Mickaël Guillard incarne une des figures marquantes du rugby français, et son ascension fulgurante est digne d'un conte de fées moderne. Son histoire, marquée par des défis personnels et un amour indéfectible pour sa mère, témoigne de la force de la résilience. Alors qu'il est l'une des grandes révélations du Tournoi 2025 côté Bleus, le joueur du Lou incarne une personnalité rare, dont la gentillesse proverbiale doit beaucoup à une histoire personnelle touchante.

Une naissance miraculeuse

C’est une histoire qui aurait bien pu ne jamais s’écrire. Celle d’un gamin d’Élancourt, dans un Sud-Ouest francilien blotti entre le château de Versailles, la N10 et le golf de Saint-Quentin-en-Yvelines, que rien ne semblait destiner au rugby. Qui n’aurait même jamais pu venir au monde, en réalité. Né dans des circonstances extraordinaires, Mickaël Guillard a vu le jour alors que sa mère, Assiaty, croyait qu’il lui était impossible d’avoir des enfants. Sa mère, d’origine malgache, apprend à 23 ans qu’elle n’aura jamais d’enfant. Après avoir suivi un traitement médical sans succès, elle a finalement reçu la nouvelle incroyable qu’elle était enceinte. « À 23 ans, les médecins m’ont annoncé que je ne pouvais pas avoir d’enfant. J’ai suivi un traitement qui n’a jamais marché et j’ai fini par me faire une raison. » Et pourtant… Un an plus tard, Assiaty apprenait - sans y croire - qu’elle attendait un enfant qui naîtra le 10 décembre 2000 à Trappes. Assiaty, d’origine malgache, évoque souvent ce miracle avec émotion. « Mickaël, il est unique », confie-t-elle, soulignant à quel point sa présence a transformé son quotidien. « Ce n’est qu’une fois qu’ils ont posé Mickaël sur mon ventre que j’ai réalisé que j’avais un enfant. Et ce moment a bouleversé ma vie. »

L'éclosion d'une passion : le rugby comme refuge

Le rugby est rapidement devenu le refuge de Mickaël, un sport qui lui a permis de s’épanouir malgré des habitudes familiales parfois difficiles. Il a découvert cette passion lors d’un Forum des Associations, où il a exprimé son désir de jouer au rugby après une fracture au coude. "Les médecins venaient tout juste de lui enlever ses broches après une fracture à un coude, après laquelle on m’avait averti qu’il y avait un risque pour que son bras ne se développe pas normalement. Et c’est là, après un Forum des Associations, que Mickaël m’a dit qu’il voulait faire du rugby… Il a tout de suite été passionné. Quand je n’allais pas le voir, j’avais le droit à la soupe à la grimace. Et un jour, avec son école de rugby, il est allé comme ramasseur de balles à un match du Stade français. Et probablement à raison, tant son choix allait faire basculer bien plus qu’une vie. " Bruno Rousserie, éducateur de Mickaël, se souvient de ses débuts : « Au rugby, il était heureux, alors que son contexte familial était compliqué ». «Avec nous, ils était heureux, alors que son contexte familial était compliqué, sourit Bruno Rousserie, l’éducateur qui accompagna Mickaël Guillard jusqu’en cadets. Sa mère nous l’a souvent dit : "Micka, c’est mon héros, mon sauveur." Mais quand il était avec ses copains au rugby, rien ne transpirait de ce qui pouvait se passer à la maison. Jusqu’à la conclusion finalement logique de cette intégration si naturelle.

Les premiers pas et l'ascension progressive

Malgré des débuts difficiles, Mickaël a su gravir les échelons du rugby avec détermination. "Mon premier souvenir de Mickaël, ce sont ses premiers pas à l’automne 2006, alors qu’il avait 5 ans et demi", se souvient Gilles Renand, éducateur au RC Marepas-Elancourt (devenu SQY Rugby, puis URC 78), qui allait devenir quelques années plus tard son beau-père. "J’ai vu arriver ce petit bonhomme avec sa mère, qui était une maman poule, toujours du genre à vérifier s’il avait bien pris son jogging pour ne pas prendre froid." Au départ, il n’était pas considéré comme un athlète prometteur, mais il a travaillé sans relâche pour améliorer ses performances. "Il faut dire que Micka, à l’époque, c’était un garçon qui ne savait pas courir, sourit Rousserie. Je me souviens qu’une saison, sa mère paniquait parce qu’elle lui avait changé de paire de chaussures deux fois dans l’année. Il était en pleine croissance. Je l’ai pourtant emmené en sélections régionales mais il n’a jamais été retenu. " Après avoir été repéré lors d’un stage, il a rapidement attiré l’attention des clubs de renom. "Et c’est là, après un stage avec le comité des Yvelines, un des éducateurs lui demande pourquoi il n’avait jamais passé de détection. Bingo : deux tests concluants plus tard, Massy et le Racing 92 étaient sur les rangs. " Les choix qu’il a faits, notamment de rejoindre Massy, ont été cruciaux pour son développement. "Massy avait une meilleure réputation, notamment au travers du travail d’Alain Gazon", explique Lionel Garrigue, président de l’URC 78 et… témoin du mariage de Gilles et Assiaty. "Les Massicois m’ont fait meilleure impression, notamment au sujet de l’accompagnement dans les études. " D’autant qu’à Massy, le jeune Guillard n’allait pas brûler les étapes… "Ce que j’adore chez lui, c’est sa trajectoire qui est à mon sens parfaite", explique Joffrey Delacour, qui le repéra lors de sa détection avant de l’entraîner en Crabos. "Je l’avais remarqué parce qu’au-delà de sa taille, il se déplaçait beaucoup et avait des mains mais il n’était pas du tout un produit fini. Il n’a pas fait les sélections moins de 17, moins de 18, il a juste suivi sa progression en prenant du plaisir. Il a évolué à Massy jusqu’en senior, où on l’a lancé en Fédérale 1, à 18 ans. Comme il était dominant, il est allé voir ailleurs mais sans aller trop vite."

Polyvalence et ascension vers le haut niveau

Jusqu’à attirer, enfin, les regards du haut niveau. "Quand il était en moins de 20, en 2020, il était le seul de sa génération, avec Jordan Joseph et Nolann Le Garrec, à avoir effectué les quatre matchs de la saison, se souvient Renand. Depuis ce moment-là, secrètement, on avait commencé à espérer." C’est là encore qu’entre Lyon, Montpellier et Castres qui se trouvaient sur les rangs, Mickaël Guillard sut encore faire le bon choix en rejoignant la capitale des Gaules, où le Lou lui laissa le temps de se tanner le cuir sans chercher à l’enfermer dans une case. " Ce qui a peut-être retardé son éclosion définitive, c’est qu’il n’est pas dans l’ultra-spécialisation, pointe Joffrey Delacour. Je l’utilisais en 4, en 6, en 5, en 8 et aujourd’hui encore, il peut se promener à tous les postes. Pour sa génération, on était à la recherche du fameux "superpouvoir" et lui n’en a pas. Un dernier écueil que Mickaël Guillard a enfin su lever, fort de la confiance qui sied à un titulaire en puissance dans une grosse écurie du Top 14. Mickaël Guillard est un joueur au profil rare. Du moins, au niveau professionnel. Ce gaillard de 1m97 pour 113 kilos peut en effet jouer aux deux postes de la deuxième-ligne, c’est-à-dire avec les numéros 4 et 5. Mieux encore, au vu de son «coffre», sa mobilité et sa puissance, le natif de Trappes peut aussi évoluer à tous les postes de la troisième-ligne (6, 7, 8). La saison dernière par exemple, et sur ses 21 titularisations (en équipe de France et avec Lyon), Guillard a disputé neuf matches en 8, huit matches en 5, deux en 7, ainsi que plusieurs entrées au poste de 4 et 6. «Du 4 au 8, on sait qu’on peut compter sur lui», confiait le manager lyonnais Fabien Gengenbacher à L’Équipe.

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La consécration : le XV de France

Jusqu’à lui permettre de connaître, à l’été dernier, la chance de réaliser un rêve d’enfant… "Alors qu’il était tout petit, en train de regarder un match du XV de France, il m’avait dit : "Un jour, maman, tu me verras à la télé." Et cet été, alors qu’il était en Argentine, il m’a demandé si je me souvenais de ce qu’il m’avait dit quand il était petit. Je lui ai répondu : "Oui, bien sûr." Et il m’a répondu : "Eh bien voilà, c’est arrivé." Moi, je n’ai pu que lui dire félicitations mon fils, tu es un homme, maintenant." Un homme, oui, mais de la meilleure espèce.

Une personnalité attachante

Mickaël Guillard n’est pas seulement un joueur talentueux ; il est également une personne d’une grande gentillesse. De ceux qui, au vrai, n’attirent que les louanges quant à leur personnalité, avec une unanimité désarmante. "La dernière fois que nous sommes venus à Lyon, un de ses entraîneurs nous a dit à quel point il était agréable de travailler avec quelqu’un comme lui, sourit Gilles Renand. En tant que parent, forcément, ça fait chaud au cœur." "Tout jeune déjà, très à l’écoute et qui comprenait vite, confirme Joffrey Delacour. Des propos corroborés par Lionel Garrigue, heureux président d’un URC 78 qui compte désormais un nouvel international, après Eddy Ben Arous et l’éclosion d’autres gloires nationales comme les frères Payen, Enzo Benmegal, ou encore les Grelleaud, Witz, Milhorat, Anon et autres Briatte. "Sa gentillesse se traduit par le fait qu’il répond toujours présent à nos sollicitations. On est fier car cette reconnaissance et cette manière de se comporter." "Jamais je ne l’ai vu mettre un coup de poing, confirme Bruno Rousserie. En revanche, toujours dans le respect des règles, il a toujours su marquer l’adversaire." Cette douceur et cette intégrité se manifestent également sur le terrain. En 79 matchs de Top 14, Mickaël n’a reçu que trois cartons jaunes, un fait remarquable qui témoigne de son respect des règles et de son professionnalisme.

L'importance de la famille

La relation entre mère et fils a toujours été fusionnelle. Les choix qu’il a faits, notamment de rejoindre Massy, ont été cruciaux pour son développement. "Assiaty était déjà très active à l’école de rugby : elle était dynamique, joyeuse, donnait toujours un coup de main, participait volontiers au match de fin d’année entre les mamans et leurs petits, se souvient Gilles Renand. Elle s’était séparée du père de Mickaël et avait demandé le divorce. Nous nous sommes mis ensemble en 2009 et mariés en 2014. Et quand le père de Mickaël est décédé, voilà sept ans, j’ai complètement assumé ce rôle. La preuve ? Elle est que c’est en famille, encore, que le cercle restreint entourant Mickaël Guillard lui assura son éclosion, alors que rien ne semblait le prédestiner à une carrière de très haut niveau. Alors qu’il était en Argentine, il m’a demandé si je me souvenais de ce qu’il m’avait dit quand il était petit. Je lui ai répondu : ’Oui, bien sûr’.

Un modèle de persévérance

Certains ont un talent inné. D’autres ont besoin de travail. Beaucoup de travail. C’est le cas de Guillard. Pour Midi Olympique , Bruno Rousserie, ancien éducateur de l’international français, expliquait que ce dernier présentait des lacunes évidentes. «C’était un garçon qui ne savait pas courir. Il a longtemps eu une drôle de façon de courir comme s’il n’était pas coordonné. On se disait aussi qu’il n’était pas très habile avec ses mains mais qu’il avait une force incroyable dans les bras», confirme Gilles Renand, le responsable de l’école de rugby de Maurepas-Elancourt, au Parisien. «Depuis ses premières années à la crèche, on me dit la même chose : oui, Mickaël est très gentil mais quand il veut quelque chose, pas moyen de négocier. Aujourd’hui, j’admire sa réussite sportive mais le voir aussi réussir à l’école, c’est tout aussi important pour moi (il vient de terminer sa troisième année en Bachelor Marketing-Business à l’IDRAC de Lyon dont il recevra les résultats le 15 novembre, N.D.L.R.).

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