La protéinurie, définie par la présence excessive de protéines dans l'urine, le plus souvent de l'albumine, est un phénomène qui nécessite une surveillance particulière pendant la grossesse. Bien que souvent asymptomatique, elle peut révéler des complications potentiellement dangereuses pour la mère et le fœtus. Cet article vise à fournir une vue d'ensemble des causes de la protéinurie pendant la grossesse, des méthodes de diagnostic et des stratégies de prise en charge.

Qu'est-ce que la protéinurie ?

La protéinurie se définit médicalement par un taux de protéines dans les urines supérieur à 150 mg par jour. En dessous de cette limite, on parle d'excrétion physiologique normale. Visuellement, elle peut se traduire par un aspect mousseux des urines. La protéinurie est souvent associée à des pathologies rénales, mais peut également être le signe d'autres affections.

Physiologie rénale et protéinurie

Le rein, organe vital situé dans la partie postérieure de l'abdomen, est composé de glomérules et de tubules. Les glomérules filtrent le sang, tandis que les tubules réabsorbent les molécules nécessaires à l'organisme. L'albumine, produite par le foie et filtrée par le rein, ne se retrouve qu'en infime quantité dans les urines en temps normal. Une anomalie rénale, qu'elle affecte la barrière de filtration glomérulaire ou les tubules, peut entraîner une augmentation de la quantité d'albumine dans les urines, conduisant à la protéinurie.

Causes de la protéinurie pendant la grossesse

La protéinurie pendant la grossesse peut avoir diverses origines :

  • Protéinurie fonctionnelle : Elle se manifeste en cas de flux sanguin rénal important, par exemple lors d'un exercice physique ou d'une fièvre.
  • Protéinurie orthostatique : Il s'agit d'une affection bénigne où la protéinurie apparaît lorsque la patiente est debout.
  • Infection urinaire : Une infection urinaire peut entraîner une protéinurie, nécessitant un examen cytobactériologique des urines (ECBU) pour confirmation.
  • Pathologies de la grossesse : La protéinurie peut être associée à des complications telles que la prééclampsie, l'hypertension artérielle ou le diabète gestationnel.
  • Maladie rénale chronique : Elle peut révéler une maladie rénale chronique préexistante, non nécessairement liée à la grossesse.
  • Atteinte glomérulaire : Une protéinurie importante, supérieure à 3g par litre et par 24h, témoigne très souvent d’une atteinte glomérulaire (on parle de glomérulopathie).
  • Syndrome néphrotique : Le syndrome néphrotique est une maladie rénale qui touche les glomérules.

Diagnostic de la protéinurie pendant la grossesse

Le dépistage de la protéinurie est systématique lors du suivi de grossesse, avec des analyses d'urine mensuelles. Ces tests, obligatoires et pris en charge par l'Assurance Maladie, permettent de détecter précocement toute anomalie.

Lire aussi: Diagnostic de la protéinurie pendant la grossesse

Le diagnostic repose sur :

  • Bandelettes urinaires : Elles détectent la présence d'albumine, mais sont peu sensibles à la microalbuminurie.
  • Analyse d'urines en laboratoire : Elle est obligatoire en cas de test urinaire positif et permet de quantifier et d'identifier les protéines présentes.
  • Protéinurie des 24 heures : Elle consiste à recueillir toutes les urines pendant 24 heures pour mesurer précisément le taux de protéines.

Chez la femme enceinte, la concentration de protéines dans les urines ne doit pas dépasser 300 mg par jour.

Prééclampsie : un risque majeur

La prééclampsie, ou toxémie gravidique, est une complication grave de la grossesse caractérisée par une hypertension artérielle et une protéinurie. Elle touche environ 5 % des grossesses et constitue une cause importante de décès maternels.

Les symptômes de la prééclampsie peuvent inclure :

  • Gonflements des membres
  • Maux de tête
  • Douleurs abdominales
  • Troubles visuels
  • Nausées et vomissements
  • Saignements

Une surveillance étroite de la tension artérielle et de la protéinurie est essentielle pour détecter et prendre en charge rapidement la prééclampsie.

Lire aussi: Tout savoir sur la protéinurie post-partum

Syndrome HELLP

Le syndrome de HELLP est une forme sévère de prééclampsie qui associe des anomalies hépatiques, une baisse des plaquettes et une destruction des globules rouges. Il peut apparaître au troisième trimestre ou après l'accouchement. Les symptômes incluent des douleurs abdominales, des nausées, des vomissements, des maux de tête et une fatigue intense. Le syndrome HELLP est une urgence médicale qui nécessite une prise en charge rapide.

Prise en charge de la protéinurie pendant la grossesse

Le traitement de la protéinurie dépend de sa cause. Il est crucial de traiter la cause sous-jacente plutôt que la protéinurie elle-même.

  • Infection urinaire : Un traitement antibiotique approprié est prescrit.
  • Prééclampsie : La seule solution efficace est l'accouchement, dont l'urgence dépend du stade de la grossesse et de la gravité de la prééclampsie. Des médicaments antihypertenseurs et une hospitalisation peuvent être nécessaires. Dans les cas les plus graves, une interruption de grossesse peut être envisagée.
  • Maladie rénale chronique : Une surveillance étroite et une prise en charge spécifique sont mises en place.

En complément du traitement de la cause, certaines mesures peuvent être recommandées :

  • Repos adapté
  • Limitation de l'apport en sel
  • Hydratation suffisante
  • Surveillance régulière de la glycémie en cas de diabète gestationnel

Protéinurie et grossesse : quelques chiffres

  • Environ 5 % des grossesses sont compliquées par une prééclampsie.
  • La prééclampsie est la deuxième cause de décès maternels en France.
  • La protéinurie est considérée comme significative chez la femme enceinte si elle dépasse 300 mg par jour.

Lire aussi: Interprétation protéinurie grossesse

tags: #proteinurie #grossesse #causes #et #diagnostic

Articles populaires: