Le recours aux modèles animaux dans la recherche biologique soulève de nombreuses questions au sein de la société et parmi les acteurs de la recherche. La reconnaissance de l’animal comme un être sensible a été un processus long, influencé par l'évolution des mentalités et les théories philosophiques. Le cadre réglementaire de l’expérimentation animale a considérablement évolué ces dernières années, associé à une réflexion éthique. Le développement de méthodes complémentaires ou alternatives à l’expérimentation animale répond à des préoccupations éthiques, sociétales et scientifiques. Cet article explore l'utilisation des embryons de poule et la culture cellulaire animale, en abordant l'historique de la conscience animale, les aspects législatifs de la protection animale, et les innovations technologiques telles que la culture cellulaire et les modèles animaux.

L'Éveil de la Conscience Animale : Perspectives Philosophiques et Biologiques

La conscience animale a longtemps été un sujet de débat entre scientifiques et philosophes. Dès l'Antiquité, des philosophes comme Aristote estimaient que les animaux non humains n'étaient pas concernés par la justice, car dépourvus de raison. D'autres, tels que Porphyre et Plutarque, affirmaient que les animaux étaient pourvus de sensibilité et devaient être respectés.

Quelques siècles plus tard, René Descartes et Emmanuel Kant soutenaient que l'animal était dépourvu de conscience, tandis que Michel de Montaigne, Jean-Jacques Rousseau et Bentham reconnaissaient à l'animal une sensibilité, allant jusqu'à en faire des êtres sociaux.

L'éthique animale, en tant que discipline philosophique à part entière, s'est constituée tardivement, avec la publication en 1975 de l'ouvrage « Animal Libération » de Peter Singer. Singer combine une approche philosophique avec des démonstrations scientifiques pour mettre en évidence la souffrance animale et l'utilisation abusive des animaux dans l'expérimentation. Il amène ainsi une perspective pathocentriste, rejetant les notions de spécisme et d'utilitarisme.

Des expertises collectives ont été publiées sur la douleur et la conscience animale, associant des philosophes et des biologistes. Une expertise scientifique collective menée par l'INRAE sur les « Douleurs animales en élevage » a été suivie en 2017 par une expertise sur la conscience animale, à la demande de l'Autorité européenne de sécurité alimentaire (EFSA). Ces travaux ont permis de clarifier les concepts et les méthodes d'analyse utilisés pour appréhender la douleur chez les animaux de rente, et d'identifier les situations de douleur.

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La Domestication Animale : Une Éthique Utilitariste

La domestication animale, qui répond à une éthique utilitariste, remonte au paléolithique avec la domestication du chien (- 40 000 ans). Puis, au néolithique, d'autres espèces ont été domestiquées, telles que la vache, le cochon, le mouton, la chèvre et le cheval (- 9 600 ans). Cette étape a permis l'essor de la vie agricole et de nouveaux modes alimentaires. Vers 5 000 ans avant notre ère, ce fut le tour des volailles, et au Moyen Âge, le lapin et l'âne furent domestiqués. Ces pratiques se font parfois au détriment de l'animal, qui y perd en diversité génétique et en capacité cérébrale.

L'Évolution de la Législation sur la Protection Animale

La prise en compte des intérêts des animaux par le législateur est relativement récente. En 1804, le Code civil de Napoléon considérait l’animal comme un « bien meuble ». En France, la préoccupation de la protection animale a été soutenue par la loi en 1850 avec la loi Grammont, qui punissait les mauvais traitements envers les animaux domestiques. En 1959, un décret abroge et remplace la loi Grammont, sanctionnant également les mauvais traitements dans le cadre privé.

La loi du 19 novembre 1963 crée le délit d'actes de cruauté, et la loi du 10 juillet 1976 fixe les principes fondamentaux de la protection animale : l’animal est un être sensible, qui doit être placé dans des conditions compatibles avec ses impératifs biologiques ; il est interdit d’exercer des mauvais traitements envers les animaux ; il est interdit d’utiliser des animaux de façon abusive.

Le Conseil de l’Europe s’intéresse à la protection des animaux (1960-1970) en mettant en place des conventions protégeant les animaux d’élevage, d’expérimentation et domestiques. En 1987, la Convention européenne pour la protection des animaux de compagnie vise le bien-être des animaux domestiques. En 1997, le Traité d’Amsterdam considère l’animal comme « un être sensible ».

En 1999, le code civil français est modifié afin que les animaux, tout en demeurant des biens, ne soient plus assimilés à des choses. L’article 521-1 du code pénal protège l’animal dans sa nature d’être sensible. En 2010, la directive européenne sur l’expérimentation animale souligne que « Les animaux devraient donc toujours être traités comme des créatures sensibles ».

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En 2014, les animaux sont reconnus comme des êtres vivants doués de sensibilité dans le droit français. Le régime juridique reste inchangé, et les règles régissant leur propriété continuent à s’appliquer.

La Domestication et l'Élevage : Une Relation Complexe

La domestication a fait de l'animal d'élevage un animal « utilitaire ». Les objectifs de la domestication concernent essentiellement la production : adaptation aux conditions d'élevage, prolificité, vitesse de croissance, et qualité de la chair ou d'autres produits. La sélection moderne nécessite une évaluation objective des sujets et une organisation rigoureuse des programmes d'élevages. L'élevage intensif, forme la plus poussée de domestication, vise à maximiser la production.

Cependant, depuis plusieurs dizaines d'années, la relation homme - animal et le bien-être des animaux d'élevage sont devenus des sujets de grande importance en agronomie.

L'Utilisation des Animaux dans la Recherche Biomédicale

L’utilisation d’animaux dans le but d’acquérir des connaissances remonte à l’antiquité. Galien pratiquait l’expérimentation animale sur des cochons et des singes. Les progrès de la connaissance scientifique ont démontré l’extraordinaire ressemblance du fonctionnement des corps animaux et humains. Claude Bernard, au XIXe siècle, a défendu la méthode expérimentale, qui a permis des découvertes majeures.

L'Embryon de Poulet : Un Modèle Animal Innovant

Une équipe du CNRS utilise des embryons de poulet pour suivre les étapes du développement d'une tumeur et tester les traitements les plus appropriés. Face au taux d'échec des thérapies contre le cancer, les chercheurs utilisent des modèles animaux, mais les modèles de souris adultes ne répliquent pas fidèlement la réalité.

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L'embryon de poulet offre une fenêtre idéale sur la biologie du développement. Les biologistes connaissent toutes les étapes successives du développement d'un poussin, des processus qui miment bien ce qui se passe chez les mammifères. Valérie Castellani, chercheuse au CNRS, a choisi ce modèle aviaire pour mieux étudier les cancers de l'enfant, notamment le neuroblastome pédiatrique.

Elle greffe des cellules cancéreuses issues des petits malades et observe la prolifération des cellules et leur migration vers les organes. L’intérêt de l'embryon de poulet est qu'il se développe rapidement, et il n'y a pas de rejet des cellules cancéreuses humaines greffées dans l’œuf en raison de l'environnement stérile.

Avec ce modèle animal, il est possible de voir les métastases se développer, exactement aux endroits où elles apparaissent chez les enfants. Il est donc possible ensuite de repérer les signaux qui déclenchent chaque étape et de tester plusieurs traitements pour choisir le plus adapté. Pour standardiser son modèle animal, Valérie Castellani a créé une jeune pousse, ONCOFACTORY, et a adapté ce procédé à des cancers de l'adulte.

Culture Cellulaire Animale : Une Approche Complémentaire

La culture cellulaire animale est une autre approche innovante pour l'étude de la physiologie animale et des pathologies. Elle permet d'obtenir in vitro une grande variété de lignages cellulaires représentatifs des tissus animaux, sur lesquels on peut faire de nombreuses mesures à haut-débit au laboratoire.

Des chercheurs ont caractérisé les cellules ES de l’embryon et les molécules nécessaires à leur survie et leur prolifération. Ils ont utilisé une technologie de pointe qui permet d’étudier l’ensemble des informations cellulaires issues des gènes à l’échelle de cellules uniques. Ils ont identifié de nouvelles sous-populations de cellules embryonnaires, importantes pour la sécrétion de molécules nécessaires à l’implantation. Ils ont également observé deux types de cellules ES embryonnaires.

Ces résultats permettent de mieux comprendre la biologie de l’embryon précoce de mammifère et d’optimiser les conditions de dérivation et de culture des cellules pluripotentes embryonnaires porcines. Ces avancées permettront d’obtenir des lignées de cellules souches embryonnaires porcines, qui permettront de mieux phénotyper in vitro les populations animales et de faire le lien avec les génotypes.

L'Œuf ou la Poule : Une Perspective Évolutionnaire

Des chercheurs ont découvert des particularités étonnantes en étudiant un organisme unicellulaire préhistorique, Chromosphaera perkinsii. Ils ont observé un développement multicellulaire, semblable à celui d’un embryon animal, chez cet organisme. Leurs recherches suggèrent qu’un développement embryonnaire ait pu se produire avant même l’évolution des animaux.

Chromosphaera perkinsii a formé des structures multicellulaires proches de celles des embryons animaux. La manière dont les cellules de C. perkinsii se divisent possède des similarités étonnantes avec les premiers stades du développement embryonnaire chez les animaux. Ces observations ouvrent un autre champ de recherches et sont de nature à remettre en question certains faits considérés comme certains sur la multicellularité.

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