Pendant les premiers mois de leur vie, de nombreux bébés traversent des périodes de pleurs prolongées, souvent en fin de journée. Ces épisodes peuvent être source d'angoisse et de déstabilisation pour les parents. Si le terme de « coliques du nourrisson » est fréquemment utilisé, il est crucial de comprendre que tous les pleurs excessifs ne sont pas des coliques. Il est donc essentiel d'identifier les causes potentielles de ces pleurs et de connaître les solutions pour apaiser le nourrisson et rassurer les parents.

Comprendre les pleurs du nourrisson

Dès leurs premières minutes de vie, les bébés pleurent. En réalité, ils poussent des hurlements et des cris plus qu’ils ne pleurent. Ne sachant pas encore parler, il s’agit pour eux d’un moyen d’exprimer leurs émotions : c’est un véritable langage. Quel que soit l’âge du nourrisson, ces pleurs sont essentiels à son bon développement et à sa croissance. Il est tout à fait normal que vous puissiez vous sentir impuissants et désarmés face à ces sanglots et pleurs, semblant parfois excessifs tant en termes de fréquence que d’intensité. Il est d’ailleurs justifié que vous ressentiez de la fatigue, ou un sentiment de colère face à cette impuissance.

Les différentes significations des pleurs

Les causes des pleurs de votre enfant sont très variées et peuvent exprimer la faim, l’inconfort du froid ou au contraire de la chaleur, la fatigue, les coliques, le besoin d’être changé car sa couche est sale, la sensation de solitude… Ils sont un langage, un moyen pour lui de s’exprimer et d’attendre une réponse de votre part. Dès la naissance et durant la période dite de l’attachement, les bébés ont un grand besoin d’attention et de contact physique. Votre bébé a été bercé en continu pendant des mois, tout au long de la grossesse, il est donc important de rester proche de lui. Les besoins physiologiques désignent l’ensemble de ses besoins primaires à savoir se nourrir, dormir et se reposer, aller à la selle, se mouvoir ou encore communiquer. De manière générale, lorsque votre bébé pleure, c’est pour s’exprimer, il attend en retour une réponse votre part. Avant de chercher à apaiser votre nourrisson lorsqu’il pleure, la première des choses est donc de décoder le besoin exprimé par son pleur. Vers son neuvième mois, il est possible que votre tout-petit présente à nouveau des crises de larmes, principalement lorsque vous vous éloignerez de son champ de vision ou qu’un visage étranger s’approchera de lui : c’est la période dite d’angoisse de séparation. Pas d’inquiétude, tous les bébés ne vivent pas ce passage de la même manière. Dans tous les cas, si votre bébé crie et pleure, rassurez-le en parlant d’une voix douce, soyez détendus face à lui.

Pleurs normaux versus pleurs excessifs

Certains pleurs de bébé sont normaux et habituels. Un nourrisson peut simplement exprimer des besoins classiques comme la faim, la fatigue, le besoin de succion ou de câlins ou encore un simple inconfort. La durée des pleurs augmente de la naissance à la 6e semaine de vie pour atteindre jusqu'à 3h par jour. En fin d’après-midi ou en soirée, les pleurs de déchargement sont assez fréquents. 8 à 25% des nourrissons seraient sujets à ce type de pleurs durant le premier trimestre de vie. Moins fréquents, il existe aussi des pleurs excessifs aigus relatifs à une douleur soudaine. D’apparition brutale, ces pleurs et cris sont particulièrement intenses et stridents.

Les causes des pleurs excessifs

Il est essentiel de comprendre que les « coliques du nourrisson » n’ont pas la même signification pour chacun. S’agit-il de pleurs isolés ? Sont-ils associés à des douleurs ? Pour certains, et en particulier les industriels de la nutrition infantile, le problème se situerait essentiellement au niveau d’une mauvaise digestion du lactose, le principal glucide du lait (maternel ou artificiel). L’évolution du sommeil à cet âge est aussi à prendre en compte. Auparavant le sommeil de votre enfant se divisait en petites périodes de 3-4 heures séparées par des phases d’éveil spontanées dont on profite pour donner les tétées.

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Les coliques du nourrisson

Les pleurs du soir surviennent entre 18h et 24h, et durent 3 heures environ. Ils débutent vers l’âge de 3 semaines et atteignent leur maximum vers 6 semaines de vie. Votre bébé a mangé, il est propre, vous lui faites des câlins… et il pleure tout de même, il semble souffrir, son visage est rouge, ses poings sont serrés, son front est plissé, ses cuisses sont repliées sur son ventre, lequel est souvent ballonné, avec émission de gaz. Ces pleurs du soir ne semblent pas liés à un problème de digestion. Ils semblent être une période normale d’activité du nouveau-né: quand on enregistre l’activité physique et cérébrale d’un fœtus on retrouve déjà cette phase d’activité entre 18-20h et minuit. La plupart des mamans savent que leur fœtus est agité à cette période de la journée, au moment où elles se couchent. Mais pourquoi un bébé serait-il angoissé ? Le mécanisme de ces manifestations reste incertain, et pourquoi certains bébés en sont indemnes? Cependant les pleurs du soir semblent physiologiques et ne sont en rien liés à la peur de la nuit. Ils s’atténuent ou disparaissent vers 3 à 4 mois.

Problèmes digestifs

Le réflexe gastro-colique est un réflexe normal : il s’agit d’une accélération du péristaltisme intestinal (mouvements de la paroi) en particulier au niveau du côlon, après le remplissage de l’estomac, ce qui entraîne généralement l’émission d’une selle après le repas. Ce réflexe, chez certains enfants, peut être exagéré et devenir douloureux, surtout si l’enfant est glouton, et s’il avale beaucoup d’air en buvant son lait, sans faire de pauses ni de rots. Si votre bébé est allaité et n’est pas rassasié en fin de tétée, il faut envisager des tétées plus prolongées et surtout une stimulation de votre lactation (tétées plus fréquentes, 2e sein, etc.). Toutefois il convient de vérifier la courbe de poids de votre bébé. Il faut distinguer l’intolérance au lactose (l’intestin ne fabrique pas de lactase, l’enzyme qui digère le lactose) qui est exceptionnelle, et la mal-digestion du lactose qui existe chez certains bébés qui reçoivent trop de lactose par rapport à la quantité de lactase que leur intestin peut produire. L’allergie aux protéines du lait de vache (APLV) se manifeste par des signes cliniques très divers, dont des pleurs, plus ou moins rapidement après le biberon. Le diagnostic doit être confirmé par un essai de régime sans protéines de lait de vache et des tests biologiques. Le reflux gastro-œsophagien (RGO) non extériorisé est un diagnostic “à la mode” mais probablement plus rare qu’on le pense, car pour qu’un enfant pleure intensément à cause d’un RGO, il faut qu’il existe une réelle brûlure de l’œsophage par l’acidité gastrique (œsophagite). Une constipation peut être douloureuse.

Troubles fonctionnels et facteurs psychosociaux

La plupart du temps ces pleurs excessifs n’ont pas de cause médicale. Il s’agit vraisemblablement d’une période d’adaptation difficile du nouveau-né. On parle alors de trouble fonctionnel. Cette relation peut être d’autant plus perturbée que vous vivez une situation familiale ou sociale compliquée, que cet enfant a dans votre vie une histoire particulière ou que, vous même avez quelques difficultés psychologiques. C’est fréquent après un accouchement même chez des femmes sans aucun antécédent de problème psychologique. Il peut s’agir de “post-partum blues” survenant 3 à 10 jours après l’accouchement mais ne durant que quelques jours, ou assez fréquemment d’une “dépression” post-natale, ou exceptionnellement d’une psychose puerpérale. Il est alors important de consulter un(e) psychiatre ou un(e) psychologue habitué(e) aux problèmes de cette période si spéciale de la maternité débutante. Il est très important que vous puissiez dire, sans aucune culpabilité, ce que vous ressentez: fatigue, difficultés à gérer votre quotidien et celui de votre bébé, impression d’être dépassée, perte de sommeil voire idées noires.

Reflux Gastro-Œsophagien (RGO)

Il est naturel pour les parents de s’inquiéter lorsque leur bébé pleure beaucoup et présente des régurgitations. Cependant, il est essentiel de comprendre que ces symptômes ne signifient pas toujours un Reflux Gastro-Œsophagien (RGO) pathologique. Selon les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS), un RGO simple, avec quelques régurgitations, est fréquent et bénin chez les nourrissons. La prise en charge médicale n’est nécessaire que lorsque le bébé présente des signes tels que vomissements importants, difficultés à s’alimenter, ou troubles du sommeil sévères. L'oesophagite (inflammation de l'oesophage) est la complication la plus gênante du reflux (régurgitation du contenu de l'estomac, liée le plus souvent à la maturation inachevée du tube digestif). Elle est liée à l'agression de l'oesophage par les liquides acides de l'estomac. Cette inflammation peut entraîner des régurgitations à répétition, des pleurs et des tortillements de l'enfant pendant les repas.

Solutions et conseils pour apaiser les pleurs

Toute maman a expérimenté ces pleurs et cris, et il n’est pas toujours facile de savoir comment réagir. Faut-il laisser pleurer son bébé ? Les cris sont un mode d’expression du bébé, une activité motrice comme de bouger bras et jambes. Vérifiez que votre enfant dort bien, que son rythme de sommeil est adapté à son stade de croissance, qu’il mange bien, qu’il n’a pas de difficultés à téter. Si une cause accessible à une modification de régime alimentaire ou à un traitement médicamenteux a été diagnostiquée, le problème est en principe réglé. Si votre bébé n’est pas allaité, évitez les multiples changements de laits.

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Approches non médicamenteuses

Il n’existe pas de médicaments spécifiques pour calmer les pleurs excessifs, mais la phytothérapie (les soins par les plantes) aurait montré un effet intéressant chez certains enfants (ref.1). Le julep gommeux est un très vieux médicament à base d’eau de chaux et de gomme arabique. Le but de cette préparation faite par le pharmacien est de limiter l’acidité de l’estomac chez les bébés qui souffrent de coliques, en supposant que les coliques seraient dues à un problème d’acidité œsogastrique… il est préférable de conserver la préparation au frigo. Vous pouvez l’utiliser quand votre enfant pleure, à distance des tétées (l’acidité gastrique est alors revenue à son maximum), car l’eau de chaux pourrait réduire l’acidité digestive excessive. Enfin, votre présence et votre attention restent la méthode la plus efficace pour apaiser votre bébé. Pendant cette période de sa vie, votre enfant doit être très proche de vous, il a besoin de vous. N’hésitez pas à le porter souvent contre vous, privilégiez le peau à peau, et son berceau doit être proche de votre lit. Essayez de le porter en kangourou ou en écharpe, afin qu’il se sente contre vous, lorsque vous vaquez à vos occupations. Le bain est également un moment de douceur et de complicité qui peut calmer votre enfant. Vous pouvez masser votre bébé pour le détendre. N’hésitez pas non plus à lui parler beaucoup et à lui chanter des berceuses. Lorsque les pleurs se prolongent et que vous vous sentez désarmé, prenez votre enfant dans vos bras, et déambulez ou allez vous promener : votre bébé a des chances de s’endormir dans son landau ou dans la voiture. Peu à peu, les pleurs se calmeront, et à partir de 3 mois, ils devraient commencer à disparaître. Vous oublierez rapidement ces pleurs qui vous ont tant perturbée.

Techniques de réassurance et de portage

Des approches simples et bienveillantes peuvent faire une grande différence : bercement doux pour apaiser les tensions, peau-à-peau, qui régule le rythme cardiaque et la température du bébé, massage bébé, notamment pour soulager les inconforts digestifs et renforcer le lien affectif. Ces techniques aident à réduire le stress parental et à créer un environnement rassurant pour le bébé. Le portage est une méthode merveilleuse pour apaiser un bébé et répondre à son besoin de contact. Le portage en position verticale facilite le système digestif du nourrisson et peut réduire les régurgitations. Il contribue aussi à apaiser les pleurs grâce au mouvement et au contact peau-à-peau, renforcer le lien parent-enfant et favoriser un meilleur sommeil en diminuant le stress et l’inconfort du bébé.

Accompagnement en allaitement

L’allaitement peut jouer un rôle clé dans le bien-être digestif du bébé. Une prise du sein optimale permet de limiter l’absorption d’air et réduit les régurgitations. Il est important d'optimiser la position et la succion du bébé pour un allaitement confortable, identifier les signes de suralimentation ou de réflexe d’éjection fort, souvent confondus avec le RGO et adapter les tétées pour favoriser un rythme apaisant.

Astuces diététiques

Faire boire lentement, diminuer le calibre de la tétine, régulariser le rythme des biberons et ne pas trop donner.

Quand et comment répondre aux pleurs

À sa naissance, il n’est pas recommandé de laisser pleurer votre bébé. Ensuite, si votre bébé a grandi et qu’il a dépassé ses 4 premiers mois de vie, vous pouvez le faire patienter un peu plus longtemps avant de répondre à son besoin, toujours en lui expliquant les choses. Dites-lui que la nuit, on dort, que vous ne pouvez pas toujours être immédiatement disponible au moment où il le souhaite, ou encore que vous êtes occupé.e à la préparation du repas. Durant les épisodes de pleurs nocturnes, laissez-lui la chance de se rendormir seul si ses pleurs correspondent à un changement de cycle de sommeil par exemple. Néanmoins, gardez en tête que votre bébé ne possède pas la capacité de gérer ses émotions et que ses pleurs ne sont en aucun cas volontaires. Le consoler à chaque fois qu’il pleure ne fera pas de lui un enfant gâté, bien au contraire ! L’essentiel étant simplement de ne pas ignorer ses pleurs, de lui montrer que vous les entendez (que vous les compreniez ou non), en lui faisant une caresse, en lui parlant doucement, en échangeant un regard ou en le portant, dans la mesure du possible. Dès la naissance et jusqu’à l’âge de 4/6 mois, il est préférable que vous ne laissiez pas ou que très peu pleurer votre bébé avant de le prendre dans vos bras. Durant cette période dite de l’attachement, il est important que vous soyez là pour votre bébé pendant ces crises, sauf s’il pleure en dormant. Dans ces cas-là, ne le réveillez pas. Il s’agit simplement d’une phase « agitée » de son cycle de sommeil. En journée, prenez-le rapidement dans vos bras, parlez-lui avec une voix douce, câlinez-le et rassurez-le. C’est le contact avec vous, ses parents, et le bercement associé qui calment votre bébé.

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Soutien aux parents

Les pleurs de votre nouveau-né sont fatigants, angoissants et déstabilisants. Ils vous inquiètent car vous n’arrivez pas à les calmer. Il est tout à fait normal de s’impatienter face à la réaction incontrôlable de votre enfant. Il est bien évident et bien naturel que plus votre bébé crie et plus vous êtes stressée et dans la difficulté pour le câliner… Si votre bébé se développe bien, que le médecin de votre enfant en a attesté lors des consultations, essayez de prendre du recul et quand la tension monte dites vous que vous ne pouvez rien faire d’autre pour lui que de vous éloigner un peu et de revenir dans un moment… Si vous êtes seul(e) chez vous et que vous sentez monter un énervement impossible à refréner, posez délicatement votre bébé dans son lit, parlez-lui, dites-lui que vous avez besoin d’un temps de pause.

Importance du repos et du soutien

Les pleurs et les crises à répétition de votre enfant peuvent vous affecter moralement. Il est tout à fait normal et justifié que vous éprouviez à un moment ou à un autre, des sentiments d’impuissance ou de colère face à ces pleurs incessants. Même si vous n’en pouvez plus d’entendre votre bébé pleurer, ne le secouez jamais pour espérer le calmer. Demandez de l’aide à votre partenaire, une personne de votre entourage proche avant de ne vous épuiser complètement. Si vous êtes seul.e, posez votre bébé dans son lit puis sortez quelques instants de la pièce le temps de vous calmer et de reprendre vos esprits. Gardez tout de même un œil sur votre enfant toutes les 10 minutes pour vous assurer qu’il va bien. Écoutez une musique relaxante ou mettez des bouchons d’oreille. Faites appel à un.e ami.e proche et de confiance ou un membre de votre famille pour vous apporter du réconfort. N’ayez pas honte de vous sentir submergé.e, de très nombreux parents éprouvent les mêmes sentiments que vous. Il est très important que le parent principalement exposé aux pleurs excessifs et inconsolables de son enfant puisse se reposer sur son conjoint ou sur une tierce personne (grands-parents, amis…) régulièrement. Les réseaux de soutien à la parentalité et les professionnels de santé sont à l’écoute des parents dépassés par leur enfant. Si vous êtes seul face à votre enfant inconsolable et que vous ne pouvez pas passer le relai, couchez bébé sur le dos dans son lit en toute sécurité, et quittez la pièce. Allez boire un verre d’eau, respirez calmement et profondément, puis appelez un proche.

Déculpabiliser les parents

Les pleurs d'un bébé sont véritablement épuisants. Les mères qui passent toute la journée avec leur nouveau-né doivent s'accorder des moments de répit en confiant leur enfant à une tierce personne, et ce, sans avoir le sentiment de l'abandonner, sans culpabiliser ! C'est bénéfique à la mère, mais également à l'enfant qui va retrouver une maman plus disposée.

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