Introduction
L'alimentation joue un rôle crucial dans le développement humain, et ce, dès la période embryonnaire. Les nutriments que reçoit l'embryon régulent de façon spectaculaire la prolifération des neurones. Une alimentation maternelle adéquate est primordiale pour assurer une croissance et un développement optimaux du fœtus. Cet article explore en profondeur l'importance de la nutrition pendant la grossesse, l'impact des habitudes de vie, les besoins spécifiques en nutriments, et les recommandations pour une alimentation équilibrée, tant pour la mère que pour l'enfant à naître.
L'Importance de l'Alimentation Maternelle Pendant la Grossesse
Rôle Fondamental de l'Alimentation
Tout commence bien avant la naissance : l’alimentation de la mère pendant la grossesse est primordiale pour le développement du fœtus. L'alimentation maternelle est le fondement du développement fœtal, fournissant les éléments constitutifs nécessaires à la croissance et à la différenciation cellulaire. Que ce soit chez l'embryon ou chez l'adulte, l'élaboration des molécules organiques qui constituent les cellules nécessite des matériaux de construction élémentaires (oxygène, sels minéraux, vitamines, nutriments) provenant du milieu extérieur.
Le Placenta : Interface Vitale
Au cours de la vie intra-utérine, le fœtus n'est pas en contact avec le milieu extérieur et tous les matériaux nécessaires à sa croissance et à son fonctionnement doivent lui être fournis par le sang maternel. Il existe pour cela un organe temporaire spécialisé dans les échanges mère - fœtus, le placenta. C'est, en quelque sorte, une interface entre le sang maternel et le sang fœtal. À ce niveau, les deux sangs sont séparés par une mince surface d'échanges à travers laquelle les petites molécules provenant du sang maternel diffusent vers le sang fœtal alors que la plupart des déchets du fonctionnement cellulaire diffusent dans le sens inverse. Ainsi, le fœtus se nourrit (et respire) directement à partir du sang maternel qui contient tout ce qui lui est nécessaire.
Impact des Habitudes de Vie sur la Fertilité et la Grossesse
Tabac
Le tabac allonge le temps de conception, même pour les fumeurs passifs. Bonne nouvelle : les effets sont réversibles dès l’arrêt ! Il est crucial d'arrêter de fumer pour améliorer les chances de grossesse et réduire les risques pour le fœtus. Nous sommes là pour vous accompagner dans l’arrêt du tabac.
Alcool
La consommation d’alcool augmente le temps de concevoir. Bonne nouvelle : les effets sont réversibles dès l’arrêt ! Il est recommandé d'éviter toute consommation d'alcool pendant la grossesse pour prévenir les complications. Nous sommes là pour vous accompagner dans l’arrêt de l’alcool.
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Drogues
La consommation de drogues diminue les chances de grossesse. Bonne nouvelle : leurs effets sont réversibles ! Ils peuvent également être responsables de fausses couches, et de malformations. L'arrêt de la consommation de drogues est essentiel pour la santé de la mère et de l'enfant.
Café
Boire de nombreuses tasses de café augmenterait la durée de conception chez la femme, selon certaines études. Modérer la consommation de café peut être bénéfique pour la fertilité.
Poids
Les variations de poids (surpoids ou sous-poids) ont un impact sur les chances de grossesse. Le poids idéal n’existe pas : il est en effet différent pour chaque individu. Il ne s’agit pas de chercher à être mince, mais d’être en bonne santé car le surpoids (ou le sous-poids) diminue la qualité du sperme et des ovocytes, diminuant ainsi les chances de concevoir. Maintenir un poids sain est important pour la fertilité et la santé globale. C’est facile, il suffit de calculer son poids en kg/sa taille en cm au carré.Vous souhaitez perdre ou prendre du poids ?
Exposition à des Substances Chimiques
Certaines substances chimiques peuvent affecter les chances de concevoir. Il est important de minimiser l'exposition à des produits chimiques nocifs.
Besoins Spécifiques en Nutriments Pendant la Grossesse
Vitamine B9 (Acide Folique)
La vitamine B9 ou Acide Folique est nécessaire au bon fonctionnement du corps humain et au bon développement de l’embryon. Ce traitement sera à continuer durant tout le premier trimestre de la grossesse. La recherche a soutenu ces observations en mettant en évidence l’impact de la carence en vitamine B9 (acide folique) sur la fermeture du tube neural, ébauche du système nerveux central de l’embryon. Ainsi, en France une supplémentation en vitamine B9 est préconisée sur la période d’un mois avant la conception et jusqu’à la fin du premier trimestre de grossesse. En 2010, 40 % des femmes enceintes ont été supplémentées en vitamine B9, et seulement 24 % d’entre elles l’ont été en amont et lors du premier mois de grossesse. Pour cette supplémentation, il s’agit de limiter la survenue de défauts de fermeture du tube neural. Une autre étude (université de Lorraine) montre aussi l’effet bénéfique d’une supplémentation tardive en vitamines B9/B12 sur la période périnatale (de la 28ème semaine de grossesse à une semaine après l’accouchement).
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Vitamines et Minéraux Essentiels
Naturellement présents dans l’alimentation, un équilibre alimentaire permettra l’apport essentiel journalier en vitamines. Depuis 1969, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et la Food and Agriculture Organization (FOA) ont défini une classification des carences alimentaires à haut risque. L’information donnée à la population et aux professionnels de santé porte sur les besoins quantitatifs et qualitatifs. Les carences vitaminiques en fer et iode sont considérées prioritaires. Ainsi les carences en vitamines B9 et B12 (donneurs de méthyls) sont impliqués dans de nombreuses pathologies.
Éviter la Listériose
-Pour éviter la listériose (recommandations pour toutes les femmes enceintes), il faut éviter de consommer crus les produits d’origine animale, la charcuterie, et les fromages au lait cru (non pasteurisé), à pâte molle ainsi que la croûte des fromages. Il est crucial de respecter les recommandations alimentaires pour prévenir les infections pendant la grossesse.
Hygiène et Contacts avec les Enfants
-Si vous êtes au contact d’enfants en bas âge, il faut éviter d’être en contact avec les urines, les larmes ou la salive de l’enfant, de l’embrasser sur la bouche, de finir son assiette, d’utiliser ses couverts ou boire dans son verre. Adopter des mesures d'hygiène appropriées est essentiel pour éviter les infections.
L'Alimentation et le Développement Cérébral
Impact de l'Alimentation sur le Cerveau
Nous savons tous aujourd’hui qu’avec une alimentation équilibrée, saine et en quantité suffisante, nous aurons toutes les chances d’être en bonne santé. Pour autant, lorsque nous nous intéressons à notre cerveau, à son développement et à son fonctionnement, nous ne pensons pas forcément toujours au rôle de l’alimentation. Avant la naissance, les nutriments que reçoit l’embryon régulent de façon spectaculaire la prolifération des neurones. Chez l’individu adulte, des nutriments tels que les acides gras polyinsaturés (les célèbres oméga-3 ou oméga-6) sont indispensables à la mémorisation et à l’apprentissage. L’alimentation reste tout aussi cruciale pour l’individu âgé : les oméga-3 et la vitamine A jouent un rôle protecteur sur les cellules du cerveau permettant un vieillissement plus harmonieux. Autant de recherches et d’études montrent aussi les dégâts au niveau cérébral que peuvent provoquer, en particulier chez l’enfant et l’adolescent, les régimes déséquilibrés, trop riches en graisses et en sucres, qui malheureusement deviennent de plus en plus répandus. Enfin, force est de constater que l’importance de l’alimentation dans le développement ou dans le bon fonctionnement du cerveau n’est plus à démontrer.
L'Étude EDEN
L’étude EDEN est la première étude épidémiologique menée en France, dont le but est de suivre une cohorte d’enfants dès la fin du premier trimestre de grossesse jusqu’à l’âge de 5 ans et plus. Les résultats démontrent que l’alimentation peut avoir des conséquences sur la santé cérébrale du jeune enfant.
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Allaitement Maternel
Tout d’abord, le constat : l’allaitement contribue à un développement psychomoteur plus rapide chez les jeunes enfants et plus l’allaitement est long, meilleures sont les « performances » de l’enfant, et ce, d’autant plus si l’allaitement est exclusif. Le lait maternel contient en effet une forte concentration d’acides gras oméga-3. « On constate un effet dose, plus l’allaitement est long, plus les effets bénéfiques de l’allaitement sont importants. Cela ne fait aucun doute, c’est bien le lait maternel qui est le meilleur allié pour la santé du bébé ! L’OMS et le Programme national nutrition santé (PNNS) recommandent d’ailleurs l’allaitement exclusif jusqu’aux 6 mois de l’enfant. En effet, l’allaitement diminue la mortalité des enfants, en particulier dans les pays en voie de développement, mais diminue aussi le risque de développer des affections respiratoires et gastro-intestinales dans les premières semaines de vie. Pour les nouveau-nés prématurés, qui constituent une population fragile, le lait maternel est particulièrement recommandé car il diminue le risque de pathologies qui leur sont propres. » rappelle Clair-Yves Boquien, spécialiste du lait maternel à l’unité Phan à Nantes. Il est composé de macronutriments : protéines, lipides, glucides, mais aussi de bien d’autres molécules : des oligosaccharides, des immunoglobulines, des ARN non codants et même un microbiome (ensemble de microorganismes). Des chercheurs ont montré par exemple que des anticorps anti SARS-CoV-2 étaient présents dans le lait maternel de mamans ayant contracté le Covid-19 pendant leur grossesse ou juste avant l’accouchement.
Composition du Lait Maternel et Facteurs d'Influence
Dans le lait maternel se trouvent également des composés « indésirables », tel que l’alcool par exemple, en cas de consommation d’alcool par la mère, mais aussi potentiellement des contaminants (par exemple des micropolluants de l’environnement ou de l’alimentation), accumulés au cours du temps dans les réserves lipidiques de la mère et relargués dans le lait maternel. Quel effet cela a-t-il sur la santé de l’enfant ? Rien ne prouve à ce jour que ces contaminants puissent avoir des effets délétères sur la santé de l’enfant, mais le manque de données nous oblige à rester prudent. Comment l’alimentation de la mère influence-t-il la composition du lait maternel ? « Nos travaux montrent que l’alimentation de la mère n’influe pas sur la teneur en protéines du lait maternel ; ce qui est vraiment démontré, c’est l’effet sur la composition en lipides du lait », explique Clair-Yves Boquien. La consommation de poissons gras par exemple (saumon, sardine, maquereau, etc.) augmente la teneur en oméga 3 dans le lait maternel. Il y a donc un levier pour augmenter la teneur en oméga 3 du lait maternel, qui n’est pas élevée sans supplémentation. Alors que les oméga 3 sont importants, particulièrement chez le bébé en pleine croissance, une augmentation de leur teneur dans le lait maternel ne peut donc qu’être bénéfique pour la santé du bébé. Des travaux en cours explorent l’effet de la consommation de produits Bleu-Blanc-Cœur (riches en oméga 3) sur la teneur en oméga 3 du lait maternel.
Lait Maternel et Bébés Prématurés
Le lait maternel a une teneur en protéines assez faible, de l’ordre de 10 g/L en moyenne mais qui diffère de 30 à 40 % selon la mère. Si cette concentration convient très bien aux enfants nés à terme, elle s’avère trop faible pour les bébés prématurés ; c’est pourquoi les services de néonatalogie supplémentent systématiquement le lait maternel en protéines pendant l’hospitalisation du bébé, ce que l’on appelle la « fortification », mais sans connaitre le taux réel de protéines du lait de la maman qui allaite. Or les scientifiques d’INRAE ont montré que la teneur en protéines du lait, natif ou fortifié, n’avait pas d’impact sur le neurodéveloppement de l’enfant à 2 ans, ce qui n’incite pas à vouloir connaitre la teneur en protéines avant fortification. Le lait maternel évolue au cours des semaines d’allaitement, par exemple sa teneur en protéines diminue au fil des jours. La composition du lait dépend de la physiologie de la mère et on constate que le lait des mères d’enfants prématurés a une teneur en protéines plus élevée que le lait des mamans d’enfants nés à terme. Enfin, on a observé que les bébés prématurés, avec un poids de naissance élevé, recevaient de leur mère un lait moins riche en protéines, alors que les bébés avec un petit poids de naissance, reçoivent de leur mère, à l’inverse, un lait avec une plus forte teneur en protéines. Cette différence a été observée pendant les 5 premières semaines d’allaitement. « Ces observations laissent penser qu’il y a une adaptation in utero de la composition du lait maternel en fonction de la physiologie du bébé », précise Clair-Yves Boquien.
Préparations Infantiles
Lorsque la maman ne souhaite pas ou ne peut pas allaiter, l’alternative est de donner aux bébés des préparations infantiles. « On ne pourra jamais parfaitement imiter le lait maternel, mais on travaille avec les industriels pour leur proposer des préparations infantiles qui s’en rapprochent le plus possible », explique Clair-Yves Boquien. Ainsi dans ces préparations, au fil des recherches scientifiques, on y retrouve maintenant des oméga 3 (DHA), des probiotiques et 2 oligosaccharides du lait humain. Des travaux de recherche ont montré que la teneur en protéines des préparations infantiles est associée positivement à la croissance : les enfants qui consomment des préparations plus riches en protéines ont un indice de masse corporelle (IMC) plus élevé à 18 mois.
Préparations Infantiles Hypoallergéniques
Les chercheurs d’INRAE et de l’Inserm ont voulu établir la relation entre la consommation de préparations infantiles hypoallergéniques et les manifestations allergiques telles que l’eczéma, les sifflements respiratoires, l’asthme et les allergies alimentaires. Pour cela, ils ont suivi pendant 2 ans 15 000 enfants dans le cadre de l’étude ELFE (Étude Longitudinale Française depuis l'Enfance) conduite par l’Ined et l’Inserm. Les chercheurs ont montré que 5 % des enfants consommant à l’âge de 2 mois des préparations infantiles recevaient ces préparations dites hypoallergéniques. Pourtant, la moitié d’entre eux n’avait aucun antécédent familial d’allergie justifiant leur prescription. L’étude révèle qu’aucun effet protecteur des formules hypoallergéniques contre d’éventuelles manifestations allergiques n’a été observé comparativement aux préparations infantiles classiques. Au contraire, l’utilisation à 2 mois de préparations hypoallergéniques chez des enfants sans signe d’allergie à cet âge était associée, dans les années qui suivent, à un risque plus élevé de sifflements respiratoires et d’allergies alimentaires.
Boissons Végétales
Elles sont de plus en plus présentes dans les rayons de nos supermarchés, les boissons végétales (« lait » d’amande, « lait » de soja, etc.). Mais elles ne sont pas du lait et ne peuvent en aucun cas remplacer le lait maternel ou le lait infantile, même celles qui sont enrichies en calcium, car elles ne répondent pas aux besoins nutritionnels des enfants de moins de 1 an.
Alimentation et Développement Cérébral à l'Adolescence
Quand l’enfant grandit, la période de l’adolescence mérite aussi une alimentation adaptée. Les chercheurs de l’unité NutriNeuro de Bordeaux ont démontrés des retards d’apprentissage significatifs chez les rats juvéniles ayant reçu une alimentation riche en graisses et en sucre jusqu’à voir apparaitre l’obésité. Les effets sur la mémoire sont visibles : le régime riche en graisses et en sucre entraîne une inflammation de l’hippocampe qui perturbe le bon fonctionnement de la mémoire épisodique. L’observation du comportement montre que la mémoire émotionnelle est atteinte. Les rats adultes sont touchés par les effets de ce type d’alimentation, mais de façon moins marquée que chez les juvéniles. Du coup, nous pouvons raisonnablement nous inquiéter de l’augmentation de l’obésité chez les jeunes et notamment chez les adolescents. Les jeunes semblent être les plus vulnérables aux aliments riches en graisses et en sucre. C’est dès l’adolescence ou chez le jeune adulte que peuvent apparaître les troubles de l’alimentation : anorexie, boulimie, hyperphagie. Le comportement alimentaire dépend de facteurs génétiques et psychologiques individuels, en étroite interaction avec des facteurs environnementaux, familiaux et socioculturels.
Alimentation et Santé Cérébrale à l'Âge Adulte et chez les Personnes Âgées
La période de l’âge adulte est très étudiée dans le cadre de la prévention de tout un panel de troubles et de maladies plus ou moins liés à l’alimentation. Ce qui est récent, c’est l’intérêt que portent les scientifiques à la compréhension des phénomènes associés à l’alimentation et aux fonctions physiologiques. La science nous démontre aujourd’hui que l’aliment peut servir d’agent préventif ou de complément aux traitements de pathologies aussi complexes que la maladie d’Alzheimer. Les études scientifiques attestent aujourd’hui que le régime dit « méditerranéen » diminue de 30% le risque de développer une dépression. Ce régime riche en fruits, légumes, noix, céréales complètes, poisson et graisses non saturées (retrouvées dans l’huile d’olive et autres huiles végétales), a été comparé aux régimes qui préconisent de consommer plus de viande et de produits laitiers. Pour ce qui est du risque d’avoir un accident ischémique cérébral et de développer un trouble cognitif ou une maladie d’Alzheimer, l’huile d’olive a prouvé son efficacité en complément d’une activité physique régulière et soutenue. les acides gras oméga-3 peuvent limiter de nombreuses maladies du cerveau : la consommation de poisson est corrélée à une diminution du risque de symptômes de psychose, l’huile de poisson préviendrait l’apparition de psychose chez les sujets à haut risque. un régime riche en extraits de fraise, myrtilles ou mûres conduirait à une régression des déficits liés à l’âge portant sur les fonctions nerveuses et le comportement, sur les fonctions d’apprentissage et sur la mémoire. Pour le risque sur les AVC, augmenter sa ration de fruits et légumes de 200 grammes par jour suffit à faire baisser le risque de 16%. le raisin et donc le vin contiennent beaucoup de resvératrol, puissant antioxydant, dont l’effet neuroprotecteur dans le cas de la maladie de Parkinson ou de la maladie d’Alzheimer a été démontré chez l’animal.
Recommandations Générales pour une Alimentation Équilibrée
Pour finir, l’idéal est donc avoir une alimentation équilibrée, faible en gras saturés et riches en fruits et légumes, diversifiée et adaptée à son âge et à sa santé. Il ne faut pas oublier que le cerveau, constitué de milliards de cellules, est un organe consommant beaucoup d’énergie dont la principale source est le glucose.
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