Le réflexe de succion est un comportement inné et vital chez le nourrisson, jouant un rôle essentiel dans son alimentation, son apaisement et son développement global. Ce réflexe, présent dès la vie intra-utérine, évolue avec l'âge et se transforme progressivement en une action volontaire. Cet article explore en profondeur les différentes facettes du réflexe de succion, son développement, ses rôles insoupçonnés et les implications pour la santé et le bien-être du nourrisson.

Développement du réflexe de succion

Succion prénatale et réflexes archaïques

Le développement de l'oralité du bébé commence in utero, où il ingère quotidiennement plusieurs millilitres de liquide amniotique. Dès la 10e semaine de grossesse, on observe la succion prénatale du pouce, accompagnée de déglutitions de liquide amniotique. Vers la 12ème semaine IU, l'ébauche du réflexe de succion devient efficace. Ce comportement prénatal permet au fœtus de s'entraîner à la succion et à la déglutition, préparant ainsi son organisme à l'alimentation après la naissance. Ce réflexe est un indice de maturation néo-natale du tronc cérébral.

À la naissance, le réflexe de succion est à son maximum durant les deux premières heures de vie. Il fonctionne en collaboration avec d'autres réflexes archaïques, tels que le réflexe de fouissement (qui permet au bébé de rechercher le mamelon en tournant la tête et en ouvrant la bouche lorsqu'on stimule sa joue) et le réflexe de déglutition. Ces réflexes sont essentiels pour assurer une alimentation efficace et sécurisée.

Évolution de la succion : du réflexe à l'action volontaire

Le réflexe de succion évolue avec la maturation du cerveau du bébé. Vers l'âge de 4 à 6 mois, la succion devient progressivement volontaire, on parle alors de "sucking". Cette transition marque une étape importante dans le développement de l'oralité du nourrisson.

Parallèlement, vers 6 mois, l'introduction de la diversification alimentaire favorise le développement de la motricité orale volontaire. Le bébé anticipe l'arrivée de la cuillère et ouvre la bouche. Il apprend à utiliser ses lèvres pour saisir l'aliment, initiant ainsi le malaxage ou "munching", qui se développe en parallèle des compétences de succion.

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À partir de 13 mois, le bébé commence à mastiquer ("chewing"). Vers 18 mois, la mastication devient plus mature, permettant au bébé de manger des aliments plus durs et de mâcher la bouche fermée. Pour cela, l'entraînement quotidien avec des aliments solides adaptés est essentiel.

Vers l'âge de deux ans, l'enfant a généralement une alimentation complètement diversifiée. La mastication devient progressivement plus efficace et rapide, et la maturation se poursuit grâce à la répétition quotidienne des expériences orales. La mastication unilatérale alternée est mature entre 4 et 6 ans.

Les différents types de succion

On distingue deux types de succion :

  • La succion nutritive : Elle se produit lorsque le bébé tète efficacement pour se nourrir. Au début de la tétée, le débit est fort et les déglutitions sont régulières. Au contraire, à la fin de la tétée, le débit est lent et les déglutitions sont moins fréquentes.
  • La succion non-nutritive : Les tout-petits et les prématurés font souvent des pauses pendant les tétées, durant lesquelles ils "tétouillent" sans boire. Les mouvements de succion sont plus rapides, moins amples, en salves brèves séparées par de longues pauses, et l'enfant déglutit rarement. Ce type de succion existe aussi en dehors de toute sensation de faim chez tous les nourrissons.

Rôles et fonctions de la succion

La succion remplit de nombreux rôles importants chez le nourrisson :

  • Rôle nutritif : La succion permet au nourrisson de se nourrir, que ce soit au sein ou au biberon. La tétée est constituée de périodes de succion nutritive entrecoupées de périodes de succion non nutritive.
  • Rôle de régulation de la production de lait : La succion du sein stimule la fabrication du lait maternel.
  • Rôle anti-stress et anti-douleur : Lors de la succion, l'organisme du nourrisson sécrète des endorphines, des neurotransmetteurs qui procurent une sensation de bien-être, favorisent la détente et le sommeil, et combattent la douleur (effet antalgique). La succion calme bébé et le sécurise, elle apaise les tensions et les frustrations.
  • Rôle d'apaisement : La succion calme bébé et le sécurise, elle apaise les tensions et les frustrations. Pour calmer bébé, les parents peuvent répondre à son besoin de succion. Pouce, sein ou sucette sont capables d’apaiser votre enfant grâce à ce réflexe inné.
  • Rôle social : L'interaction entre la mère et l'enfant lors de la succion du sein est une première forme de dialogue. À l'arrêt des succions, la mère change l'enfant de position, c'est un signe pour lui.
  • Développement oro-facial : La succion aide à façonner le palais, à développer les muscles de la bouche et à coordonner les mouvements nécessaires à l'alimentation. Cela prépare donc les bébés aux étapes ultérieures de l'alimentation, comme la mastication et la déglutition.

Besoins de succion et réponses possibles

La succion est un besoin inné chez tous les nourrissons. Entre 18 et 21 mois, on observe d'ailleurs un regain maximal du besoin de succion. Il est important de répondre à ce besoin sans lutter contre ou tenter de le limiter. Un besoin de succion non assouvi peut rendre bébé irritable.

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Si bébé pleure ou s'agite, il est important d'identifier la cause de son inconfort avant de proposer la succion. Il peut s'agir de faim, d'une couche mouillée, d'un mal de ventre, d'une poussée dentaire, etc. Si aucune cause n'est évidente, vous pouvez lui donner une tétine, son pouce, votre doigt bien lavé, ou encore votre sein. Votre enfant sera rassuré et se calmera grâce aux pouvoirs anti-stress de la succion.

Pour que bébé puisse se calmer en toute autonomie et répondre à son besoin de succion, son pouce présente un avantage : il l'a toujours avec lui ! Les tétines, aussi appelées sucettes ou encore tututes, permettent de pallier cet inconvénient : il est beaucoup plus facile de les faire disparaître pour en stopper l'usage. Mais au contraire de son pouce, bébé ne sait pas toujours les rattraper, notamment pendant la nuit : il vous fera sans doute lever au début pour que vous lui redonniez ! Saviez-vous que certaines sucettes sont phosphorescentes ?

Sevrage de la tétine et du pouce

La plupart du temps, les enfants se désintéressent progressivement de leurs tétines. Ce phénomène coïncide souvent avec l’entrée à la crèche ou à l’école : bébé se sociabilise et a désormais d’autres centres d’intérêt. L’école pose également ses propres règles et la tétine doit souvent rester à la maison.

Passé l’âge de 3 ans, si bébé reste très attaché à sa sucette, ne le brusquez pas pour autant : il est possible qu’il ait besoin d’attention. A contrario, le recours à la tétine ne doit pas être systématique pour pallier les besoins du quotidien. Au moment de déshabituer votre enfant de la tétine, il est important de s'adapter aux situations. La tétine devra progressivement disparaître pour limiter son usage aux pleurs et au sommeil. On pourra par exemple laisser la tétine dans le lit pour la reserver à la sieste et au coucher. Ce sont des situations pendant lesquelles le besoin de succion est maximal.

Il n’y a pas d’âge pour arrêter de sucer son pouce ou sa tétine. Dans l'idéal, les professionnels de santé recommandent d'arrêter la tétine entre deux et trois ans et ce, pour préserver le bon développement bucco-dentaire des enfants. En général, l'entrée à l'école maternel coïncide avec un désintérêt progressif pour la tétine.

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Troubles de l'alimentation et de l'oralité

Même si le bébé est un expert sensoriel à la naissance, l’alimentation peut être un grand défi pour certains enfants et leur famille. Lorsque les difficultés perdurent dans le temps on parle de trouble de l’alimentation en pédiatrie ou TAP.

Ces troubles peuvent se manifester par une hyperréactivité (hypersensibilité), une hyporéactivité (hyposensible) ou une recherche sensorielle excessive. L’enfant hyperréactif a son système sensoriel qui surréagit. Il faut peu de stimulation pour avoir une réponse aux stimuli sensoriels et la réponse ne sera pas appropriée mais trop forte ou trop intense. L’enfant hyporéactif a son système sensoriel qui ne réagit pas suffisamment. Il faut beaucoup de stimulations pour obtenir une réponse et réagir de façon adaptée à la situation. L’enfant en recherche sensorielle a son système sensoriel qui est toujours en demande. Il n’y a jamais assez de stimulation. Le comportement est perturbé par cette recherche constante. Selon le profil il faudra adapter la thérapie et apporter la bonne dose de stimulation pour ne pas faire surréagir le système sensoriel ou au contraire lui permettre de répondre de façon adaptée.

Impact sur le développement oro-facial et l'allaitement

Le réflexe de succion a un impact important sur le développement de la bouche et de la face de l’enfant. Une succion anormale ou des tensions dans le palais peuvent impacter la croissance du visage du bébé. De plus, des bébés qui tètent mal peuvent ne pas être rassasiés, ne pas stimuler correctement leur palais et avoir des difficultés à se calmer.

Pour les bébés allaités, il est important de trouver la bonne position pour que bébé puisse activer au mieux ce réflexe. On parle de « Biological Nursering » ou position BN, dans laquelle la mère est semi-inclinée, permettant au bébé de se nourrir en utilisant les différents réflexes archaïques nécessaires à l’allaitement : fouissement, succion, mais aussi reptation et redressement de la tête. Ces deux derniers favorisent une meilleure position pour déclencher le réflexe de succion. Pour cela, on peut placer le ventre de bébé vers soi contre son ventre, en soutenant sa tête, son cou et ses épaules.

Chez certains bébés, l’allaitement peut poser un problème à cause d’un réflexe de succion pas bien présent ou qui s’est décalé dans la bouche, plus haut vers le palais. Ces bébés vont sans cesse déclencher un réflexe de fouissement sans réussir à déclencher celui de succion. Pourtant, si on leur met un bout de sein ou un biberon (qui a une tétine plus longue) à la bouche, le réflexe se déclenche. On pense alors à tort que ce sont des bébés qui ont du « mal à prendre au sein », mais il s’agit simplement d’un réflexe de succion qui se déclenche un peu plus loin dans la bouche.

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