L'inscription de l'interruption volontaire de grossesse (IVG) dans la Constitution française a suscité un débat passionné au sein du Sénat, révélant une diversité d'arguments et de préoccupations. Cet article se propose d'examiner en détail les principaux arguments avancés par les sénateurs opposés à cette constitutionnalisation, en s'appuyant sur les informations disponibles et en les contextualisant dans le cadre politique et juridique français.

Le Contexte Politique et Juridique

Le Sénat, dominé par la droite et le centre, a été un acteur clé dans le débat sur la constitutionnalisation de l'IVG. Le 28 février, le Sénat s'est prononcé sur l'inscription dans la Constitution d'une « liberté garantie » à l'avortement pour les femmes. Pour convoquer le Congrès - peut-être le 4 mars à Versailles -, le texte doit être voté conforme, à la virgule près, avec celui sorti de l’Assemblée nationale, le 30 janvier. La droite et son allié centriste, majoritaires au Palais du Luxembourg, détiennent la clé d’un vote encore indécis.

En février 2023, le Sénat approuvait de justesse sa formulation juridique. Depuis, le gouvernement a ajouté à « la liberté de la femme de mettre fin à sa grossesse » la notion de « garantie », pour satisfaire une demande de la gauche.

Les Principaux Arguments des Sénateurs Contre l'IVG

Plusieurs arguments ont été avancés par les sénateurs opposés à l'inscription de l'IVG dans la Constitution. On peut les regrouper en plusieurs catégories :

Inutilité et Absence de Menace sur l'IVG

Un argument récurrent est que l'IVG n'est pas menacée en France et que la constitutionnalisation est donc inutile. Comme l’a assuré à La Dépêche du Midi Brigitte Micouleau, sénatrice LR, si l’IVG était menacée, elle se battrait « avec fermeté pour qu’elle soit maintenue. » De nombreux sénateurs ont souligné que le droit à l'avortement est déjà solidement protégé par la loi Veil et les avancées législatives ultérieures. Ils estiment que la Constitution n'est pas un catalogue de droits sociaux et sociétaux et que l'inscription de l'IVG ne renforcerait pas sa protection.

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Risque pour la Clause de Conscience des Professionnels de Santé

Une autre préoccupation majeure est le risque que la constitutionnalisation de l'IVG puisse remettre en question la clause de conscience des professionnels de santé. La sénatrice LR Chantal Deseyne a voté contre le texte, craignant que les groupes communistes, écologistes et LFI ne se battent pour supprimer cette clause. En droit français, la clause de conscience est garantie par l’article R4127-47 du Code de la Santé Publique, un texte que tout médecin peut invoquer.

Nature Symbolique et Manque d'Efficacité Juridique

Certains sénateurs ont critiqué la nature symbolique de la constitutionnalisation, estimant qu'elle n'aurait pas d'impact concret sur l'accès à l'IVG. Philippe Bas a ainsi déclaré : « Ce texte n’est pas seulement inutile. Il est inefficace ». Il a rappelé que le Conseil Constitutionnel avait, dès 1975, validé la loi Veil. Françoise Dumont avait avancé la même raison lorsqu’elle avait déjà voté contre le texte au Sénat : « Le constitutionnaliser ne facilitera pas l’accès des femmes aux soins, ce qui est le vrai problème !

Risque de Droit Opposable et d'Ambiguïté Juridique

Philippe Bas a déposé un amendement pour revenir au concept réduit de « liberté ». « Cette rédaction amène une ambiguïté profonde car elle rétroagit sur les autres droits et libertés reconnus par la Constitution, mais qui ne sont pas suivis du terme “garantie” », argue l’ancien président de la commission des lois (2014-2020), redoutant que la formulation choisie par le gouvernement ouvre la voie à un « droit opposable » à l’interruption volontaire de grossesse (IVG).

Inquiétudes sur l'Effectivité de l'Accès à l'IVG

Alain Duffourg a voté contre l'inscription dans la Constitution du droit à l'avortement pour les femmes, estimant que "la protection très solide de cette liberté par le droit positif français ne justifie pas une réforme de la Constitution". Il a également souligné qu'il est anormal que certaines femmes souhaitant recourir à une IVG ne puissent le faire en raison d’inégalités sociales, économiques ou territoriales et que le nombre d’établissements pratiquant les IVG est en baisse.

Opposition à une Opération de Communication Politique

Certaines sénatrices et députées opposées au texte ont vu dans le Congrès une opération communication du président de la République. Elles ont avancé cet argument pour expliquer, en partie, leur vote contre. « Cette constitutionnalisation n’a qu’un but, c’est de permettre à Emmanuel Macron d’annoncer que la France est le premier pays du monde à inscrire l’IVG dans la Constitution.

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Comparaison avec l'Abolition de la Peine de Mort

Vivette Lopez, sénatrice du Gard, a exprimé une opinion controversée en comparant l'inscription de l'IVG dans la Constitution à la réinscription de la peine de mort. Elle a déclaré : "Et moi, j'ai l'impression que cette inscription dans la Constitution, c'est réinscrire la peine de mort. […] C'est quasiment la même chose. Un être vivant, c'est un être vivant. […] À 14 semaines (délais maximum pour avorter en France), un embryon est formé, c'est déjà un bébé."

L'Évolution des Positions et les Facteurs d'Influence

Il est intéressant de noter que certains sénateurs ont modifié leur vote entre février 2023 et mars 2024. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette évolution :

  • L'évolution de l'opinion publique : Certains sénateurs ont reconnu que l'opinion publique était majoritairement favorable à l'inscription de l'IVG dans la Constitution, et qu'il était difficile de justifier une opposition persistante.
  • La prise en compte des arguments juridiques : Certains sénateurs ont été influencés par les arguments juridiques avancés par leurs collègues, notamment sur la question de la clause de conscience et de l'efficacité juridique de la constitutionnalisation.
  • La volonté de clarifier sa position : Certains sénateurs ont souhaité clarifier leur position sur l'IVG, face aux accusations selon lesquelles une opposition à la constitutionnalisation équivalait à une opposition à l'IVG elle-même.

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