Les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité chez les femmes, un fait souvent éclipsé par la perception que ces problèmes sont principalement masculins. Un sous-diagnostic des maladies cardiaques chez les femmes est un phénomène récurrent, influencé par des facteurs physiopathologiques, socio-culturels et médicaux qui entravent la détection précoce des risques. Cet article explore le lien entre la pré-éclampsie, une complication de la grossesse, et les problèmes coronariens, soulignant l'importance d'un suivi cardiovasculaire attentif pour les femmes ayant des antécédents de troubles hypertensifs de la grossesse.

Pré-éclampsie : Une Complication Gravidique à Surveiller

La pré-éclampsie, ou prééclampsie, est définie par une hypertension artérielle gravidique (≥ 140 et/ou 90 mmHg apparaissant après 20 semaines d'aménorrhée (SA)) associée à une protéinurie ≥ 0,3 g/24h nécessitant une hospitalisation. Elle touche 1 à 2 % des femmes enceintes et peut entraîner des complications sévères, voire le décès maternel et/ou fœtal. La délivrance du placenta est le seul traitement étiologique. L'éclampsie, une crise convulsive généralisée survenant chez une femme enceinte atteinte d'hypertension gravidique, représente une urgence médicale.

En France, environ 62 000 grossesses par an sont concernées par les désordres hypertensifs de la grossesse (HTA chronique préexistante, HTA gestationnelle, pré-éclampsie), soit 7% des grossesses, dont 2% de pré-éclampsies (3% chez les primipares).

Facteurs de Risque et Manifestations

Certains facteurs de risque de la pré-éclampsie sont connus : diabète antérieur à la grossesse, HTA, obésité, insuffisance rénale, lupus, âge supérieur à 40 ans, antécédents familiaux. Toutefois, elle survient dans les ¾ des cas lors d’une première grossesse, et le risque de récidive est de 15 à 20% seulement.

La pré-éclampsie peut être découverte lors du suivi classique de grossesse (recherche de protéinurie et mesure de la tension artérielle régulières) ou apparaître brutalement, déclenchant maux de tête violents, troubles visuels, douleurs abdominales, ou œdèmes, nécessitant une consultation en urgence.

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Les Maladies Cardiovasculaires Chez les Femmes : Un Sous-Diagnostic Préoccupant

Les femmes exposées à des niveaux élevés de stress, des horaires de travail exigeants et des pressions professionnelles, comme par exemple les dirigeantes, doivent être particulièrement vigilantes. Un bilan de santé approfondi cardio est donc indispensable pour détecter les signes précoces de pathologies cardiaques et mettre en place des mesures préventives.

Pourquoi les Femmes Sont-elles Sous-Diagnostiquées ?

Plusieurs facteurs contribuent au sous-diagnostic des maladies cardiaques chez les femmes :

  1. Symptômes différents : Les femmes peuvent ressentir des symptômes plus subtils et divers que les hommes, tels que fatigue excessive, sensation de malaise, difficultés respiratoires, nausées, douleurs dans le dos, les mâchoires ou l’abdomen, et troubles du sommeil.
  2. Manque de prise en compte des spécificités féminines : Les études cliniques ont historiquement été menées principalement sur des hommes, conduisant à une méconnaissance des facteurs de risque spécifiques aux femmes, tels que les facteurs hormonaux et les pathologies spécifiques comme la pré-éclampsie et la cardiomyopathie du péri-partum.
  3. Stéréotypes de genre : Des biais de genre persistent dans le diagnostic médical, où les femmes sont plus susceptibles de se voir attribuer des diagnostics erronés tels que l’anxiété ou la dépression, plutôt que d’être testées pour des maladies cardiovasculaires.

L'Importance d'un Bilan de Santé Approfondi Cardio

Un bilan de santé approfondi cardio, adapté à la physiologie féminine et aux facteurs de risque spécifiques, est essentiel pour prévenir les maladies cardiaques. Il inclut des examens spécifiques tels que :

  1. Tests spécifiques pour les femmes : Analyses approfondies du cholestérol, de la pression artérielle, et évaluation du risque coronaire par des outils tels que le score calcique coronarien, qui permet de mesurer les dépôts de calcium dans les artères coronaires.
  2. Prise en compte des facteurs hormonaux : Évaluation de la fonction thyroïdienne et analyse de la glycémie, car l’insulinorésistance est plus fréquente après la ménopause et joue un rôle crucial dans les risques cardiaques.
  3. Examens préventifs adaptés aux femmes cadres : ECG, échographie cardiaque, et bilan lipidique approfondi sont essentiels pour détecter toute anomalie avant qu’elle ne devienne un problème grave.

Le Lien Entre Pré-éclampsie et Risque Cardiovasculaire

De plus en plus d'études montrent que les femmes ayant des antécédents de désordres hypertensifs de la grossesse (DHG) ont un risque augmenté de développer une maladie cardiovasculaire. Un travail français avait montré que le risque d'hypertension était six fois plus important après une hypertension gravidique et 8 fois plus important après une pré-éclampsie.

Une étude basée sur les données de la cohorte CONCEPTION, incluant 6,3 millions d'accouchements en France entre 2010 et 2018, a confirmé ces résultats. Elle a montré que pour tous les évènements cardiovasculaires étudiés, excepté les troubles du rythme, un gradient de risque était observé depuis le groupe de l'ensemble des femmes de la cohorte, au groupe des femmes avec hypertension gravidique puis à celui des femmes avec pré-éclampsie. Les deux évènements les plus augmentés en cas de pré-éclampsie étaient l'insuffisance cardiaque et la maladie rénale chronique.

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Impact de la Sévérité et de la Récidive

La sévérité, la précocité et la répétition de la pré-éclampsie augmentent encore le risque de développer des maladies cardiovasculaires. En cas de récidive de pré-éclampsie, il y avait un sur-risque de syndrome coronaires aigus (SCA) et de maladie rénale chronique. Les pré-éclampsies sévères ou précoces, ou associées à l'hypertension ou à un petit poids pour l'âge gestationnel, multiplient jusqu'à 10 fois le risque d'insuffisance cardiaque et de maladie rénale chronique.

Valérie Olié, épidémiologiste à Santé publique France, a synthétisé les données de la cohorte CONCEPTION, qui reflète une quasi-exhaustivité des grossesses en France. Les troubles hypertensifs de la grossesse touchaient 7,4% des grossesses en France, la pré-éclampsie 2,0% des grossesses (2,9% chez les primipares), dont 40% de cas sévères et 20% de cas précoces. Un sur-risque d'HTA chronique a été mis en évidence après une grossesse affectée par une hypertension gravidique ou une pré-éclampsie, avec des risques relatifs multipliés par 6 et 8, respectivement.

Implications Cliniques et Suivi Post-partum

Après la survenue d’un tel incident, il importe d’effectuer un bilan post-partum avec un médecin spécialisé, afin d’identifier de potentiels facteurs de risques pouvant être pris en charge (HTA par exemple). La mère effectuera un bilan cardiovasculaire et recevra si besoin recommandations ou traitement adapté.

Grégory Lailler souligne l'importance d'informer ces femmes du sur-risque qu'elles ont, de les dépister (simplement prendre la tension, également la glycémie) et de les suivre tout au long de leur vie.

Infertilité et Risque Cardiovasculaire

Une étude récente a analysé l'association entre l'infertilité et les maladies cardiovasculaires chez les femmes participant à la Nurses' Health Study II. Parmi 103 729 femmes, 27,6 % ont déclaré avoir déjà été infertiles. Les résultats suggèrent que les femmes infertiles peuvent être exposées à un discret risque accru de maladie coronarienne, particulièrement celles ayant des troubles ovulatoires ou de l'endométriose.

Lire aussi: Prise en charge actuelle de la prééclampsie

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