Odile Bordaz est une figure marquante de l'histoire et de l'histoire de l'art, reconnue tant pour ses ouvrages savants que pour ses talents de romancière. Son nom est indissociablement lié à celui de d'Artagnan, le célèbre mousquetaire, auquel elle a consacré une part importante de sa carrière.

Une spécialiste de d'Artagnan

Odile Bordaz s'est plongée corps et âme dans l'étude du plus célèbre des mousquetaires. Elle a consacré plus de 15 ans à une recherche approfondie sur d'Artagnan, aboutissant à une biographie monumentale. Cette œuvre est le fruit d'investigations minutieuses menées à travers l'Europe, sur les lieux mêmes où le mousquetaire a vécu et agi.

Son travail ne s'est pas arrêté à la figure emblématique de d'Artagnan. Elle a également exploré sa famille, ses descendants, son entourage et ses compagnons d'armes. Cette approche élargie permet de dresser un portrait plus complet de l'époque et de la région d'origine du mousquetaire, la Gascogne, et au-delà, le Sud-Ouest.

D'Artagnan au-delà du mythe : Descendance et réalité historique

L'une des découvertes les plus intéressantes d'Odile Bordaz concerne la descendance de d'Artagnan. Elle a retrouvé aux Archives nationales la trace de son petit-fils, Louis Jean Baptiste de Batz de Castelmore, un jeune officier décédé à l'âge de 18 ans et enterré sur l'île de Ré. Elle a également remonté jusqu'à Louis Constantin (1747-1827), arrière-petit-fils de d'Artagnan, qui a combattu dans les armées de la République.

Ces découvertes permettent de mieux cerner la réalité historique de d'Artagnan, au-delà du personnage romanesque popularisé par Alexandre Dumas. Odile Bordaz s'attache à démêler le vrai du faux, en confrontant les sources historiques aux mémoires apocryphes de Gatien Courtils de Sandras, qui ont inspiré Dumas.

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Démêler le vrai du faux : Dumas et la réalité historique

La question de la fidélité historique du roman de Dumas est souvent posée. Odile Bordaz y répond en soulignant que Dumas a puisé son inspiration dans les mémoires apocryphes de d'Artagnan écrites par Gatien Courtils de Sandras en 1700. Si le contexte (le Roi, les mousquetaires, les duels…) est globalement respecté, grâce à la bonne culture historique du romancier et de son collaborateur Auguste Maquet, Dumas a néanmoins enjolivé la réalité.

Pour Odile Bordaz, d'Artagnan, grâce à Dumas, c'est Superman ! Mais, même le vrai d'Artagnan peut être considéré aujourd'hui comme l'archétype du mousquetaire universel. D'autant que dans la vraie vie de d'Artagnan, la réalité dépasse souvent la fiction.

Un parcours exceptionnel au service du Roi

Odile Bordaz rappelle que d'Artagnan était bien plus qu'un simple mousquetaire. Mousquetaire du roi puis au service du cardinal Mazarin, il joue les agents secrets pour le Cardinal et le futur Louis XIV qu'il servira toujours avec courage et fidélité jusqu'à sa mort au siège de Maastricht en 1673.

Il a exercé des fonctions importantes, comme celle de capitaine-lieutenant de la première compagnie des mousquetaires du roi. Il a également été chargé de missions délicates, comme l'arrestation de l'intendant Nicolas Fouquet, dont il est devenu le geôlier. Il est aussi l'homme des ambassades délicates.

À la tête de ses mousquetaires, d'Artagnan encadre le Roi et la cour qui partent de Fontainebleau en juillet 1659 et ne reviendront à Paris qu'en juin 1660. Près d'une année de voyage dans le royaume et notamment dans le sud-ouest -la seule fois où il reviendra sur sa terre natale de Gascogne - ponctué par le mariage avec l'infante d'Espagne sur la Bidassoa en 1658.

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Contrairement à ce que l'on croyait jusqu'alors, grâce aux mémoires de Pierre Quarré d'Aligny, compagnon d'armes très proche de lui, on apprend par exemple que ce n'est pas l'épouse du mousquetaire AnneCharlotte de Chanlecy, lassée des campagnes successives de son mari, qui s'est retirée sur ses terres de Bourgogne. C'est au contraire d'Artagnan qui a obtenu du roi une lettre de cachet privée pour renvoyer son épouse «dame de grande vertu très amoureuse de son mari et qui le suivait partout» vivre en son pays natal.

L'énigme de la sépulture et du portrait

Malgré sa célébrité, d'Artagnan reste entouré de mystère. Au total, voilà l'homme le plus célèbre du monde qui n'a pas de sépulture connue, et dont on n'a pas retrouvé l'unique portrait. L'absence de sépulture reste une énigme. Le roi est sur place, il y a de nombreux témoins à Maastricht qui décrivent sa mort. Mais sur sa sépulture, rien. Même chose pour son unique portrait qui figure dans l'inventaire après décès. Où est-il passé ? Peut-être un portrait anonyme conservé dans une collection privée.

"D'Artagnan et les mousquetaires du roi" : Un ouvrage foisonnant

« D'Artagnan et les mousquetaires du roi » (Balzac Editeur) est donc le troisième livre consacré par l'auteure au «vrai» Charles de Batz mondialement connu sous le nom de d'Artagnan est (le nom de sa mère) et à ses compagnons d'armes. Tout ce que vous voulez savoir sur les mousquetaires (apprentissage, service, soldes, vie quotidienne…) dans cet ouvrage foisonnant, succession de portraits vivants qui permettent de resituer «le côté humain» d'une saga des mousquetaires - pour la plupart issus de Gascogne - qui s'étire de 1662 à 1775.

D'Artagnan, un symbole célébré jusqu'en Hollande

L'aura de d'Artagnan dépasse les frontières de la France. En juin 2003, les mousquetaires sont dans la ville et Maastricht pavoise ! Etonnant retournement de l'histoire car ce sont les ennemis de l'époque, les Hollandais, qui organisent un festival d'Artagnan de trois mois dans la capitale du Limbourg, montrant ainsi le chemin aux Gascons invités à participer à la célébration du plus célèbre des mousquetaires, tué lors du siège de la ville le 25 juin 1673. La comédie musicale «De Drie Musketiers» se joue alors à guichets fermés. 300 000 billets vendus ! Pas rancuniers pour deux écus, les Hollandais. C'est la folie d'Artagnan, la grande réconciliation autour de la figure et des valeurs du mousquetaire universel, Charles de Batz, comte d'Artagnan, né au château de Castelmore à Lupiac, petit village du Gers. Mieux, le festival est déjà conçu par les organisateurs comme un message de paix et de fraternité en Europe, d'Artagnan toujours grand fédérateur est loué comme un brave mais aussi un brave homme, aimé de tous, de ses hommes… et même de ses prisonniers.

La Gascogne rend hommage à son héros

Et pendant ce temps dans le Gers ? «Les temps changent heureusement, et le festival de Maastricht, aussi paradoxal qu'il puisse paraître, montre bien qu'il ne faut pas désespérer de l'Histoire et des hommes qui la font, relève alors l'envoyé spécial de La Dépêche. On regrettera cependant qu'il n'existe pas de manifestation identique, même plus modeste, dans le Gers, réputée terre de festivals». Disons pudiquement que le Gers a pris son temps avant de fêter localement son héros universel. Certes, la référence au mousquetaire et à ses vertus était et reste encore la figure de rhétorique obligée de toute allocution prononcée sur place. Mais depuis, la Gascogne a rattrapé son retard. Aujourd'hui, (foin des querelles et des polémiques d'hier), le Gers a remis d'Artagnan au centre de son histoire. Et Lupiac l'a carrément installé au centre du village en 2015, avec la statue équestre du grand homme. Après le musée (1998), Lupiac propose aujourd'hui un festival de grande qualité animé par l'association D'Artagnan chez d'Artagnan et 200 bénévoles, des Gascons bien sûr, et des Européens… d'Artagnan lui-même incarné par un médecin de Hambourg. Un programme emballant, convenons-en. D'autant que dans un Vieux-Continent travaillé au corps par le vent mauvais des populismes, l'Union européenne serait bien avisée d'adopter au quotidien la célèbre devise mousquetaire : « Un pour tous et tous pour un ».

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