Philippe Villeneuve est une figure centrale de la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris, un chantier colossal et emblématique. Architecte en chef des Monuments historiques, il a dédié une grande partie de sa vie à cet édifice, nouant une relation presque fusionnelle avec lui. Cet article explore son parcours, son engagement dans la restauration de Notre-Dame, et quelques aspects plus personnels de sa vie.
Un parcours guidé par la passion des monuments historiques
La vocation de Philippe Villeneuve s'est révélée lors d'une rétrospective consacrée à l’architecte Viollet-le-Duc en 1980 au Grand Palais. Il fut fasciné par le titre d'architecte en chef des monuments historiques. Paradoxalement, il confie avoir été « nul en mathématiques » et avoir eu des difficultés à l’école d’architecture. La lecture de Viollet-le-Duc et sa manière d’expliquer les forces architecturales ont été un déclic.
Son amour pour Notre-Dame est indéniable : « C’est elle qui m’a donné envie d’être architecte, elle qui m’a fait adorer l’orgue, une autre de mes passions. » Il a gravi les échelons, en commençant par « apprendre le boulot », puis en intégrant l’école nationale de Chaillot, où il a étudié la conservation et la restauration architecturales. En 2013, il est nommé architecte en chef de Notre-Dame de Paris, sans imaginer l’ampleur des défis à venir.
L'incendie de Notre-Dame : un tournant
L'incendie du 15 avril 2019 a marqué un tournant dans la vie de Philippe Villeneuve. Il se souvient de son arrivée sur le parvis à 23 heures, plongé dans une situation « irréelle, cauchemardesque ». Confirmé dans ses fonctions par le ministère de la Culture, il a consacré « 100% de son temps » à la cathédrale.
Il a supervisé les premiers diagnostics et la mise en œuvre des projets de sécurisation, notamment la pose de vingt-huit cintres. Il salue l’engagement exceptionnel des entreprises et des artisans, et « l’esprit fraternel » qui règne sur le chantier.
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Surmonter les préjugés et les difficultés
Villeneuve a dû faire face à de nombreux défis, notamment la lutte contre les idées reçues sur la disponibilité des matériaux et des savoir-faire nécessaires à la restauration. « Si on avait écouté les gens, on ne savait plus refaire les vitraux, ni la couverture en plomb, ni la charpente en chêne. Et on entendait qu’il n’y avait pas assez de bois… » Il a réussi à convaincre que c’était faisable, grâce au compagnonnage et aux nombreux chantiers en cours sur des monuments historiques.
L’organisation technique et administrative a également été une difficulté majeure, avec 500 personnes travaillant sur le chantier. Il a fallu planifier soigneusement les lots, les entreprises, et définir les priorités, la première étant la préservation du bâti.
Reconstruire à l'identique : un choix assumé
Philippe Villeneuve a plaidé pour une reconstruction à l’identique de la cathédrale, convaincu que c’était la meilleure option. « Mon rôle d’architecte en chef des Monuments historiques est de reconstruire à l’identique : je n’ai pas vocation à faire du contemporain. » Il a fallu convaincre les politiques, les archéologues et les administrations, mais il a finalement obtenu gain de cause.
Il souligne qu’il existait de nombreux éléments pour permettre cette reconstruction : des relevés, des photos, 16 statues en cuivre préservées, et le coq retrouvé dans les décombres. La flèche de Viollet-le-Duc, bien documentée, a été choisie pour être reconstruite, respectant ainsi le classement de « Paris, Rives de Seine » au Patrimoine de l’Unesco.
Les surprises du chantier
Le chantier a réservé quelques bonnes surprises, notamment la découverte des vestiges des sculptures du jubé du XIIIe siècle, enfouis dans le sol. Villeneuve souhaite qu’un musée de l’œuvre Notre-Dame soit créé pour exposer ces découvertes.
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L'avancement des travaux et la réouverture
En automne 2023, les intérieurs de la cathédrale étaient quasiment refaits, les pignons nord et sud terminés, et la charpente de la flèche en cours de remontage. La partie supérieure de la flèche et la couverture de la nef devraient être achevées en juillet 2024.
La tenue des délais est une priorité pour Philippe Villeneuve, qui s’est engagé auprès du Président de la République. Il insiste sur la qualité du travail mené, louée par tous. Il attend avec impatience la cérémonie de réouverture, et surtout le moment où il pourra s’asseoir seul dans la nef.
Une connaissance intime de l'édifice
Philippe Villeneuve possède une connaissance intime de Notre-Dame, acquise au fil des années. « Quand je rentre dans la cathédrale, je me fonds dans le moindre de ses recoins, j’épouse le moindre de ses espaces », affirme-t-il. Il a arpenté inlassablement la cathédrale, des tours à la charpente, de la sacristie à la salle du Trésor.
Cette passion se traduit même par un tatouage : une rosace à la place du cœur. « Est-il plus belle façon de montrer combien il fait corps avec la cathédrale ? »
Les défis personnels
L’incendie et le chantier de restauration ont eu un impact important sur la vie personnelle de Philippe Villeneuve. Quelques mois après l’incendie, il a été diagnostiqué avec un état de choc post-traumatique et a entamé une thérapie. Il a également fait un burn-out.
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Il a eu le sentiment d’être au cœur d’une bataille inouïe, mais il était certain de la remporter. Il plaisantait avec le général Georgelin, se comparant à une Jeanne d’Arc à l’envers.
Une vie personnelle discrète
Philippe Villeneuve est décrit comme quelqu'un de timide, faisant déjà le bilan de sa vie : « Je n’ai pas l’impression d’avoir eu une carrière exceptionnelle. Je me vante seulement d’avoir fait le jardin à la française de Chambord. Je suis célibataire, je n’ai pas d’enfant, mais je me dis que je laisserai au moins des arbres après ma mort. »
Cette déclaration révèle une sensibilité et une conscience de l’importance de laisser une trace positive.
L'avenir après la réouverture
Après la réouverture de Notre-Dame, Philippe Villeneuve reprendra le travail et la direction du chantier, notamment pour les travaux sur la façade ou la sacristie. Il sait que ces cinq années exceptionnelles n’auraient pas été duplicables ailleurs.
Il estime que l’incendie a confirmé la place de Notre-Dame comme « cathédrale monde », un lieu de pouvoir et de sacralité avec une aura particulière.
Conclusion
Philippe Villeneuve est un architecte passionné, dont la vie est intimement liée à la cathédrale Notre-Dame de Paris. Son engagement dans la restauration de cet édifice emblématique est un témoignage de son amour pour le patrimoine et de sa détermination à surmonter les défis. Malgré les difficultés personnelles, il a su mener à bien ce chantier hors norme, contribuant à rendre la cathédrale au monde.
Annexe : Autres acteurs impliqués dans la restauration
Outre Philippe Villeneuve, de nombreuses personnes et organisations ont contribué à la restauration de Notre-Dame. Parmi eux :
- Les architectes: Rémi Fromont (charpentes) et Pascal Prunet (voûtes).
- Les entreprises et artisans: Plus de 150 entreprises et 2000 compagnons.
- Les donateurs: Des particuliers et des institutions du monde entier.
- Les autorités: Le ministère de la Culture, l’établissement public chargé de la restauration, la mairie de Paris.
Soutien financier
La Fondation Notre-Dame a joué un rôle essentiel dans la collecte de fonds pour la restauration. Christophe Rousselot, délégué général de la Fondation, a été très impliqué dans la rédaction des conventions avec les familles Arnault et Pinault, qui ont fait des dons importants.
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