Parmi les nombreuses questions et inquiétudes entourant l'interruption volontaire de grossesse (IVG), la question de son impact sur la fertilité future est l'une des plus préoccupantes. Des idées fausses persistent, alimentées par des informations erronées circulant sur les réseaux sociaux et relayées par des groupes opposés à l'avortement. Cet article vise à examiner de manière approfondie les preuves scientifiques disponibles, à démystifier les mythes et à fournir une information claire et précise sur la relation entre l'IVG et la fertilité.

L'IVG n'entraîne pas la stérilité

L’une des idées fausses les plus répandues est que l’IVG peut rendre une personne stérile. Cependant, les preuves scientifiques contredisent cette affirmation. L'avortement, lorsqu'il est pratiqué dans des conditions médicales sécurisées, n'affecte pas la fertilité future d'une femme.

L’une des études les plus importantes sur ce sujet a été menée par le Collège Américain des Obstétriciens et des Gynécologues. Cette étude a révélé que l’avortement, qu’il soit pratiqué par aspiration ou par médicament, n’augmente pas le risque de stérilité chez les femmes. L’Haute Autorité de Santé, et d’autres études confirment ces conclusions en mettant en lumière le fait que l’avortement n’affecte pas la fertilité.

Dans une société où il l’avortement est légal et réglementé, les avortements médicaux et chirurgicaux sont des procédures médicales sécurisées qui ne touchent pas les organes reproducteurs essentiels. Les cliniques et les médecins qui pratiquent des avortements sont soumis à des réglementations strictes pour assurer la sécurité des patients·es. De plus, l’accès à l’IVG sûr et légal est essentiel pour la santé reproductive des personnes. Elles devraient avoir le choix de décider quand et si ils/elles souhaitent avoir des enfants. L’avortement est un droit fondamental qui permet aux femmes de prendre des décisions éclairées concernant leur corps et leur vie.

Comment l'IVG est réalisée et pourquoi cela n'affecte pas la fertilité

La raison pour laquelle l’avortement n’entraîne pas de stérilité est liée à la manière dont il est réalisé. Il existe deux principales méthodes d'IVG : médicamenteuse et chirurgicale.

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Avortement médicamenteux

Les avortements médicamenteux, qui impliquent la prise de médicaments sous surveillance médicale, sont généralement utilisés dans les premières semaines de la grossesse. Ils agissent en bloquant la production de l’hormone de la grossesse, la progestérone. Ce processus modifie temporairement l'équilibre hormonal, mais le cycle menstruel reprend normalement après quelques semaines.

Avortement chirurgical

Les avortements chirurgicaux, tels que l’avortement par aspiration, sont également très sûrs et ne provoquent généralement pas de stérilité. Ces procédures sont réalisées par des professionnels de la santé qualifiés et visent à retirer l’embryon ou le fœtus de l’utérus. L’IVG chirurgicale, qui consiste en une aspiration du contenu utérin, n'a pas d'impact direct sur les hormones. Toutefois, l'arrêt de la grossesse entraîne, de facto, une baisse des hormones de la grossesse (comme l'hCG et la progestérone), ce qui peut temporairement influencer le cycle menstruel.

Les complications potentielles et leur impact sur la fertilité

Bien que l'IVG soit généralement une procédure sûre, il existe des complications potentielles, bien que rares. Il est important de noter que ce risque n’est pas lié à la réalisation de l’IVG en tant que telle mais peut être une conséquence des éventuelles complications qui y sont associées (infection, lésions au niveau de l’utérus lors de l’aspiration, etc).Toutefois, ces complications sont rares quand l’IVG est réalisée dans des conditions sécurisées (personnel formé, matériel stérile, établissement équipé, etc.) comme c’est le cas en France. Le risque de survenue de complications lors de la réalisation d’une IVG n’est pas supérieur à celui d’un avortement spontané ou d’une grossesse menée à terme. D’après les études qui ont évalué le risque d'infertilité après une IVG, il n'y a pas d'augmentation du risque dans les pays où la pratique de l’IVG est légale. Ce risque n’est pas plus important chez les patientes ayant eu deux IVG ou plus.

Les complications possibles (˂ 0,2 %) ou les problèmes consécutifs à un avortement sont les suivants :

  • Saignements prolongés dans la période qui suit l’intervention
  • Saignements excessifs ou lésions de l’utérus (causées pendant l’intervention)
  • Infections
  • Test de grossesse positif lors de la consultation de contrôle

Infections

En effet, dans la période qui suit un avortement, une fausse couche ou un accouchement, vous êtes davantage susceptible de contracter une infection utérine. L’intervention est réalisée dans des conditions d’hygiène telles que le risque infectieux est très faible. Par précaution supplémentaire, des antibiotiques vous seront prescrits pour prévenir les infections.

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Pour éviter toute infection, vous ne devez rien introduire dans le vagin durant les deux semaines qui suivent l’intervention, c’est-à-dire :

  • ne pas utiliser de tampons
  • ne pas avoir de rapports sexuels
  • ne pas prendre de bain, ne pas nager ni vous baigner (la douche est cependant autorisée)
  • ne pas faire de douche vaginale

Si, après l’intervention, vous avez de la fièvre (plus de 38,5°C pendant plus d’une journée) et des maux de ventre, il se peut qu’il y ait une infection. Dans ce cas, il faut nous en informer immédiatement ou contacter votre médecin traitant au plus vite.

Saignements prolongés

Dans la période qui suit un avortement, si des saignements prolongés ou abondants se produisent, cela est généralement dû à la présence dans l’utérus de tissus restés en place malgré l’intervention ou l’IVG médicamenteuse. Si ces tissus résiduels ne sont pas expulsés spontanément, une nouvelle intervention devra être réalisée afin de les éliminer. Dans ce cas, le médecin peut décider de recourir à un traitement médicamenteux additionnel ou à une (nouvelle) IVG chirurgicale par aspiration.

Saignements excessifs ou lésions de l’utérus

Dans de rares cas (< 0,2 %), des pertes de sang excessives surviennent pendant ou immédiatement après un avortement instrumental réalisé au cours du deuxième trimestre de la grossesse (à partir de 13 semaines). Des lésions de l’utérus ou des problèmes de coagulation sanguine peuvent être à l’origine de cette complication. Une nouvelle intervention en milieu hospitalier peut alors s’avérer nécessaire.

Test de grossesse positif lors de la consultation de contrôle

La positivité du test s’explique généralement par la présence dans l’utérus de tissus restés en place après l’avortement. Dans de rares cas seulement, il s’agit d’une grossesse persistante. Le risque de présence dans l’utérus de tissus résiduels après une IVG médicamenteuse est d’environ 5 à 6 %. Le risque de présence dans l’utérus de tissus résiduels après une IVG chirurgicale par aspiration est d’environ 1 à 2 %. Dans ces cas, le médecin décide, en concertation avec la patiente, de recourir à un traitement médicamenteux supplémentaire ou à une (nouvelle) IVG chirurgicale par aspiration.

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Fertilité après une IVG : Ce qu'il faut savoir

La fertilité revient rapidement après un avortement. L’ovulation peut survenir dès deux à quatre semaines après l’intervention, bien avant le retour des règles. Une nouvelle grossesse après ivg est donc possible très rapidement. Il faut adopter une contraception efficace et immédiate si une nouvelle grossesse n’est pas souhaitée. C’est le corollaire direct du retour rapide de l’ovulation.

Quand reviennent les règles après une IVG ?

Après une IVG les règles reviennent généralement dans les 4 à 6 semaines. Cela peut varier en fonction du type de contraception que vous avez choisi d’utiliser et du moment où vous l’avez débutée. Avec une pilule oestro-progestative par exemple, les règles surviendront à la fin de la première plaquette. Avec un DIU hormonal les règles peuvent êtres irrégulières ou absentes.

Quand est-il possible d’avoir à nouveau des rapports sexuels après une IVG ?

Il est conseillé d’attendre une dizaine de jours avant la reprise des rapports sexuels avec pénétration après une IVG. En effet, si le col de l’utérus n’est pas refermé il existe un risque que des germes puissent remonter du vagin vers l’utérus et soient à l’origine d’une infection. Pour les mêmes raisons il est également recommandé de ne pas utiliser de tampons durant cette période. Si vous ne souhaitez pas de grossesse il est nécessaire d’utiliser une contraception dès la reprise des rapports sexuels après une IVG (une grossesse est possible même avant la reprise de vos règles).

Quelle contraception choisir après une IVG ?

Au cours des différentes consultations effectuées pour réaliser l’IVG, vous recevez une information détaillée sur les méthodes contraceptives disponibles et pouvez échanger avec le médecin ou la sage-femme afin de choisir la contraception qui vous convient le mieux.

Aucune méthode n’est contre-indiquée après une IVG, sauf cas particulier.

Seuls les moyens de contraception nécessitant des manipulations vaginales (anneau vaginal, cape cervicale, etc.) ne sont pas recommandés immédiatement après l’intervention, pendant le premier cycle suivant l’IVG.

La contraception que vous avez choisie peut être mise en place dès la réalisation de l’IVG.

Un dispositif intra-utérin (au cuivre ou à la progestérone) peut être posé immédiatement après la réalisation de l’IVG instrumentale (sauf en cas d’épisode infectieux) ou lors de la visite de suivi pour une IVG médicamenteuse.

Une contraception hormonale, œstroprogestative (pilule, patch transdermique) ou progestative (pilule, implant, injection intra musculaire) peut être débutée :

  • le jour même ou le lendemain d’une IVG instrumentale ;
  • le jour de la prise de misoprostol - prise du 2e médicament - pour une IVG médicamenteuse.

Les préservatifs externes (dits masculins) ou internes (dits féminins) peuvent être utilisés dès la reprise des rapports sexuels. Ce sont les seuls contraceptifs qui protègent des infections sexuellement transmissibles, dont le VIH-Sida.

Idées reçues sur l'IVG

De nombreuses idées reçues circulent au sujet de l'IVG. Il est important de les démystifier afin de fournir une information claire et précise.

  • « L’avortement génère des troubles psychiques » : FAUX. Le « syndrome post-avortement » est une pure invention d’un militant pro-life américain dépourvu de toute qualification médicales, Vincent Rue.
  • « L’avortement met en péril la fertilité des femmes » : FAUX. L’IVG instrumentale n’est pas associée à une augmentation du risque d’infertilité ultérieure.
  • « L’IVG augmente le risque de cancer du sein » : FAUX. Cette conséquence supposée de l’IVG relève de la légende urbaine.
  • « L’IVG est pratiquée par des femmes qui n’utilisaient pas de moyens de contraception » : FAUX. Seules 3 % des femmes de 15 à 49 ans, ni enceintes ni stériles, ayant des rapports hétérosexuels et ne voulant pas d’enfants n’utilisaient pas de moyens de contraception.
  • « L’IVG est avant tout pratiquée par de très jeunes femmes » : FAUX. Seules 7 % des femmes ayant recours à l’IVG étaient âgées de 15 à 17 ans au moment de la procédure, quand 42 % étaient âgées de 25 à 40 ans.
  • "L'IVG produit un dérèglement hormonal." FAUX : Le système hormonal se régule rapidement après une IVG, et les règles reviennent dans un délai de 4 à 6 semaines.
  • "L'avortement provoque des troubles psychiques" FAUX : Il n'existe pas de pathologie psychologique spécifique au décours d'une IVG.
  • "L'IVG est utilisée seulement par les femmes qui n'ont pas de moyen de contraception" FAUX : Dans un peu plus de deux cas sur trois, les femmes qui ont recours à une IVG utilisaient un moyen de contraception qui n'a pas fonctionné.
  • "Les mineures doivent demander l'accord de leurs parents" FAUX : Aucune justification n'est nécessaire et aucun accord d'une autre personne (parent ou conjoint) que la femme elle-même n'est requis.
  • "L'IVG médicamenteuse est une méthode plus simple que l'IVG instrumentale" FAUX : Pas pour toutes les femmes. En effet, chacune des méthodes présente des avantages et des inconvénients qui seront à discuter avec le professionnel de santé.

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