La naissance d'un veau est une étape cruciale dans l'élevage bovin, qu'il s'agisse d'élevage laitier ou allaitant. Comprendre les différentes phases de la gestation, du vêlage et les soins à apporter au nouveau-né est essentiel pour assurer la santé et la longévité du veau, ainsi que la productivité de la vache. Cet article détaille les étapes de la naissance du veau, de la conception à la délivrance, en mettant l'accent sur les aspects importants pour les éleveurs.

Développement du veau pendant la gestation

La croissance du veau dans le ventre de sa mère est un processus impressionnant. De quelques millimètres à peine détectables à 15 jours de gestation, jusqu'à un poids d'environ 40 kg au moment du vêlage, la transformation est prodigieuse. La gestation chez les bovins dure en moyenne 283 jours, mais des variations existent entre les races. Par exemple, la Prim'Holstein vêle en moyenne à 282 jours, tandis que les Normandes et les Montbéliardes peuvent attendre respectivement 287 et 288 jours.

Phase embryonnaire

  • Après 24 heures : Les premières divisions cellulaires se produisent. L'embryon commence son développement dans les trompes, qui relient les ovaires à l'utérus.
  • Entre le 6e et le 10e jour : L'embryon entame sa nidation dans la paroi utérine, formant les tissus qui deviendront le placenta et le fœtus. À ce stade, il se compose déjà de plus de 1 000 cellules.
  • À partir du 30e jour : Il est possible de visualiser la membrane amniotique qui enveloppe l'embryon. Le constat de gestation par échographie devient également possible. Pour une détection encore plus précoce (autour de 20 jours), des méthodes analytiques peuvent être utilisées pour détecter la progestérone ou les protéines associées à la gestation (PAG) dans le sang ou le lait.
  • À 42 jours : On peut distinguer le cordon ombilical ainsi que la différenciation des différents organes. Cette étape marque le passage du stade embryonnaire au stade fœtal. L'embryon mesure alors un peu plus de 2 cm. Le diagnostic de gestation par palpation transrectale peut être envisagé à ce stade, selon la dextérité du praticien.

Phase fœtale

  • 50 jours : Le fœtus de veau commence à prendre forme. Même s’il ne mesure pas plus de 5 cm à l’issue du deuxième mois, il devient possible de dissocier la tête du corps, ainsi que les pattes de l’animal. C’est à cette période que s’effectue la migration du tubercule génital, permettant de sexer le fœtus.
  • 90 jours : Le fœtus a alors la taille d’un rat, et sa tête est aussi grande qu’une balle de ping pong. Il commence clairement à ressembler à un bovin. Les sabots sont en formation, ainsi que les cornes via de petits bourgeons au niveau du crâne. Les premiers rares poils commencent également à apparaître. Il devient également possible de sexer l'animal en observant les contours du tubercule génital. A cette période, testicules et trayons deviennent visibles.
  • 120 jours : Le fœtus atteint une longueur de 15 cm : la taille d’un petit chat. L’appareil digestif de l’animal commence à être fonctionnel. Le cordon ombilical apporte nutriments et oxygène, et le fœtus déglutit aussi le liquide amniotique.
  • 150 jours : Le fœtus pèse alors 2 à 3 kg. Ses yeux s’ouvrent, il peut maintenant voir à l’intérieur de l’utérus. Le développement de son système nerveux et musculaire lui permet d'effectuer des mouvements perceptibles par la vache.
  • 180 jours : Les poumons gagnent en maturité. La plus grande partie de la croissance du veau débute alors. S’il a mis 6 mois à atteindre un poids de 4 kg, il en a maintenant trois pour atteindre son poids de naissance, qui avoisine les 40 kg (variable selon les races).
  • 240 jours : Le veau continue de grandir, et mesure entre 70 et 100 cm selon les races. Il est maintenant totalement recouvert de poils. Plus le veau se développe, plus les besoins alimentaires de la vache augmentent, avec cela de contradictoire que la présence du veau repousse la panse de la mère vers l’avant, ce qui limite petit à petit sa capacité d’ingestion.
  • 280 jours : Le vêlage survient en moyenne à 282 jours chez la Prim'Holstein, mais pour la majorité des races, il faudra encore attendre quelques jours. Les Normandes vêlent en moyenne à 287 jours, les Montbéliardes à 288.

Préparation au vêlage

L’élevage de la génisse commence avant même sa naissance. La gestion du tarissement et de la préparation au vêlage de la mère jouent un rôle très important sur le démarrage de la génisse. Pendant toute la gestation, les besoins alimentaires de la vache augmentent. Et pendant le dernier tiers de la gestation, l'organisme de la vache qui porte un veau doit maintenir en permanence deux objectifs un peu contradictoires :

  • Son alimentation doit pouvoir fournir suffisamment de matériau de construction au fœtus pour qu'il puisse grossir de 35 kg en 3 mois,
  • Mais pendant qu'il grossit dans l'utérus, le veau repousse la panse de la vache vers l'avant. Ce qui diminue un peu le volume de cet estomac et augmente la pression dans le ventre de la vache, à la fois sur l'appareil digestif, sur la vessie… et augmente le volume total de l'abdomen.

La vache doit donc manger plus avec un estomac plus comprimé.

Plusieurs critères sont observables pour prévoir le début du travail :

Lire aussi: Retour sur le parcours de Fernando Alonso

  • Si la vache va faire son premier veau, le pis s'élargit, gonfle (œdème). Sur les vaches plus âgées, la montée de lait commence très peu de temps avant le vêlage.
  • Les ligaments du bassin de la vache se relâchent : ils se distendent, ce qui permettra au veau de passer à travers le bassin pendant la naissance. Cette relaxation fait descendre la base de la queue entre les pointes des fesses de la vache, si on l'observe de l'arrière. Le bout de la queue est aussi souvent "tout mou".

Il est important pour un éleveur d'observer ses vaches pendant le travail pour pouvoir la placer à temps dans un espace à part, où elle sera tranquille pour mettre bas et pour détecter à temps toute anomalie qui nécessiterait l'intervention du vétérinaire. Certains éleveurs utilisent une caméra vidéo reliée à leur propre chambre à coucher pour pouvoir observer le travail de la vache qui a choisi de vêler pendant la nuit.

Les étapes du vêlage

Le vêlage se déroule en trois étapes principales :

Première étape : dilatation du col utérin et début des contractions

Le premier stade du vêlage dure en général 4 heures (6 heures si la vache vêle pour la première fois). Le col de l'utérus, jusqu'alors contracté, se dilate. Dans le même temps, les premières contractions utérines, encore irrégulières, démarrent. Elles commencent à déplacer le fœtus vers l'arrière. C'est la "poche des eaux" qui va se trouver entre le fœtus et le col de l'utérus.

Deuxième étape : l'expulsion du veau

Cette étape dure de 2 à 10 heures, une vache adulte donnant généralement naissance au veau en 3 heures. Les contractions augmentent en intensité et régularité, poussant le fœtus. La poche des eaux se rompt alors. Le fœtus progresse dans la filière pelvienne : ses pattes avant apparaissent d'abord à l'extérieur, puis sa tête. Ce qui permet de ne pas rompre le cordon ombilical pendant que la tête du veau est encore à l'intérieur (le veau ne pourrait alors pas respirer).

Troisième étape : la délivrance

Pendant cette troisième étape, le veau est au sol, encore englué, léché par sa mère, le cordon ombilical rompu. Le reste du placenta est alors expulsé de l'utérus, dont le volume a brutalement diminué, mais qui continue de se contracter. Ces restes de placenta, appelés "délivre", sont expulsés dans les 12 heures suivant le veau. Si l'éleveur ne trouve pas ces restes aux côtés de la vache (cela survient spontanément dans 5 à 10 % des cas), il appelle alors le vétérinaire, qui va venir effectuer la "délivrance", soit en injectant des produits qui vont stimuler les contractions, soit en intervenant manuellement. En effet, si ces tissus morts étaient laissés dans l'utérus, ils risqueraient d'y provoquer une infection.

Lire aussi: Guide complet : taille des filles à la naissance

Soins au veau nouveau-né

Dès la naissance du veau, l'éleveur doit lui dégager les narines de toutes les matières liquides qui les bouchent et s'assurer que le veau respire normalement. Dans certains cas, suspendre le veau la tête en bas aide à éliminer ces matières de l'appareil respiratoire supérieur. La désinfection du reste du cordon ombilical reste un geste important : une infection du nombril est une complication relativement fréquente.

L'importance du colostrum

L'éleveur doit s'assurer que le veau a tété très vite après sa naissance. En effet, le premier lait de sa mère est riche en anticorps. Pendant les 24 premières heures de la vie du veau, son intestin est perméable aux grosses protéines. Ces anticorps contenus dans le premier lait (dénommé colostrum) passent alors directement, du tube digestif, dans le sang du veau : il sera ainsi en quelque sorte passivement "vacciné" par sa mère.

Le colostrum est le premier lait ingéré par le nouveau-né après la naissance. Il est très riche en protéines et en anticorps, indispensables à l’immunité du nouveau-né pendant les premiers jours. Il assure l'apport des anticorps de la mère. Laisser le veau téter après la naissance n'est pas une solution sûre. En effet, on ne peut pas contrôler la quantité de colostrum ingérée. L'idéal est donc de traire très rapidement la vache, en ayant pris soin au préalable de nettoyer les trayons. Il n'y a aucun risque à donner 4 litres de colostrum en une seule prise au veau naissant par drenchage (technique d'administration orale forcée d'une grande quantité de liquide). Il suffit de ne pas dépasser le cardia (entrée de l'estomac) avec la sonde. Sa concentration en immunoglobuline (IgG) ne doit pas être inférieure à 50g/litre et l'idéal est de se situer au-dessus de 65g/litre.

Pendant les premières vingt-quatre heures de vie, le jeune veau ne consommera que du colostrum de la première traite dont on aura conservé les excédents au frais. Même si le colostrum de la mère est de qualité médiocre, il est judicieux d'en distribuer au moins 500 ml.

Surveillance et soins post-partum

Un contrôle régulier par palpation (en utilisant des gants à usage unique) sur les 15 premiers jours est recommandé afin de détecter précocement tout début d’infection ou toute apparition d’une hernie ombilicale. Néanmoins, poursuivre la distribution du colostrum, en petites quantités additionnées à la buvée de lait, sur les premiers jours de vie, présente un avantage pour la protection locale de l’intestin du veau. Un colostrum de qualité doit contenir 50 mg d’IgG/ml. Si sa concentration s’avère plus faible il sera nécessaire de compenser le manque d’apport par une augmentation du volume de distribution. L’utilisation d’un réfractomètre est une manière simple et efficace de connaitre la qualité du colostrum fourni par la mère (valeur mesurée en % Brix). Si les valeurs obtenues se trouvent régulièrement en-deçà de 22% Brix, il convient d’en identifier la cause. Pour pallier un déficit de colostrum en volume et/ou en qualité il est utile de constituer une banque de colostrum congelé. La propreté au moment de la récolte puis pendant la distribution du colostrum conditionne grandement l’efficacité de l’absorption des anticorps par le veau. Le risque de contamination du colostrum augmente au fur et à mesure des manipulations.

Lire aussi: Guide des boîtes de naissance faites main

Alimentation du veau

Au cours de leur 1ère semaine de vie les veaux consomment des quantités négligeables d’aliment solide ; par conséquent, leur croissance dépend essentiellement de l’alimentation lactée (poudre de lait ou lait entier) pour assurer une bonne croissance. Les études montrent que la mise en place d’un plan d’alimentation lactée dit « intensif » permet d’assurer une croissance plus rapide pour atteindre plus aisément le poids vif requis à 6 mois d’âge (200 kg minimum). L’âge au sevrage varie, de manière générale, de 8 à 12 semaines. Il dépend principalement de la stratégie alimentaire mise en place. Le moment optimal du sevrage dépend du volume de lait distribué et de la quantité d’aliment consommé. En ce qui concerne l’alimentation solide il convient d’atteindre une consommation quotidienne de 2kg minimum au moment du sevrage.

L’eau est un nutriment essentiel qui doit être mis à disposition des veaux dans les premières semaines de vie. Elle est indispensable à la fermentation et donc à la valorisation de l’aliment solide au niveau du rumen. L’eau contenue dans le lait ne peut s’y substituer car lorsque le veau boit le lait, la gouttière œsophagienne se ferme afin que le lait atteigne uniquement la caillette et non le rumen, sous peine de provoquer des troubles digestifs sévères. Un aliment spécifique dédié au démarrage peut être proposé aux veaux dès la 1ère semaine de vie. Même si les quantités consommées sont faibles au départ (de l’ordre de 50g/j), un renouvellement quotidien est indispensable afin de stimuler la curiosité et donc la consommation.

Logement et environnement

Les veaux nouveau-nés doivent être logés dans un endroit propre et sec à l’abri des courants d’air. L’hébergement en niche individuelle (ou par 2) est recommandé jusqu’à l’âge de 2 à 3 semaines. La litière doit, elle, être fréquemment renouvelée. Pour cela, les box de vêlage doivent être très régulièrement nettoyées et désinfectées, afin d’éviter les contaminations. Les jeunes veaux nouveau-nés doivent être placés dans des cases à veaux individuelles pour limiter les risques de contamination. Une zone de confort peut être aménagée en installant une quantité de paille importante pour isoler le sol.

Comprendre et gérer les dystocies

« Dystocie » signifie textuellement naissance difficile. Il s’agit de tout vêlage qui a ou aurait nécessité une intervention extérieure. Les conséquences des dystocies sont, pour la mère, une mortalité, une douleur, une stérilité et des maladies puerpérales augmentées et, pour le veau, des risques d’anoxie, une augmentation des taux de mortalité et de morbidité néonatale.

Le relâchement des ligaments sacro-sciatiques et de la queue, la plénitude mammaire, la tuméfaction de la vulve et l’écoulement du mucus cervical apparaissent dans les 24 à 72 heures précédant le vêlage. La température corporelle normale de la vache se situe entre 38,5°C et 39,2°C, elle s’élève les 3 à 5 jours avant le vêlage et diminue le jour du vêlage. A l’approche du vêlage, la vache recherche un endroit calme, elle présente une attitude particulière : couchers et relevés répétés, torsions, de l’abdomen, soulèvements de la queue. L’expulsion de la poche des eaux signe une expulsion du veau dans les 2 à 6 heures. Tout facteur de stress va perturber la mise-bas : préparation insuffisante, non-dilation de col, utérus atone. Cela va influencer le post-vêlage avec une dégradation de la production lactée, de l’involution utérine et de la reprise de la fonction cyclique ovarienne. Dès les signes prémonitoires du vêlage, une attention particulière est à apporter avec une surveillance renforcée sans déranger l’animal. Un local ou box de vêlage permet d’isoler la vache.

Si la vache présente des coliques depuis plus de deux heures sans évolution, si la phase de dilatation dure plus de six heures ou la phase d’expulsion plus de trois heures, une exploration sera effectuée. Elle sera réalisée avec propreté, douceur et méthode sur une vache debout et débouchera sur une décision d’attente, d’intervention ou d’appel du vétérinaire.

tags: #naissance #du #veau #étapes

Articles populaires: