L'interruption volontaire de grossesse (IVG), bien que légale en France, reste un sujet délicat, entouré de tabous et de non-dits. Si l'IVG est un droit pour les femmes, l'expérience vécue est unique et peut s'accompagner de douleurs physiques et psychologiques importantes. Cet article explore les différentes facettes de cette réalité, à travers des témoignages et des informations clés, afin de briser le silence et d'offrir un éclairage nuancé sur cette épreuve.
L'IVG en France : un aperçu
En 2018, la France a enregistré 224 300 interruptions volontaires de grossesse, selon la DREES (Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques). Parmi ces IVG, 69% ont été réalisées par voie médicamenteuse, et 25% hors d'une structure hospitalière. Ces chiffres témoignent de l'importance de l'IVG dans le parcours de vie de nombreuses femmes.
Il existe deux méthodes principales d'IVG :
- L'IVG médicamenteuse : Elle est possible jusqu'à 9 semaines d'aménorrhée et consiste en la prise de deux médicaments : la mifépristone (une antiprogestérone) suivie, 36 à 48 heures plus tard, de misoprostol ou géméprost (des prostaglandines). Cette méthode peut entraîner des saignements importants et des douleurs semblables à celles des règles. Un risque d'échec existe, nécessitant alors une IVG chirurgicale.
- L'IVG chirurgicale : Elle peut être réalisée jusqu'à 14 semaines d'aménorrhée. Elle consiste à dilater le col de l'utérus et à aspirer le contenu utérin, sous anesthésie générale ou locale.
Une consultation de contrôle est systématiquement organisée entre le 14ème et le 21ème jour après l'IVG, qu'elle soit médicamenteuse ou chirurgicale.
Le tabou de l'IVG et le manque de témoignages
Malgré sa légalisation, l'IVG reste un sujet tabou dans la société. De nombreuses femmes témoignent de la difficulté à en parler, par peur du jugement ou par honte. Ce silence contribue à isoler celles qui vivent cette expérience et à alimenter les idées reçues.
Lire aussi: L'avortement aux États-Unis : une analyse juridique
Un témoignage souligne la rareté des récits de femmes qui ont recours à l'IVG par absence de désir d'enfant, et non pour des raisons de timing ou de situation précaire. Cette réalité, bien que peu évoquée, est pourtant bien présente.
L'utilisation des termes "avorter" et "avortement" peut également être problématique, en raison de leur connotation négative. Le dictionnaire des synonymes associe ces mots à l'échec, au ratage, renforçant ainsi le sentiment de culpabilité que certaines femmes peuvent ressentir.
Témoignages de douleur physique
Plusieurs témoignages mettent en lumière la douleur physique associée à l'IVG, en particulier à l'IVG médicamenteuse. Une enquête menée auprès de femmes ayant subi une IVG médicamenteuse révèle que 27% d'entre elles ont ressenti des douleurs très intenses au 3ème jour. Les femmes décrivent des douleurs "sans nom", "foudroyantes", comparables à celles d'un accouchement.
Les effets secondaires tels que la fatigue (88%), les nausées (70%), les vertiges (42%), les maux de tête (42%), les diarrhées (37%) et les vomissements (28%) sont également fréquemment rapportés.
Un témoignage décrit l'expérience d'une femme sous pilule contraceptive tombée enceinte et ayant eu recours à une IVG médicamenteuse. Elle ne s'attendait pas à une telle douleur physique, que les médecins lui avaient décrite comme une simple douleur de règles. Dès la prise du second comprimé, elle a ressenti des contractions intenses, la laissant pliée en deux sur son lit, en pleurs.
Lire aussi: Tout savoir sur les caillots après une interruption de grossesse
Un autre témoignage relate une IVG chirurgicale qui a mal tourné, avec des complications et une hémorragie importante. La patiente n'a pas bénéficié d'un suivi psychologique adéquat et s'est sentie abandonnée par le corps médical.
Témoignages de douleur psychologique
La douleur psychologique est une autre facette importante de l'expérience de l'IVG. Le bouleversement hormonal induit par l'arrêt de la grossesse peut engendrer tristesse et pleurs. Ces émotions ne sont pas toujours comprises et peuvent être difficiles à partager avec le partenaire ou l'entourage. Un sentiment de colère et d'abandon peut également survenir, surtout si la grossesse et l'IVG se sont accompagnées d'une rupture ou d'une séparation.
Le témoignage d'Aya, 23 ans, met en évidence la solitude et le manque d'information ressentis lors de son IVG. Elle décrit une expérience traumatisante, avec des douleurs intenses et un manque de soutien de la part du personnel médical.
Barbara, une cheffe d'entreprise, raconte son expérience traumatisante lors d'un IVG à l'âge de 25 ans. Elle a été choquée par les propos culpabilisants de certains soignants et par la douleur physique intense. Traumatisée par l'expulsion de l'embryon, elle envisage aujourd'hui une thérapie pour surmonter ce sentiment d'avoir fait quelque chose de mal.
L'étude de la Fondation de l'Avenir souligne également la souffrance psychologique vécue par certaines femmes lors d'une IVG. Elles décrivent un sentiment de frayeur, d'anxiété, de solitude et de culpabilité. Certaines femmes déplorent le manque d'information sur les effets secondaires et l'intensité des saignements.
Lire aussi: Front Uni pour l'Avortement
Un témoignage poignant est celui d'une femme qui regrette son IVG. Sous la pression de son conjoint, elle a avorté malgré elle et a vécu une expérience traumatisante, avec des complications chirurgicales et un manque de suivi psychologique.
L'importance du soutien et de l'accompagnement
Face à la douleur physique et psychologique que peut engendrer une IVG, il est essentiel de bénéficier d'un soutien et d'un accompagnement adaptés. Les professionnels de santé (médecins, sages-femmes, psychologues) jouent un rôle crucial dans l'information, l'écoute et le suivi des femmes qui ont recours à l'IVG.
Il est important de se confier à des proches ou à des professionnels pour ne pas rester seule face à ses émotions. Le planning familial peut également être une ressource précieuse pour obtenir des informations, un soutien et une orientation.
Delphine Giraud, vice-présidente de l'association nationale des sages-femmes orthogénistes, souligne que les femmes qui ont choisi de faire une IVG vont généralement mieux après l'avoir fait, car c'est leur choix et qu'elles ont réglé un problème. Elle rappelle que le suivi psychologique est obligatoire pour les mineures et systématiquement proposé pour les majeures.
tags: #avortement #témoignage #douleur #physique #et #psychologique
