L'accouchement est un processus complexe qui ne se termine pas avec la naissance du bébé. L'expulsion du placenta, souvent appelée la délivrance, est une étape cruciale. De plus, l'utilisation du placenta après l'accouchement, notamment à travers la placentophagie, suscite un intérêt croissant et des débats passionnés. Cet article explore les différentes facettes du placenta après l'accouchement, allant de sa gestion médicale à ses usages controversés, en passant par sa signification culturelle et spirituelle.

La Délivrance : Une Étape Essentielle

Après la naissance du bébé, le corps de la femme doit expulser le placenta. Cette troisième phase de l'accouchement, appelée la délivrance, se produit généralement dans la demi-heure suivant la naissance du bébé. Le Pr Michel Dreyfus, chef de service de gynécologie-obstétrique du CHU de Caen, souligne que cette expulsion est un phénomène spontané et naturel, rendu possible par les contractions de l'utérus.

Surveillance de la Délivrance

Dans le cas d'une délivrance normale, le placenta est évacué naturellement. Cependant, la sage-femme ou le médecin doit systématiquement contrôler le "délivre" en examinant attentivement le placenta pour s'assurer qu'il est entier et que toutes les membranes sont complètes. Cette vérification permet de s'assurer qu'aucune partie du placenta n'est restée dans l'utérus.

Rétention Placentaire : Une Complication Rare

Dans environ 3 % des accouchements, une partie ou la totalité du placenta peut ne pas être expulsée, entraînant une rétention placentaire. L'obstétricien doit alors intervenir pour vider l'utérus et éviter une hémorragie de la délivrance. Il existe deux types de rétention placentaire :

  • Rétention placentaire incomplète: le placenta sort, mais une petite partie manque.
  • Rétention placentaire complète: le placenta n'est pas du tout évacué dans les 30 minutes suivant l'accouchement.

La rétention placentaire est rare lors des césariennes, car le médecin retire manuellement le placenta lors de l'intervention.

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Risques et Prise en Charge de la Rétention Placentaire

Le principal risque de la rétention placentaire est l'hémorragie du post-partum, une cause majeure de décès maternel si elle n'est pas traitée. En cas de rétention placentaire, une révision utérine est effectuée sous anesthésie pour retirer les fragments placentaires restants. Cette procédure dure de 1 à 3 minutes.

Prévention de la Rétention Placentaire

La rétention placentaire est généralement aléatoire et difficile à prévenir. Cependant, dans le cas d'un placenta accreta, où le placenta envahit le muscle de l'utérus, le risque est connu à l'avance.

La Placentophagie : Une Pratique Controversée

La placentophagie, ou la consommation du placenta après l'accouchement, est une pratique qui a gagné en popularité ces dernières années, notamment grâce à des célébrités qui en vantent les mérites.

Origines et Motivations de la Placentophagie

Dans de nombreuses cultures (Amérique du Sud, Asie…), le placenta est considéré comme un organe sacré constitué des mêmes cellules que celles du bébé. Les adeptes de la placentophagie affirment que la consommation du placenta apporte de nombreux bénéfices pour la santé, tels que :

  • Une récupération plus rapide après l'accouchement
  • Une augmentation de l'énergie
  • Une amélioration de la lactation
  • Une réduction du risque de baby-blues et de dépression post-partum

Ces bénéfices seraient dus à la haute teneur du placenta en hormones, vitamines, minéraux et fer.

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Différentes Formes de Consommation du Placenta

Le placenta peut être consommé de différentes manières :

  • Cru, dans un smoothie
  • Cuit, à la vapeur ou dans des bouillons
  • Déshydraté et encapsulé sous forme de gélules
  • Transformé en granules homéopathiques ou en teinture mère

Risques Potentiels de la Placentophagie

Malgré les affirmations de ses partisans, la placentophagie est controversée et les experts médicaux mettent en garde contre ses risques potentiels. Le Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC) américain a alerté en 2017 sur le fait que le processus d'encapsulation du placenta n'éradique pas les agents pathogènes infectieux et que l'ingestion de capsules de placenta doit donc être évitée.

Le placenta est un organe qui filtre les substances toxiques pendant la grossesse. Il peut donc contenir des agents pathogènes infectieux et des toxines qui peuvent être nocifs pour la mère et le bébé. De plus, il n'existe pas de normes pour le traitement du placenta destiné à la consommation.

Statut Juridique de la Placentophagie en France

En France, la placentophagie est très rare en raison de l'interdiction de récupérer le placenta après un accouchement. Le placenta est considéré comme un déchet opératoire et doit suivre la procédure d'incinération prévue pour les déchets d'activités de soins à risques infectieux (DASRI). Il peut également être collecté dans un but scientifique ou thérapeutique, conformément à la loi de bioéthique.

Alternatives à la Placentophagie

Pour celles qui recherchent un soutien après l'accouchement, il existe des alternatives sûres et éprouvées à la placentophagie, telles que :

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  • Une alimentation saine et équilibrée, riche en protéines, vitamines et minéraux
  • Un repos suffisant
  • Un soutien émotionnel et psychologique
  • L'allaitement maternel
  • La prise de compléments alimentaires prescrits par un médecin

L'Empreinte Placentaire : Un Souvenir Symbolique

Si la consommation du placenta est interdite en France, il existe d'autres façons de conserver un souvenir de cet organe unique. De plus en plus de sages-femmes proposent de réaliser une empreinte placentaire à la naissance, créant ainsi un "arbre de vie" symbolique.

Importance de la Préparation à la Naissance et de l'Accompagnement

La préparation à la naissance ne doit pas se limiter à la sortie du bébé. Il est essentiel de se préparer également à la délivrance du placenta et à la période post-partum. Un accompagnement par une sage-femme ou un professionnel de la santé peut aider les femmes à vivre cette étape de manière sereine et éclairée. Favoriser la sécrétion naturelle d'ocytocine par le contact peau à peau avec le bébé et le respect de la physiologie de la naissance peut faciliter la délivrance du placenta et réduire le risque d'hémorragies.

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