Le placenta est un organe transitoire indispensable au maintien de la gestation, médiateur des échanges physiologiques fœto-maternels. Il établit la liaison entre la mère et l'enfant, jouant un rôle essentiel pendant les 9 mois de la grossesse. Cet article explore en détail l'anatomie, le développement et les fonctions cruciales du placenta, ainsi que les complications potentielles qui peuvent survenir.
Développement du Placenta
Le placenta se forme dès le début de la grossesse. "C'est une partie de l'embryon, qui se sépare de lui dans les premiers jours de gestation. Il va grossir et se développer petit à petit, pour jouer un rôle d'interface entre le bébé et la mère", explique Anna Roy, sage-femme. S'il se crée dès les premiers jours, il lui faut plusieurs mois pour se développer. "Il va grossir, se différencier, se modifier anatomiquement, et il fonctionne à lui tout seul à partir du 4e mois de grossesse.
Avant d'être un organe à part entière, le placenta passe par des stades progressifs :
- Vers le 9ème jour de grossesse (au cours de la 2ème semaine de grossesse ou de la 4ème semaine d'aménorrhée, donc), le trophoblaste, c'est-à-dire la couche de cellules la plus externe de l’œuf, se divise en deux couches. Dans l'une de ces couches, des petites "poches" (vacuoles) apparaissent, grossissent puis se rejoignent pour former des "lacunes".
- Vers le 12ème jour de grossesse, les petits vaisseaux sanguins (capillaires) qui irriguent la muqueuse utérine se rompent et du sang maternel remplit les "lacunes" précédemment formées.
- Ces "lacunes" fusionnent vers le 13ème jour de grossesse : c'est l'ébauche du placenta.
- Vers la 9ème semaine de grossesse (11ème semaine d'aménorrhée, au cours du 3ème mois de grossesse), la surface d'échanges entre le sang maternel et le sang fœtal augmente grâce au développement de villosités, des petits "arbres" très ramifiés composés de veines et d'artères. Le placenta se forme.
- Vers la 21ème semaine de grossesse (23ème semaine d'aménorrhée, au cours du 5ème mois de grossesse), le placenta est définitivement constitué. Il est notamment composé d'un certain nombre de compartiments, les "cotylédons".
Au 3ème mois de grossesse, le diamètre du placenta est de 6 centimètres environ ; en fin de grossesse, il atteint 15 cm à 25 cm de diamètre, pour une épaisseur d'environ 3 cm. À terme, le poids du placenta représente environ 1/6 du poids du fœtus, soit 500 g.
Anatomie du Placenta
Le placenta est un organe d’origine fœtal. Il est plat et circulaire, mesurant généralement entre 15 et 25 centimètres de diamètre et pesant environ 500 grammes à terme. On distingue deux faces principales :
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- Une face fœtale ou choriale : Lisse, luisante, elle est tapissée par l'amnios que l'on peut détacher facilement du plan sous-jacent et qui laisse apparaître par transparence les vaisseaux placentaires superficiels et de gros calibres. Parfois, en la présence du liquide amniotique méconial (LAM), cette face peut s'imprégner par les pigments et les acides biliaires, (en forte concentration dans le méconium) ce qui lui donne un aspect verdâtre typique.
- Une face maternelle : Recouverte par la caduque basale qui constitue le plan de clivage. Le bord du placenta est circulaire.
Le placenta est un organe complexe composé de cellules trophoblastiques, qui sont les cellules essentielles du placenta. Après la phase d’implantation, le trophoblaste se différencie d’une part en trophoblastes villeux qui assurent les échanges fœtomaternels et les fonctions endocrines du placenta, et d’autre part en cytotrophoblastes extravilleux invasifs, permettant l’ancrage du placenta au niveau utérin. La placentation humaine est caractérisée par le développement d’un placenta hémochorial et de façon concomitante par des modifications considérables de la vascularisation de l’utérus.
Fonctions du Placenta
Le placenta est tout simplement vital pendant la grossesse : il établit la liaison entre la mère et l'enfant. L'une des fonctions principales du placenta, c'est de permettre les échanges entre la mère et le fœtus, pour qu'il soit alimenté grâce à ce que contient le sang de la future maman. "Sans cet organe, il n'y a pas d'échange d'oxygène, pas d'échange de nutriments", rappelle Anna Roy.
- Échanges de nutriments et d'oxygène : Le placenta permet l'apport de nutriments nécessaires à la croissance du fœtus (fer, calcium, glucose, acides gras…) ainsi que l'évacuation des déchets du métabolisme fœtal (urée, acide urique, créatinine…). Il a une fonction respiratoire : c'est lui qui permet l'apport d'oxygène au fœtus et l'évacuation du dioxyde de carbone fœtal. Les échanges gazeux se font entre le sang maternel (riche en oxygène) et le sang artériel ombilical (pauvre en oxygène) : à terme, le fœtus puise environ 20 ml à 30 ml d'oxygène par minute dans la circulation maternelle. Le sang maternel et le sang fœtal ne se mélangent pas directement. Au lieu de cela, les nutriments et l'oxygène passent à travers la barrière placentaire, fournissant au fœtus tout ce dont il a besoin pour grandir et se développer. Simultanément, les déchets métaboliques du fœtus, comme le dioxyde de carbone, sont transférés à la circulation maternelle pour être éliminés.
- Production d'hormones : Le placenta a une fonction endocrine : à partir du 4ème mois de grossesse, c'est lui qui déverse dans la circulation maternelle la progestérone, cette hormone qui permet le maintien de la grossesse. De plus, à partir de la 8ème semaine de grossesse, le placenta est une source majeure d'œstrogènes maternels. Le placenta produit plusieurs hormones essentielles pour maintenir la grossesse et favoriser le développement fœtal. Parmi celles-ci, on trouve : La gonadotrophine chorionique humaine (hCG), La progestérone, et Les œstrogènes.
- Barrière immunologique : La sage-femme explique aussi que le placenta a une fonction protectrice très importante. "C'est un organe de filtration, comme le foie. Il va filtrer les virus et les molécules qui ne sont pas bonnes pour le bébé". Le développement du système immunitaire fœtal (et notamment l'acquisition des immunoglobulines G) s'effectue via le placenta. Le placenta protège également le fœtus contre certains médicaments, certains agents infectieux et certaines substances toxiques - bien que cette protection soit incomplète. Le placenta agit également comme une barrière immunologique, protégeant le fœtus des infections et des substances potentiellement nocives présentes dans la circulation maternelle. Il permet également le transfert d'anticorps maternels au fœtus, conférant une immunité passive au nouveau-né pendant les premiers mois de vie.
- Élimination des déchets : En plus des échanges de nutriments et d'oxygène, le placenta assure l'élimination des déchets métaboliques produits par le fœtus. Ces déchets, principalement le dioxyde de carbone et l'urée, sont transférés vers la circulation maternelle pour être éliminés par les reins et les poumons de la mère.
Complications Placentaires
Le placenta ayant un rôle essentiel pendant la grossesse, quand il connaît des complications, celles-ci peuvent être assez sévères.
- Placenta prævia : Par exemple, il peut ne pas s'insérer comme il faut. C'est ce qu'il se passe lorsqu'il y a un placenta praevia : "il se met sur le col de l'utérus, ou à proximité. Cela rend l'accouchement par voie basse impossible", explique Anna Roy. On parle de placenta prævia lorsque le placenta (qui, on l'a dit, est normalement implanté au fond de l'utérus, à l'opposé du col, ou éventuellement sur le côté de l'utérus) se développe dans la partie basse de l'utérus, de sorte qu'il recouvre partiellement ou totalement le col de l'utérus. Le placenta prævia est plus fréquent chez les femmes enceintes âgées de plus de 35 ans et/ou en cas de tabagisme maternel. Le placenta prævia nécessite généralement un accouchement par césarienne, en particulier lorsqu'il s'agit d'un placenta prævia central (où le col de l'utérus est totalement recouvert). À noter : le placenta praevia est un facteur de risque de l'embolie amniotique.
- Placenta accreta : Dans d'autres cas, il peut s'insérer trop à l'intérieur de la muqueuse utérine. "C'est ce qu'on appelle un placenta accreta. On n'arrive pas le différencier de la muqueuse utérine, et cela peut poser de gros problèmes après l'accouchement", décrypte la spécialiste. Lors de certaines grossesses, on peut savoir à l'avance que l'expulsion du placenta sera difficile, et notamment en cas de placenta accreta, puisqu'il sera alors très imbriqué dans la muqueuse utérine.
- Insuffisance placentaire : Dans d'autres cas, le problème causé par le placenta est qu'il n'assure plus les échanges d'oxygène et de nutriments correctement. La spécialiste explique que cela peut être causé par de nombreux facteurs, dont une mauvaise compatibilité génétique entre les deux parents. L'insuffisance placentaire se produit lorsque le placenta ne fonctionne pas correctement, ce qui peut entraîner un retard de croissance intra-utérin, une naissance prématurée ou, dans les cas graves, la mort fœtale. Les causes peuvent être multiples comme des problèmes vasculaires, des infections ou des anomalies structurelles du placenta.
- Décollement placentaire (Hématome rétro-placentaire) : Enfin, le placenta peut se décoller prématurément, "c'est ce qu'on appelle un hématome rétro-placentaire (HRP)". En cas de décollement du placenta, les signes qui peuvent alerter la future mère sont des saignements, et de très fortes douleurs dans le ventre. L'hématome rétro-placentaire peut être plus ou moins grave, en fonction du stade de la grossesse et de la taille de la zone décollée. "Si le décollement est précoce, au début de la grossesse, ce n'est pas forcément très grave. La femme va un peu saigner. Cela peut-être juste une petite zone qui est touchée, et elle se recolle dans beaucoup de cas", tient à rassurer Anna Roy. En revanche, ce n'est pas la même chose si le décollement du placenta se produit en fin de grossesse. Le décollement placentaire est une complication grave où le placenta se sépare prématurément de la paroi utérine. Cela peut entraîner des saignements abondants et compromettre l'apport d'oxygène au fœtus, nécessitant une intervention médicale urgente.
- Chorioamniotite : Une chorioamniotite désigne une infection du placenta et du liquide amniotique. Elle se caractérise surtout par de la fièvre et des douleurs abdominales. Elle survient surtout chez les femmes dont la poche des eaux s'est rompue prématurément ou qui ont déjà eu un accouchement prématuré. Le tabagisme est aussi un facteur de risque. Une fois le diagnostic confirmé, l'accouchement par césarienne doit avoir lieu le plus tôt possible afin de protéger la mère et son bébé.
- Polypes placentaires : Les polypes placentaires se manifestent souvent par des métrorragies inhabituelles dans la période post-natale, d'une abondance variable, parfois très importante, mais dans certains cas, ces polypes peuvent rester silencieux cliniquement, et ce n'est que lors de la consultation post-natale, 6 à 8 semaines après l'accouchement, que le médecin peut les mettre en évidence : troubles du cycle menstruels, même sous contraception estroprogestatif ; utérus anormalement involué…
Surveillance du Placenta en Fin de Grossesse
Une future maman qui a dépassé le terme de sa grossesse va devoir faire des examens régulièrement pour s'assurer que son bébé à naître va bien, et notamment si le placenta est toujours normal et fonctionnel. D'après Anna Roy, c'est parce qu'il s'agit "d'un organe qui a une date de péremption, pour dire les choses simplement. En fin de grossesse, on va vérifier qu'il n'est pas périmé en faisant une échographie, et notamment en regardant le niveau de liquide amniotique". Si le placenta fonctionne toujours normalement, les médecins peuvent laisser la grossesse se poursuivre jusqu'à cinq jours après la date du terme, toujours en surveillant le placenta.
Expulsion du Placenta Après l'Accouchement
Au moment de l'accouchement, le placenta doit impérativement être expulsé, après le bébé. "Il est à l'origine de nombreux décès dans le monde, par exemple à cause des hémorragies graves du post-partum. C'est un problème qui est pris très au sérieux et c'est pour cela que, en France, on fait souvent une délivrance dite "dirigée" du placenta. On va injecter un produit au moment de la sortie des épaules du bébé, pour qu'il se décolle facilement dans les 5 à 15 minutes qui suivent la naissance. On va être très exigeant sur le délai de sortie", nous explique Anna Roy. En revanche, lors des accouchements plus naturels, par exemple en maisons de naissance, "il n'y aura pas de délivrance dirigée". Dans ce cas, le délai accordé par le corps médical au placenta pour être expulsé est de 30 minutes maximum. Malgré tout, il peut arriver que le placenta ne soit pas expulsé, ou qu'un morceau reste dans l'utérus. Dans ce cas de figure, "on peut faire une révision utérine. Le médecin ou la sage-femme va aller chercher lui-même le placenta ou la partie de l'organe restée à l'intérieur, avec la main". Si le corps médical procède systématiquement à cette étape quand le placenta n'est pas expulsé, c'est parce que, s'il reste dans l'utérus, il peut entraîner de graves problèmes de santé. "Le danger numéro un, c'est l'hémorragie. Le deuxième, c'est le risque infectieux, car si on laisse un morceau de placenta à l'intérieur de l'utérus, cela va finir par s'infecter", nous explique la sage-femme.
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On examine le placenta après la naissance pour savoir s'il est complet. On va regarder aussi ses particularités anatomiques (taille, défaut, séparé en deux, odeur…). En cas de suspicion, la sage-femme ou l'obstétricien qui ont aidé la patiente à accoucher pourront demander à ce qu'il soit analysé pour détecter l'éventuelle présence de germes ou de virus, et savoir s'il s'est dégradé prématurément. Observer le placenta peut aussi permettre de récolter des informations importantes. "Pour la santé du nouveau-né, cela n'implique pas forcément grand-chose, mais ce sont des choses qui peuvent être intéressantes pour une grossesse ultérieure. Par exemple, lors d'une deuxième grossesse, on peut conseiller de l'aspirine pour fluidifier les échanges entre la mère et le fœtus", explique Anna Roy.
Le Placenta et le Virus Zika
Pendant des dizaines d’années, les responsables de la santé publique ont cru que le virus Zika ne causait que des maladies bénignes. Toutefois, depuis l’épidémie survenue en 2015 au Brésil, il ne fait aucun doute que le virus se transmet d’une femme enceinte à son fœtus, avec de lourdes conséquences. Dans certains cas, l’enfant meurt avant la naissance ; dans d’autres, il naît avec de graves séquelles cérébrales, notamment une tête anormalement petite (microcéphalie).
L’épidémie de Zika illustre les dégâts qu’un virus infectant la mère peut infliger lorsqu’il parvient à franchir le placenta. En 2016, nous avons en effet apporté la preuve que, durant le premier trimestre de la grossesse, le virus Zika est capable de se répliquer et d’endommager à la fois l’interface maternofœtale, le placenta et le cordon ombilical. Toutefois, à l’heure actuelle, l’étude du mode d’action de ce virus soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses.
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