La procréation médicalement assistée (PMA) offre des solutions précieuses pour les couples confrontés à l'infertilité. Cependant, elle soulève également des questions importantes concernant les risques génétiques et la santé à long terme des enfants conçus par ces techniques. Cet article explore en profondeur l'appariement génétique dans le cadre de la PMA, les risques potentiels associés et les recherches actuelles visant à assurer la santé des enfants nés grâce à ces technologies.

L'Appariement Génétique : Une Précaution Essentielle

Le matching génétique, ou appariement génétique, est l'étude des données génétiques entre le donneur et le receveur. Son objectif principal est de garantir la compatibilité génétique et d'éviter la transmission de maladies récessives. Lors de la sélection des donneurs d'ovules ou de sperme, des tests génétiques sont effectués pour minimiser le risque de transmission de maladies génétiques au futur enfant, ainsi que pour garantir l’efficacité et le succès des traitements de procréation assistée. L’évaluation des donneurs et des receveurs est un processus qui garantit la santé et la sécurité de toutes les parties impliquées, ainsi que le succès du traitement.

Le Test de Compatibilité Génétique (TCG)

Les maladies héréditaires autosomiques récessives ont une faible prévalence dans la population (1 % de tous les nouveau-nés), mais sont souvent des maladies graves. Pour éviter cela, le Test de Compatibilité Génétique (TCG) est effectué sur les donneurs et les receveurs. Le TCG est une étude génétique des porteurs visant à identifier les mutations dans les gènes responsables des maladies récessives et liées au chromosome X. Dans les maladies récessives, les personnes qui n’ont qu’une seule copie du gène muté (porteurs) ne développent pas la maladie, car les deux copies du gène doivent être mutées (porteurs de la maladie) pour que la maladie se déclare.

Critères de Sélection des Donneurs

Lors de la sélection des donneurs, les antécédents médicaux et familiaux sont évalués afin d’identifier d’éventuelles maladies génétiques ou héréditaires. Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte dans les critères de sélection d’un donneur pour un couple donné. Outre le groupe sanguin et les caractéristiques phénotypiques, le donneur se voit attribuer un donneur génétiquement compatible, c’est-à-dire qui n’a pas de gènes mutés en commun avec le patient. En effectuant une analyse génétique des donneurs et des receveurs, nous évitons que les deux soient porteurs de la même mutation, ce qui réduit considérablement le risque de transmission de maladies héréditaires à la descendance.

Limites du TCG

Dans ce test génétique, les régions d’analyse étudiées sont uniquement les gènes liés au chromosome X et les gènes à transmission récessive inclus dans le panel. Il se concentre sur les mutations connues et répertoriées, mais il existe de nombreuses mutations génétiques qui n’ont pas encore été identifiées, qui ne sont pas signalées dans les bases de données actuelles ou qui se situent en dehors de la région testée, ce qui peut limiter la capacité du test à prédire tous les risques génétiques. De plus, les tests génétiques peuvent être coûteux, ce qui peut limiter l’accès à ces technologies pour certains couples cherchant un traitement de fertilité. Les informations génétiques peuvent être source d’anxiété et de stress pour les futurs parents, en particulier si des mutations ou des risques potentiels sont identifiés.

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PMA et Santé des Enfants : Les Enjeux

Au cours des quarante dernières années, depuis les premiers succès de la fécondation in vitro (FIV), le nombre d'enfants conçus par PMA n'a cessé de croître. En parallèle, de nombreux travaux ont été menés afin d’explorer les questionnements médicaux, scientifiques et éthiques suscités par ces techniques. L’une des interrogations centrales, régulièrement évoquée par les médias de manière plutôt pessimiste, concerne la santé à moyen et long terme des enfants nés par FIV.

Résultats Globalement Rassurants

La période qui correspond à la fécondation et au développement embryonnaire avant l’implantation dans l’utérus est particulièrement fragile. Elle est marquée par des évènements majeurs au niveau génétique et épigénétique, qui jouent un rôle clé pour le développement de l’embryon mais aussi après la naissance. Lors de la FIV, cette période correspond aux phases où gamètes et embryons sont manipulés in vitro.

Il est donc logique que les scientifiques se soient intéressés de près aux conséquences de la FIV pour le développement et pour la santé des enfants et des jeunes adultes conçus de cette manière. Les études publiées sur le sujet tentent d’évaluer notamment s’ils sont plus fréquemment atteints de certains troubles - et si c’est le cas, dans quelle mesure un lien de causalité peut être établi avec les manipulations effectuées pendant la FIV.

Les données disponibles issues de ces travaux de recherche sont encore assez hétérogènes. Le message principal est que si les enfants conçus par FIV peuvent parfois être atteints de troubles de la santé, aucun problème particulier ne domine et leur prévalence est relativement modérée. Cette prévalence n’est pas beaucoup plus importante que chez les enfants conçus naturellement.

Exemples de Pathologies Investigées

Dans un contexte où il a parfois été rapporté dans les médias que les enfants conçus par FIV présentent des retards de croissance, plusieurs études se sont intéressées à ce sujet, mettant en lumière des résultats plutôt rassurants. Si certains travaux soulignent bien des indices de masses corporels (IMC) plus faibles chez les enfants conçus par FIV, surtout en dessous de l’âge de 3 ans, des données ont ensuite montré que les éventuelles différences de croissance s’estompent à l’adolescence.

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Autre inquiétude souvent relayée, celle d’une prévalence accrue des cancers pédiatriques chez les enfants nés par FIV. Si les résultats divergent d’une étude à l’autre, des travaux solides menés à partir des données de milliers d’enfants, notamment en Scandinavie, se sont montrés rassurants puisque les résultats n’indiquent pas de différence significative du taux de cancer chez les enfants conçus par FIV par rapport à ceux conçus naturellement.

Enfin, un point sur les anomalies cardiovasculaires, qui ont été centrales dans les débats scientifiques et médiatiques. Le consensus qui se dégage pour le moment est que les enfants et jeunes adultes nés par FIV présentent un risque modéré de troubles cardiovasculaires. Une augmentation légère de la pression artérielle est observée dans certaines études chez ces enfants et pourrait être associée à l’âge adulte à l’hypertension artérielle et à des maladies cardiovasculaires. Il est donc nécessaire de bien informer les parents à propos de ce risque et des stratégies de prévention pour le réduire, tout en y consacrant une attention particulière dans le suivi médical des enfants.

Mécanismes Imputables à la FIV

Les incertitudes qui persistent sur certains troubles et les données contradictoires qui se dégagent parfois d’une étude à l’autre peuvent être en partie dues à des variations méthodologiques. En effet, les effectifs étudiés sont très variables, souvent avec un nombre faible de sujets et les groupes contrôles ne sont pas toujours pertinents. Les résultats peuvent aussi varier en fonction des catégories d’âge considérées, et les perturbations observées à un âge donné peuvent disparaitre à un âge plus avancé. Enfin, il n’est pas à exclure que le diagnostic des différents troubles puisse en partie être lié à une plus grande attention portée par les parents au développement et à la santé de leurs enfants nés par FIV par rapport au reste de la population.

Par ailleurs, les altérations observées chez les enfants ne sont pas forcément toutes directement imputables à la FIV. D’autres facteurs de risque propres à cette population pourraient aussi expliquer certains des troubles décrits. Par exemple, dans le cas des troubles neuro-développementaux, la FIV ne semble globalement pas avoir d’effet délétère. Lorsque certains troubles sont diagnostiqués (troubles du spectre de l’autisme, de l’apprentissage, hyperactivité, anxiété…), ils pourraient plutôt être dus à d’autres facteurs de risque comme la prématurité. En outre, le contexte socio-familial doit mieux être pris en compte dans ce type d’étude.

Les couples infertiles peuvent aussi être plus à risque de transmettre à leurs enfants des facteurs responsables de perturbations de santé. Par exemple, certains garçons nés à la suite d’une FIV avec micro-injection de spermatozoïde dans l’ovocyte (ICSI), une technique proposée en cas d’infertilité masculine d’origine génétique, ont un risque accru d’être stériles comme leur père.

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Priorités de Recherche

Il est important de continuer les travaux pour mieux comprendre les mécanismes impliqués dans la survenue des troubles, notamment au niveau épigénétique, ainsi que les étapes de la FIV qui peuvent potentiellement augmenter certains des risques décrits. Des études s’intéressent donc actuellement aux procédures utilisées pour réaliser une FIV, et suggèrent que dans ce cadre, ce sont les traitements hormonaux de stimulation ovarienne, les conditions de la culture embryonnaire et la congélation des embryons qui sont le plus souvent suspectés d’être à l’origine des troubles observés. À l’heure actuelle, la priorité est aussi de poursuivre les études scientifiques dans des populations mieux caractérisées, notamment à des âges plus avancés de la vie, pour étudier la santé à long terme des individus nés par FIV.

Diagnostic Préimplantatoire (DPI) : Une Option pour les Couples à Risque

Dans les traitements de fécondation in vitro, le diagnostic génétique préimplantatoire (DGP) peut être effectué chez les couples dont les deux membres sont porteurs de mutations génétiques récessives pour une certaine maladie. Le diagnostic préimplantatoire (DPI) permet à des personnes porteuses d’une maladie génétique grave et incurable de concevoir un enfant sans risquer de lui transmettre cette maladie génétique. Il est proposé aux couples ou aux femmes célibataires avant le début d’une grossesse.

Le Parcours de DPI

Un projet parental avec DPI est une démarche qui dure plusieurs mois, et peut être éprouvante. Le parcours de DPI comprend un diagnostic génétique réalisé sur des embryons, obtenus par fécondation in vitro. Cette analyse permet de rechercher, sur une ou plusieurs cellules de ces embryons, la maladie génétique familiale qui pourrait être transmise par l’un des parents, ou les deux. Les embryons qui se révèlent non atteints de cette maladie sont conservés.

Avant la réalisation d’un DPI, l’accord d’un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal (CPDPN) est indispensable. Cet accord a notamment pour but de vérifier que toutes les conditions fixées par la loi sont réunies. Le CPDPN est composé de professionnels de disciplines différentes : gynécologue-obstétricien, généticien, pédiatre, psychiatre, etc.

Étapes du DPI

  1. Fécondation in vitro (FIV) : Elle est effectuée grâce aux spermatozoïdes recueillis précédemment chez l’homme et aux ovocytes recueillis chez la femme (les cellules reproductrices).
  2. Analyse génétique : L’anomalie génétique familiale est recherchée sur ces cellules.
  3. Transfert embryonnaire : Un embryon non atteint de la maladie est transféré dans l’utérus de la femme. Si d’autres embryons ne sont pas atteints de la maladie génétique, ils pourront être congelés pour un prochain transfert.
  4. Test de grossesse : Environ deux semaines plus tard, un test de grossesse est réalisé par une prise de sang.

Le DPI est un parcours généralement long. Un accompagnement personnalisé et un test génétique spécifique sont mis en place pour chaque situation.

DPI-A : Recherche d'Anomalies Chromosomiques

Après une fécondation in vitro (FIV), les échecs sont nombreux, douloureux et nécessitent de répéter les tentatives, de multiplier les transferts d’embryons. Pourtant, dans le cas d’une FIV, il est aujourd’hui possible d’analyser les très jeunes embryons (trois à six jours) au moyen d’un diagnostic génétique préimplantatoire. Cet examen, appelé DPI-A, permet de vérifier que les embryons ne sont pas porteurs d’anomalies chromosomiques ou métaboliques, avant leur implantation dans l’utérus de la femme. Car ces anomalies sont fréquentes. Elles sont présentes chez 40 % à 90 % des embryons, selon l’âge des patientes. Lorsque c’est le cas, ces embryons, dits « aneuploïdes », ne permettront pas la naissance d’un enfant en pleine santé.

Le DPI-A n’augmente pas les chances pour un couple d’avoir un enfant, car il ne « répare » pas les embryons porteurs d’anomalies. Mais il permettrait de réduire le délai pour obtenir une naissance viable, diminuerait le nombre de fausses couches, les grossesses multiples et les transferts d’embryons non viables. Cela permettrait aussi de transférer un seul embryon, d’éviter la congélation d’embryons anormaux et d’identifier les patientes à très faibles chances en assistance médicale à la procréation (AMP).

Malformations Congénitales et PMA

Une étude française a évalué le risque de malformations congénitales chez 15000 enfants nés en France après PMA dans 33 centres de PMA entre 2003 et 2007. Il en résulte un taux de malformations congénitales majeurs chez 4,24% des enfants, soit deux fois plus important que dans la population générale. L’augmentation est en grande partie due à un excès de maladies cardiaques et de malformations urogénitales, en particulier chez les garçons. L’augmentation de la prévalence de certaines malformations mineures est également significative. Les cas d’angiome sont 5 fois plus nombreux que dans la population générale avec un sex ration féminin de 2.

Causes Potentielles

L’origine de ces malformations est pour l’instant inconnue. L’âge des parents ne semble pas déterminant. Sont évoqués pêle-mêle le rôle éventuel du milieu de culture embryonnaire, le moment du transfert des embryons, le recours à l’ICSI, la congélation de gamètes ou d’embryons… Les techniques les plus agressives présentent plus de risques potentiels. Cependant des causes génétiques rattachables à l’infertilité ne sont pas à exclure. La fréquence anormalement élevée des malformations liées à des anomalies de l’empreinte parentale, avec expression différente des gènes selon son origine paternelle ou maternelle, est également intéressante. La prévalence du syndrome de Beckwith-Wiedemann (macrosomie, magroglossie, viscéromégalie) ou du rétinoblastome sont entre 4 et 6 fois plus élevée chez les enfants issus de PMA que dans la population générale.

Perspective Psychologique et Devenir des Enfants Conçus par PMA

Sur un point de vue psychologique, les « bébés éprouvettes » sont des enfants qui ont longtemps été désirés et qui sont issus d’un long combat contre l’infertilité. Après de nombreuses années d’essais, de traitements, d’échecs et de fausses couches, les parents ont eu tout le temps de se préparer à l’arrivée de ce bébé, souvent surnommé « bébé miracle ». Ces enfants sont alors généralement surprotégés et plus investis par leurs parents, mais leur devenir psychologique ne varie pas, comparé aux enfants conçus naturellement.

Malgré le faible recul et le peu de chiffres disponibles, les différences notées ne sont pas statistiquement significatives. Les relations parents-enfants autour de l’adolescence laissent apparaître certaines difficultés psychoaffectives, mais aucun trouble psychologique grave ne paraît relatif au mode artificiel de conception.

Fertilité des Personnes Nées par FIV

Parmi les différentes causes pouvant expliquer l’infertilité, le facteur de la génétique est à prendre en considération. Chez l’homme, on peut faire l’hypothèse que les cas d’altération de la fertilité seront possible chez les garçons conçus par une FIV ICSI réalisée pour résoudre le problème d’infertilité de leur père d’origine génétique, comme le suggère une étude belge de 2016. En revanche aucune étude n’a démontré que les techniques d’AMP étaient délétères sur la fertilité des enfants ainsi conçus.

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