cancer. La plus courante est la préservation ovocytaire, qui consiste à prélever et à congeler des ovocytes. Clémence a ainsi eu recours à une préservation ovocytaire, mais n'a obtenu que deux ovocytes congelés. Elle les a affectueusement surnommés "findus et croustibat". En complément, elle a également opté pour une congélation de cortex ovarien, une autre méthode pour accroître ses chances de tomber enceinte.

Il est important de noter que la préservation de la fertilité doit être envisagée rapidement, car le temps est compté avant le début des traitements. "Ce qu’il faut avoir en tête c’est que le délai fut court pour mettre en place le protocole, j’ai seulement eu un mois avant le démarrage de la chimio, la stimulation hormonale et la ponction d’ovocytes devant être faites avant la chimio pour avoir les meilleures chances. Moralement, psychologiquement, cela m’a complètement rassurée d’avoir accès à ça. Il faut en parler autour de soi et donner les moyens à la patiente d’agir en conséquence pour ne pas rater cette opportunité dans le grand chamboulement qu’est le cancer."

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Les différentes méthodes de préservation de la fertilité incluent :

  • Prélèvement et congélation d'ovocytes: Cette méthode nécessite une stimulation ovarienne pour recueillir les ovocytes avant la chimiothérapie.
  • Maturation in vitro (MIV): Utilisée lorsque le temps est limité, cette technique consiste à prélever des ovocytes non matures et à les faire maturer en laboratoire.
  • Congélation d'embryons: Si la patiente est en couple, elle peut choisir de congeler des embryons après fécondation.
  • Prélèvement et congélation de cortex ovarien: Cette technique consiste à prélever un morceau de tissu ovarien qui sera greffé ultérieurement.

La grossesse après le cancer: un parcours semé d'embûches

Même après avoir pris des mesures pour préserver leur fertilité, de nombreuses femmes rencontrent des difficultés à concevoir après un cancer. Les traitements peuvent avoir des effets à long terme sur les ovaires et l'utérus, rendant la grossesse plus difficile, voire impossible.

Une femme témoigne de son parcours difficile pour avoir un enfant après avoir été traitée pour un lymphome. Dès le début, les médecins l'avaient avertie que concevoir serait compliqué. Après plusieurs tentatives de FIV et d'inséminations infructueuses, elle a finalement opté pour le don d'ovocytes en Espagne, où elle a pu réaliser son rêve de devenir maman. "Ce parcours a été tumultueux, difficile et emplit de peine, mais je ne le regrette pas. J’ai eu la chance de rencontrer une gynécologue extraordinaire qui a su nous soutenir et être humaine dans ce monde tant médicalisé qu’est la PMA. Les encouragements et le soutien sans faille de nos proches ont été un atout majeur. Je sais aujourd’hui, que nous sommes capables de franchir les obstacles. Notre bonhomme fait notre fierté et mon cœur implose d’amour dès que son regard croise le mien. Ses sourires, ses câlins, ses regards sont ce qu’il y a de plus beau. Notre amour et notre ténacité auront été récompensés."

Il est généralement recommandé d'attendre au moins six mois après la fin des traitements avant de tenter de concevoir, afin de permettre au corps d'éliminer les résidus des médicaments. Certains professionnels recommandent même d'attendre deux ans, si possible, pour permettre au corps de se rétablir complètement.

Les défis spécifiques du cancer du sein et de la grossesse

Le cancer du sein pendant la grossesse présente des défis particuliers. Yasna, une jeune femme de 30 ans, a découvert qu'elle avait un cancer du sein alors qu'elle était enceinte. Elle a subi une tumorectomie et un retrait de ganglions pendant sa grossesse, ainsi que des séances de chimiothérapie avant et après l'accouchement. "À l’annonce du cancer j’étais anéantie, aujourd’hui j’essaye de rester forte pour mes enfants et de rester positive. Au vu de mon âge, quand j’ai annoncé à mes proches que j’avais une boule dans le sein on me disait que ça arrivait souvent enceinte, que c’était sûrement une boule de lait. Mais heureusement que j’ai suivi mon instinct et que j’ai su en parler et vite prendre rendez-vous."

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Le diagnostic du cancer du sein pendant la grossesse nécessite une approche multidisciplinaire impliquant des oncologues, des obstétriciens et d'autres professionnels de la santé pour assurer des soins optimaux pour la mère et le bébé.

Allaitement et reconstruction mammaire: des choix personnels

L'allaitement est une question importante pour les femmes qui ont subi un cancer du sein. Clémence, qui a subi une mastectomie, a choisi d'allaiter son enfant avec son seul sein. "J'aimerais aussi dire qu'on peut allaiter en ayant un seul sein, et c’est l’une de mes grandes fiertés ! Surtout que les médecins n'ont jamais réellement su me répondre quand je leur demandais leur avis. Et comme je suis assez fonceuse et pas trop du genre à "essayer pour voir" dès que j’ai eu en tête l'idée d'allaiter d'un seul sein, j’y ai mis tout mon amour et toute mon énergie pour y arriver."

Elle a trouvé du soutien auprès d'autres femmes qui avaient vécu une expérience similaire et a réussi à allaiter son enfant avec succès.

La reconstruction mammaire est une autre étape importante pour de nombreuses femmes après un cancer du sein. Clémence a eu recours à une reconstruction mammaire par lambeau de gracilis, une opération lourde mais qui lui a permis de se réapproprier son corps. "Grâce à cette double reconstruction (lambeau de gracilis + tatouage), je me suis de nouveau sentie femme. Je me sens bien en sous-vêtements et cela n'a jamais posé de problème dans mon couple, au contraire, maintenant ça fait partie de moi, c'est ma force et je n'ai pas honte de dire que j'ai été “reconstruite”."

Grossesse naturelle après cancer : un miracle possible

Malgré les défis et les obstacles, certaines femmes tombent enceintes naturellement après un cancer, parfois même après avoir subi des traitements lourds et avoir été informées que leurs chances de concevoir étaient minces.

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Clémence, par exemple, est tombée enceinte naturellement de sa fille après avoir subi une chimiothérapie, une mastectomie et une reconstruction mammaire. Elle a ensuite eu un deuxième enfant, également conçu naturellement. "Et puis quelques mois après l’opération, je tombe enceinte naturellement, VICTOIRE ! J’ai dû finalement accoucher par césarienne car pré-éclampsie avec hellp syndrome, il fallait bien un petit « couac médical » mais j'ai été très bien accompagnée malgré ce « code rouge » (je devais accoucher dans les 15 minutes !). Quant à « findus » et « croustibat », mes précieux ovocytes congelés, je ne les ai finalement pas utilisés puisque je suis également tombée enceinte naturellement de mon fils, César, 18 mois après ma fille."

Son témoignage est un message d'espoir pour toutes les femmes qui rêvent de devenir mères après un cancer.

Les peurs et les préoccupations

Il est naturel d'avoir des peurs et des préoccupations concernant une grossesse après un cancer. Une femme témoigne de ses craintes : "J'ai peur qu'une grossesse en suivant m'épuise complètement, j'ai encore un petit 9.5 de tension. J'ai peur de faire une récidive pendant la grossesse ou juste après l'accouchement. J'ai peur d'avoir des difficultés pour allaiter avec un seul sein, j'ai peur du jugement et du regard des autres, j'ai peur d'être égoïste en faisant cet enfant."

Il est important de discuter de ces préoccupations avec son médecin et de bénéficier d'un suivi médical approprié pendant la grossesse. Les études se veulent rassurantes : il n’existe pas de risque prouvé à ce jour de récidive de la maladie liée au fait d’être enceinte. En revanche, concernant le déroulé de la grossesse, il y a cependant un faible risque de retard de croissance in-utéro et également un risque d’accouchement prématuré.

L'importance du soutien

Le soutien des proches, des professionnels de la santé et des associations est essentiel pour les femmes qui traversent un cancer et envisagent une grossesse. Le témoignage d'une journaliste de BFM TV, Virgilia Hess, diagnostiquée d'un cancer du sein pendant sa grossesse, souligne l'importance de trouver un modèle, un exemple de quelqu'un qui a vécu une expérience similaire et qui a vu le bout du tunnel.

Les associations de patients peuvent offrir un espace d'écoute, de partage et d'information précieux. Elles peuvent également mettre en relation les patientes avec des professionnels spécialisés dans la fertilité et la grossesse après un cancer.

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