Les malformations congénitales, présentes dès la naissance, affectent environ 1 naissance sur 33 dans le monde. Bien que certaines causes soient identifiées, une grande partie reste inconnue. Cet article explore les causes possibles des malformations congénitales pendant la grossesse, les méthodes de dépistage et de diagnostic prénatal, ainsi que des informations sur des syndromes spécifiques.
Introduction
Les malformations congénitales représentent un défi majeur en santé publique, étant une cause importante de mortalité et de handicap infantile. Comprendre les facteurs qui contribuent à ces anomalies est essentiel pour améliorer le dépistage, la prévention et la prise en charge.
Causes Chromosomiques
Les anomalies chromosomiques sont une cause fréquente d'anomalies du développement embryo-fœtal. Elles sont à l'origine d'environ 50 % des avortements spontanés survenant pendant le premier trimestre de la grossesse. Près de 50 à 70 % des fausses couches précoces sont dues à des causes chromosomiques, principalement des anomalies dans le nombre ou la structure des chromosomes de l’embryon, souvent dues à une erreur lors de la fécondation. La trisomie 16, incompatible avec la vie, est l’une des anomalies les plus fréquentes observées lors de fausses couches précoces. Ces fausses couches ont lieu très tôt, souvent avant la 10e semaine, parfois même avant que la grossesse soit confirmée.
Types d'anomalies chromosomiques
Deux grands types d'anomalies chromosomiques peuvent être diagnostiqués :
Anomalies de nombre des chromosomes (Aneuploïdies) : Le caryotype normal comporte 23 paires de chromosomes, soit 46 chromosomes. Les anomalies peuvent être homogènes (présentes dans toutes les cellules) ou en mosaïque (présentes dans une proportion variable de cellules). L'origine des anomalies homogènes se situe soit au moment de la méiose, soit lors des premières divisions mitotiques du zygote après la fécondation. L'âge maternel élevé est un facteur de risque prédominant des anomalies de disjonction chromosomique méiotique. On parle de trisomie en présence d'un chromosome supplémentaire et de monosomie en cas de perte d'un des deux chromosomes d'une paire chromosomique. Les trisomies les plus fréquentes à la naissance sont les trisomies 21, 18 et 13 et la trisomie 8 en mosaïque. Les trisomies des chromosomes sexuels sont très fréquentes (47,XXX, 47,XXY, 47,XYY). Les monosomies autosomiques sont rarement observées à la naissance, car probablement non viables avec un arrêt précoce de la grossesse. La monosomie X est fréquente, responsable du syndrome de Turner.
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Anomalies de structure des chromosomes : Elles résultent de cassures chromosomiques suivies par un ou plusieurs recollements anormaux. Les trisomies et les monosomies partielles résultent de remaniements de structure. Les anomalies de structure peuvent affecter un chromosome ou plusieurs chromosomes (par exemple, les translocations). Ces anomalies peuvent être équilibrées ou non équilibrées. Les anomalies équilibrées n'entraînent pas de déséquilibre du matériel chromosomique et n'ont habituellement pas d'effet phénotypique, sauf si la cassure interrompt un gène entraînant une maladie génétique correspondante. Les anomalies équilibrées peuvent entraîner, lors de la méiose, la formation de gamètes déséquilibrés donnant des zygotes anormaux, ce qui se traduira par la survenue d'avortements ou par la naissance d'enfants porteurs d'anomalies congénitales. Les anomalies non équilibrées peuvent survenir de novo (délétions, translocations non équilibrées de novo, etc.) ou être la conséquence d'un remaniement parental équilibré.
Dépistage et Diagnostic Prénatal des Anomalies Chromosomiques
Le dépistage chromosomique prénatal est proposé à toutes les femmes enceintes, quel que soit leur âge et leurs antécédents. Ce dépistage est basé sur l'étude combinée de marqueurs échographiques (mesure de l'épaisseur de la nuque fœtale) et de marqueurs biologiques (dosage de plusieurs substances dans le sang maternel) au premier trimestre de grossesse. Le diagnostic prénatal des anomalies chromosomiques est fondé sur l'analyse du caryotype fœtal, réalisé en accord avec les parents après une consultation médicale de conseil génétique. Un caryotype fœtal est proposé aux couples à risque élevé pour ces anomalies, que ce risque soit prévisible (antécédent familial d'anomalie chromosomique) ou imprévisible (dépistage chromosomique plaçant cette grossesse dans un groupe à risque, mise en évidence d'anomalies échographiques).
Anomalies Spécifiques
Trisomie 21 (Syndrome de Down)
La trisomie 21 est une anomalie chromosomique définie par la présence d'un chromosome 21 surnuméraire (trisomie 21 complète) ou d'un fragment de chromosome 21 surnuméraire (trisomie partielle). Le dépistage et le diagnostic prénatal chromosomiques ont entraîné une diminution significative de l'incidence à la naissance. Ce syndrome se caractérise par une déficience intellectuelle constante mais variable, une hypotonie musculaire et une laxité articulaire fréquentes, et des signes morphologiques caractéristiques. Un suivi médical doit être mis en place en raison de l'existence de malformations congénitales fréquemment associées (malformations cardiaques et digestives notamment) ou de complications : troubles sensoriels, épilepsie, leucémies, pathologies auto-immunes et endocriniennes, vieillissement prématuré. L'espérance de vie médiane est actuellement supérieure à 50 ans. Le caryotype permet de poser le diagnostic, d'établir l'origine de l'anomalie et d'établir la probabilité de récidive pour les apparentés.
La population de femmes qui résident et accouchent à Paris a la particularité d'être plus âgée que les femmes accouchant en France. La fréquence de la trisomie augmentant avec l'âge maternel, il n'est donc pas surprenant que la prévalence de la trisomie 21 soit plus élevée à Paris que dans les autres régions.
Trisomie 18 (Syndrome d'Edwards)
La trisomie 18 est une anomalie chromosomique due à la présence d'un chromosome 18 supplémentaire. Elle est caractérisée par un retard de croissance, des malformations viscérales touchant tous les organes (dont le cœur dans plus de 90 %), les membres (pieds bots, mains et doigts repliés et fixés), le tube neural (anencéphalie, spina bifida), le tube digestif, les reins et la face (fente labio-palatine). Plus de 95 % des fœtus atteints décèdent in utero. Hypotonie et difficultés de succion dans les premières semaines évoluent vers une hypertonie, avec quasi-absence de contact. Un retard psychomoteur sévère est constant.
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La population de femmes qui résident et accouchent à Paris a la particularité d'être plus âgée que les femmes accouchant en France. La fréquence de la trisomie augmentant avec l'âge maternel, il n'est donc pas surprenant que la prévalence de la trisomie 21 soit plus élevée à Paris que dans les autres régions.
Trisomie 13 (Syndrome de Patau)
La trisomie 13 est une anomalie chromosomique due à la présence d'un chromosome 13 supplémentaire. Elle est caractérisée par l'association de malformations cérébrales (holoprosencéphalie notamment), de dysmorphie faciale avec fréquence des fentes labio-palatines, d'anomalies oculaires (microphtalmie), de malformations des mains (polydactylie), de malformations viscérales (cardiopathie) et d'un retard psychomoteur très sévère. Plus de 95 % des fœtus atteints décèdent in utero. La présentation neurologique est sévère : hypotonie, hyporéactivité avec quasi-absence de contact. Les anomalies faciales sont variables. La moitié des enfants décèdent le premier mois et 90 % avant 1 an de complications cardiaques, rénales ou neurologiques.
La population de femmes qui résident et accouchent à Paris a la particularité d'être plus âgée que les femmes accouchant en France. La fréquence de la trisomie 13 augmentant avec l'âge maternel, il n'est donc pas surprenant que la prévalence de la trisomie 13 soit plus élevée à Paris que dans les autres régions.
Syndrome de Turner
Le syndrome de Turner est une affection chromosomique liée à l'absence complète (monosomie X) ou partielle d'un chromosome X. L'origine en est accidentelle, liée à une non-disjonction des chromosomes sexuels lors de la méiose avec perte d'un chromosome X. Les formes partielles ou en mosaïque peuvent avoir des conséquences plus modérées. Cette affection concerne un nouveau-né féminin sur 2500. Son incidence à la conception est beaucoup plus élevée, mais de nombreuses conceptions 45,X conduisent à une fausse-couche au premier ou deuxième trimestre.
Les circonstances de diagnostic sont variables selon la période considérée : en prénatal, la mise en évidence d'une hyperclarté nucale dans le cadre du dépistage chromosomique au premier trimestre, et surtout d'un hygroma colli voire d'un œdème généralisé plus ou moins associé à des malformations cardiaques conduit à proposer un caryotype fœtal ; à la naissance, le diagnostic peut être proposé chez une petite fille présentant une petite taille, des œdèmes des mains et des pieds, ainsi que des malformations cardiaques et/ou rénales ; dans l'enfance, c'est le retard de croissance qui doit impérativement faire évoquer le diagnostic ; à l'adolescence ou chez l'adulte, le diagnostic sera évoqué en cas d'impubérisme ou d'infertilité chez une femme d'une petite taille. Seules les formes à révélation prénatale et postnatales précoces pourront être recensées par les registres de malformations congénitales. La prise en charge concerne en particulier la mise en place d'un traitement substitutif hormonal (tant pour la taille que pour le développement sexuel), la surveillance et le traitement des malformations éventuelles et des troubles sensoriels visuels et auditifs fréquemment rapportés.
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Syndrome de Klinefelter
Le syndrome de Klinefelter regroupe un ensemble d'anomalies chromosomiques caractérisées chez l'humain par la présence d'au moins un chromosome sexuel X supplémentaire. L'origine en est accidentelle, liée à une non-disjonction des chromosomes sexuels lors de la méiose. Le facteur de risque essentiel de survenue est l'âge maternel avancé. La formule chromosomique est 47,XXY. Dans 10 % à 20 % des cas, ce chromosome X supplémentaire n'est pas présent dans toutes les cellules : il s'agit d'une mosaïque chromosomique 47,XXY/46,XY dont les conséquences peuvent être plus modérées. Ce syndrome concerne un individu de sexe masculin sur 600. Ce syndrome est responsable d'un dysfonctionnement testiculaire responsable d'un défaut pubertaire et d'une infertilité fréquente. Le développement cognitif est superposable à celui de la population générale ; des difficultés d'apprentissage légères et inconstantes (notamment retard d'acquisition du langage) sont parfois observées. Le développement physique est normalement masculin, en dehors d'un retard des signes pubertaires. Compte tenu de l'absence de malformation, le diagnostic est volontiers tardif, à l'adolescence ou à l'âge adulte. Son diagnostic en prénatal est ainsi fortuit, notamment dans le cadre du dépistage chromosomique. Le recensement via les registres de malformations congénitales ne peut donc pas prétendre à l'exhaustivité.
Autres Causes Possibles
Facteurs Hormonaux
Le bon déroulement de la grossesse dépend d’un équilibre hormonal précis. Certaines anomalies de l’utérus peuvent gêner la bonne implantation ou le développement de l’embryon. Ces anomalies peuvent être diagnostiquées par échographie, IRM ou hystéroscopie.
Infections
Certaines infections peuvent provoquer des fausses couches, notamment au cours du premier trimestre. Certaines maladies maternelles augmentent le risque de fausse couche, comme la toxoplasmose, la rubéole, la listériose, l’infection par les salmonelles ou le cytomégalovirus.
Facteurs Immunitaires
Sur le plan immunitaire, des anomalies dans la reconnaissance de l’embryon par le système immunitaire maternel peuvent également jouer un rôle. Le syndrome des antiphospholipides, une maladie auto-immune, est connu pour favoriser les fausses couches à répétition.
Facteurs liés au mode de vie et à l'environnement
Le diabète ou l’obésité chez la mère, en constante augmentation, semblent bien favoriser les malformations congénitales.
Contrairement à ce que croient de nombreuses personnes, l'activité et les efforts physiques, le travail ou les relations sexuelles n'ont aucun effet sur le risque de fausse couche.
Âge Maternel
Le risque d’avortement spontané augmente avec l’âge de la mère. On estime que ce risque est de 9 % à 20 ans, de 20 % à 35 ans, de 40 % à 40 ans et de 80 % au-delà de 45 ans.
Importance des Registres de Malformations Congénitales
En France, il existe plusieurs registres de malformations congénitales, dont celui de Paris (remaPAR). Ce registre enregistre toutes les naissances (vivantes et morts fœtales ≥22 semaines d’aménorrhée et les interruptions médicales de grossesse [IMG] quel que soit l’âge gestationnel) avec anomalies congénitales détectées pendant la grossesse jusqu’à la sortie de maternité ou la sortie d’hospitalisation de l’enfant. Ces registres sont essentiels pour surveiller la prévalence des anomalies congénitales et identifier les facteurs de risque.
Exemple du Registre Parisien (remaPAR)
Pour les femmes domiciliées et accouchant à Paris, la prévalence des anomalies congénitales était globalement stable durant la période étudiée, représentant 2,9% des naissances totales et 2,1% des naissances vivantes. Les anomalies génétiques étaient les anomalies les plus fréquentes (≈23%) suivies par les cardiopathies congénitales (≈22%) et les anomalies des membres (≈20%). Les naissances vivantes et les IMG représentaient environ 70% et 25% des naissances, et ces proportions sont restées stables depuis les années 1990. Le diagnostic prénatal s’est considérablement amélioré, passant de 17% dans les années 1980 à 70% dans les années les plus récentes. Enfin, la proportion des femmes âgées de plus de 35 ans a plus que doublé sur la période de l’étude (16,9% en 1981-1984 à 43,9% en 2018-2020). L’augmentation de l’âge maternel à la maternité est un phénomène qui est observé globalement en France depuis plusieurs années, comme montré dans les Enquêtes Nationales Périnatales, mais cette augmentation est plus prononcée en Ile-de-France par rapport à d’autres régions.
Étude du registre national mère-enfant EPI-MERES
Une étude a été menée à partir du registre national mère-enfant EPI-MERES, construit à partir du Système National des Données de Santé (SNDS), pour identifier et mesurer la fréquence des MCMs. Tous les enfants et fœtus issus d'un accouchement ou d'une interruption médicale de grossesse (IMG) après 22 semaines d'aménorrhée entre 2010 et 2021 dans le registre EPI-MERES (hors jumeaux de même sexe) ont été inclus. Un total de 77 MCMs (regroupées en 13 groupes) de la liste EuroCat a été identifié à partir des codes de diagnostics hospitaliers (CIM10) et d'actes médicaux (CCAM) entre la naissance et l’âge d’1 an (ou 2 ans pour 3 MCMs). La prévalence de l'ensemble des 77 MCMs a été mesurée parmi les enfants nés vivants, alors que parmi les mort-nés et fœtus issus d'une IMG seules les 11 MCMs les plus sévères et pouvant donner lieu à un diagnostic prénatal ont été considérées.
Au total, 8 995 077 enfants/foetus ont été inclus (8 910 047 enfants nés vivants, 47 519 mort-nés et 37 511 issus d'une IMG). Sur l'ensemble de la période, 165 550 enfants/fœtus avec au moins une MCM ont été identifiés, soit 184 cas pour 10 000 naissances. Chez les enfants nés vivants, cette prévalence était de 181 cas pour 10 000 naissances (versus 204 dans Eurocat), et a augmenté de 168 en 2010-2012 à 189 en 2019-2021 (versus de 202 à 204 dans Eurocat). Les MCMs cardiaques étaient les plus fréquentes (31 % des cas), suivies par les MCMs des membres (16 %), du système urinaire (14 %) et génitales (13 %). La prévalence de chaque type de MCM était généralement du même ordre de grandeur que celle rapportée par Eurocat parmi les naissances vivantes (écart relatif médian : -3 %), mais plus faible parmi les mort-nés et fœtus issus d'une IMG (-96 %).
L'étude a conclu que le registre EPI-MERES constitue une source d'information fiable sur la plupart des MCMs à l’échelle de 12 années de naissances vivantes en France.
Fausses Couches et Anomalies Embryonnaires
Dans environ 60 % des cas, et en particulier pendant le premier trimestre de la grossesse, les fausses couches sont dues à des anomalies de l’embryon qui empêchent son développement normal. Il peut s’agir d’anomalies au niveau des chromosomes (qui se sont mal répartis avant ou après la fécondation) ou d’anomalies du développement embryonnaire (par exemple, au niveau du cœur ou du système nerveux). Parfois, les membranes embryonnaires et le placenta se développent en l'absence d'un embryon. C'est ce que l'on appelle un « œuf clair ». Il est diagnostiqué par échographie ou peut provoquer des symptômes de fausse couche. Dans certains cas, il se résorbe spontanément en entraînant quelques saignements vaginaux discrets.
Absence de Cause Identifiée
Dans environ 30 % des cas, aucune cause identifiable de fausse couche n’est mise en évidence, même après un bilan complet. Cela peut être extrêmement frustrant pour les couples. Après deux à trois fausses couches consécutives, un bilan est généralement proposé.
Impact Émotionnel
La fausse couche, bien que fréquente, n’est jamais anodine sur le plan émotionnel. Connaître les causes possibles - chromosomiques, hormonales, utérines, infectieuses ou environnementales - peut aider à mieux comprendre ce qui s’est passé et à envisager l’avenir avec plus de sérénité.
Prévention
Bien que toutes les malformations congénitales ne soient pas évitables, certaines mesures peuvent réduire les risques :
- Supplémentation en acide folique (vitamine B9) : La supplémentation en acide folique chez les femmes enceintes a permis de réduire la fréquence des malformations neurologiques.
- Contrôle du diabète et de l'obésité : Le diabète ou l’obésité chez la mère semblent favoriser les malformations congénitales.
- Dépistage et diagnostic prénatal : Le dépistage et le diagnostic prénatal des anomalies chromosomiques permettent d'identifier les grossesses à risque et de prendre des décisions éclairées.
- Éviter les infections : Certaines infections pendant la grossesse peuvent augmenter le risque de fausse couche ou de malformations congénitales.
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