Le 30 janvier 1933, Adolf Hitler était nommé chancelier d'Allemagne, marquant ainsi le début d'une ère sombre de l'histoire. Comprendre les causes de la naissance du nazisme est essentiel pour éviter que de telles atrocités ne se reproduisent. Si la crise économique des années 1930 a souvent été désignée comme le principal facteur ayant favorisé l'arrivée d'Hitler au pouvoir, elle ne saurait à elle seule expliquer les origines de ce mouvement. En effet, le nazisme est l'aboutissement d'un héritage politique ultra-conservateur en gestation en Allemagne depuis la fin de la Première Guerre mondiale, qui a contribué à faire le lit du développement de l'idéologie nazie. Cet article vise à explorer en profondeur les causes complexes qui ont conduit à l'ascension du nazisme, en tenant compte du contexte historique, politique, social et économique de l'Allemagne de l'entre-deux-guerres.
L'humiliation de la défaite de 1918 et la contre-révolution d'après-guerre
La Première Guerre mondiale a laissé des cicatrices profondes en Allemagne. La défaite de 1918 a été vécue comme une humiliation nationale, exacerbée par les conditions draconiennes du traité de Versailles. Ce traité, signé le 28 juin 1919, imposait à l'Allemagne des réparations financières exorbitantes, des restrictions militaires sévères et la perte de territoires considérables. Le parti nazi dénonçait ces conditions très dures.
Dans le même temps, l'Allemagne était en proie à une agitation sociale et politique intense. La révolution de novembre 1918 avait mis fin à l'Empire allemand et instauré la République de Weimar, un régime démocratique fragile et contesté. Les forces réactionnaires du pays se sont immédiatement liguées contre elle, la tenant responsable de tous les maux de la société. Les ambitions d'Hitler s'inscrivent dans la continuation de cette contre-révolution qui réagit violemment face à la révolution démocratique. Celle-ci est exploitée par une gauche radicale et des ouvriers qui s'organisent en Conseils d'action directe dans le sillage des idéaux soviétiques.
Le mythe du "coup de poignard dans le dos"
L'un des principaux instruments de propagande utilisés par l'extrême droite allemande pour lutter contre la République était la thèse du "coup de poignard dans le dos". Selon cette théorie, l'armée allemande n'avait pas été vaincue sur le champ de bataille, mais trahie par des éléments subversifs à l'arrière, notamment les sociaux-démocrates, les communistes et les Juifs. Les responsables militaires ont fait retomber les responsabilités de la défaite sur le gouvernement de la République de Weimar, alimentant cette fausse légende.
Cette thèse a eu un impact considérable sur l'opinion publique allemande, en nourrissant un sentiment de ressentiment et de revanche. Elle a également permis de stigmatiser et de discréditer les forces politiques de gauche, présentées comme des ennemis de la nation.
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La montée des mouvements contre-révolutionnaires
Dans ce contexte de crise et de désillusion, de nombreux mouvements contre-révolutionnaires ont vu le jour en Allemagne. Parmi les plus importants, on peut citer le Parti populaire national allemand (fondé en novembre 1918) et le Parti ouvrier allemand (DAP), qui deviendra plus tard le Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP).
Ces partis d'extrême droite réinvestissent tous les facteurs idéologiques issus de l'ancien parti conservateur impérial. Ils prônaient un nationalisme exacerbé, un autoritarisme politique et un rejet de la démocratie et du socialisme. Ils ont su attirer une partie de la population allemande, notamment les anciens combattants, les membres des classes moyennes et les jeunes désorientés par la crise. Dès sa fondation en février 1920, le parti nazi a l'habilité d'attirer toute une jeunesse conservatrice, d'allier nationaux et révolutionnaires, nationaux et bolcheviques, en conciliant des valeurs propres au conservatisme et à la révolution socialiste.
La brutalisation de la société allemande issue de la guerre
La Première Guerre mondiale a également eu un impact profond sur la société allemande, en favorisant une "brutalisation" des mentalités et des comportements. Comme l'explique l'historien Nicolas Offenstadt, "la République de Weimar n'a pas su se séparer de la violence de la guerre et engage une continuité de la brutalisation dans la sphère sociale et politique".
La violence des corps francs
Après la guerre, de nombreux soldats démobilisés ont rejoint des corps francs (Freikorps), des unités de volontaires paramilitaires. Ces corps francs ont été utilisés par le gouvernement républicain pour réprimer les soulèvements de la gauche radicale, mais ils ont également participé à des actes de violence politique et à des assassinats. Ces troupes n'étaient plus tenues par les règlements conventionnels de la guerre et sévissaient très arbitrairement en brouillant délibérément les distinctions entre militaires et civils. Ce corps d'armée finit par compter près de 100 000 hommes et devient le creuset des forces paramilitaires d'extrême droite des années 1920, dont la Section d'Assaut (SA) du parti nazi.
La violence des corps francs a contribué à créer un climat de peur et d'instabilité en Allemagne, en banalisant l'usage de la force et en radicalisant les opinions politiques.
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L'émergence d'une culture de la violence
La brutalisation de la société allemande a également favorisé l'émergence d'une culture de la violence, dans laquelle la force était considérée comme un moyen légitime de résoudre les conflits politiques et sociaux. Le fascisme tire profit de ce goût pour la violence qu'a développé au sein de la société allemande la culture de guerre.
Cette culture de la violence a été exploitée par les nazis, qui ont utilisé la terreur et l'intimidation pour éliminer leurs adversaires politiques et imposer leur idéologie. Comme le souligne l'historien Johann Chapoutot, "le nazisme est à son tour l'héritier d'une culture politique radicalisée par la Grande guerre et l'expérience anthropologique de la violence de masse. Il y a depuis 1918, une brutalisation du discours et des pratiques dont les nazis sont les plus grands représentants".
L'instrumentalisation de la crise économique de 1929
La crise économique de 1929 a eu un impact dévastateur sur l'Allemagne, en plongeant le pays dans une profonde récession. La production industrielle s'est effondrée, le chômage a explosé et la misère s'est généralisée. En janvier 1929, l'Allemagne recense 3 millions de chômeurs. Les usines ferment les unes après les autres. Les investisseurs désertent et l'endettement extérieur du pays est faramineux.
L'exploitation du désespoir populaire
Les nazis ont su exploiter le désespoir et la colère de la population allemande face à la crise économique. Ils ont dénoncé l'impuissance et l'incompétence du gouvernement de Weimar, en promettant de rétablir l'ordre, de relancer l'économie et de rendre à l'Allemagne sa grandeur passée. Le Parti Nazi en profite pour multiplier les attaques contre l'ensemble des partis politiques qu'il accuse, une fois n'est pas coutume, d'avoir conduit le pays à la ruine, quand lui nourrit les espoirs vains et promet la protection.
Le parti nazi a également profité de ce marasme économique inédit pour incarner progressivement une force politique de premier ordre. Marginal durant les années 20, le NSDAP a fait une ascension électorale fulgurante dès 1930. En 1932, l'Allemagne compte en effet 6 millions de chômeurs.
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Le soutien du grand patronat
Pour financer leur propagande et gagner en notoriété, les nazis ont séduit le grand patronat allemand, les grands magnats de la finance, de l'industrie, les grands acteurs économiques. Hitler séduit le grand patronat, les grands magnats de la finance, de l'industrie, les grands acteurs économiques en niant l'influence socialiste et révolutionnaire du programme nazi initial. Les élites économiques ont vu dans le parti nazi un rempart contre le communisme et une garantie de stabilité sociale. Le parti nazi représente pour eux le seul garant pour faire barrage à une potentielle révolution communiste. Grâce à eux, Hitler peut sillonner toute l'Allemagne, multiplier les campagnes de presse, les meetings et se porter candidat aux élections présidentielles de mars-avril 1932 face au vieux maréchal Hidenburg, réélu à la présidence du Reich.
Ce soutien financier a permis aux nazis de mener une campagne électorale efficace et de gagner en popularité.
La conquête du pouvoir par la voie légale
Malgré leur idéologie extrémiste et leur recours à la violence, les nazis ont réussi à conquérir le pouvoir en Allemagne par la voie légale.
Les succès électoraux
À partir de 1930, le parti nazi a connu une série de succès électoraux qui lui ont permis de devenir la première force politique du pays. L'historien Johann Chapouteau rappelle que "les nazis connaissent leur premier grand succès électoral durant les élections de septembre 1930 qui leur donnent 6,5 millions d'électeurs et un peu plus de 100 sièges au Parlement. Le mouvement d'Hitler devient la deuxième force du pays, devant les communistes et derrière les sociaux-démocrates. Il attire de plus en plus l'attention de la presse internationale qui, en médiatisant ses interventions politiques, lui apporte une plus grande popularité". Aux élections parlementaires de novembre 1932, le NSDAP obtient 33,1 % des voix.
Ces succès électoraux ont démontré la popularité croissante du parti nazi et ont mis une pression considérable sur le gouvernement de Weimar.
La nomination d'Hitler à la chancellerie
Le 30 janvier 1933, le président Hindenburg, cédant aux pressions des milieux conservateurs et des forces de l'argent, nomme Adolf Hitler chancelier d'Allemagne. C'est alors que l'ancien chancelier, Franz Von Papen, habitué des cercles de pouvoir, joue les intermédiaires auprès de Hindenburg pour nommer le chef du parti nazi à la Chancellerie grâce à l'appui des forces de l'argent.
Cette nomination marque un tournant décisif dans l'histoire de l'Allemagne et ouvre la voie à l'instauration de la dictature nazie.
L'instauration de la dictature
En quelques mois, Hitler opère sa révolution nationale-socialiste, il déroule un programme d'élimination totale de la démocratie allemande. Les pleins pouvoirs lui sont conférés à la suite de l'incendie du Reichstag (février 1933), puisqu'il dicte un décret d'urgence qui lui permet de restreindre les libertés les plus fondamentales. Il ne lui reste plus qu'à proclamer le NSDAP parti unique le 14 juillet 1933, de mettre fin au pluralisme politique et d'éliminer tous les opposants pour avoir les mains pleinement libres.
C'est ainsi qu'il instaure le Troisième Reich fondé sur une dictature totalitaire, antisémite, raciste, impérialiste, en toute légalité et prépare la Seconde guerre mondiale.
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