Philippe Charlier est un nom qui résonne avec les échos du passé, un homme qui a dédié sa vie à percer les secrets que les morts murmurent à ceux qui savent écouter. Archéologue, médecin légiste, anthropologue, il est un véritable Indiana Jones des temps modernes, explorant les frontières entre la science, l'histoire et l'éthique. À travers ses études de personnages historiques et d'artefacts anciens, il éclaire des aspects méconnus de notre passé, tout en soulevant des questions fondamentales sur notre rapport à la mort et à la mémoire.

Un parcours atypique

Dès son plus jeune âge, Philippe Charlier est fasciné par les vestiges du passé. Lors d'un voyage à Pompéi, il est profondément marqué par les victimes de l'éruption du Vésuve, figées dans le temps. Cette expérience sera déterminante : il décide de consacrer sa vie à faire parler les morts, non pas par la divination, mais par la science.

Titulaire d’un baccalauréat à 16 ans et demi, il poursuit un parcours universitaire exceptionnel, couronné par trois doctorats : médecine, archéo-anthropologie et sciences (avec une thèse sur l'éthique). Son parcours hospitalo-universitaire le mène vers l'anatomopathologie, mais il se heurte à un obstacle et ne deviendra jamais chef de service à l'AP-HP. Cet échec apparent se transforme en une opportunité inespérée, lui ouvrant les portes de l'archéologie, de l'histoire et de l'anthropologie.

Aujourd'hui, il dirige le laboratoire Anthropologie, Archéologie, Biologie (LAAB) à l'université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines/Paris-Saclay. Il a également été nommé directeur de la recherche et de l'enseignement au musée du Quai Branly-Jacques Chirac, où il développe des travaux de recherche sur les collections du musée. Il a écrit une vingtaine d'ouvrages.

Faire parler les morts : une approche multidisciplinaire

La démarche de Philippe Charlier se distingue par son approche multidisciplinaire. Il combine les méthodes de la médecine légale, de l'archéologie, de l'anthropologie et de l'histoire pour reconstituer la vie et les causes de la mort de personnages historiques. Il utilise les techniques modernes des sciences criminelles, telles que la génétique, l'imagerie, la microscopie et la toxicologie. Il collabore avec des experts de différents domaines, des "nez" de grands parfumeurs aux spécialistes du chocolat, pour obtenir des informations les plus complètes possibles.

Lire aussi: Découvrez Philippe Bertrand

"Le meilleur médecin légiste, ce n'est pas le plus précis, mais le plus prudent", affirme-t-il, soulignant l'importance du respect dû aux morts, quel que soit ce qu'il en reste. Il a consacré une thèse d'éthique sur la nécessaire réconciliation de l'objet archéologique et de la personne.

Il s'est vu interdire toute recherche d'ADN humain, pour ne pas apporter de l'eau au moulin d'Anglais qui se prétendent descendants du monarque.

Des patients prestigieux

Philippe Charlier s'est penché sur les restes de nombreuses personnalités historiques, parmi lesquelles Agnès Sorel, Diane de Poitiers, Henri IV, Richard Cœur de Lion, Robespierre et même Hitler. Son travail ne se limite pas à l'identification des causes de la mort. Il cherche à comprendre le contexte historique, les pratiques médicales et les croyances de l'époque.

Agnès Sorel : un empoisonnement suspect

En 2005, il est chargé d'examiner les ossements d'Agnès Sorel, la favorite de Charles VII, avant leur réinhumation. Son équipe découvre qu'Agnès Sorel n'a pas eu trois enfants, mais quatre. Il retrouve également des traces de mercure à des concentrations extrêmement élevées, suggérant un empoisonnement. Suicide, erreur médicale ou assassinat ? Les hypothèses restent ouvertes.

Jeanne d'Arc : un faux reliquaire

En 2006, il étudie les "restes présumés" de Jeanne d'Arc, conservés dans un musée de Chinon. Les analyses révèlent que ces reliques datent en réalité du VIIe siècle avant Jésus-Christ et proviennent d'une momie égyptienne réduite en poussière. Cette découverte met en lumière l'importance symbolique de Jeanne d'Arc et les enjeux politiques liés à sa figure.

Lire aussi: Philippe de Comines: Une école pour les petits

Henri IV : une authentification controversée

Philippe Charlier s'est retrouvé au cœur d'une polémique concernant l'authenticité de la tête d'Henri IV. Après avoir mené des analyses approfondies, il conclut que la tête est bien celle du roi assassiné en 1610. Cependant, certains historiens contestent cette conclusion, alimentant une controverse qui divise encore la communauté scientifique.

Robespierre : un visage controversé

L'étude des comptes rendus médicaux de Robespierre conduit Philippe Charlier à diagnostiquer une sarcoïdose, une maladie auto-immune qui pourrait expliquer l'état de fatigue du révolutionnaire. Il réalise également une reconstitution faciale en trois dimensions, mais le résultat, peu flatteur, suscite la colère de certains, qui y voient une volonté de dénigrer le personnage historique.

Hitler : la fin des théories complotistes

En 2016, Philippe Charlier obtient l'autorisation d'examiner les restes supposés d'Hitler, conservés à Moscou. L'étude de la denture et d'un fragment de crâne confirme que le chef nazi s'est bien donné la mort dans son bunker en 1945, mettant fin aux théories complotistes qui prétendent qu'il aurait survécu.

L'exposition "Zombis : la mort n'est pas une fin ?"

Philippe Charlier est le commissaire principal de l'exposition "Zombis. La mort n'est pas une fin ?", au Musée du quai Branly-Jacques Chirac. Cette exposition explore l'histoire et la pratique de la zombification en Haïti, en combinant les regards de la médecine, de l'archéologie et de l'anthropologie de terrain.

L'exposition montre que les zombis, qui ont inspiré tant de films et de livres, existent réellement. Selon Philippe Charlier, la zombification est une pratique qui remonte au XIXe siècle, au moment de l'émancipation des premiers esclaves. Elle consiste à paralyser une personne à l'aide de substances toxiques, puis à l'enterrer vivante. Le sorcier va ensuite ressortir le corps et cette personne va vivre une vie d'esclave pendant tout le reste de son existence.

Lire aussi: Entre politique et droit : Philippe Fontana

Philippe Charlier a rencontré ces zombis lorsqu'il a travaillé en Haïti, où il y aurait aujourd'hui environ 50 000 à 55 000 zombis.

Un homme aux multiples facettes

Philippe Charlier est un homme aux multiples facettes, passionné par son travail et animé par une soif insatiable de connaissances. Il est à la fois un scientifique rigoureux, un historien passionné et un conteur captivant. Son approche multidisciplinaire et son souci de l'éthique font de lui une figure incontournable de la recherche sur le passé.

Il est également un collectionneur d'art premier, qu'il explore à travers le prisme de la médecine et de l'anthropologie. Il s'intéresse aux représentations des maladies dans l'art premier et cherche à les rendre compréhensibles.

Malgré ses nombreuses activités, Philippe Charlier trouve encore le temps de se consacrer à sa famille. Il est marié à une médecin radiologue et père de trois garçons. Il travaille souvent tard la nuit, quand sa famille dort, et dans les transports en commun.

tags: #philippe #charlier #enfants #âge

Articles populaires: