La mammite, une inflammation de la mamelle, représente un défi majeur pour les éleveurs laitiers, affectant la santé animale, la qualité du lait et la rentabilité des exploitations. La prévention des mammites, particulièrement pendant la période délicate du pic de lactation et du tarissement, est essentielle pour maintenir la santé du troupeau et optimiser la production laitière. Cet article explore les stratégies clés et les bonnes pratiques à adopter pour prévenir efficacement les mammites, en mettant l'accent sur les périodes critiques de lactation et de tarissement.
Importance de la prévention des mammites
Les mammites cliniques entraînent des pertes économiques significatives en raison des coûts de traitement, de la diminution de la production laitière et de la réforme prématurée des vaches. De plus, elles ont un impact négatif sur le bien-être animal. La prévention des mammites est donc un enjeu majeur pour les éleveurs laitiers.
Facteurs de risque et périodes critiques
Les vaches laitières sont plus susceptibles de développer des mammites à certaines périodes de leur cycle de production, notamment :
- Début du tarissement: Lors de la première semaine de tarissement, un bouchon naturel en kératine se forme dans le canal du trayon. Une vache avec une production laitière trop importante (au-delà de 15 L) risque d’expulser ce bouchon, et de laisser le champ libre aux bactéries.
- Autour du vêlage: Les vaches sont plus sensibles aux mammites en raison des changements hormonaux et métaboliques associés à la parturition.
- Pic de lactation: La forte mobilisation des réserves corporelles pendant le pic de lactation peut affaiblir le système immunitaire des vaches, les rendant plus vulnérables aux infections.
- Fin de lactation: La présence de cellules en fin de lactation est un signe annonciateur de la pathologie. Les vaches qui viennent d’avoir une mammite seront taries avec un certain risque de voir une rechute s’opérer.
Stratégies de prévention des mammites
1. Gestion du tarissement
Le tarissement est une période clé pour la prévention des mammites. Une bonne gestion du tarissement est essentielle pour optimiser le démarrage de la lactation suivante, éviter les troubles métaboliques et permettre de préparer les phases folliculaires pour la future mise à la reproduction.
- Adapter la conduite alimentaire de fin de lactation: Lors de la fin de lactation, privilégier des foins moyens, les fourrages de qualité étant réservés pour la phase de pic de lactation. La distribution des concentrés est arrêtée 1 à 2 jours avant le sevrage. L’âge idéal du sevrage se situe vers 60-70 jours d’âge de l’agneau.
- Accompagner la diminution de la production: Pour réduire la production à l’approche du tarissement, on peut lever le pied sur le concentré quand on travaille en ration individualisée. Par contre, pas de diète drastique du jour au lendemain pour couper le lait. Au robot, limiter la fréquence à 2 traites/j et passer en monotraite une semaine avant le tarissement. En salle de traite, il est aussi possible de ne passer la vache qu’une fois par jour dans la semaine précédant le tarissement. Il existe aussi des produits "coupe-lait" à base d’extraits de plantes connus pour leur action anti-lactogène.
- Gérer le risque mammites: De bonnes pratiques permettent d’assainir les infections résiduelles et d’éviter l’apparition de nouvelles infectées post-vêlage, sans pour autant recourir systématiquement aux antibiotiques. Une vache considérée saine, c’est-à-dire avec moins de 100/120 000 cellules au dernier contrôlé, voire sur ces trois derniers contrôles, peut être tarie sans antibiotiques. Désinfecter les trayons et porter des gants pour poser un obturateur.
- Ration adaptée: Une fois entrée en période sèche, une vache doit recevoir une ration adaptée, qui doit rester de qualité, pour bien préparer la lactation suivante. Les apports en minéraux doivent être suffisants pour soutenir l’immunité, assurer la qualité du colostrum et la régénération de la mamelle. La ration des taries mérite d’être raisonnée en deux périodes. Pour les premières 3 à 4 semaines, la ration doit aider à assécher la mamelle. Il faut diluer l’énergie et l’azote, mais garder du volume pour maintenir le rumen. Pour les trois à quatre semaines suivantes, la ration va participer à préparer la lactation suivante. Il faut la reconcentrer.
2. Hygiène et environnement
L'hygiène est un facteur crucial dans la prévention des mammites. Un environnement propre et sec réduit le risque de contamination bactérienne des mamelles.
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- Hygiène du logement: Ne pas créer de zone surpeuplée, et garder les aires paillées bien entretenues et nettoyées. Les vaches nécessitent également un accès permanent à de la nourriture et de l'eau en qualité et quantité suffisantes. La mise en contact avec des animaux qui peuvent téter est à éviter.
- Hygiène de la traite: Avant chaque traite, vérifier le vide de la traite pour éviter un défaut qui peut entraîner une hausse de 300 000 cellules/ml. Une fois terminée, il est recommandé de s'assurer que les trayons ne portent pas de signes d'agression. En prévention des mammites, l’un des leviers est la protection du trayon après la traite. Le produit de post-trempage n’est donc pas à choisir au hasard.
- Pédiluve: Mettre en place un pédiluve efficace, afin de contrôler les lésions du pied d’origine infectieuse.
3. Alimentation et nutrition
Une alimentation équilibrée et adaptée aux besoins des vaches laitières est essentielle pour maintenir leur système immunitaire et prévenir les mammites.
- Ration équilibrée: La ration doit permettre de garder des vaches entre 3 et 3,25 d'état corporel. Pour prévenir les fièvres de lait, la gestion du calcium est primordiale. L’herbe est à nouveau à risque pour la gestion du Bilan Alimentation Cation Anion, dans la phase de préparation des 10/15 jours avant vêlage.
- Minéraux et vitamines: Les apports en minéraux doivent être suffisants pour soutenir l’immunité, assurer la qualité du colostrum et la régénération de la mamelle.
4. Suivi et observation
Un suivi régulier des vaches permet de détecter rapidement les signes de mammite et d'intervenir précocement.
- Surveillance post-tarissement: Il faut bien les surveiller pendant les deux semaines après le tarissement, vérifier la bonne rumination et qu’il n’y ait pas de mammite.
- Observation des mamelles: En élevage ovin allaitant, il faut intervenir précocement pour avoir des chances de succès grâce à l’observation fréquente des mamelles, des agneaux et du comportement de la brebis. En cas de mammite, il faut vidanger en priorité la mamelle (traite) pour limiter l’inflammation et suivre la prescription du vétérinaire traitant tout en isolant la brebis atteinte et en maintenant un environnement propre et sec.
- Contrôle laitier: Le comptage cellulaire permet d'évaluer le niveau d'infection. Au-delà de 750 000 cellules/ml de lait, on considère la chèvre comme infectée. Au niveau du troupeau, la mesure des concentrations cellulaires du lait de tank peut aussi être utilisée : à partir d'un million de cellules/ml de lait, on estime l'échantillon infecté à plus de 40 %.
5. Génétique et sélection
La sélection d'animaux résistants aux mammites est une stratégie à long terme pour réduire l'incidence de la maladie dans le troupeau.
- Sélection génétique: La sélection d’animaux possédant des caractéristiques souhaitables, comme des mamelles bien attachées ou des trayons bien formés, peut réduire l’incidence des mammites dans le troupeau. Les corrélations génétiques entre les mammites cliniques et plusieurs postes de morphologie, tels que l’état corporel de la vache, la distance plancher-jarret, l’équilibre de la mamelle ou encore l’attache avant, sont intéressantes pour un travail de sélection.
6. Traitement et gestion des cas de mammites
Malgré les efforts de prévention, des cas de mammites peuvent survenir. Il est important de mettre en place un protocole de traitement adapté à chaque vache, en collaboration avec le vétérinaire.
- Diagnostic précoce: Une mammite à ce moment-là se détecte plus difficilement qu’en lactation puisqu’il n’y a pas de traite. Si elle est découverte au bout de 24 à 48h, elle aura eu le temps d’infiltrer la mamelle plus rapidement et ses conséquences seront plus importantes.
- Traitement individualisé: L’idéal est d’individualiser le traitement à chacune des vaches du troupeau, et de ne pas faire de généralités. Un protocole de soin est décidé d’un commun accord avec l’éleveur et le vétérinaire en fonction des cas.
- Mesures d'urgence: Parfois, couper la tétine au milieu pour avoir une traite permanente et laisser les impuretés s’écouler peut-être une solution de dernier recours pour vider la mamelle.
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