Odile de Vasselot de Régné, née le 6 janvier 1922 à Saumur (Maine-et-Loire) et décédée à l'âge de 103 ans, fut une figure marquante du XXe siècle. Son parcours exceptionnel la mena de la Résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale à l'enseignement en Côte d'Ivoire, en passant par un engagement religieux. Elle laisse derrière elle un héritage de courage, de dévouement et de transmission de la mémoire.

Une jeunesse marquée par la guerre et l'appel à la Résistance

Née dans une famille noble et fille d'un officier de cavalerie, Odile de Vasselot passe son enfance dans différentes garnisons, notamment à Metz. Elle obtient son baccalauréat en 1939, juste avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Dès le début du conflit, elle et ses sœurs commencent à afficher leur opposition à l'occupant en déchirant les affiches de Vichy et allemandes, et en dessinant des croix de Lorraine.

Le 18 juin 1940, alors qu'elle se trouve dans la maison familiale du Poitou, elle entend l'appel du général de Gaulle à la radio. Cet appel la marque profondément et la pousse à s'engager activement dans la Résistance. « Ce n’était pas possible de ne rien faire avec ces grands étendards qui pendaient avec la croix gammée dessus, les affiches en allemand ou bien les affiches de Vichy… », confiait-elle en 2023.

L'engagement dans la Résistance : Agent de liaison et convoyeuse

Odile de Vasselot débute son action dans la Résistance en servant d'agent de liaison au service de renseignement Zéro, sous le nom de code « Danièle ». Sa mission consiste à transporter du courrier entre Paris et Toulouse. Elle effectue ces trajets tous les week-ends, à l'insu de sa famille, transportant des paquets sans connaître leur contenu exact.

Après le démantèlement du réseau Zéro en avril 1943, elle rejoint le réseau Comète, sous le pseudonyme de « Jeanne ». La ligne d’évasion Comète est née de l’initiative d’une jeune infirmière belge, Andrée de Jongh désireuse de faire évader les militaires, blessés et prisonniers, qu’elle soignait à l’hôpital. Peu à peu, la ligne s’est transformée en un vaste réseau qui s’étendait des Pays-Bas jusqu’à Gibraltar, responsable de l’évasion des aviateurs alliés. Sa mission principale est de convoyer des aviateurs alliés tombés en Belgique à travers la France occupée, afin de leur permettre de rejoindre la Grande-Bretagne via l'Espagne.

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Elle participe à de nombreux convoyages, traversant la frontière franco-belge de nuit, bravant les dangers et les patrouilles allemandes. Elle se souvient notamment de son premier passage : « C’était un trajet Bachy-Rumes. Maurice Bricout, Jean-Jacques et moi-même sommes partis par la porte du fond de la maison Bricout, c’est-à-dire celle qui donnait sur les cages à lapins et le petit potager. Nous nous sommes retrouvés dans la plaine. La nuit était noire. Seul un phare tournait au loin. Maurice était devant. Il s’est tourné vers moi : "Vous voyez les petites lumières là-bas. C’est le poste de douane allemand. Surtout pas un bruit !" »

Le 4 janvier 1944, lors d'une mission de convoyage, elle est arrêtée dans un train avec deux aviateurs anglais. Ces derniers, comprenant le danger qu'elle court, font semblant de ne pas la connaître, ce qui lui permet d'échapper à l'arrestation. Les boys sont passés devant moi, ne m’ont pas fait de clin d’œil mais m’ont regardée. J’imagine qu’ils voulaient me dire merci quand même, bonne chance ou bon courage. Ils ont seulement été prisonniers de guerre et sont revenus.

Elle participe ensuite à la Libération de Paris en août 1944, après avoir échappé de peu à la mort lors d’une ultime mission d’agente de liaison.

L'après-guerre : Engagement religieux et dévouement à l'enseignement

Après la guerre, Odile de Vasselot obtient une licence d'histoire à la Sorbonne. En 1947, elle rejoint la communauté apostolique Saint-François-Xavier, où elle consacre sa vie à Dieu et à l'enseignement.

À la demande du président Félix Houphouët-Boigny, la Communauté apostolique Saint-François-Xavier envoie en 1962 Odile de Vasselot fonder le collège Sainte-Marie d'Abidjan. Elle y enseigne pendant trente ans, de 1959 à 1988, marquant des générations d'élèves par sa personnalité lumineuse et charismatique. Toutes les élèves de Sainte Marie qui ont eu la chance de la côtoyer se souviennent de sa personnalité lumineuse et charismatique.

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La transmission de la mémoire : Un devoir jusqu'au bout

De retour en France, Odile de Vasselot se consacre à la transmission de son histoire et des valeurs de la Résistance aux jeunes générations. Elle témoigne de son expérience dans les écoles, les associations et lors de conférences. Elle a toujours voulu témoigner de son expérience auprès de publics les plus divers.

En 2019, elle publie une réédition de son livre « Tombés du ciel, Histoire d'une ligne d'évasion » (Editions du Félin), avec une préface particulièrement inspirante. Elle y écrit : « Ce que je voudrais que vous reteniez c’est qu’il n’y a pas de situation irréversible, il n’y a pas de problème qui ne porte en lui sa solution. »

Elle insistait sur l'importance de ne jamais baisser les bras face aux difficultés et de se souvenir des sacrifices consentis pour la liberté. Je dis toujours que je ne suis pas venue pour raconter des histoires d’anciens combattants, aussi passionnant que ce soit. Je veux que les personnes qui m’écoutent ne retiennent qu’une seule chose : il ne faut jamais baisser les bras malgré les difficultés que l’on a eues et auxquelles on aura encore à faire face.

Distinctions et hommages

Odile de Vasselot était grand officier de l'ordre national du Mérite, commandeur de la Légion d'honneur et médaillée de la Résistance française. L’image avait marqué les esprits. Le 14 juillet 2023, deux figures de la Résistance volent la vedette au président Emmanuel Macron : Odile de Vasselot de Régné et Henri Becker. Tous deux décorés de la médaille de la Résistance, ils sont les invités d’honneur du défilé militaire commémorant la création de cette distinction par le général de Gaulle, 80 ans plus tôt en pleine Seconde Guerre mondiale.

Son engagement et son dévouement ont été salués par de nombreuses personnalités, dont le Président de la République, qui a rendu hommage à « une grande dame dont l’honneur fut de savoir entendre tous les appels de sa vie, et d’y répondre avec un courage qui nous édifie. »

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