Le scanner, ou tomodensitométrie (CT scan), est un outil d'imagerie médicale indispensable pour le diagnostic de nombreuses pathologies chez l'enfant. Cependant, cet examen utilise des rayons X, ce qui soulève des questions quant aux risques potentiels liés à l'exposition aux rayonnements ionisants, en particulier chez les populations les plus vulnérables comme les enfants. Cet article vise à informer les parents et les professionnels de santé sur les dangers potentiels des scanners pour les bébés, les mesures de radioprotection existantes et les alternatives possibles.

L'Utilisation Croissante du Scanner et ses Implications

En France, le nombre d'actes d'imagerie réalisés en pédiatrie est en constante augmentation. Si la radiologie conventionnelle et dentaire restent les plus fréquentes, l'utilisation du scanner chez l'enfant a également progressé. Une étude de l'IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) a révélé qu'en moyenne, 1,1 % des enfants de moins de 16 ans ont bénéficié d'au moins un scanner par an entre 2012 et 2018.

Bien que le scanner offre des avantages indéniables pour le diagnostic médical, il expose les patients à des doses de rayonnements ionisants bien plus importantes que la radiographie conventionnelle. Par exemple, un scanner abdominal délivre une dose environ 50 fois supérieure à celle d'une radiographie abdominale. Cette augmentation de l'exposition aux rayonnements ionisants suscite des inquiétudes quant aux risques potentiels à long terme, notamment le développement de cancers.

Risques Potentiels : Cancer Radio-Induit

La communauté scientifique s'intéresse de plus en plus aux risques potentiels à long terme liés à l'exposition aux rayonnements ionisants, tels que les cancers et les leucémies. Plusieurs études récentes suggèrent une augmentation du risque de cancers du cerveau et de leucémies chez les patients ayant bénéficié de scanners durant l'enfance.

Études Épidémiologiques et Résultats

Plusieurs études de cohorte d'enfants exposés au scanner ont été publiées depuis 2012, certaines montrant des risques accrus de leucémie et de tumeurs cérébrales en fonction de la dose reçue. En France, la cohorte "Enfant Scanner", mise en place en 2009 par l'IRSN en partenariat avec la Société francophone d'imagerie pédiatrique et prénatale (SFIPP), a inclus près de 100 000 enfants exposés à au moins un scanner avant l'âge de 10 ans. Les résultats de cette étude ont confirmé une augmentation significative du risque de leucémie et de tumeur cérébrale en fonction de la dose reçue, même après exclusion des enfants ayant des facteurs de prédisposition au cancer.

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Ces résultats ont été récemment confirmés par les résultats de l'étude européenne EPI-CT, qui a constitué une cohorte conjointe de près d'un million d'enfants exposés au scanner entre 1977 et 2014. Les analyses de cette étude ont montré des excès de risque de développer un cancer du cerveau ou une hémopathie maligne après des examens scanners de la tête chez l'enfant et le jeune adulte, ces risques augmentant avec la dose cumulée.

Estimation des Risques

Compte tenu des risques estimés dans ces études, pour 10 000 enfants ayant reçu un examen scanner délivrant une dose au cerveau estimée à 38 mGy (dose moyenne dans l'étude EPI-CT pour un scanner de la tête) ou une dose à la moelle osseuse estimée à 8 mGy, on s'attend à observer 1 cas de tumeur cérébrale maligne attribuable à l'exposition aux rayonnements ionisants dans la période de 5 à 15 ans suivant l'examen et 1,4 cas d'hémopathie maligne dans la période de 2 à 12 ans suivant l'examen.

Cependant, il est important de noter que la diminution globale des doses délivrées au cours du temps permet de considérer qu'en France, pour les niveaux moyens de dose actuels (de l'ordre de 20 mGy au cerveau et de 3 mGy à la moelle osseuse), moins d'un cas (0,5) de cancer du cerveau et moins d'un cas (0,5) d'hémopathie malignes en excès seraient observés dans les 10 ans suivant l'exposition à ce scanner de 10 000 enfants.

Mesures de Radioprotection

Face aux risques potentiels liés à l'exposition aux rayonnements ionisants, des mesures de radioprotection sont mises en place pour minimiser les doses délivrées aux patients, en particulier aux enfants. Les trois grands principes de la radioprotection sont la justification, l'optimisation et la limitation.

Justification

Le principe de justification consiste à évaluer le rapport bénéfice/risque de l'exposition d'un patient aux rayonnements ionisants. Ce principe, intégré à tout raisonnement médical, est exigé par la directive Euratom 2013/59. La Société française de radiologie (SFR) a élaboré un guide intitulé "Guide du bon usage des examens d'imagerie", mis à disposition en format numérique, pour aider les demandeurs et réalisateurs d'actes utilisant des rayonnements ionisants à vérifier sa justification. Un guide électronique utilisable sur smartphone, ADERIM (Aide à la demande d'examens de radiologie et imagerie médicale), a également été développé par la SFR avec le Collège de la médecine générale et la SFNM, permettant une recherche par motif de consultation, pathologie ou mot-clé, et indiquant le niveau de dose délivrée par l'examen proposé.

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Optimisation

L'optimisation des doses délivrées revient aux professionnels de santé qui réalisent les actes. Elle repose sur le principe ALARA (As low as reasonably achievable), mis en place dès le choix du matériel. Les progrès technologiques permettent de diminuer les doses délivrées aux patients, notamment en tomodensitométrie, où de nouveaux algorithmes (reconstructions itératives et intelligence artificielle) réduisent la dose délivrée en diminuant le bruit de l'image tout en conservant la résolution spatiale et le contraste. Les professionnels de santé déterminent également des protocoles d'examens adaptés aux patients en tenant compte de l'âge, de la morphologie et de la pathologie recherchée.

Information et Consentement

Il est crucial d'informer et d'éclairer le patient ou ses représentants légaux afin d'obtenir son consentement. Le rapport 138 de la Commission internationale de protection radiologique (CIPR) met en avant les valeurs fondamentales de dignité, prudence, justice et rapport bénéfice/non-malfaisance, qui doivent être au cœur de la décision médicale.

Alternatives au Scanner

Dans certains cas, il est possible de recourir à des techniques d'imagerie non irradiantes, telles que l'échographie et l'IRM (Imagerie par Résonance Magnétique), pour éviter l'exposition aux rayonnements ionisants. L'IRM, en particulier, est un examen réalisé grâce au phénomène de résonance magnétique, basé sur les propriétés magnétiques des protons de l'eau contenue dans les tissus, et ne présente aucun risque pour la santé du patient.

Cependant, il est important de noter que chaque technique d'imagerie a ses propres indications et limites, et le choix de l'examen le plus approprié doit être fait par le médecin en fonction de la situation clinique du patient.

Préparation et Accompagnement de l'Enfant

Le passage d'une IRM ou d'un scanner peut être impressionnant pour un enfant et stressant pour ses parents. Il est donc essentiel de bien préparer l'enfant à l'examen et de l'accompagner au mieux.

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Explications et Rassurance

Il est important d'expliquer à l'enfant le déroulement de l'examen de manière simple et adaptée à son âge, en insistant sur le fait que ce n'est pas douloureux. Pour un scanner, le manipulateur en radiologie explique à l'enfant ce qu'il va faire et pourquoi. Lors d'une IRM ou d'un scanner cérébral, la tête est maintenue dans un petit casque, et il est important d'expliquer à l'enfant qu'il doit rester immobile pendant l'examen. Il est également possible de "jouer au scanner" avec l'enfant à l'aide de figurines pour l'entraîner à faire la "statue".

Immobilité et Sédation

Les deux examens nécessitent une immobilité parfaite sur un temps assez long : jusqu'à 10 minutes pour un scanner et entre 20 minutes et une heure pour une IRM. Avant l'âge de 6 mois, l'examen est réalisé sans sédation médicamenteuse, en donnant un biberon au bébé avant l'examen pour faciliter l'endormissement. Après l'âge de 6 à 8 mois, un sédatif peut être donné à l'enfant pour l'apaiser et faciliter son endormissement si les techniques utilisées chez le bébé ne fonctionnent pas.

Présence des Parents

Dans le cadre d'une IRM, le parent est invité à accompagner son enfant en salle d'examen pour le rassurer. Pour un scanner, la manœuvre demande plus de précautions en raison des rayons X envoyés par la machine, et le parent devra porter un vêtement de protection spécial s'il souhaite accompagner son enfant. La salle d'examen n'est pas autorisée aux femmes enceintes.

Après l'Examen

Même si l'examen s'est déroulé sans heurts, il est souhaitable d'en parler avec son enfant pour recueillir son ressenti, apaiser ses craintes et répondre à ses questions.

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