L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un droit fondamental pour toutes les femmes en France. La loi du 17 janvier 1975, dite loi Veil, a marqué une étape décisive en autorisant l'IVG, mettant fin à des décennies de clandestinité et d'insécurité pour les femmes confrontées à des grossesses non désirées. Cet article vise à fournir une information complète et actualisée sur l'IVG en France, en abordant les conditions d'accès, les délais, les différentes méthodes, le parcours à suivre, ainsi que les mesures récentes visant à renforcer ce droit et à lutter contre les inégalités.
Contexte Historique et Législatif
Avant la loi Veil, les femmes souhaitant interrompre une grossesse non désirée étaient contraintes de recourir à des solutions clandestines, mettant en danger leur santé et leur vie. La loi Neuwirth de 1967, autorisant la pilule contraceptive, a ouvert la voie à une évolution de la législation. Dans les années 1970, les mouvements féministes et les plannings familiaux ont revendiqué le droit à l'avortement, considérant qu'il s'agissait d'un droit essentiel à disposer de son corps.
Valéry Giscard d'Estaing, fraîchement élu président de la République, a lancé une réforme sur l'avortement, confiant le projet de loi à sa ministre de la Santé, Simone Veil. Cette dernière a défendu le texte devant l'Assemblée nationale puis le Sénat, prononçant des discours devenus historiques. La loi relative à l'IVG a été adoptée à titre expérimental le 20 décembre 1974, puis est devenue définitive cinq ans plus tard. L'IVG a alors été dépénalisée pour les femmes s'estimant en situation de détresse, dans un délai de 10 semaines de grossesse, sur demande à un médecin.
Conditions d'Accès et Délais Légaux
En France, toute personne enceinte, majeure ou mineure, bénéficie du droit à l'avortement. La loi permet d'avoir recours à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) jusqu'à 14 semaines de grossesse, soit 16 semaines depuis le début des dernières règles (ou 16 semaines d'aménorrhée).
Il existe cependant des situations exceptionnelles où l'IVG peut être pratiquée à tout moment de la grossesse. Selon l'article L. 2212-1 du code de la santé publique, l'IVG peut être pratiquée si deux médecins membres d'une équipe pluridisciplinaire attestent, après avis consultatif de cette équipe, soit que la poursuite de la grossesse met en péril grave la santé de la femme, soit qu'il existe une forte probabilité que l'enfant à naître soit atteint d'une affection d'une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic.
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Dans ces cas, l'équipe pluridisciplinaire est composée d'au moins un médecin qualifié en gynécologie-obstétrique membre d'un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal, d'un praticien spécialiste de l'affection dont la femme est atteinte, d'un médecin ou d'une sage-femme choisi par la femme, et d'une personne qualifiée tenue au secret professionnel, qui peut être un assistant social ou un psychologue.
De même, l'interruption volontaire partielle d'une grossesse multiple peut être pratiquée avant la fin de la douzième semaine de grossesse si deux médecins, membres d'une équipe pluridisciplinaire, attestent, après avis consultatif de cette équipe, que les conditions médicales, notamment obstétricales et psychologiques, sont réunies.
Étapes Préalables à l'IVG
Avant de procéder à une IVG, deux étapes sont nécessaires avec un médecin (généraliste ou gynécologue) ou une sage-femme : un temps d'information et un temps de recueil du consentement. Il n'y a pas de délai minimal de réflexion entre ces deux étapes, qui peuvent avoir lieu au cours d'une seule et même consultation si la femme le souhaite. La femme prend le temps de réflexion qu'elle juge nécessaire pour sa décision, en tenant compte du délai légal pour la réalisation de l'IVG (14 semaines de grossesse). Il n'y a pas non plus de délai minimal de réflexion entre ces deux étapes et la réalisation de l'IVG.
Si la femme le souhaite, elle peut bénéficier d'un entretien psychosocial. Cet entretien est obligatoire pour les mineures et doit être réalisé avant le recueil du consentement.
Premier temps : information
Lors de cette première étape, la femme fait sa demande d'IVG au médecin ou à la sage-femme. C'est le moment de poser toutes les questions. Le professionnel de santé donnera les informations sur :
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- Les deux types d'IVG : médicamenteuse et instrumentale (ou chirurgicale) ;
- Les risques et les effets indésirables possibles ;
- La liste des lieux qui pratiquent l'IVG ;
- Les coûts.
Second temps : consentement écrit
Cette seconde étape avec le médecin ou la sage-femme est l'occasion de :
- Confirmer la demande d'IVG par la signature d'un consentement écrit ;
- Choisir la méthode d'intervention en fonction de la situation.
Si le professionnel de santé ne pratique pas lui-même l'IVG, il doit orienter la femme vers des professionnels ou structures qui réalisent des IVG et lui remettre une attestation prouvant qu'elle a bien suivi les étapes préalables obligatoires.
Consultation de contrôle après l'IVG
Cette consultation est indispensable pour vérifier que la grossesse est bien interrompue et s'assurer qu'il n'y a aucune complication. Elle doit être effectuée entre le 14e et le 21e jour suivant l'intervention (qu'elle ait été médicamenteuse ou instrumentale).
Méthodes d'IVG
Il existe deux types d'IVG :
L'IVG médicamenteuse : elle est possible jusqu'à 7 semaines de grossesse (soit 9 semaines depuis les dernières règles). Elle consiste à prendre deux médicaments qui arrêtent la grossesse et expulsent l'œuf. Ces deux médicaments peuvent être pris à domicile ou dans un environnement médical, selon le choix de la femme. Le second médicament doit être pris dans un délai de 24 à 48 heures après le premier. L'IVG médicamenteuse peut être réalisée dans un cabinet de ville (avec un médecin ou une sage-femme ayant signé une convention avec un établissement de santé), dans un centre de santé ou un planning familial ayant également conclu une convention avec un établissement de santé, ou dans un établissement de santé (hôpital, clinique). Il est possible de réaliser l'ensemble ou une partie des différentes étapes de la procédure d'IVG en téléconsultation avec un médecin ou une sage-femme. Les avantages de cette méthode sont qu'elle évite l'intervention chirurgicale et qu'elle peut être réalisée à domicile si la femme le souhaite. Les inconvénients sont des douleurs liées aux contractions de l'utérus et des saignements qui peuvent durer plusieurs jours.
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L'IVG instrumentale (ou chirurgicale) : elle est possible jusqu'à 14 semaines de grossesse (soit 16 semaines depuis les dernières règles). Après une anesthésie locale ou générale, le médecin ou la sage-femme aspire le contenu de l'utérus après dilatation du col. L'IVG instrumentale a lieu dans un établissement de santé (hôpital ou clinique) et dans certains centres de santé. L'hospitalisation pour une IVG instrumentale est dite ambulatoire, car elle a lieu sur une seule journée. Une surveillance de quelques heures suffit, même après une anesthésie générale. L'opération en elle-même ne dure qu'une dizaine de minutes. Il est toutefois recommandé de se faire accompagner par une personne de son choix. Les avantages de cette méthode sont qu'elle est rapide et réalisée sous anesthésie. L'inconvénient est qu'elle nécessite une brève hospitalisation.
Confidentialité et Accompagnement
L'IVG est toujours confidentielle. C'est la femme qui choisit si elle veut en parler et à qui. Tous les professionnels de santé sont tenus par le secret professionnel : aucun acte de la procédure n'apparaîtra sur le relevé de sécurité sociale.
Si la femme est mineure, elle doit obligatoirement être accompagnée de la personne majeure de son choix (son partenaire, un ami, un membre de sa famille, un membre d'une association, etc.). Cette personne ne doit pas chercher à l'influencer, mais, au contraire, à la soutenir et à respecter son choix. Si la femme est majeure, cet accompagnement n'est pas obligatoire, mais il reste bien sûr possible si elle le souhaite.
En tant que mineure, la femme a le droit de réaliser une IVG. Son anonymat est respecté. Elle peut demander cette intervention elle-même. Elle doit être accompagnée par une personne majeure de son choix. L'autorisation des parents n'est pas obligatoire. Elle aura obligatoirement un entretien psychosocial. L'IVG est gratuite : elle bénéficie de la couverture de ses parents si elle a leur consentement. Sinon, l'IVG est prise en charge à 100 % sans avance de frais.
Consultation Psychosociale
La consultation psychosociale a lieu entre les deux étapes préalables à l'IVG. Elle est obligatoire pour les personnes mineures, possible sur demande pour les personnes majeures.
Cette consultation est confidentielle. C'est un entretien particulier qui permet d'obtenir :
- Un soutien psychologique ;
- Une assistance sur le plan social ;
- Des conseils appropriés à la situation.
Elle a lieu avec un professionnel qualifié en conseil conjugal et familial, au choix :
- Dans un centre de santé sexuelle (anciennement centre de planification ou d'éducation familiale) ;
- Dans un Espace vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) ;
- Dans un service social ou autre organisme agréé.
Après cet éventuel entretien, une attestation d'entretien sera délivrée. Cette attestation sera à remettre au professionnel de santé qui pratiquera l'IVG.
Si la femme est majeure et qu'elle n'a pas souhaité réaliser cette consultation entre les deux étapes préalables à l'IVG, elle a la possibilité, si elle en ressent le besoin, de la réaliser à tout autre moment de la procédure.
Renforcement de l'Accès à l'IVG
Le gouvernement français a mis en place une série de mesures visant à renforcer l'accès à l'IVG en France. Ces mesures visent à lutter contre les inégalités en matière de prise en charge financière, de disponibilité de l'offre de soins et de lutte contre la désinformation.
Parmi ces mesures, on peut citer :
- La facilitation du conventionnement entre les établissements de santé et les professionnels libéraux, afin de permettre aux professionnels de ville de pratiquer l'IVG en lien avec les établissements autorisés en gynécologie-obstétrique ou en chirurgie, et d'élargir ainsi l'offre d'IVG en dehors des structures hospitalières.
- La mise à disposition de versions actualisées des documents destinés à l'information des patientes, médecins et sages-femmes dans les domaines de l'IVG.
- La diffusion d'une information fiable et complète sur l'IVG via le site ivg.gouv.fr, qui propose également un annuaire des centres de santé sexuelle et des EVARS.
- La mise en place d'un numéro de téléphone gratuit, anonyme et accessible en métropole et dans les DOM, pour répondre à toutes les questions sur les sexualités, la contraception et l'IVG.
- L'allongement du délai légal de l'IVG de 12 à 14 semaines de grossesse par la loi du 2 mars 2022.
- L'ouverture de l'IVG médicamenteuse à la téléconsultation.
- La suppression du délai légal minimum de réflexion, pour les mineures comme pour les majeures, entre la consultation d'information et l'entretien psycho-social.
- L'autorisation pour les sages-femmes de pratiquer des IVG instrumentales en établissement de santé, dans le cadre défini par un décret à paraître.
Ressources et Informations Complémentaires
Pour obtenir des informations fiables et complètes sur l'IVG, il est recommandé de consulter les sources suivantes :
- Le site ivg.gouv.fr, mis à disposition par le gouvernement français.
- Le numéro de téléphone gratuit, anonyme et accessible en métropole et dans les DOM.
- Les centres de santé sexuelle (anciennement centres de planification ou d'éducation familiale).
- Les Espaces vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS).
- Le dossier-guide "Interruption volontaire de grossesse (IVG) : le livret destiné aux femmes", disponible auprès des professionnels de santé et téléchargeable en ligne.
- Le livret d'information à l'intention des médecins et des sages-femmes sur l'IVG hors établissement de santé.
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