Introduction
Le diabète gestationnel (DG), une hyperglycémie survenant pendant la grossesse, représente un enjeu majeur de santé publique. Cet article explore en profondeur l'observance des femmes enceintes atteintes de DG, en analysant les implications sociologiques, médicales et organisationnelles de cette condition. L'objectif est de mettre en lumière les facteurs qui influencent l'observance, les défis rencontrés par les patientes et les professionnels de santé, ainsi que les conséquences potentielles sur la santé de la mère et de l'enfant.
Qu'est-ce que le Diabète Gestationnel ?
Le diabète gestationnel, également appelé « diabète de grossesse », se manifeste généralement vers la fin du deuxième trimestre de la grossesse. Comme pour les diabètes de type 1 et de type 2, il résulte d’un trouble de la régulation du sucre dans le sang, entraînant une hyperglycémie chronique. En France, environ 10 % des grossesses sont concernées par le DG, ce qui en fait la pathologie gestationnelle la plus fréquente avec l’hypertension artérielle et ses complications.
Un dépistage systématique du DG est effectué entre la 24ème et la 28ème semaine d’aménorrhée, par un test d’hyperglycémie provoquée par voie orale (HGPO). Les symptômes ressentis par la future mère sont similaires à ceux des diabétiques de type 1 ou 2 : fatigue inhabituelle, soif intense, urines fréquentes. Il est crucial d’informer rapidement le médecin gynécologue de l’apparition de tels symptômes afin de permettre un dépistage précoce et d’éviter des risques pour le fœtus ou un accouchement prématuré.
L'Importance de l'Observance dans le Diabète Gestationnel
L'observance, définie par le monde médical comme le degré de conformité des comportements des patientes aux prescriptions et recommandations des professionnels de santé, est un élément clé dans la prise en charge du DG. Pour les soignantes, l’observance des femmes enceintes doit permettre de contrôler les risques de santé, mais également de soulager l’organisation hospitalière et leur travail.
Les Enjeux de l'Observance
La place centrale donnée aux risques médicaux liés au DG justifie la mise en œuvre d’un objectif d’« observance » dans la prise en charge du DG, c’est-à-dire que les soignantes cherchent à mettre en conformité les comportements des femmes concernées et leurs prescriptions et recommandations médicales.Le déploiement du dépistage et de la surveillance du DG s’inscrit dans un phénomène plus large de médicalisation de la naissance initié à partir des années 1950 sur le plan à la fois scientifique, institutionnel et politique. Bien que remis en question, ce processus est toujours à l’œuvre aujourd’hui et soutenu par une vision centrée sur les risques de la grossesse et de l’accouchement. Concernant le DG, plusieurs complications sont redoutées tant pour la mère que pour le nouveau-né et en font un véritable enjeu de santé publique.
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Conséquences d'une Mauvaise Observance
Si le diabète gestationnel n'est pas pris en charge, il peut entraîner de nombreuses complications pour la mère et l’enfant, pouvant dans de rares cas aller jusqu’au décès.
Pour l’enfant, l’une des conséquences du diabète gestationnel est la macrosomie (poids élevé) conduisant à une augmentation de la quantité de liquide amniotique (hydramnios). Pour la mère comme pour l’enfant, le risque le plus grave est la prééclampsie (autrefois appelée toxémie gravidique). La prééclampsie est causée par une malformation des vaisseaux sanguins du placenta et se caractérise par une pression artérielle élevée chez la mère (dite hypertension artérielle gravidique). Si elle n’est pas prise en charge, elle peut conduire à la crise d’éclampsie et à un accouchement prématuré provoqué en urgence par césarienne.
Facteurs Influant sur l'Observance
Plusieurs facteurs peuvent influencer l'observance des femmes enceintes atteintes de DG, notamment :
- Les perceptions de la maladie : Les perceptions liées à la maladie et au traitement influencent considérablement le respect et la mise en pratique des prescriptions médicales.
- Les croyances et représentations : Les croyances et représentations du diabète peuvent affecter l'adhésion aux recommandations médicales.
- Les facteurs psycho-socio-culturels : Les déterminants psycho-socio-culturels traduisent les perceptions de la maladie et influencent l'observance.
- Le soutien social : Un soutien social adéquat peut améliorer l'observance en aidant les femmes à gérer les contraintes liées au DG.
- L'éducation thérapeutique : Une éducation thérapeutique adaptée peut aider les femmes à mieux comprendre leur maladie et à adopter les comportements nécessaires.
- Les ressources personnelles : Les femmes mettent en place un travail de gestion de la maladie et mobilisent pour cela leurs propres ressources.
Comment Améliorer l'Observance ?
Plusieurs stratégies peuvent être mises en œuvre pour améliorer l'observance des femmes enceintes atteintes de DG :
- Une communication claire et personnalisée : Les professionnels de santé doivent communiquer de manière claire et personnalisée avec les patientes, en tenant compte de leurs besoins et de leurs préoccupations.
- Une éducation thérapeutique adaptée : Les programmes d'éducation thérapeutique doivent être adaptés aux besoins spécifiques des femmes enceintes atteintes de DG, en mettant l'accent sur la compréhension de la maladie, la gestion de l'alimentation et la surveillance de la glycémie.
- Un soutien psychologique : Un soutien psychologique peut aider les femmes à faire face aux défis émotionnels liés au DG, tels que l'anxiété et la dépression.
- Un suivi régulier : Un suivi régulier par une équipe multidisciplinaire (médecin, diététicien, infirmière) peut aider à détecter et à résoudre les problèmes d'observance.
- La prise en compte des facteurs culturels : Les professionnels de santé doivent tenir compte des facteurs culturels qui peuvent influencer l'observance, tels que les croyances et les pratiques alimentaires.
Étude comparative de l’observance à travers ses déterminants psycho-socio-culturels
Une étude comparative de l’observance à travers ses déterminants psycho-socio-culturels qui traduisent les perceptions de la maladie auprès de femmes enceintes diabétiques reparties au sein de deux groupes qui se distinguent notamment par leurs modèles de prise en charge du diabète : l’un centré sur le malade et l’autre, bio médical, montre que les femmes du groupe France sont globalement plus observantes que les femmes du groupe Gabon et il semble que les perceptions liées à la maladie et au traitement influencent considérablement le respect et la mise en pratique des prescriptions médicales. Des liens significatifs ont été trouvés entre les scores aux échelles IPQ-R et EHBMQ et les scores d’observance des participantes. Il apparait également que les patientes formant nos deux groupes ont des perceptions très différentes du diabète et ne vivent pas la maladie de la même façon, ce qui peut expliquer les disparités dans les résultats que nous avons obtenus.
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Observance et Inégalités Sociales
L'observance dans le DG est également traversée par des enjeux d'inégalités sociales. La recherche montre que l'observance des femmes enceintes ayant un DG constitue un élément structurant de l'organisation institutionnelle, de l'éthos professionnel et des relations entre les différents groupes professionnels, qui rend difficile l'émergence d'un autre paradigme. Combinée à une relation de soin marquée par une surveillance et un exercice de la contrainte socialement différencié auxquels les femmes font face de manière variable selon leurs dispositions sociale, la mise en œuvre de cette observance par les soignantes comporte la possibilité de soins inégalitaires.
Les femmes enceintes qui s’y font suivre appartiennent donc à des groupes sociaux différents. Le niveau de la maternité, le fait qu’elle appartienne au service public et la proximité avec le lieu de vie sont les éléments principaux avancés par les femmes dans leur choix de la maternité. En outre, du fait de la sectorisation, le public qui fréquente l’établissement reflète globalement la population de son secteur géographique. Cependant, certaines maternités bénéficient d’une réputation positive, sur le plan de la qualité des soins, amenant certaines femmes à user de différentes stratégies pour y être inscrites même dans les cas où elles ne seraient pas du secteur. C’est le cas de la maternité parisienne qui, de ce fait, prend en charge davantage de femmes ayant les moyens de « jouer » avec les règles de la sectorisation et appartenant plus volontiers à des milieux sociaux favorisés. En miroir, les maternités situées dans des zones plus populaires, comme la maternité du Coudray, bénéficient d’une image moins attractive et peuvent se voir désertées par les femmes appartenant aux classes sociales supérieures.
L'Observance Post-Partum
Il est important de noter que le suivi ne s'arrête pas à l'accouchement. Une HGPO est prescrite six semaines après l'accouchement (HGPO précoce) ou trois mois ou plus après l'accouchement (HGPO tardive) après un diabète gestationnel (DG). Le taux d'observance à l'HGPO précoce est statistiquement supérieur à celui de l'HGPO tardive. Les paramètres prédicteurs de non-observance ont été identifiés comme étant l'HGPO tardive, une parité supérieure ou égale à 2, un problème d'observance au traitement pendant la grossesse et de ne pas allaiter six semaines après l'accouchement.
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