En France, l'accouchement à domicile (AAD), ou Home Birth, connaît un intérêt croissant, bien qu'il reste une pratique marginale. Alors que de plus en plus de femmes envisagent cette option, il est crucial d'examiner objectivement les risques et les avantages, ainsi que les conditions nécessaires pour assurer la sécurité de la mère et de l'enfant.
L'essor de l'accouchement à domicile en France
En France métropolitaine, l’accouchement à domicile est en progression. De plus en plus de femmes décident de donner naissance à la maison, souvent accompagnées d’une sage-femme spécialisée. En 2022, sur plus de 1100 femmes commençant le travail à domicile, environ 150 ont été transférées à l’hôpital, selon l’APAAD (Association Professionnelle de l’Accouchement Accompagné à Domicile). L'accouchement programmé à domicile concerne environ 2000 femmes chaque année sur 800 000 naissances par an soit 0,2 % des naissances.
Malgré un intérêt croissant, l’accouchement à domicile (AAD) concerne encore et toujours, un faible pourcentage de femmes. Seules 1 % à 2 % des futures mamans françaises optent pour une naissance à la maison, entourées d’une sage-femme libérale.
Dans les pays d’Europe la proportion de femmes accouchant chez elles varient de 1% à 15% selon le niveau de reconnaissance et d’organisation de cette pratique par les autorités du pays.
Conditions essentielles pour un accouchement à domicile sécurisé
Pas tout le monde peut se permettre d’accoucher à la maison. En effet, bien que l’accouchement à domicile soit autorisé en France, qu’il soit planifié ou non et assisté ou non, il faut que la future maman soit sûre de pouvoir faire ce choix sans prendre de risques inconsidérés. Pour accoucher à domicile, plusieurs conditions doivent être réunies afin de garantir la sécurité de la maman et du bébé.
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- Grossesse à faible risque : La maman ne présente aucune complication de grossesse et le bébé est bien placé et en excellente santé. La grossesse doit être sans complications, avec un bébé bien positionné et un terme entre 37 et 42 semaines. Les femmes qui sont suivies en vue d’un AAD sont des femmes en bonne santé et dont la grossesse se passe normalement. Certaines conditions médicales contre-indiquent l’accouchement à la maison comme une naissance de jumeaux, un bébé qui se présente par le siège… Les sages-femmes étudient avec la famille la faisabilité du projet au cours de la grossesse qu’elles analysent au regard de l’histoire individuelle de chacune. Elles se basent notamment sur les critères HAS (Haute Autorité de Santé) pour le suivi et l’orientation des femmes enceintes pour évaluer si la femme est bien à bas risque tout au long de la grossesse.
- Professionnel certifié : Assurez-vous d’avoir au moins à portée de main une sage-femme ou une doula spécialisée, qualifiée et de confiance avec qui vous avez déjà échangé au cours de la grossesse. L’accouchement doit être accompagné par une sage-femme formée à l’AAD, qui assure un suivi rigoureux et prévoit un plan de transfert en cas de besoin. Pour votre Home Birth, faites vous accompagner par une sage-femme ou une doula avant, pendant et après l’accouchement. Choisissez une personne avec qui vous vous sentez en confiance, car c’est elle qui aura pour mission d’assurer votre confort et votre sécurité, ainsi que celle du bébé. Ce qui permet à une sage-femme d’accompagner un couple pour une naissance à domicile est la relation qui s’établit entre eux trois, la confiance réciproque étant l’élément primordial.
- Proximité d'un hôpital et moyen de transport : En cas d’urgence ou de complication, il est très important de prévoir un moyen sûr et rapide de se rendre à l’hôpital. Le domicile doit être propre, calme et situé à moins de 30 minutes d’une maternité. Du fait de cette possibilité, la distance entre le domicile de la famille et l’hôpital le plus proche doit être vérifiée, afin de s’assurer que le délai d’intervention reste compatible avec la gestion des urgences.
- Terme de la grossesse : L’accouchement à domicile n’est possible que si le travail commence entre 36 et 41 semaines. Arriver au terme de la grossesse : l’accouchement à domicile n’est possible que si le travail commence entre 36 et 41 semaines.
- Préparation rigoureuse : Il ne suffit pas d’attendre patiemment que le travail commence, d’appeler sa sage-femme ou sa doula et d’aviser.
Le rôle crucial de la sage-femme dans l'AAD
L’accouchement accompagné à domicile (AAD) est un accouchement planifié avec une sage-femme, professionnelle de santé à compétences médicales. La présence de celle-ci permet d’assurer la surveillance du bien être maternel et fœtal et de prendre des mesures médicales en cas de besoin. La sage-femme accompagne la femme en lui apportant toute son attention, ses compétences en gestion non médicamenteuse du travail et de la douleur et n’intervient de façon technique qu’en cas de pathologie pour effectuer tous les gestes d’urgences qui s’avéreraient nécessaires en l’attente d’un transfert (dispositifs médicaux, médicaments, oxygène…).
Lors d’un accouchement à domicile, la femme enceinte est accompagnée par le même professionnel de la naissance, tout au long de sa grossesse, de son accouchement, du suivi postnatal et des séances de rééducation du périnée.
En cas d’accouchement à domicile, la sage-femme est seule avec la maman enceinte et son compagnon. Elle n’a aucun matériel à sa disposition (oxygène, poche de sang, forceps ou ventouse) pour traiter les complications éventuelles. En effet, la compétence médicale de la sage-femme est limitée à la normalité.
Bien que la formation initiale française ne prévoie pas d’enseignement spécifique à l’accouchement extrahospitalier, des sages-femmes françaises ont su pallier ce manque. La communauté des sages-femmes AAD permet des compagnonnages avant installation. De plus en plus de sages-femmes qui offrent les AAD, participent aux formations en réanimation néonatales de leurs réseaux périnataux. Des formations continues sont offertes autour des thèmes spécifiques et notamment la gestion des urgences obstétricales et néonatales en milieu extrahospitalier.
En France il n’existe pas de « liste » de matériel pour un AAD, mais les sages-femmes ayant une obligation de moyen pour assurer leurs soins, s’équipent de tous les médicaments et dispositifs médicaux leur permettant de surveiller le déroulement physiologique de la naissance et de ses suites immédiates.
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Les étapes clés de l'accouchement à domicile avec une sage-femme
- Le début du travail : La sage-femme se rend sur place lorsque les contractions deviennent régulières et efficaces.
- L’expulsion du bébé : Lorsque le col est complètement dilaté, la maman suit son instinct et pousse selon ses sensations, toujours sous la surveillance de la sage-femme.
- La délivrance du placenta et les premiers soins : Après la naissance, la sage-femme s’assure que le placenta est bien expulsé et surveille la maman pour prévenir toute complication.
- Les soins postnataux : La sage-femme reste quelques heures après l’accouchement pour surveiller la maman et le bébé. La sage-femme surveillera la bonne adaptation de l’enfant à la vie extra-utérine, l’apparition ou non d’un ictère et fera les tests de dépistage recommandés. Elle accompagnera la femme dans la mise en place de l’allaitement maternel si c’est son choix ou dans le sevrage.
Projet de naissance : Exprimer ses souhaits
Le projet de naissance est une liste de préférences ou de souhaits concernant le jour J. Ce document n’est pas obligatoire mais il est intéressant d’y réfléchir avec le co-parent. Tout au long de la grossesse, le suivi est assuré par cette même sage-femme référente et vous affinez ensemble le projet de naissance à domicile.
- Le travail : Si l’hôpital ou la clinique accueille des étudiants, êtes-vous d’accord si certains d’entre eux viennent observer ? Avez-vous préparé une playlist avec vos morceaux préférés ?
- L’accouchement : Dans quelle position souhaitez-vous accoucher ? Où souhaitez-vous que la personne qui vous accompagne se tienne ? Qui va couper le cordon ?
- Après la naissance : Souhaitez-vous allaiter ? Souhaitez-vous que des rituels culturels ou traditionnels soient effectués juste après la naissance ? Prévoyez-vous des visites de vos proches ?
Aménager un environnement rassurant
Tout l’intérêt de l’accouchement à domicile réside dans le fait d’accoucher dans un endroit accueillant et rassurant, que ce soit chez vous ou non. Il y a des choses auxquels on ne pense pas lorsque l’on prépare la pièce dans laquelle va se dérouler l’accouchement. Veillez à créer un espace intime et sécurisé. Essayez également de prendre un bain. Cela peut aider le travail. Si vous n’avez pas de baignoire, vous pouvez aussi louer une piscine d’accouchement. Les sages-femmes se chargeront d’apporter tout le nécessaire indispensable.
- Ventilateur ou éventail : Tout comme elle pourrait avoir froid, la maman pourrait avoir chaud ou avoir des bouffées de chaleur. Dans ces cas-là, allumer le ventilateur à faible intensité ou faites un peu d’air avec un éventail.
- Nourriture et boisson (avec paille) : Accoucher demande beaucoup d’énergie et peut prendre beaucoup de temps. Vous aurez besoin de vous alimenter et surtout, de vous HYDRATER.
- Téléphone : Ça peut paraitre évident, mais garder un téléphone portable près de soi est important. Même si le professionnel qui vous accompagne en a sûrement un pour prévenir l’hôpital de votre venue en cas d’urgence, il peut servir de téléphone de secours en cas de panne ou autre. De plus, on n’est pas à l’abri d’une coupure d’électricité… Alors, il servira de lampe torche !
Cette liste n’est pas exhaustive ! Vous pouvez donc la compléter avec des éléments qui vous semblent indispensables à VOUS ou qui peuvent d’autant plus améliorer votre confort.
Préparation à un éventuel transfert à l'hôpital
Il est essentiel de garder en tête que tout accouchement présente des risques, aussi bien pour le bébé que pour la future maman, encore plus si celui-ci a lieu à la maison. Il est donc nécessaire de s’y préparer afin de pouvoir partir rapidement et avec tout ce qu’il faut. Pour cela, préparer une valise de maternité comme vous le feriez si vous accouchiez en clinique ou à l’hôpital.
En cas de complications - hémorragie, césarienne, utilisation de forceps -, vous êtes transférée à la maternité la plus proche, soit dans le véhicule de la sage-femme, soit dans le véhicule familial (dans certains cas, il est possible de faire appel à une société d’ambulances ou aux pompiers). C’est pourquoi il est extrêmement important d’avoir constitué en amont un dossier (projet de naissance et dossier médical de la maman) en maternité lors des deux dernières visites pré-natales. Une valise de maternité est également à prévoir. Une fois à la maternité, le transfert de responsabilité entre la sage-femme et les professionnels de santé est acté.
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Si la femme souhaite finalement bénéficier d’une analgésie péridurale (ce qui a été le cas pour moins de 2% des femmes en 2018) ou que son accouchement nécessite une intervention médicale non possible à domicile, la sage-femme organisera son transfert vers l’hôpital où elle s’est inscrite durant la grossesse. Selon les régions la sage-femme restera auprès de la famille une fois le transfert effectué à l’hôpital ou devra cesser son accompagnement si l’accès aux salles de naissance lui est refusé.
Documents médicaux nécessaires
Pour un accouchement à domicile (AAD), certains documents médicaux sont essentiels afin d’assurer un suivi optimal et un plan de transfert en cas de besoin. Il est recommandé d’avoir :
- Un dossier médical complet avec l’historique de grossesse, les échographies et les bilans sanguins.
- Un carnet de maternité mentionnant le suivi médical et les coordonnées des professionnels de santé.
- Une attestation de suivi par une sage-femme accompagnant l’AAD.
- Un plan de transfert vers une maternité en cas de complications.
Votre sage-femme vous guidera dans la constitution de ces documents pour garantir un accouchement en toute sécurité.
Avantages de l'accouchement à domicile
Être dans un environnement rassurant, sans intervention médicale, quand toutes les conditions sont réunies pour vivre un bel accouchement, sont les raisons principales qui font que de plus en plus de couples font le choix du Home Birth.
L’accouchement à domicile offre plusieurs avantages pour les parents souhaitant une naissance plus intime et personnalisée. Il permet une liberté de choix dans le déroulement du travail et de la mise au monde, en évitant certaines interventions médicales systématiques de la pratique clinique. Loin du cadre hospitalier, il se déroule dans un environnement familial rassurant, où la mère peut adopter les positions qui lui conviennent et évoluer à son rythme.
L’avantage d’une naissance à domicile est que la famille reste unie, le père n’est pas séparé de sa femme et de son enfant, les aînés peuvent profiter de cet événement également. La femme entourée, de son conjoint et de la famille proche, peut vivre à son rythme sans contraintes liées à l’organisation des établissements de santé ce qui est plus reposant.
- Autonomie accrue : Les mères peuvent exercer leur autonomie sur la façon dont leur travail est géré, depuis le choix des positions d'accouchement jusqu'aux décisions concernant les interventions médicales. Donner naissance à domicile permet d’être pleinement actrice de l’accouchement. En effet, la maman gère (dans la plupart des situations) son accouchement elle-même, selon ses ressentis.
- Liens immédiats : À la maison, les nouveau-nés sont généralement placés dans les bras de leur mère immédiatement après la naissance, ce qui favorise un contact précoce peau à peau.
- Possibilités d'allaitement : L'initiation précoce à l'allaitement est facilitée dans le cadre d'un accouchement à domicile.
- Environnement familier : Accoucher à domicile permet d’être chez soi, entouré des siens, et dans le confort familier de sa maison.
Risques potentiels et nécessité d'un plan de transfert
Il est essentiel de garder en tête que tout accouchement présente des risques, aussi bien pour le bébé que pour la future maman, encore plus si celui-ci a lieu à la maison. Les naissances hors maternité présentent des risques importants tant pour l’enfant, que pour la mère, et la recommandation des autorités de santé est d’accoucher dans des structures médicalement sécurisées.
L’accouchement à domicile, bien que choisi pour son cadre intime, comporte certains risques de mortalité et de décès périnatal en cas de complications imprévues. L’absence d’un plateau technique peut rendre plus difficile la prise en charge d’une hémorragie, d’une détresse fœtale ou d’un travail qui s’éternise.
En cas de difficulté, c’est surtout l’enfant qui risque de souffrir. Un travail prolongé le prive d’oxygène et à domicile, il n’y a pas de moyens de le ranimer. La maman, peut également souffrir en cas de travail très prolongé. Après l’accouchement, il y a aussi un risque d’hémorragie si le placenta ne se décolle pas ou partiellement.
Avis des professionnels de santé
Certains professionnels de santé ne sont pas forcément pour les maisons de naissance, et notamment le fait de se passer d’instruments médicaux tels que le monitoring. Durant l’accouchement, des complications peuvent également survenir tels qu’un cordon ombilical enroulé autour du cou de l’enfant, une hémorragie de la mère… Et bien que la HAS impose que la maternité soit à quelques pas de la maison de naissance, les risques peuvent s’accroître lors du transfert.
Aspects financiers de l'accouchement à domicile
Le coût d’un accouchement à domicile varie en fonction des honoraires de la sage-femme et des services inclus dans son accompagnement. En général, il faut prévoir entre 1 000 et 3 000 euros, un montant qui couvre les consultations prénatales, la présence le jour J et le suivi postnatal. L'accouchement à domicile est remboursé à hauteur de 300 euros par la Sécurité Sociale. Ce forfait comprend l’accouchement en lui-même et les visites de la première semaine. La Sécurité sociale prend en charge une partie du prix, notamment les visites et certains actes médicaux, mais le remboursement reste limité, et de nombreux frais restent à la charge des parents. Certaines mutuelles proposent des remboursements complémentaires, il est donc conseillé de vérifier son contrat d’assurance santé avant d’opter pour cette pratique.
Alternatives à l'accouchement à domicile : Les maisons de naissance
Déjà existantes dans de nombreux pays de l’Union européenne, les maisons de naissance ont fait leur apparition en France depuis peu : ce n’est qu’en décembre 2013 que le gouvernement français a promulgué la loi autorisant leur expérimentation pour une durée de 5 ans.
Qu’est-ce qu’une maison de naissance ? Une maison de naissance, comme son nom l’indique, est une véritable maison, avec toutes les pièces à vivre nécessaires : un salon, une cuisine, une salle de bain, des toilettes et des chambres, dans lesquelles les futures mamans pourront accoucher loin de l’ambiance ultra-médicalisée des hôpitaux. Hôpitaux qui, et c’est la Haute Autorité de santé (HAS) qui l’impose, soient tout de même directement accessibles en cas d’urgence dans le même bâtiment ou dans un lieu attenant. Dans ces maisons pourtant, aucune médicalisation : pas de médecins, pas de péridurales. Les seules blouses blanches autorisées sont les sages-femmes qui assurent le suivi et l'accouchement des futures mamans qui dispensent un accompagnement total de la maman et du bébé.
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