L'acquisition de la continence est une étape importante dans le développement de l'enfant, à la fois sur le plan corporel et social. Plutôt que de parler de "propreté", terme qui sous-entendrait que l'enfant est "sale" avant cette acquisition, il est préférable d'utiliser le mot "continence". Cet article explore les différentes dimensions de ce processus naturel et propose des pistes pour accompagner au mieux l'enfant, tant à la maison qu'en crèche.

La continence : un processus naturel et individuel

L'acquisition de la continence n'est pas un apprentissage que l'on impose à l'enfant, mais plutôt un développement qu'il réalise lui-même, à son propre rythme, tout comme la marche ou le langage. Ce n'est pas en forçant l'enfant à s'asseoir sur le pot qu'il deviendra continent, de la même manière qu'on ne peut pas forcer un enfant à marcher. Il est essentiel de faire confiance à l'enfant et de respecter son rythme de développement individuel.

Il est important de noter que chaque enfant est différent et qu'il n'existe pas de règles strictes en matière d'acquisition de la continence. L'idéal est de respecter le rythme de chaque enfant et de ne pas chercher à accélérer le processus, au risque de créer des angoisses inutiles. Cela ne signifie pas pour autant se désintéresser de la question, mais plutôt adopter une approche attentive et respectueuse.

Les différentes dimensions de l'acquisition de la continence

L'acquisition de la continence est un processus complexe qui nécessite la maturation de différents systèmes :

Maturité motrice

L'enfant doit développer la capacité d'agir volontairement sur ses sphincters, les muscles internes qui contrôlent l'évacuation des urines et des selles. Au début, ces muscles fonctionnent de manière réflexe, puis l'enfant prend conscience de leur existence et apprend à les contrôler volontairement. Ce processus prend du temps, comme pour l'apprentissage de la marche. On estime que l'enfant découvre cette capacité d'agir sur ses sphincters lorsqu'il est capable de monter un escalier debout, généralement vers l'âge de 18 mois.

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Maturité affective et psychologique

L'acquisition de la continence coïncide avec une période importante du développement de l'enfant : la prise de conscience de soi et l'affirmation de son identité. L'enfant traverse alors une phase d'opposition, où il dit "non" pour affirmer son existence et sa volonté de contrôler ce qui le concerne.

Pendant cette période, l'enfant construit également son unité corporelle, en assemblant les différentes parties de son schéma corporel. On considère que l'enfant a construit cette unité corporelle lorsqu'il est capable de dessiner un rond fermé de lui-même, généralement vers l'âge de 3 ans.

Dans ce contexte, perdre une partie de lui-même (urine, selle) peut être très inquiétant pour l'enfant, surtout s'il n'est pas encore sûr de l'unité de son corps et de sa personne. On peut observer cette inquiétude lorsque l'enfant fait une selle dans le bain et réagit par une peur panique, ou lors de la première production d'une selle dans le pot, souvent décrite comme un "choc". Des études ont montré qu'il peut s'écouler plusieurs jours, voire plusieurs semaines, entre la première selle dans le pot et les suivantes, le temps pour l'enfant de se remettre de ce "choc".

Progressivement, l'enfant va devoir accepter de se séparer d'une partie de lui-même, accepter que quelque chose lui échappe, tout en gardant le contrôle de son corps et en maîtrisant le fonctionnement de ses sphincters. Il pourra le faire sans inquiétude lorsqu'il se sentira prêt.

Maturité intellectuelle et sociale

L'enfant doit également apprendre à se conformer aux habitudes sociales et culturelles en matière d'élimination. Il doit comprendre que ses besoins doivent être satisfaits dans un lieu spécifique (toilettes, pot ou WC) et coordonner ses actions pour y parvenir : identifier son besoin, se retenir pour aller au lieu dédié. On peut observer ce travail d'anticipation lorsque les enfants vont aux toilettes en marchant avec leur pantalon déjà baissé !

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Il est donc important d'attribuer une place fixe au pot dans les toilettes ou la salle de bain, afin que l'enfant comprenne que ce n'est pas un objet qu'il peut transporter partout ou utiliser comme un jouet.

Il est important de noter que le petit enfant n'éprouve pas de dégoût envers ses selles. Au contraire, il peut les considérer comme un bien précieux qui vient de lui et jouer avec comme de la pâte à modeler. Il va donc devoir apprendre à se comporter avec ses productions en intégrant les règles culturelles. Pour satisfaire son intérêt tout en respectant ces règles, on peut lui donner le temps de regarder ce qu'il y a dans sa couche et de le nommer, puis lui proposer de jeter lui-même sa couche ou de vider son pot dans les toilettes.

Comment accompagner l'enfant dans ce processus ?

Même si l'enfant est capable de réaliser cette acquisition par lui-même, l'intérêt et la reconnaissance de ses progrès par les adultes de son entourage sont essentiels pour le soutenir. Faire par soi-même ne signifie pas être tout seul !

Repérer les différentes étapes de ce processus permet aux adultes de se sentir rassurés et moins impatients face aux avancées de l'enfant.

Mettre en mots ce que l'enfant fait ou ressent

L'enfant commence par prendre conscience que quelque chose en lui passe du dedans au dehors. On peut l'aider à nommer ce qui se passe en lui en disant : "Tu es en train de faire pipi, caca dans ta couche". Cela lui donne des mots pour identifier et signaler ce qui se passe en lui.

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Ensuite, l'enfant s'intéresse à ce qu'il y a dans sa couche et à ce qui se passe dans les toilettes. On peut alors lui proposer un pot, en lui indiquant qu'il pourra bientôt l'utiliser. Sans que cet objet devienne un jouet, l'enfant aura envie de l'expérimenter (s'asseoir dessus, y mettre une poupée ou son doudou).

Proposer, mais ne pas imposer

Lorsque la couche de l'enfant reste sèche pendant quelques heures, ce qui indique une capacité à se retenir, on peut lui proposer d'aller sur le pot. Il est important que ce soit une proposition et non une obligation.

Il n'est pas nécessaire de demander à l'enfant de rester longtemps sur le pot. Lui donner un livre ou un jeu pendant qu'il est sur le pot ne l'aide pas à être à l'écoute des besoins de son corps. L'enfant doit apprendre à identifier ses besoins (j'ai envie de faire pipi, caca) et à faire fonctionner ses sphincters pour satisfaire ce besoin (se retenir = fermer ses sphincters ; puis les ouvrir pour faire sur le pot). C'est un travail de coordination complexe et il arrive souvent que les enfants fassent dans leur couche juste après avoir été sur le pot. Il est important de ne pas s'agacer et de comprendre que c'est juste le temps nécessaire à l'enfant pour maîtriser le fonctionnement de ses sphincters.

Lors de cette étape, les enfants mettent souvent en scène leurs intérêts et questionnements relatifs à cette acquisition dans des jeux symboliques : ils peuvent jouer à changer les couches d'une poupée, d'une peluche ou d'une figurine, ou à les mettre sur le pot.

Ritualiser les moments de change

Il est important de ritualiser le moment du change. Plus les moments de soin sont ritualisés, plus l'acceptation des règles peut se faire, notamment pendant la période d'affirmation de soi, où le temps de change peut devenir conflictuel.

Proposer à l'enfant de jeter lui-même sa couche dans la poubelle ou de se laver lui-même permet de le rendre acteur dans le soin, de ne pas se sentir dépossédé d'une partie de lui et du contrôle sur son corps.

Enlever les couches à l'enfant ne l'aidera pas à devenir "propre", de la même manière que mettre des chaussures à un enfant ne l'aidera pas à marcher. C'est un processus interne sur lequel on peut peu agir, si ce n'est en exerçant une pression sur lui.

L'enfant, percevant les attentes de son entourage, peut essayer de les satisfaire pour préserver la qualité des relations avec ses proches. Cependant, l'accélération de cette acquisition lui demande beaucoup d'énergie, ce qui peut avoir des retentissements sur son humeur, sur la qualité de ses activités ou de son sommeil.

Accidents et régressions

Un enfant est considéré comme "continent" lorsqu'il est capable d'identifier son besoin, de se retenir et d'aller de lui-même aux toilettes. Il est important de lui laisser la possibilité de décider s'il veut ou non mettre une couche. Garder une couche peut le sécuriser et le tranquilliser s'il ne se sent pas obligé de monopoliser toute son attention pour se retenir. Par exemple, un enfant qui ne porte pas de couches à la maison peut exprimer le besoin d'en mettre une lorsqu'il sort ou lorsqu'il est à la crèche, où il est très sollicité par les activités et les rencontres avec d'autres enfants.

Certains enfants ne sont pas du tout gênés par une selle dans leur couche et semblent même avoir du plaisir à la garder, probablement pour ne pas avoir à se séparer d'une partie d'eux-mêmes. D'autres préfèrent remettre une couche pour faire une selle, ce qui montre qu'ils identifient tout à fait bien leur besoin, alors qu'ils savent utiliser le pot pour uriner.

Lorsque l'enfant est continent pendant la journée et qu'il a pu faire cette acquisition à son rythme, il y a généralement peu d'"accidents". S'il y en a trop, c'est probablement que l'enfant n'y était pas encore tout à fait prêt.

Comme pour toute acquisition, il peut y avoir des "retours en arrière", soit parce que cette acquisition est encore nouvelle et pas tout à fait installée, soit parce que l'enfant est émotionnellement fragilisé par un événement survenu dans sa vie (séparation, naissance d'un bébé dans la famille, déménagement…). Ces régressions sont souvent passagères et doivent être acceptées comme un phénomène normal de ce processus. Il est important que l'enfant se sente en sécurité dans son corps et dans ses relations avec son entourage.

Parents et professionnels peuvent échanger sur ces sujets, dans une alliance commune pour chercher ensemble ce qui peut être le plus favorable pour cet enfant-là, à ce moment-là. L'enfant sera sensible à ce souci partagé et à cette confiance mutuelle entre ses parents et les professionnels, même si ses expériences peuvent ne pas être les mêmes chez lui et à la crèche (quant au port des couches, par exemple).

Un enfant qui est continent de façon assurée et tranquille dans la journée le deviendra rapidement aussi au moment de la sieste et la nuit.

Le rôle de la crèche dans l'acquisition de la continence

L'acquisition de la continence est un processus qui peut également être accompagné en crèche. Il est important d'établir une continuité entre la maison et la crèche en communiquant avec l'équipe et en faisant le point sur le comportement de l'enfant pendant le change, son intérêt pour les toilettes, etc.

La notion de collectivité est importante à prendre en compte. L'enfant peut présenter un décalage d'acquisition entre la crèche et la maison. À la crèche, il peut être tellement pris dans son jeu qu'il oublie qu'il n'a plus de couche, ou se sentir moins à l'aise pour demander à aller aux toilettes. L'équipe doit rester vigilante et proposer régulièrement à l'enfant d'aller aux toilettes, encourager ses tentatives et le valoriser dans sa démarche.

Dans les premiers temps de l'apprentissage, il est conseillé de fournir plusieurs lots d'affaires de rechange à la crèche. Pour la sieste, il est possible de remettre une couche à l'enfant, qui sera retirée dès son réveil.

En attendant d'accompagner cette nouvelle acquisition à la crèche, il est important de continuer à stimuler les étapes des prérequis.

Conclusion

L'acquisition de la continence est un processus complexe et individuel qui nécessite la maturation de différents systèmes. Il est essentiel de respecter le rythme de l'enfant, de l'accompagner avec patience et bienveillance, et d'établir une communication étroite entre les parents et les professionnels de la petite enfance. En adoptant une approche attentive et respectueuse, on peut aider l'enfant à acquérir la continence de manière sereine et confiante.

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