Le réflexe d’éjection dysphorique (RED), aussi connu sous le nom de D-MER (Dysphoric Milk Ejection Reflex), est un phénomène qui touche certaines mères allaitantes, caractérisé par une vague d'émotions négatives survenant juste avant la montée de lait. Bien que récemment reconnu et nommé, ce problème n'est pas nouveau et mérite une attention particulière.
Qu'est-ce que le Réflexe d'Éjection Dysphorique (RED) ?
Le RED se manifeste juste avant le réflexe d’éjection, que la mère allaite son bébé, utilise un tire-lait, ou expérimente un réflexe d’éjection spontané entre les tétées. Ce phénomène cesse généralement après 30 secondes à 2 minutes. Si plusieurs réflexes d'éjection se produisent pendant la tétée, il peut revenir à chaque fois, transformant l'allaitement en une expérience désagréable, bien qu'il soit souvent moins intense au fur et à mesure que la tétée progresse.
Les émotions les plus fréquemment rapportées incluent une sensation de « trou » dans l’estomac, un sentiment de désespoir, d’angoisse, une impression de dépression, et l’envie de fuir. Ces sentiments peuvent être intenses et déstabilisants, affectant la santé mentale post-partum et le lien avec le bébé.
Les Causes Possibles du RED
Les données actuelles suggèrent qu’il s’agit d’une réaction hormonale. Deux hypothèses principales sont avancées :
- La Chute de Dopamine : Au moment du réflexe d’éjection, le taux d’ocytocine augmente rapidement, tandis que le taux de dopamine chute. La dopamine inhibe la prolactine, et la baisse de son taux favorise l’augmentation du taux de prolactine. Chez certaines mères, cette chute de dopamine serait anormale, induisant des réactions émotionnelles négatives.
- Les Voies de l'Ocytocine Mal "Câblées" : Chez les femmes présentant un RED, les voies de l'ocytocine pourraient être mal câblées. La sécrétion d'ocytocine concomitante au réflexe d'éjection déclencherait une réponse combat-fuite, similaire à celle observée dans le syndrome de stress post-traumatique, au lieu de la réponse positive habituelle.
RED vs Aversion à l'Allaitement vs Dépression Post-Partum
Il est crucial de distinguer le RED de l'aversion à l'allaitement et de la dépression post-partum :
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- RED : survient spécifiquement avant l'éjection du lait et est de courte durée.
- Aversion à l'Allaitement : Se manifeste par des émotions négatives fortes (colère, irritation, rejet) pendant la tétée, ou même en pensant à l'allaitement. L'aversion peut survenir à tout moment de l'allaitement et peut être liée à des facteurs hormonaux, à la fatigue, ou à des expériences négatives.
- Dépression Post-Partum : Un état constant de tristesse, d'anxiété et de désespoir qui persiste dans le temps.
Intensité et Durée du RED
Le RED peut varier en intensité et en durée. Certaines femmes connaissent un RED léger qui s'atténue en quelques mois, tandis que d'autres peuvent souffrir d'un RED sévère qui persiste jusqu'au sevrage. Le RED peut se manifester uniquement lors du premier jet de lait ou à chaque éjection.
On distingue trois intensités de RED :
- Léger : Auto-correction possible dans les 3 premiers mois.
- Modéré : Correction possible autour des 9 mois.
- Sévère : Ne se corrige pas avant 1 an ou plus tard.
Témoignages
- A.-L. : « Des points, non, des bouffées d’angoisse… Voilà ce que je ressentais au creux de mon estomac… à chaque fois que j’allaitais Gabrielle. »
- Adeline : « J'ai suivi sur la plateforme du Congrès LLLI des 14-15 octobre 2024 un diaporama sur le RED, thème auquel je n'avais jamais été confrontée jusque-là, et dont je ne savais rien. »
- Nathalie : « Dès le début de ma deuxième grossesse, j'ai commencé à trouver la succion de ma fille désagréable, gênante. J’ai un peu cherché, cela pouvait être dû aux hormones, mes seins redevenant sensibles. Mais ensuite, j'avais carrément un sentiment de colère envers ma fille. Les tétées me rendaient agressive. »
- Hélène : « Sauf que je n’ai jamais aimé ça, allaiter. La sensation me déplaît, et je n’ai jamais eu ce fameux shoot d’ocytocine tant promis. Le pire a été pendant ma grossesse. Avant, pour me distraire, j’ai toujours eu livre ou smartphone à la main, et fort heureusement, grâce au REF, les tétées n’ont jamais duré trop longtemps. Mais lors de la grossesse s’installait en plus une sensation très éloignée de ce que je suis : moi qui suis d’habitude plutôt calme et patiente, j’ai véritablement eu des crises de rage totale… obligée de repousser mon enfant, parfois violemment, à m’enfermer dans une pièce pour m’éloigner de lui, pauvre petit hurlant désespérément derrière la porte… »
- Une mère : « Je souffre de RED depuis la naissance de ma fille qui a 4 mois maintenant. Au début je ne comprenais pas ce qui m’arrivait cette sensation de malaise qui me prenait à chaque tétée accompagnée de nausées, de tristesse, de blues. J’ai mis ça sur le compte du baby blues sauf qu’après ça ne s’est pas calmé au point où j’ai pensé que je devenais folle. Personne ne comprenait pourquoi quand je donnais le sein et que je mangeais je n’arrivais plus à finir mon assiette. La nausée et cette sensation d’angoisse me prenait l ‘estomac et me coupait toute envie de manger. Grâce au groupe j’ai pu savoir enfin ce qui m’arrivait. Ce n’est plus à chaque tétée que j’ai le mal être mais la nausée est toujours présente. »
- Une autre mère : « Mon red arrive généralement un peu avant ma montée de lait. Je sens une énorme angoisse monter. Elle me prend à l’estomac. C’est comme si j’avais un trou. L’angoisse que je ressens est par rapport au fait de savoir que je vais avoir mal et s’il allait bien vider mon sein pour éviter la mastite. L’angoisse de devoir gérer mes filles pendant les tétées. J’ai aussi eu quelque fois des idées noires. Des envies d’arrêter tout, de partir loin. Surtout pendant les pics de croissance. J’en ai pleuré à cause des sentiments contraires (la joie de pouvoir nourrir son enfant mais aussi toutes les angoisses). Maintenant ça va mieux car je verbalise et aussi je ne retiens pas trop mes émotions, je décharge au maximum. Je lis beaucoup et j’échange. »
Facteurs de Risque et Aggravants
Bien que les causes exactes du RED ne soient pas entièrement comprises, plusieurs facteurs peuvent l'aggraver :
- Manque de connaissance sur le RED
- Manque de temps pour soi
- Isolement
- Prise de galactogènes
- Alimentation faible en glucides
- Contact physique
- Moyen de contraception
- Consommation de caféine
- Stress
- Environnement oppressant ou négatif
- Tétées trop espacées
- Variations du cycle menstruel
- Environnement désordonné
Stratégies d'Atténuation et de Gestion du RED
Bien qu’il n’y ait rien qui arrête complètement le RED, plusieurs stratégies peuvent aider à atténuer les symptômes :
- Reconnaissance et Information :
- Savoir qu'on n'est pas seule : Le simple fait de savoir que d'autres femmes vivent la même chose peut apporter un grand soulagement.
- S'informer sur le RED : Comprendre le phénomène, ses causes possibles et ses manifestations permet de mieux l'appréhender.
- Validation de l'expérience : Être écoutée et reconnue par des professionnels de santé ou des groupes de soutien est essentiel.
- Approches Naturelles :
- Plantes : Si l'"hypothèse dopamine" est la bonne, certaines plantes pourraient aider en augmentant le taux de dopamine ou de levodopa (convertie en dopamine dans le cerveau) : le gattilier, les fèves, le Mucuna pruriens.
- Techniques de relaxation : Acupuncture, hypnose, musicothérapie, méditation et exercices de respiration profonde (comme la respiration ventrale) peuvent aider à réduire le stress et l'anxiété.
- Distraction : Lire, regarder la télévision, écouter de la musique ou parler avec d'autres personnes pendant les tétées peut aider à détourner l'attention des émotions négatives.
- Exercice Physique : L'exercice régulier augmente le taux de dopamine.
- Sommeil Suffisant : Le manque de sommeil peut aggraver le RED.
- Alimentation et Hydratation : Une alimentation équilibrée et une hydratation adéquate peuvent jouer un rôle positif. Certains compléments alimentaires (vitamine D, magnésium, complexe de vitamine B, probiotiques) pourraient également être bénéfiques, mais il est important de consulter un médecin avant de les prendre.
- Technique de refroidissement par la bouche : Avaler un grand verre d'eau froide pourrait aider.
- Amélioration du Réflexe d'Éjection :
- Créer un environnement calme et confortable : Musique douce, lumière tamisée, etc.
- Peau à peau : Favorise la libération d'ocytocine.
- Massage des seins : Avant et pendant la tétée.
- Boire une boisson chaude : Avant la tétée.
- Soutien Psychologique :
- Groupes de soutien : Échanger avec d'autres mères vivant le RED peut apporter un soutien émotionnel et des conseils pratiques.
- Thérapie : Si le RED est sévère et interfère avec la qualité de vie, une thérapie peut être envisagée.
- Approches Médicamenteuses (en cas de RED sévère et sous surveillance médicale) :
- Bupropion : Un inhibiteur de la recapture de la dopamine, semble être le meilleur choix selon les connaissances actuelles. Cependant, ce traitement est encore expérimental.
- Attention : Tous les médicaments qui augmentent le taux de dopamine abaissent celui de prolactine, raison pour laquelle ils sont habituellement déconseillés pendant l’allaitement. Les médicaments antagonistes de la dopamine (dont la dompéridone) peuvent aggraver le RED.
Conseils Pratiques
- Tenir un journal : Noter les moments de dysphorie, leur intensité, les émotions ressenties, les facteurs déclencheurs et les stratégies qui fonctionnent.
- Prendre du temps pour soi : Se détendre, se faire plaisir et se ressourcer.
- Communiquer : Parler de ses sentiments avec son partenaire, sa famille, ses amis ou un professionnel de santé.
- Visualiser son objectif d'allaitement : Se rappeler pourquoi on a choisi d'allaiter et se concentrer sur les aspects positifs.
- Ignorer le sentiment de RED : Se rappeler qu'il est transitoire et qu'il finira par passer.
- Se distraire : Regarder une vidéo, écouter de la musique, lire un livre, etc.
- Boire de l'eau froide : Certaines femmes trouvent que cela aide à atténuer les symptômes.
Aversion à l'Allaitement
L'aversion à l'allaitement est un phénomène distinct du RED, mais il est important de le mentionner car il peut également affecter l'expérience d'allaitement. L'aversion se manifeste par des émotions négatives intenses (colère, irritation, dégoût) pendant la tétée. Elle peut être causée par des facteurs hormonaux, la fatigue, ou des expériences négatives.
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Solutions pour l'Aversion à l'Allaitement
- Allaitement à l'amiable : Ne pas offrir le sein, mais ne pas refuser si le bébé le demande.
- Bilan sanguin : Vérifier les carences (fer, hormones, vitamine D, etc.).
- Vérifier la position au sein : S'assurer que le bébé tète correctement.
- Distraction : Allaiter en présence d'autres personnes, regarder la télévision, etc.
- Glaçon : Tenir un glaçon peut aider à détourner l'attention des émotions négatives.
- Dormir : Le repos est essentiel pour gérer l'aversion.
- Temps pour soi : Se détendre et se ressourcer.
- Journal menstruel : Identifier les liens possibles avec le cycle menstruel.
- Hydratation et nutrition : Adopter une alimentation équilibrée et boire suffisamment d'eau.
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