La mort subite du nourrisson (MSN), également appelée syndrome de mort subite du nourrisson (SMSN), ou plus largement « mort inattendue du nourrisson » (MIN), est un événement tragique et dévastateur. Elle est définie comme le décès subit et inattendu d'un nourrisson de moins d'un an, apparemment en bonne santé, souvent pendant son sommeil. Bien que la cause exacte de la MSN reste inconnue, des recherches approfondies ont permis d'identifier des facteurs de risque et des mesures de prévention efficaces.

En France, la mort inattendue du nourrisson (MIN) constitue la première cause de décès chez les nourrissons de 1 mois à 1 an, touchant chaque année entre 250 et 350 familles. Malgré une diminution de plus de 75 % du nombre de décès suite aux campagnes nationales « je dors sur le dos » et aux conseils de prévention autour du couchage dans les années 1990, le nombre de décès stagne depuis les années 2000. On estime actuellement qu’encore 50% des cas de mort inattendue du nourrisson seraient évitables en respectant les mesures de prévention recommandées notamment en termes d’environnement et de couchage.

Cet article vise à fournir des informations complètes et à jour sur la prévention de la MSN, en s'appuyant sur les recommandations d'organisations telles que l'American Academy of Pediatrics (AAP) et l'Agence de santé publique du Canada, ainsi que sur les meilleures pratiques actuelles.

Distinction entre mort inattendue du nourrisson et mort subite du nourrisson

Il est important de distinguer la mort inattendue du nourrisson (MIN) de la mort subite du nourrisson (MSN). La MIN est une circonstance de décès, tandis que la MSN est un diagnostic posé après une enquête approfondie.

Au sein des morts inattendues se trouvent des morts expliquées par une cause naturelle ou violente et des morts qui restent inexpliquées, malgré une enquête complète, notamment une autopsie. Les décès qui restent inexpliqués sont regroupés sous le terme de mort subite du nourrisson (MSN). Ce n’est qu’après une exploration approfondie qu’une MIN peut être classée en MSN.

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Facteurs de risque de la mort inattendue du nourrisson

La mort inattendue du nourrisson est considérée depuis plusieurs années comme d’origine plurifactorielle selon le modèle du « triple risque », à savoir :

  • Un enfant vulnérable par son histoire (prématuré, petit poids de naissance, etc.) ;
  • Une période critique de son développement neurologique, respiratoire et cardiaque (1 à 4 mois - 75 % des décès survenant avant les 6 mois de l’enfant) ;
  • Une exposition à des facteurs « de stress » environnementaux (décubitus ventral ou latéral, tabagisme passif, couchage sur une surface inadaptée, objets dans le lit, infections, etc.).

Ces trois facteurs réunis constituant alors une situation à risque majeure pour l’enfant.

Outre ces facteurs, il existe des facteurs de risque non évitables, comme l’âge, le sexe, le faible poids de naissance (hypotrophie), la prématurité, et des facteurs de risque évitables, sur lesquels il est possible d’agir pour éviter le décès de l’enfant.

Facteurs de risque liés à l'environnement de couchage

De nombreuses études ont permis d’isoler plusieurs facteurs de risque extrinsèques de mort inattendue du nourrisson (MIN), notamment environnementaux. Parmi eux :

  • Couchage sur le ventre ou sur le côté: Le couchage en décubitus ventral ou latéral représente le facteur de risque majeur de MIN [1], lié au risque d’obstruction mécanique des voies aériennes supérieures.
  • Présence d'objets dans le lit: La présence d’objets dans le lit (couverture, couette, oreiller, doudous, peluches, tour de lit, etc.) ou le couchage sur un matelas mou, un canapé etc. augmentent le risque d’enfouissement ou de confinement du visage de l’enfant.
  • Partage du lit: Le partage du lit est également un facteur de risque indépendant, multipliant par 5 le risque de MIN chez les moins de 3 mois.
  • Tabagisme maternel anténatal: On estime qu’un tiers des morts inattendues du nourrisson (MIN) serait évitable en l’absence de tabagisme maternel anténatal.

Recommandations pour un environnement de sommeil sûr

Les recommandations de l’American Academy of Pediatrics (AAP) [4], mises à jour en octobre 2016, reposent sur des données scientifiques basées sur les preuves (Evidence-Based Medecine) et ont pour objet d’informer les professionnels de santé et les parents sur les mesures de prévention à adopter, permettant de créer un environnement de sommeil plus sûr.

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Position de sommeil

La recommandation la plus importante est de coucher les nourrissons strictement en décubitus dorsal (sur le dos), pour toutes les siestes et tous les couchers. Cette position a été associée à une réduction significative du risque de MSN.

Surface de couchage

Le nourrisson doit être couché sur un matelas ferme, dans un lit à barreaux conforme aux normes de sécurité. Évitez les matelas mous, les coussins, les couvertures épaisses et autres surfaces molles qui pourraient augmenter le risque d'enfouissement et d'étouffement.

Articles de literie

Le lit du bébé doit être épuré et exempt de tout objet mou ou susceptible de gêner sa respiration. Ne mettez pas de coussins, de couvertures, de couettes, de peluches, de tours de lit ou de cale-bébés dans le lit. Utilisez plutôt une turbulette ou une gigoteuse adaptée à la taille de l'enfant et à la saison pour le maintenir au chaud.

Température de la chambre

La température de la chambre de bébé doit être maintenue entre 18 et 20°C. Évitez de surchauffer la pièce, car la chaleur excessive peut augmenter le risque de MSN.

Partage de chambre

Il est recommandé de faire dormir l’enfant dans la chambre de ses parents au moins les 6 premiers mois (âge critique de la MIN) voire la première année. Le partage de la chambre des parents serait en revanche bénéfique et diminuerait le risque de MIN de 50%, probablement en facilitant la surveillance de l’enfant, son accessibilité et un repositionnement plus facile dans son lit en cas d’allaitement. Attention, il s’agit bien de la même chambre et non du même lit.

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Allaitement maternel

L’allaitement les 6 premiers mois grâce aux effets bénéfiques de l’allaitement maternel, l’effet protecteur étant majoré en cas d’allaitement maternel exclusif et de durée prolongée. Allaiter semble avoir des bienfaits sur les cycles du sommeil du nourrisson, ainsi que sur son système immunitaire.

Utilisation de la tétine

Des études rapportent un effet protecteur de la tétine lorsqu’elle est positionnée au moment de l’endormissement et non fixée à l’enfant (risque de strangulation, etc.).

Éviter l'exposition à la fumée de tabac

Il est essentiel d'éviter toute exposition à la fumée de tabac pendant la grossesse et après la naissance. Le tabagisme maternel est un facteur de risque majeur de MSN. Ne fumez jamais en présence de votre bébé, ni dans la maison ou la voiture.

Attention aux dispositifs de retenue

Une désinformation récente et une méconnaissance du développement moteur du bébé rendent à tort le décubitus dorsal responsable de déformations crâniennes positionnelles (DCP). Sur un plan mécanistique, l’augmentation constatée de DCP ou « plagiocéphalies » est secondaire, non pas au décubitus dorsal, mais à la généralisation de l’immobilisation des nourrissons du fait de l’utilisation des dispositifs de retenue (siège-coque, etc.) hors des véhicules et de certains matériels de puériculture (cale-tête, cale-bébé, coussin anti-tête plate, cocon, coussin de positionnement, matelas à mémoire de forme, réducteur de lit, transat, balancelle, hamac, etc.) qui bloquent toute motricité spontanée du nourrisson. Les consignes de couchage sur le dos strict sans contrainte physique ne sont pas en contradiction avec les conseils de prévention des DCP qui reposent sur le respect de la motricité libre, sur l’alternance des positionnements de la tête du nourrisson dans son lit mais aussi sur l’utilisation de tapis d’éveil avec des jeux au sol et du portage parental afin que le champ de vision à l’éveil soit élargi.

Vaccination

Parmi les recommandations réalisées par l‘AAP, les analyses du Système de notification des effets indésirables des vaccins aux États-Unis n'ont montré aucun lien entre les vaccins et la mort subite du nourrisson (MSN). En revanche, plusieurs études cas-témoins à large échelle ont systématiquement mis en évidence que les vaccins auraient un effet protecteur contre la MIN [13].

Prise en charge des morts inattendues du nourrisson

Une circulaire interministérielle du 14 mars 1986 a défini les missions des Centres de Référence MIN (CRMIN) afin de prendre en charge dans une structure hospitalière adaptée, les enfants de moins de 2 ans décédés de mort inattendue du nourrisson et réaliser les investigations diagnostiques post-mortem.

Ces centres de référence ont aussi pour missions d’accompagner les familles, de développer des axes de recherche visant à améliorer la compréhension de cette pathologie, de participer à la prévention et la formation des professionnels de santé ainsi que des familles. En 2013, les CRMIN français se sont réunis au sein de l’Association nationale des centres de référence de la mort inattendue du nourrisson (ANCReMIN) pour soutenir la recherche et mieux diffuser les informations cliniques, physiologiques, scientifiques et soutenir les actions de prévention et de santé publique en lien avec les morts inattendues du nourrisson, les morts fœtales tardives inexpliquées et les décès en salle de naissance.

Modalités de prise en charge

Les modalités de prise en charge des MIN reposent sur les recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS) publiées en 2007, à savoir :

  • Une prise en charge pré-hospitalière, sur le lieu du décès où sont recueillies par l’équipe SMUR : les circonstances de décès, les données cliniques et environnementales concernant l’enfant et sa famille (examen clinique complet de l’enfant, entretien avec les personnes présentes, examen du lieu de décès, recueil du carnet de santé, etc.) avec une retranscription des données sur la « fiche d’intervention » standardisée au niveau national et mise à disposition des CR MIN ;
  • Une prise en charge hospitalière au CRMIN, assurée par un pédiatre référent qui réalise un entretien avec la famille, un examen clinique complet de l’enfant décédé, les examens biologiques, bactériologiques, virologiques, métaboliques, génétiques et toxicologiques (fond d’œil, examens radiologiques : radiographie thoracique, radiographies de squelette corps entier, imagerie cérébrale voire du corps entier, prélèvements à visée conservatoire), et sollicite une autopsie ;
  • Une prise en charge post-hospitalière dans les semaines suivant le décès, avec un suivi régulier des familles organisé par l’équipe référente, afin de communiquer et expliquer l’ensemble des résultats aux parents, mais aussi de leur proposer, ainsi qu’à la fratrie, un soutien psychologique, une orientation vers des associations de parents et un accompagnement médical, préventif et psychologique en cas de grossesse ultérieure.

Ressources et soutien

La mort subite du nourrisson est une tragédie qui peut avoir un impact profond sur les familles. Il est important de savoir que vous n'êtes pas seul et que des ressources et un soutien sont disponibles.

Voici quelques organisations qui peuvent vous aider :

  • Naître et Vivre: L’association pour l’accompagnement des parents en deuil d’un tout-petit, la prévention de la mort inattendue du nourrisson et le soutien à la recherche. Ligne d’écoute: 01 47 23 05 08.
  • Observatoire national des Morts Inattendues du Nourrisson: Le Centre Hospitalier Universitaire de Nantes en collaboration avec l‘Association Nationale des Centres Référents de la Mort Inattendue du Nourrisson (ANCReMIN) a mis en place en mai 2015, un Observatoire national français des MIN (registre OMIN). Celui-ci regroupe les centres référents français prenant en charge les enfants décédés de mort inattendue du nourrisson en France.
  • Centres de Référence MIN (CRMIN): Ces centres offrent une prise en charge spécialisée aux familles touchées par la MIN, ainsi qu'un soutien psychologique et un accompagnement dans les démarches diagnostiques et administratives.

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