Les menstruations, un phénomène biologique universel, sont souvent entourées de diverses coutumes et traditions culturelles. Au Sénégal, ces traditions varient en fonction des ethnies, des religions et des régions. Cet article explore les coutumes et traditions liées aux menstruations chez les femmes sénégalaises, en s'appuyant sur des observations ethnographiques et des témoignages.
Rituels musulmans et alimentation : le rôle des femmes sénégalaises
Dans le contexte des rituels musulmans, Kadicha, une jeune femme sénégalaise pratiquante, souligne l'importance des règles et des interdits alimentaires. Au Sénégal, où 90% de la population est musulmane, les échanges interreligieux sont fréquents, notamment autour des repas. Bien que le Coran n'impose pas de restrictions spécifiques aux femmes pendant leurs menstruations en matière de cuisine, les traditions culturelles peuvent influencer leur participation à certaines activités culinaires. Kadicha précise que rien dans la religion n'interdit aux hommes de cuisiner, mais que traditionnellement, c'est plus souvent le rôle des femmes.
Rites de passage Jóola : séparation des sexes et construction de l'identité
Chez les Jóola, une ethnie du sud du Sénégal et du nord de la Guinée-Bissau, les rites de passage marquent la séparation des sexes et la construction de l'identité adulte. Pour les femmes, le moment crucial est le premier accouchement d'un enfant vivant, tandis que pour les hommes, il s'agit d'une initiation collective appelée « bukut ». Ces rites mettent en œuvre des opérations complexes combinant séparation, apprentissages, épreuves et positionnement spécifique dans l'espace rituel.
Ces trois moments rituels organisent :
- La séparation d’avec le sexe opposé.
- L’intégration dans son genre.
- L’accès aux compétences d’homme ou de femme adulte.
Contrairement à d'autres cultures, l'excision est souvent bannie des villages Jóola, et la virginité n'est pas un marqueur pertinent. Le devenir femme passe par les rites entourant le premier accouchement, tandis que le devenir homme passe par l'initiation collective du bukut.
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Espaces-corps : menstruations et marquage du territoire villageois
Les Jóola accordent une importance particulière au traitement rituel des transformations corporelles et des excrétions. Les accouchements et les écoulements de sang sont « contenus » dans des lieux collectifs, spécialisés et spécifiques selon les sexes, installés plus ou moins loin des habitations. Le sang des menstrues est enfoui dans la hutte menstruelle, tandis que le liquide amniotique et le sang de l'accouchement sont placés dans l'enclos de la maternité. Ces lieux, regroupant toutes sortes d'extensions des corps individuels, opèrent un marquage du territoire villageois, de ses limites et de sa structuration, créant ainsi des « espaces-corps ».
Rituels initiatiques féminins chez les Bassari : secret et exhibition
Chez les Bassari, une ethnie du nord de la Guinée et du Sénégal oriental, les rituels initiatiques féminins présentent des spécificités culturelles. Le rituel dyanilemo au Sénégal se déroule à l'abri du regard masculin, tandis que le rituel εyuk en Guinée est un événement spectaculaire qui dévoile partiellement les secrets des hommes. Contrairement à l'initiation masculine, « secret exhibé » et « secret tu » se présentent de manière disjointe dans les rituels féminins.
L'initiation masculine, quant à elle, repose sur la mise en place de configurations relationnelles marquées par la pratique du secret. Les épreuves auxquelles les initiateurs soumettent les candidats se déroulent parfois à l'abri du regard des non-initiés, parfois aux yeux de tous, dans des dispositifs spectaculaires.
Classes d'âge et responsabilités rituelles : l'évolution des femmes Bassari
Chez les Bassari, hommes et femmes sont ordonnés en une série d'échelons d'âge nommés. Les femmes suivent une échelle d'âge parallèle à celle des hommes, avec un léger décalage temporel. Alors que les responsabilités rituelles masculines s'estompent avec l'âge, celles des femmes augmentent de manière continue. Les femmes occupent l'échelon féminin le plus notable vers une cinquantaine d'années, lorsqu'elles sont ɔd-opeka.
L'excision au Sénégal : une pratique en voie d'abandon
Malgré une loi interdisant l'excision depuis 1999, cette pratique reste encore répandue dans certaines régions du Sénégal, notamment à l'extrême sud-est du pays. Selon un rapport de l'Unicef de 2022, 25 % des femmes sont toujours excisées au Sénégal, et ce chiffre s'élève à 91 % dans la région de Kédougou.
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Des militants et des ONG, comme Tostan, mènent une sensibilisation acharnée pour lutter contre l'excision. Grâce à leurs efforts, des dizaines de villages ont officiellement abandonné cette pratique. L'objectif est d'arriver à l'abandon de l'excision par conviction, plutôt que par injonction.
Choc culturel et pudeur : l'expérience d'une expatriée au Sénégal
Une expatriée française témoigne de son choc culturel lors de son arrivée au Sénégal, notamment en matière de pudeur et de rapport au corps. Elle raconte sa surprise face à une « Fatou » allaitant son enfant en public, ou encore face à la façon dont les Sénégalais interpellent quelqu'un. Elle souligne que « notre normal » n'est pas mieux ou moins bien que « leur normal », il est juste différent.
Rapport au temps et dysfonctionnement des services de l'État : le rythme de vie sénégalais
L'expatriée évoque également le rapport au temps différent au Sénégal, où l'on vit au jour le jour et où il est inutile de planifier les choses trop à l'avance. Elle décrit le dysfonctionnement chronique généralisé des services de l'État sénégalais, où la loi de la jungle s'applique pour parvenir à ses fins.
La place des anciens dans la société sénégalaise : sagesse et tradition
Dans les sociétés traditionnelles sénégalaises, les anciens occupent une place particulière et incarnent la sagesse. Ils sont les compagnons privilégiés des rois, les détenteurs de la tradition et des rites. Les décisions majeures sont toujours prises après consultation et approbation des aînés. Pendant la grossesse, les futures mères sont prises en charge par les vieilles femmes, qui les accompagnent et les protègent.
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