L'accouchement est une expérience transformatrice pour le corps d'une femme. Si la joie d'accueillir un nouvel enfant est immense, elle peut être accompagnée de certains désagréments physiques, notamment des problèmes urinaires. L'incontinence urinaire post-partum, bien que taboue, est une réalité pour de nombreuses femmes. Cet article vise à informer sur les causes de ces problèmes urinaires et les traitements disponibles pour retrouver une qualité de vie optimale.
Qu'est-ce que l'incontinence urinaire post-partum?
Une fuite urinaire après accouchement, également appelée incontinence urinaire post-partum, se définit comme une perte non contrôlée d’urine par l’urètre. Ce phénomène peut survenir même sans l’envie d’uriner. Il est important de distinguer les fuites urinaires liées à la grossesse de celles qui persistent après l'accouchement. Bien que les symptômes soient similaires, leur durée peut varier.
Prévalence
Les problèmes urinaires ne sont pas rares après l'accouchement. Les symptômes d’incontinence peuvent même apparaître avant l’accouchement, dès le troisième trimestre de grossesse. Plus de 4 femmes enceintes sur 10 sont touchées, et plus particulièrement celles dont ce n’est pas la première grossesse. En post-partum, ce phénomène concernerait 20 à 30% des mères.
Causes des problèmes urinaires post-accouchement
Plusieurs facteurs contribuent à l'apparition de l'incontinence urinaire après l'accouchement :
- Les hormones: Pendant la grossesse, le corps subit des changements hormonaux importants. Les hormones permettent le relâchement des muscles ligamentaires, ce qui facilite l’accouchement. Cependant, ces changements peuvent affecter la tonicité des muscles du plancher pelvien. L'imprégnation hormonale favorise un relâchement musculaire.
- La perte de tonicité: Les muscles du périnée après accouchement perdent en tonus, tout comme la vessie et le sphincter. Tous ces facteurs sont à l’origine de l’incontinence urinaire après l’accouchement. Le périnée, qui soutient les organes du petit bassin (vessie, utérus, rectum), peut perdre en tonicité et laisser apparaître des dysfonctions.
- La pression du fœtus sur la vessie: Au fil de la grossesse, le fœtus grandit et son poids augmente, exerçant ainsi une pression sur la vessie de la mère. Cette pression constante pendant plusieurs mois peut affaiblir les muscles de la vessie, rendant le contrôle urinaire plus difficile. La grossesse est donc l’une des causes de ces fuites urinaires post-accouchement.
- L'étirement du plancher pelvien: Pendant l'accouchement, surtout lors d'un accouchement par voie basse, les muscles du plancher pelvien sont étirés, parfois jusqu'à leurs limites. Un tel étirement peut provoquer un affaiblissement ou même des lésions de ces muscles, compromettant ainsi leur capacité à contrôler efficacement la miction. L’accouchement en lui-même va accentuer cette faiblesse du périnée.
- Traumatismes liés à l'accouchement: Lors de l'accouchement, certains instruments médicaux ou interventions, tels que la ventouse, la forceps ou les épisiotomies, peuvent causer des traumatismes dans la région pelvienne. Ces traumatismes peuvent altérer temporairement ou, dans de rares cas, de manière plus durable, la capacité à retenir l'urine.
- Rétention urinaire: Après l'accouchement, certaines femmes peuvent avoir du mal à vider complètement leur vessie, provoquant une rétention urinaire. Si la vessie reste régulièrement trop pleine, cela peut entraîner des épisodes d'incontinence.
- Un trouble gynécologique: Un trouble gynécologique comme la descente d’organes (prolapsus) peut également contribuer à l'incontinence. Celle-ci se caractérise par le déplacement anormal d’un ou plusieurs organes du bassin (glissement vers le bas).
- Un dérèglement de la vessie: Un dérèglement de la vessie peut se traduire par une incontinence par impériosité, caractérisée par une envie soudaine et incontrôlable d’uriner.
- L'imprégnation hormonale, la posture enceinte, la prise de poids au cours de la grossesse favorisent un relâchement musculaire.
Plusieurs facteurs peuvent accentuer la faiblesse du périnée lors de l'accouchement :
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- Si l'expulsion est très rapide, le périnée n'a pas le temps de se relâcher pour permettre le passage.
- Si l’accouchement a lieu par voie basse.
- Si le bébé a un poids proche de 4 kg.
- Si son périmètre crânien est plus grand que la moyenne.
- Si c’est un deuxième ou un troisième accouchement.
- Si l’expulsion est longue.
- En cas de déchirure du périnée.
- Si des instruments sont utilisés (forceps…).
- Si la prise de poids a été importante durant la grossesse.
Types d'incontinence urinaire
Il existe différents types d'incontinence urinaire, dont les plus courants après l'accouchement sont :
- Incontinence urinaire d'effort: Les fuites surviennent lors d'un effort physique, comme la toux, l'éternuement, le rire, ou le soulèvement de charges. L’incontinence urinaire d’effort chez la femme résulte souvent des grossesses, d’accouchements délicats, d’un prolapsus génital ou des suites d’une chirurgie abdominale ou au niveau du petit bassin.
- Incontinence urinaire par impériosité: Les fuites sont précédées d'un besoin urgent et incontrôlable d'uriner. L’incontinence urinaire par impériosité est matérialisée par des fuites qui surviennent suite à un besoin urgent d’uriner que l’on ne peut réprimer.
- Incontinence urinaire mixte: Une combinaison des deux types précédents.
Symptômes des problèmes urinaires post-accouchement
Les symptômes des fuites urinaires peuvent varier d'une femme à l'autre, mais ils incluent généralement :
- Pertes involontaires d'urine lors d'efforts physiques, de toux, d'éternuements ou de rires.
- Besoin urgent et incontrôlable d'uriner.
- Difficulté à se retenir.
- Fuites urinaires en se penchant en avant ou en fin de miction.
- Sensations de bruit d'air ou de pesanteur.
- Il est possible d’avoir des fuites urinaires pendant un rapport sexuel.
- Au retour de la maternité, la maman peut également présenter une vessie hyperactive, qui se caractérise par une envie soudaine et incontrôlable d’uriner.
Risques de ne pas traiter l'incontinence urinaire d'effort
Ne pas traiter ces problèmes de fuite risque de vous embêter sur le long terme. Parfois les symptômes peuvent disparaître d'eux-même mais ils réapparaissent plus tard avec les variations d'hormones, les pratiques sportives, ou au cours d'autres grossesses. La ménopause est aussi une période où ces problèmes non traités peuvent réapparaître. Les risques ne sont pas à prendre à la légère pour votre santé.
Cette faiblesse périnéale peut aussi avoir des répercussions sur votre vie intime en diminuant votre plaisir. En effet le périnée est le muscle du plaisir en plus d'être celui de la continence anale et urinaire.
Traitements et solutions
Heureusement, il existe de nombreuses solutions pour traiter l'incontinence urinaire après l'accouchement. La rééducation périnéale est souvent la première ligne de traitement, mais d'autres options peuvent être envisagées en fonction de la gravité des symptômes.
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Rééducation périnéale
La rééducation périnéale après accouchement est essentielle afin de diminuer les fuites urinaires. Le but de la rééducation périnéale est d’apprendre à connaître son périnée tout en sollicitant les muscles, afin qu’ils retrouvent leur tonicité et leur élasticité.
- Exercices de Kegel: Ces exercices ciblent spécifiquement les muscles du plancher pelvien. Ils consistent à contracter puis à relâcher ces muscles plusieurs fois de suite. L'idéal est de les réaliser quotidiennement et à différents moments de la journée. Vous pouvez commencer par tenir la contraction pendant 3 secondes, puis augmenter progressivement la durée.
- Rééducation manuelle: Faire des exercices traditionnels par manipulation manuelle ou par sonde, chez votre sage-femme ou chez un kiné. La rééducation manuelle du périnée se fait par toucher vaginal. Le professionnel évalue la tonicité des muscles du plancher pelvien de la patiente et lui fait contracter le périnée en effectuant des mouvements de pression et de résistance avec ses doigts.
- Électrostimulation: De plus en plus utilisée par les spécialistes, l’électrostimulation consiste à rééduquer le périnée en utilisant un courant électrique de faible intensité à l’aide d’une sonde vaginale. Ce courant vient provoquer la contraction mécanique des muscles du plancher pelvien. Pour rendre la technique plus efficace, la patiente peut accompagner les contractions mécaniques de contractions volontaires.
- Stimulation magnétique extracorporelle: Très peu répandue en France, la stimulation magnétique extracorporelle est une méthode de rééducation périnéale non invasive.
- Biofeedback: Également appelé rétrocontrôle, le biofeedback est une méthode de rééducation consistant à visualiser les contractions du périnée. La patiente effectue des contractions volontaires autour d’une sonde vaginale et observe leur intensité sur un écran.
- PelviCenter: Se rendre dans un centre ou cabinet utilisant le PelviCenter, un dispositif médical qui permet un renforcement du plancher pelvien ou périnée après accouchement. Ce dispositif médical permet un renforcement du plancher pelvien ou périnée après accouchement. Les personnes qui utilisent cette méthode non invasive apprécient ce traitement sans douleur et très efficace. Pas besoin de se déshabiller ! Comme le précise Pascal Foxonet, responsable marketing de Pelvi UP : « Tout est fondé et appuyé par des protocoles précis, par des données scientifiques et des études […] Le Pelvi Center permet d’avoir 12 000 contractions en 20 minutes sur l’ensemble des muscles du plancher pelvien. Ainsi, quelques séances de 15 ou 20 minutes permettent d’obtenir, dans la plupart des cas, une amélioration notoire concernant l’arrêt ou la réduction des fuites. « Nous pénétrons jusqu’à 16 CM au travers des os et des tissus « par des schéma » de type IRM ce qui permet un travail très puissant, ce sont des champs magnétiques pulsés. […] Cette technologie est employée pour d’autres thérapies. Suivant la pathologie correspond un protocole, nous avons au total 10 protocoles différents.
Lors de votre visite post-natale entre 6 et 8 semaines, votre gynécologue vous donnera le nombre de séances à réaliser. Vous apprendrez des gestes à pratiquer au quotidien pendant toute votre vie de femme. Le nombre de séances va dépendre de la maman, de la connaissance de son corps et de ses antécédents.
Médicaments
En cas d’incontinence urinaire d’urgence mictionnelle, le professionnel de santé pourra prescrire un traitement anticholinergique. Ces médicaments permettent de bloquer les récepteurs de la vessie ainsi que ses contractions. Ce traitement est très efficace, mais peut s’accompagner de nombreux effets secondaires (sécheresse buccale, constipation, etc.), qui poussent certaines patientes à l’arrêter. Il n’existe pas de traitement médicamenteux ni de complément alimentaire pour traiter l’incontinence urinaire d’effort après un accouchement.
Chirurgie
Si l’incontinence urinaire persiste malgré les traitements médicaux, les conseils pratiques au quotidien ou la rééducation, un traitement chirurgical peut être proposé. La solution la plus efficace est la pose d’une bandelette synthétique, placée sous l’urètre afin de pallier son dysfonctionnement. Il est également possible d’avoir recours aux injections périurétrales. Un produit à base d’acide hyaluronique est injecté autour de l’urètre afin de resserrer le canal urétral et de réduire l’évacuation d’urine.
Autres conseils et habitudes
- Maintenir un poids santé: Le surpoids peut accentuer la pression sur le plancher pelvien. Il est donc crucial de maintenir un poids optimal pour réduire les risques d'incontinence.
- Éviter la constipation: La constipation peut exercer une pression supplémentaire sur la vessie et les muscles environnants. Pour prévenir cela, adoptez un régime alimentaire riche en fibres et buvez suffisamment d'eau.
- Adopter de bonnes habitudes urinaires: Il est recommandé d'aller aux toilettes régulièrement et de ne pas se retenir pendant de longues périodes. Il est également conseillé d'éviter les boissons irritantes pour la vessie, comme le café, l'alcool ou les boissons gazeuses. Préférez l'eau pure et les tisanes douces.
- Rééducation des abdominaux: La rééducation des abdominaux est indispensable a une bonne récupération de son plancher pelvien (périnée).
- Aménagements du domicile: Chez les personnes âgées présentant une altération des fonctions cognitives, des options sont possibles comme l’aménagement du domicile pour faciliter l’accès aux toilettes ou l’ajout de barre de soutien.
- Horaires pour aller aux toilettes: La mise en place d’horaires pour aller aux toilettes peut aider à gérer l'incontinence.
- Répartition des apports hydriques: Une répartition optimisée des apports hydriques au cours de la journée peut également être bénéfique.
- Vêtements faciles à déboutonner: Le port de vêtements faciles à déboutonner peut faciliter l'accès rapide aux toilettes.
- Mesures palliatives: Lorsqu’aucune de ces solutions n’a apporté de réelle amélioration, ou si la patiente ne souhaite pas bénéficier d’un traitement médical, des mesures dites palliatives peuvent être conseillées, comme le port de protections adaptées en cas de fuites urinaires. Ces produits spécifiques peuvent faire l’objet d’un remboursement de la part de l’assurance maladie dans le cadre d’une prescription médicale.
- Patientez jusqu’à la visite postnatale 6 à 8 semaines après l’accouchement puis faites un point avec votre sage-femme ou votre kiné à la fin de vos séances de rééducation du périnée avant de paniquer. En attendant, proscrivez tout sport ou exercice physique intense ou à fort impact et contentez-vous d’une activité physique modérée et douce, comme de la marche.
Facteurs de risque
Plusieurs facteurs peuvent augmenter le risque de développer une incontinence urinaire après l'accouchement :
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- Âge maternel avancé (plus de 40 ans).
- Obésité.
- Poids élevé du bébé à la naissance (plus de 3,9 kg).
- Périmètre crânien important du bébé (plus de 35,5 cm).
- Prise de poids excessive pendant la grossesse (plus de 13 kg).
- Accouchement vaginal (surtout si c'est le deuxième ou troisième).
- Durée d'expulsion prolongée (plus de 100 minutes).
- Déchirure du périnée.
- Utilisation d'instruments (forceps, ventouse).
- Lésions périnéales.
- Expression abdominale.
- Plus 3 accouchements par voie vaginale.
- Épisiotomie médiane.
- Manœuvres instrumentales.
L'importance de consulter un professionnel de santé
Si votre incontinence persiste ou vous cause une gêne importante, il est conseillé de voir un spécialiste. Il fera un bilan pour définir le type d’incontinence à traiter et connaître les habitudes de la patiente. Il effectuera également un examen vaginal pour évaluer l’état des muscles du périnée et des cicatrices dues à l’accouchement. La grossesse est donc l’une des causes de ces fuites urinaires post-accouchement.
Il est essentiel de ne pas confondre « fuite urinaire liée à la grossesse » et « fuite urinaire apres accouchement, post-partum ». En effet, bien que les symptômes soient identiques, leurs durées ne sont pas les mêmes. Il faut savoir faire la différence entre l’envie pressante d’uriner fréquemment, et le fait de ne plus pouvoir se retenir. Ce désagrément est causé par le poids qu’engendre la grossesse sur la vessie et la pression que subit le périnée.
Incontinence urinaire chez la femme jeune
L’incontinence urinaire (IU) n’est pas uniquement une pathologie du 3e et 4e âge. La prévalence de l’Incontinence Urinaire d’Effort (IUE) augmente significativement avec l’âge ≥ 40 ans mais la pathologie périnéale chez la jeune femme est sous-estimée et le nombre est croissant ces dernières années. L’hyperactivité vésicale traduisant l’urgenturie (audition de l’eau qui coule, changement de température, signe de la clef dans la serrure, vue de l’ascenseur) est également fréquente et pas nécessairement liée à la parité.
Le prolapsus génito-urinaire est une pathologie fréquente chez la femme jeune. En dix ans, les consultations liées à ce trouble auraient augmenté de 45%. Le prolapsus de la nullipare et de la femme jeune < 40 ans existe dans 12% des prolapsus.
Facteurs de risque non obstétricaux
D’autres facteurs peuvent également contribuer aux problèmes urinaires chez la femme, indépendamment de la grossesse et de l'accouchement :
- Facteurs génétiques: Une incidence élevée des prolapsus au sein de certaines familles a été observée.
- Facteurs raciaux: Il existe une différence entre diverses ethnies. Les femmes de race blanche couraient un risque accru de présenter une incontinence à l’effort.
- Facteurs tissulaires: La diminution d’expression du gène de l’élastine et la perturbation de son métabolisme sont en cause dans la genèse des prolapsus. Toute altération du collagène représente un facteur constitutionnel non négligeable.
- Facteurs morphologiques et musculaires: Une hypotrophie de l’appareil suspensif, un défaut de développement des Levator Ani, un allongement tapiroïde du col utérin, des anomalies morphologiques du rachis et du bassin osseux peuvent contribuer.
- Facteurs hormonaux: L’hypoœstrogénie peut entrainer une aggravation de l’incontinence urinaire.
- Autres facteurs déclenchants: La surcharge pondérale, le tabagisme chronique, les maladies respiratoires chroniques, la constipation peuvent augmenter les pressions intraabdominales entraînant des contraintes excessives sur le plancher pelvien.
- Certaines activités professionnelles: Les efforts physiques réguliers dans certaines activités professionnelles sont délétères pour la continence urinaire et/ou la statique pelvienne.
- Certaines activités sportives: Chez la femme sportive, on retrouve des facteurs constitutionnels (hyperlaxité ligamentaire, faiblesse périnéale) et environnementaux (high impact, sauts répétés, intensité et durée de l’activité).
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