La pré-éclampsie est une complication de la grossesse qui nécessite une surveillance attentive. Elle est définie par l’apparition après 20 semaines d’aménorrhée (SA) d’une hypertension artérielle (≥ 140/90 mmHg) associée à au moins un signe de dysfonction d’organe maternel et/ou fœtal. Le dépistage précoce par le suivi médical et les analyses de laboratoire est essentiel. En cas de symptôme inhabituel, il est impératif de consulter sans attendre. Votre laboratoire est à vos côtés pour contribuer à votre suivi de grossesse et à votre bien-être.

Qu'est-ce que la pré-éclampsie ?

La pré-éclampsie, autrefois appelée « toxémie gravidique », est une maladie spécifique de la grossesse. Elle touche environ 2% des grossesses et est due à un dysfonctionnement du placenta. La pré-éclampsie est une maladie fréquente de la grossesse, notamment associée à une hypertension artérielle et à l’apparition de protéines dans les urines. Elle est causée par une malformation des vaisseaux sanguins du placenta et provoque une souffrance du fœtus et une hypertension artérielle chez la mère.

Dans la plupart des cas, un suivi régulier et un traitement adéquat permettent d'éviter d'éventuelles complications graves pour la mère et le fœtus. La plupart des patientes accoucheront d’un bébé en bonne santé et se rétabliront rapidement. Mais s’il n’est pas traité, ce syndrome entraîne de nombreuses complications pour la mère et son enfant. Les recherches en cours devraient permettre de mieux comprendre comment et pourquoi survient cette maladie, de manière à la détecter et à la traiter le plus précocement possible.

Définition Clinique

Selon sa définition clinique d’avant 2015 que nous utiliserons ici, la pré-éclampsie est associée à :

  • Une concentration de protéines dans les urines supérieure à 300 mg/24h.
  • Une pression artérielle systolique supérieure à 140 mmHg.
  • Une pression artérielle diastolique supérieure à 90 mmHg.

La pré-éclampsie cesse avec la naissance de l’enfant et l’expulsion du placenta. Tous les traitements médicaux mis en œuvre lors de prééclampsie servent à maintenir la grossesse jusqu’à un terme compatible avec la survie du fœtus.

Lire aussi: Traitement de l'éclampsie post-partum

Causes et Facteurs de Risque

Les causes exactes de la pré-éclampsie ne sont pas entièrement comprises, mais plusieurs facteurs semblent jouer un rôle dans son apparition :

  • Dysfonctionnement placentaire: La pré-éclampsie résulte d’un mauvais fonctionnement du placenta lié à une mauvaise vascularisation de ce dernier. Le manque d’efficacité du placenta conduit à une perturbation de la croissance de l’enfant et à une libération de substances toxiques dans le sang maternel. Chez les femmes qui développent une pré-éclampsie, le placenta paraît se former et fonctionner normalement pendant le premier trimestre de grossesse. Mais après la 20e semaine (dans le cas des pré-éclampsies précoces), des défauts apparaissent dans le gigantesque réseau vasculaire formé entre le placenta et la paroi de l’utérus, en particulier en relation avec l’invasion des artères spiralées utérines maternelles par des cellules d’origine placentaire (trophoblastes).
  • Antécédents médicaux: Hypertension artérielle chronique, maladies rénales ou pré-éclampsie dans une grossesse précédente. Un antécédent de pré-éclampsie (qui multiplie le risque par 7).
  • Grossesse multiple: Les femmes enceintes de jumeaux ou plus présentent un risque accru.
  • Âge maternel: Les femmes de moins de 20 ans ou de plus de 40 ans sont plus susceptibles de développer une pré-éclampsie. Etre âgée de plus de 40 ans ou de moins de 18 ans.
  • Obésité: Un indice de masse corporelle (IMC) élevé avant ou pendant la grossesse peut augmenter le risque. Une obésité (IMC supérieure à 30).
  • Maladies chroniques: Le diabète, les maladies cardiaques ou les troubles auto-immuns augmentent également le risque de pré-éclampsie.
  • Facteurs de risque supplémentaires: Un changement de partenaire sexuel ou une insuffisance à l’exposition du sperme de son partenaire (port prolongé du préservatif).
  • Nulliparité: Une première grossesse (nulliparité). Entre 70 et 75 % des pré-éclampsies survient lors de la première grossesse d’une femme. Néanmoins, il n’est pas exclu de présenter ce syndrome au cours d’une grossesse ultérieure, notamment en cas de changement de partenaire. La réduction du risque de pré-éclampsie lors d’une deuxième grossesse et des grossesses suivantes, lorsqu’elles impliquent le même partenaire, serait liée à une adaptation du système immunitaire de la mère aux antigènes du père, notamment via des cellules nommées « T régulatrices ».
  • Susceptibilité génétique: La pré-éclampsie est une maladie multifactorielle, mais le terrain génétique semble jouer un rôle important dans sa survenue avec une héritabilité estimée à 50 %.

Ces facteurs ne signifient pas qu’une pré-éclampsie va forcément survenir, mais elles justifient une surveillance renforcée.

Signes et Symptômes à Surveiller

Dans beaucoup de cas, la future maman ne ressent aucun symptôme, c’est pourquoi le suivi médical régulier est si important. Certains signes doivent alerter :

  • Des maux de tête persistants ou inhabituels. Ces manifestations peuvent s’accompagner de divers symptômes comme des céphalées violentes.
  • Des troubles de la vision (vue floue, lumières, mouches devant les yeux). Troubles visuels (hypersensibilité à la lumière, « mouches », taches ou brillances devant les yeux). Les problèmes visuels sont dus à la pression exercée sur la rétine par l'hypertension artérielle.
  • Des douleurs au niveau du ventre ou sous les côtes.
  • Des gonflements soudains du visage, des mains ou des pieds. Une prééclampsie peut aussi causer une enflure, surtout du visage et des mains. Cette enflure peut entraîner une prise de poids supérieure à celle escomptée durant une grossesse.
  • Une prise de poids rapide (liée à la rétention d’eau). Des œdèmes massifs peuvent apparaître et s’accompagner d’une prise de poids brutale (plusieurs kilos en quelques jours).
  • Acouphènes
  • Douleurs abdominales
  • Vomissements
  • Diminution ou l’arrêt des urines.
  • Réflexes inhabituellement vifs.

En cas de doute, contactez rapidement votre sage-femme, votre gynécologue ou la maternité.

Complications Potentielles

Sans prise en charge, la pré-éclampsie peut évoluer vers des formes graves :

Lire aussi: Prééclampsie : Guide complet

  • Éclampsie: Survenue de convulsions chez la mère. L’éclampsie fait partie des complications d’une pré-éclampsie (d’où le préfixe « pré », puisque la pré-éclampsie précède l’éclampsie). Il s’agit de crises convulsives généralisées de la mère, semblables à l’épilepsie. Une éclampsie indique que la pré-éclampsie n’a pas été traitée et sa survenue est potentiellement mortelle. Environ 1 personne sur 200 atteinte de prééclampsie légère voit son affection évoluer en une éclampsie franche, une affection menant à des convulsions possiblement mortelles pour la parent biologique et l'enfant. Toutefois, une proportion aussi grande qu'une personne sur 50 atteinte de prééclampsie sévère est susceptible de subir une convulsion.
  • Syndrome HELLP: Atteinte du foie et baisse importante des plaquettes sanguines. Le syndrome HELLP (pour Hemolysis, Elevated Liver enzymes, Low Platelet count) est une complication rare et grave de la pré-éclampsie. Hémolyse est le nom donné à la destruction des globules rouges dans le foie. C'est une fonction normale de l'organisme, mais quand elle est accélérée, comme dans le cas du syndrome HELLP, les cellules sont tuées plus vite qu'elles ne peuvent être remplacées et il en résulte une anémie. L'élévation des enzymes hépatiques est un signe d'inflammation ou d'hyperactivité du foie. Les plaquettes sanguines sont de minuscules composantes du sang en grande partie responsables de la coagulation.
  • Décollement placentaire: Séparation prématurée du placenta, pouvant provoquer des saignements importants. Le décollement placentaire : le placenta se sépare de la paroi de l'utérus et un saignement interne se produit à l'endroit où il était fixé.
  • Retard de croissance intra-utérin ou souffrance fœtale: Liés à une mauvaise oxygénation du bébé. La croissance du bébé peut être affectée parce que l'hypertension artérielle peut modifier le passage du sang vers le bébé à travers le placenta.
  • Hémorragie cérébrale: Qui est la cause principale de décès des mères.
  • Insuffisance rénale chez la mère.

La pré-éclampsie peut en outre avoir des conséquences à plus long terme sur la santé cardiovasculaire et rénale de la mère, et probablement celle de l’enfant.

Prise en Charge et Traitement

Le traitement de la pré-éclampsie dépend de la gravité et de l’avancement de la grossesse. Les principales approches incluent :

  • Suivi médical rapproché: Surveillance régulière de la tension artérielle et des analyses urinaires pour détecter toute anomalie. Une hospitalisation est nécessaire pour permettre un suivi extrêmement régulier de la future maman. Ce suivi inclut l’évaluation de la gravité de la pré-éclampsie pour la mère : sa tension artérielle est-elle ou non contrôlable par des hypotenseurs, présente-t-elle des signes fonctionnels de la maladie, ses fonctions vitales (pouls, respiration, diurèse, conscience) sont-elles altérées ? Ce suivi permet en outre de mesurer le retentissement de la maladie sur le fœtus (via l’évaluation de ses mouvements actifs, son activité cardiaque, de la hauteur utérine…).
  • Médicaments antihypertenseurs: En cas d’hypertension sévère, des médicaments peuvent être prescrits pour contrôler la pression artérielle. Les médicaments utilisés normalement pour maîtriser une pression artérielle élevée ne sont pas utilisés dans le traitement d'une prééclampsie.
  • Repos et hospitalisation: Un repos strict, voire une hospitalisation, peuvent être nécessaires. Pour les cas de pré-éclampsie sans symptôme sévère, la femme enceinte peut rester à domicile en évitant le travail, le stress et en privilégiant la position assise. Un arrêt de travail est proposé. Mais la plupart du temps, une hospitalisation de la femme enceinte est nécessaire pour évaluer la gravité de la maladie et suivre les effets de son évolution sur l'organisme de la patiente et de l'enfant qu'elle porte.
  • Sulfate de magnésium: On injecte au contraire du sulfate de magnésium. Son action atténue l'hyperréflexie (l'exagération des réflexes) et diminue le risque de crises convulsives. Elle abaisse aussi la pression artérielle. On utilise le même médicament dans le cas d'une éclampsie avérée. Le sulfate de magnésium aide à maîtriser les symptômes et réduit le risque de complications fatales.
  • Accouchement anticipé: Si les risques pour la mère ou l’enfant sont trop importants, il peut être nécessaire d’initier l’accouchement, même si la grossesse n’est pas à terme. La façon définitive de protéger la mère est alors d’extraire le fœtus et le placenta, que le fœtus soit déjà viable ou non. Les médecins vont également régulièrement évaluer les mesures à mettre en œuvre s’il devient nécessaire d’extraire le fœtus et son placenta en urgence, par césarienne ou en déclenchant le travail (selon l’âge gestationnel, la présentation fœtale…). En cas de mauvais pronostic, le seul moyen de protéger la mère est en effet de mettre un terme à la grossesse. L’enjeu de la prise en charge consiste donc à prolonger la grossesse le plus longtemps possible, afin de libérer l’enfant à une période acceptable de son développement. Des corticoïdes sont administrés au fœtus pour accélérer la maturation pulmonaire. Un accouchement rapide réduit le risque de complications tant pour le parent biologique que pour le bébé et constitue le seul remède contre la prééclampsie.

Prévention de la Pré-éclampsie

Certaines précautions peuvent aider à réduire le risque :

  • Suivre toutes les consultations de grossesse (même si tout va bien).
  • Surveiller votre tension et vos urines comme cela est recommandé. La pression artérielle et le taux de protéines dans les urines sont testés à chaque rendez-vous de suivi habituel de grossesse.
  • Adopter une alimentation équilibrée et boire suffisamment d’eau.
  • Bouger régulièrement (selon les conseils de votre médecin).
  • Dans certains cas, votre médecin peut proposer un traitement préventif, comme une faible dose d’aspirine. Chez les patientes qui ont un antécédent de pré-éclampsie, un traitement préventif par aspirine à faible dose peut être prescrit. Il doit être commencé avant la 16e semaine d’aménorrhée. Au niveau médical, plusieurs résultats d’études scientifiques s’accordent sur l’effet protecteur de l’aspirine. Cette molécule, prise à faible dose, permettrait de réduire par 2 à 4 le risque de développer une pré-éclampsie.

Suivi Post-Partum

La plupart du temps, tout rentre dans l’ordre après la naissance du bébé. Cependant, un suivi de la tension artérielle et la réalisation de bilans sanguins peuvent être nécessaires pendant quelques semaines. Un suivi post-partum (après la grossesse), est important pour éviter toute récidive ou complication tardive. Le parent biologique doit être réévaluée au cours de la semaine suivant leur congé de l’hôpital après l’accouchement. Occasionnellement, la prééclampsie peut se produire jusqu'à 4 semaines après l'accouchement, mais habituellement la pression artérielle baisse régulièrement après l'accouchement du bébé.

Importance de la Recherche

De nos jours et grâce à la recherche, la pré-éclampsie est une maladie mieux comprise qu’il y a encore quelques années. Mieux comprendre la maladie grâce aux modèles précliniques.

Lire aussi: Comprendre la pré-éclampsie

Mis au point à l’Inserm, un modèle de souris transgéniques qui surexpriment le gène STOX1 dans leur placenta a permis de progresser dans la connaissance de la maladie et de tester des voies thérapeutiques. Pour rappel, le gène STOX1 est impliqué dans des formes familiales de pré-éclampsie. Les souris qui le surexpriment au niveau placentaire développent exactement les mêmes symptômes que les patientes atteintes du syndrome. L’utilisation de ces animaux facilite ainsi l’étude des mécanismes pathologiques et l’exploration de nouvelles pistes thérapeutiques.

tags: #pré-éclampsie #symptômes #causes #traitement

Articles populaires: