L'alimentation des enfants de 0 à 17 ans est un sujet crucial, constamment mis à jour par la recherche scientifique et les recommandations des experts. Patrick Tounian, chef de service de nutrition pédiatrique à l’hôpital Trousseau, a présenté les recommandations nutritionnelles essentielles lors d'une conférence du Fonds français alimentation et santé le 8 février 2022. Plus récemment, le Comité de Nutrition de la Société Française de Pédiatrie (CNFSP) s'est également penché sur des problématiques spécifiques, notamment la prévention des allergies alimentaires. Cet article vise à fournir un guide complet et structuré, intégrant les dernières recommandations pour assurer une alimentation optimale à chaque étape du développement de l'enfant.

Allaitement et Lait Infantile (0 à 4 Mois)

L'allaitement maternel est fortement encouragé pour les nourrissons de 0 à 4 mois. Il est important de souligner que l'allaitement doit toujours être privilégié. Cependant, il est crucial de ne pas culpabiliser les mères qui ne souhaitent pas ou ne peuvent pas allaiter.

Concernant la prévention de l'allergie aux protéines de lait de vache (APLV), il est impératif de transmettre à toutes les maternités la nécessité de ne pas donner de compléments de lait 1er âge pendant la 1re semaine de vie quand la maman désire un allaitement maternel exclusif.

Diversification Alimentaire (4 à 6 Mois)

La diversification alimentaire doit débuter entre 4 et 6 mois. Une des recommandations importantes est d'introduire le plus tôt possible les aliments à fort potentiel allergisant (arachide, œufs cuits puis crus, poisson, fruits à coque, blé). Cette introduction précoce vise à réduire le risque ultérieur d’allergie.

Pendant cette période de diversification, l’enfant doit conserver au moins 3 biberons de lait infantile ou bien 3 tétées par jour jusqu’à 12 mois. Cela permet d’assurer la totalité des besoins en fer et en acides gras essentiels.

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Besoins Nutritionnels Essentiels (6 à 12 Mois)

Entre 6 et 12 mois, les graisses jouent un rôle crucial dans l'alimentation de l'enfant. Elles doivent représenter au moins 40 % de leurs apports énergétiques totaux. Les huiles les plus équilibrées en omega-3 sont recommandées, notamment les huiles de colza, de soja et de noix. L’huile d’olive, bien qu'appréciée pour sa saveur, n’est pas considérée comme suffisamment équilibrée en acides gras pour l’enfant.

Recommandations Spécifiques et Précautions

Il existe des règles importantes à suivre pour assurer la sécurité alimentaire des nourrissons et jeunes enfants :

  • Proscrire la viande hachée mal cuite et les laits et fromages non pasteurisés avant l’âge de 5 ans. Cette mesure vise à prévenir le risque de syndrome hémolytique et urémique.

Lait de Croissance et Apports en Fer (1 à 3 Ans)

De 1 à 3 ans, la consommation d’au moins un biberon (250 mL) par jour de lait de croissance est recommandée par la Société française de pédiatrie afin d’assurer au mieux les apports en fer. Le Haut conseil de la Santé Publique (HCSP) suggère de proposer du lait de vache aux parents qui ne souhaitent pas acheter de lait de croissance. Cependant, pour atteindre les besoins en fer du nourrisson (0,7 mg/jour), il faudrait que l’enfant consomme des quantités irréalistes de lait de vache ou d’aliments d'origine végétale.

Un biberon de 250 mL de lait de croissance et une portion (30-40 g) de produits carnés permettent d’atteindre 0,7 mg de fer par jour.

Prévention de l'Obésité

Il est important de noter qu'il n’existe aujourd’hui aucun moyen de prévention de l’obésité ayant démontré son efficacité chez le nourrisson et le jeune enfant, notamment au cours des 1000 premiers jours. Les stratégies de prévention doivent donc être envisagées avec prudence.

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Apports en Fer : Viande vs. Végétaux

Les apports en fer reposent sur la consommation quotidienne de 2 portions de produits carnés comme le recommande la Société française de pédiatrie. Cet apport carné ne peut pas être remplacé par des végétaux riches en fer (céréales non raffinées, légumineuses, épinards) car, en raison de la très faible biodisponibilité du fer qu’ils contiennent, les volumes à ingérer seraient bien trop importants pour être réalisables en pratique.

Il faut également rappeler que l’ingestion excessive de viandes rouges ou transformées chez l’enfant et l’adolescent n’entraîne aucun risque à l’âge adulte, ni de cancer, ni d’altération de la fonction rénale. Il n’y a donc aucune justification à en limiter la consommation. Le HCSP n’est pas en accord avec ces recommandations et considère qu’il n’est pas nécessaire de consommer de la viande à chaque repas. Or, l’intérêt de la viande porte surtout sur le fer biodisponible et les besoins en fer sont particulièrement élevés chez l’enfant et l’adolescent. Les steaks végétaux ne peuvent pas non plus remplacer les produits carnés pour assurer les besoins en fer.

Apports en Calcium et Produits Laitiers

Les apports en calcium requièrent l’ingestion de 3-4 produits laitiers par jour, comme le préconisent les recommandations approuvées par les différentes sociétés savantes de pédiatrie concernées. Comme pour le fer (faible biodisponibilité du calcium ou volumes à ingérer irréalisables en pratique), les produits laitiers ne peuvent pas être remplacés par des végétaux riches en calcium contrairement à ce que suggère le HCSP (il faudrait en ingérer entre 700 g et 2 kg/jour). En revanche, les eaux minérales riches en calcium et les boissons végétales enrichies en calcium peuvent constituer une alternative.

Apports en Acides Gras Essentiels et DHA

Les apports en acides gras essentiels et en acide docosahexaénoïque (DHA) sont assurés par, respectivement, les huiles végétales et les produits de la mer. Les huiles de colza, soja et noix sont les mieux équilibrées en oméga 6 et oméga 3, alors que l’huile d’olive l’est beaucoup moins, malgré sa saveur appréciable.

Apports en Phytonutriments et Recommandations sur les Fruits et Légumes

Les apports en phytonutriments (végétaux) ne sont pas définissables objectivement. En effet, seuls des régimes totalement dépourvus de végétaux pendant un à plusieurs mois sont susceptibles d’entraîner des carences, notamment en vitamine C ou en folates. La recommandation des 5 fruits et légumes par jour n’a aucune justification scientifique en pédiatrie.

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Plaisir Culinaire et Divergences de Recommandations

Enfin, on ne parle pas assez de plaisir culinaire chez l’enfant. Les divergences de recommandations entre la Société française de pédiatrie et le HCSP risquent d’entraîner des interrogations et une certaine confusion chez les mères comme les professionnels. Il est crucial de prendre en compte le plaisir de manger et d'adapter les recommandations aux préférences individuelles de l'enfant, tout en assurant un apport nutritionnel adéquat.

Prévention Primaire de l'Allergie aux Protéines de Lait de Vache (APLV) : Nouvelles Perspectives

Le Comité de Nutrition de la Société Française de Pédiatrie (CNFSP) s'intéresse de près à la prévention primaire de l'allergie aux protéines de lait de vache (APLV). Le rôle des interventions nutritionnelles pour cette prévention reste discutable, tout comme l’introduction précoce d’aliments allergènes, largement encouragée dès le début de l’alimentation complémentaire.

Certains auteurs soutiennent la complémentation systématique chez les enfants allaités à risque d’allergie dès la première semaine de vie, bien que les preuves soient encore insuffisantes. Des études suggèrent que, malgré l'absence d'études d'intervention comparables à l'étude LEAP pour les arachides ou PETIT pour les œufs, il semble y avoir suffisamment d'arguments observationnels pour proposer aux enfants à risque de maladie atopique une introduction précoce et régulière du lait de vache, dès les premiers jours de la vie. Cela pourrait se faire sous la forme d'une première préparation pour nourrissons, quel que soit le mode d'allaitement de l'enfant.

Si un allaitement maternel exclusif est souhaité pour les nourrissons à risque de maladie atopique, l'introduction précoce de lait de vache, même avant la mise en place de la diversification alimentaire, devrait être discutée avec la famille. La préparation standard pour nourrissons peut être administrée à la cuillère ou à la seringue pour préserver l'allaitement.

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