L'interruption volontaire de grossesse (IVG), qu'elle soit médicamenteuse ou instrumentale, est un droit fondamental pour les femmes qui ne souhaitent pas poursuivre une grossesse. La France a fait des progrès significatifs dans la reconnaissance et la prise en charge de ce droit, en garantissant un accès plus libre et sécurisé à l'avortement. Cet article vise à informer les femmes sur les différentes méthodes d'IVG, en particulier l'IVG médicamenteuse, leurs procédures, leurs délais et leurs implications.
Les deux méthodes d'IVG : un choix éclairé
En France, deux méthodes d'IVG sont autorisées : l'IVG instrumentale (chirurgicale) et l'IVG médicamenteuse. Le choix de la technique d'avortement dépend du souhait de la patiente et du terme de sa grossesse, un choix qui peut être effectué avec l'aide d'un médecin ou d'une sage-femme.
IVG instrumentale (chirurgicale)
L'IVG instrumentale est pratiquée obligatoirement dans un établissement de santé (hôpital ou clinique autorisé en gynécologie obstétrique ou chirurgie). Elle consiste en une aspiration de l'œuf, précédée d'une dilatation du col de l'utérus. L'ouverture du col utérin peut être facilitée par l'administration d'un médicament. L'intervention peut être réalisée sous anesthésie locale ou générale, selon le choix de la patiente et l'avis du professionnel de santé. L'hospitalisation dure en général quelques heures, mais l'intervention en elle-même dure une dizaine de minutes.
IVG médicamenteuse
L'IVG médicamenteuse peut être pratiquée en établissement de santé (hôpital ou clinique), en cabinet de ville, en centre de santé sexuelle ou en centre de santé. Cette technique consiste à prendre deux médicaments : le premier, la mifépristone, sert à interrompre la grossesse, et le second, le misoprostol, à provoquer l'expulsion de l'œuf. La prise du premier médicament peut se faire en présence du médecin ou de la sage-femme, lors d'une consultation ou d'une téléconsultation, ou seule à domicile. La prise du second médicament a lieu entre 24 et 48 heures après la prise du premier, en consultation ou à domicile. Cette méthode ne nécessite ni anesthésie, ni intervention chirurgicale. Des médicaments antalgiques sont prescrits pour gérer la douleur.
IVG médicamenteuse : comment ça marche ?
L’IVG médicamenteuse peut être pratiquée jusqu’à la 7e semaine de grossesse (soit 9 semaines d'aménorrhée). Elle consiste à prendre deux comprimés prescrits par un médecin ou une sage-femme.
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Les étapes de l'IVG médicamenteuse
- La consultation d'information : Au cours de cette consultation, la femme enceinte fait sa demande d'avortement et reçoit des informations orales et un guide sur l'IVG. Le médecin ou la sage-femme propose un entretien psycho-social, obligatoire pour les mineures.
- Le recueil du consentement : La femme enceinte remet son consentement écrit de demande d'avortement au médecin ou à la sage-femme. Il n'y a plus de délai de réflexion imposé.
- La prise du premier médicament : la mifépristone. Ce médicament interrompt la grossesse, provoque des contractions de l’utérus et l’ouverture du col. Il bloque l’action de la progestérone, une hormone nécessaire au maintien de la grossesse, favorise les contractions de l’utérus et l’ouverture du col utérin.
- La prise du second médicament : le misoprostol. Ce médicament augmente les contractions et provoque l’expulsion de l'embryon. Il est pris 24 à 48 heures après le premier comprimé.
Où s’adresser ?
Avant de réaliser une IVG, deux temps sont obligatoires : la consultation d'information et le recueil du consentement. La consultation d'information peut avoir lieu dans un cabinet de ville, un centre de santé, un établissement de santé ou en téléconsultation. Au cours de cette consultation, la patiente reçoit des informations sur les différentes méthodes d'IVG et se voit proposer un entretien psycho-social (obligatoire pour les mineures). Lors du recueil du consentement, la patiente choisit la méthode d'IVG qui lui convient le mieux et confirme son choix par écrit.
Contre-indications et effets indésirables
L'IVG médicamenteuse est contre-indiquée en cas de grossesse extra-utérine, d'allergie aux médicaments utilisés, d'insuffisance rénale chronique ou de porphyrie héréditaire. Les douleurs lors d’une IVG médicamenteuse sont fréquentes et leur intensité varie d’une femme à l’autre. Elles ressemblent généralement à des douleurs de règles plus intenses que d’habitude et sont provoquées par les contractions utérines qui permettent d’expulser la grossesse. Des antidouleurs sont prescrits pour atténuer ces douleurs. D'autres effets indésirables peuvent survenir, tels que des troubles gastro-intestinaux (nausées, vomissements, diarrhées) et des saignements abondants.
Complications possibles
Certaines complications peuvent survenir après une IVG médicamenteuse, telles qu’une hémorragie, une infection dans le cas où la grossesse n’aurait pas été totalement expulsée ou des douleurs persistantes malgré la prise de médicaments antidouleurs. Il est important de contacter rapidement le professionnel de santé en cas de fièvre, de pertes de sang très abondantes, de malaise ou de fortes douleurs abdominales. Une consultation de contrôle est programmée 14 à 21 jours après l’IVG pour s’assurer de l’absence de complications.
Efficacité de l'IVG médicamenteuse
L'IVG médicamenteuse a un taux de succès de 95 %. La consultation de contrôle permet de vérifier que la grossesse a bien été interrompue. Dans 60% des cas, l’expulsion se produit environ 4 heures après la prise du comprimé et dans 40% des cas, dans les 24 à 72 heures.
IVG médicamenteuse ou instrumentale : quelles différences ?
Le choix entre l'IVG médicamenteuse et l'IVG instrumentale dépend de plusieurs facteurs, notamment le terme de la grossesse, les préférences de la patiente et les contre-indications éventuelles.
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| IVG médicamenteuse | IVG instrumentale | |
|---|---|---|
| Jusqu'à quand ? | 7 semaines de grossesse, soit 9 semaines d'aménorrhée. | 14 semaines de grossesse, soit 16 semaines d'aménorrhée. |
| Avec quel professionnel ? | Médecin ou sage-femme. | Médecin, ou sage-femme sous certaines conditions. |
| Où ? | En cabinet, En centre de santé sexuelle, En centre de santé, En établissement de santé. | En établissement de santé, Dans certains centres de santé. |
| Comment ? | Prise de deux médicaments à 24-48h d’intervalle en présence du professionnel de santé (au sein du cabinet ou de la structure où exerce le professionnel ou lors d’une téléconsultation) ou seule à votre domicile. | Au cours d’une courte hospitalisation : introduction d’une canule souple de calibre adapté par le col de l’utérus pour aspirer le contenu de l’utérus. |
| Et la douleur ? | Pas d'anesthésie mais prescription d'anti-douleurs systématique. | Anesthésie locale ou générale selon votre souhait et en accord avec le professionnel de santé qui réalise l’intervention. En cas d’anesthésie générale il sera nécessaire de réaliser préalablement une consultation avec un médecin anesthésiste. |
| Quelle durée totale ? | Variable. A partir de la prise du second médicament la grossesse est évacuée dans les 4h dans environ 60% des cas. Dans 40% des cas l’évacuation de la grossesse aura lieu dans les 24 à 72h. | L’intervention est rapide et dure entre 15 et 20 minutes. Après l’intervention, il est nécessaire de rester sous surveillance quelques heures dans l’établissement ou le centre de santé. |
| Consultation de suivi ? | 14 à 21 jours après l’IVG pour s’assurer de l’efficacité de la méthode et de l’absence de complications. | 14 à 21 jours après l’IVG pour s’assurer de l’efficacité de la méthode et de l’absence de complications. |
| Taux de succès | 95% | 99,7% |
| Quels sont les effets indésirables ? | Douleurs plus intenses que des douleurs de règles liées aux contractions utérines, généralement après la prise du second médicament. Possible troubles gastro-intestinaux. Saignements plus abondants que des règles habituelles pendant quelques jours. | Douleurs de règles liées aux contractions utérines après l’intervention. Saignements plus abondants que des règles habituelles à la suite de l’intervention pendant quelques jours. |
| Certaines étapes sont-elles réalisables en téléconsultation ? | Toutes les étapes sont réalisables en téléconsultation. | Les étapes préalables à l’IVG et la consultation de suivi sont réalisables en téléconsultation. A noter que toutes les étapes préalables à l’IVG sont les mêmes quelle que soit la méthode. |
Aspects financiers et prise en charge
Pour toutes les femmes assurées sociales (majeures ou mineures), l'avortement et tous les actes associés (consultations, échographies, prises de sang…) sont pris en charge à 100 % par l'Assurance maladie. Il n'y a aucune avance de frais et aucun dépassement d’honoraire possible. Pour les femmes résidant en France en situation irrégulière et non admises à l'aide médicale de l'État (AME), il existe une prise en charge des soins urgents (dont fait partie l’IVG) à l'hôpital (hospitalisation ou consultation en établissement de santé).
Après l'IVG : suivi et contraception
Une consultation psycho-sociale est systématiquement proposée après l’IVG. Elle permet de parler de sa situation si on en ressent le besoin. Une visite de contrôle doit intervenir entre le 14e et le 21e jour après l'IVG instrumentale ou médicamenteuse. Elle permet de s'assurer qu'il n'existe pas de complication et que la grossesse a bien été interrompue. Lors de la consultation de contrôle, le médecin ou la sage-femme s'assure que la patiente dispose d'un moyen contraceptif adapté à sa situation si nécessaire.
La reprise de la fertilité après une IVG est immédiate. Il est donc recommandé d'utiliser une contraception.
Quelle contraception choisir après une IVG ?
Au cours des différentes consultations effectuées pour réaliser l’IVG, les patientes reçoivent une information détaillée sur les méthodes contraceptives disponibles et peuvent échanger avec le médecin ou la sage-femme afin de choisir la contraception qui leur convient le mieux. Aucune méthode n’est contre-indiquée après une IVG, sauf cas particulier. Seuls les moyens de contraception nécessitant des manipulations vaginales (anneau vaginal, cape cervicale, etc.) ne sont pas recommandés immédiatement après l’intervention, pendant le premier cycle suivant l’IVG.
La contraception choisie peut être mise en place dès la réalisation de l’IVG. Un dispositif intra-utérin (au cuivre ou à la progestérone) peut être posé immédiatement après la réalisation de l’IVG instrumentale (sauf en cas d’épisode infectieux) ou lors de la visite de suivi pour une IVG médicamenteuse. Une contraception hormonale, œstroprogestative (pilule, patch transdermique) ou progestative (pilule, implant, injection intra musculaire) peut être débutée : le jour même ou le lendemain d’une IVG instrumentale ; le jour de la prise de misoprostol - prise du 2e médicament - pour une IVG médicamenteuse. Les préservatifs externes (dits masculins) ou internes (dits féminins) peuvent être utilisés dès la reprise des rapports sexuels. Ce sont les seuls contraceptifs qui protègent des infections sexuellement transmissibles, dont le VIH-Sida.
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Conséquences psychologiques et fertilité
Contrairement aux idées reçues, l'IVG n'est pas à l'origine de troubles psychologiques spécifiques. Le vécu d’une IVG est personnel et varie d’une femme à l’autre. C’est souvent le contexte de sa réalisation et l’accompagnement autour de l’IVG qui peuvent avoir un impact psychologique. Un accompagnement psychologique par un professionnel peut être mis en place si la patiente en ressent le besoin.
Le risque d’infertilité n’est pas lié à la réalisation de l’IVG en tant que telle mais peut être une conséquence des éventuelles complications qui y sont associées (infection, lésions au niveau de l’utérus lors de l’aspiration, etc). Toutefois, ces complications sont rares quand l’IVG est réalisée dans des conditions sécurisées.
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