Introduction

La fécondation in vitro (FIV) et la recherche sur les cellules souches embryonnaires humaines (CSEH) sont des domaines en constante évolution, soulevant des questions bioéthiques complexes et suscitant des collaborations scientifiques internationales. Cet article examine les enjeux liés à la circulation des cellules souches entre les pays, en particulier entre Israël et la France, en mettant en lumière les politiques et les pratiques nationales en matière de reproduction.

La circulation des cellules souches embryonnaires humaines : un enjeu international

La recherche sur les cellules souches embryonnaires humaines (CSEH) a connu un essor considérable au cours des dernières années, offrant des perspectives prometteuses pour le traitement de diverses maladies. Cependant, cette recherche soulève également des questions éthiques sensibles, notamment en ce qui concerne le statut de l'embryon humain.

En France, la recherche sur les CSEH a été interdite jusqu'en 2005, puis autorisée sous certaines conditions strictes. Cette restriction a conduit les chercheurs français à collaborer avec des équipes étrangères, notamment en Israël, où la recherche sur les CSEH est plus permissive.

La première étude clinique française utilisant des cellules souches embryonnaires humaines à des fins régénératives a été lancée en 2014, en employant la lignée de cellules souches I6 importée d’Israël. Entre Israël et la France, les politiques et les pratiques nationales en matière de reproduction informent sur la manière dont les biologistes produisent, gèrent et font circuler les cellules d’un pays à l’autre.

Les biobanques : des plateformes d'échange de cellules

Les biobanques jouent un rôle essentiel dans la circulation des cellules souches embryonnaires humaines (CSEH) entre les pays. Elles permettent de stocker et de distribuer des cellules à des fins de recherche, facilitant ainsi la collaboration scientifique internationale.

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S’appuyant sur une coproduction interdisciplinaire impliquant deux chercheuses en sciences sociales et un chercheur en sciences de la vie, cet article suggère que les biobanques font passer les cellules de la fécondation in vitro à la science des cellules souches et d’un pays à l’autre en modifiant leur signification reproductive. Quatre passages sont décrits : l’absence de cellules en 2005 lorsque la recherche a commencé en France ; la présence d’embryons surnuméraires disponibles pour la recherche dans les biobanques de fécondation in vitro israéliennes ; la création de la banque de cellules souches I6 en Israël ; l’importation et la mise en banque en laboratoire des cellules en France.

La lignée cellulaire I6 : un exemple de collaboration franco-israélienne

La lignée cellulaire I6, développée à l'Institut de Technologie Technion en Israël, est un exemple concret de collaboration scientifique internationale dans le domaine de la recherche sur les CSEH. Cette lignée a été importée en France et utilisée dans la première étude clinique française utilisant des CSEH à des fins régénératives.

En 2007, un article de la revue de biologie Stem Cells ouvrit la voie au premier essai clinique de phase 1 français utilisant des cellules souches embryonnaires humaines pour traiter des cœurs infarcis (Tomescot et al., 2007). Le 21 octobre 2014, quand l’essai est finalement lancé à l’hôpital Georges-Pompidou de Paris, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) publie un communiqué à propos de la prouesse des équipes scientifiques françaises qui testèrent avec succès ce nouveau protocole sur un patient après la création d’une biobanque de cellules souches embryonnaires (CSEH).

Dans le communiqué de presse rédigé par l’institut public qui conduisit les travaux de recherche fondamentale, les cellules sont désignées sous le terme générique « cellules souches embryonnaires humaines », sans plus d’information.

Cette collaboration scientifique internationale vient brouiller le discours national français.

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Les enjeux bioéthiques de la recherche sur les CSEH

La recherche sur les cellules souches embryonnaires humaines (CSEH) soulève des questions bioéthiques complexes, notamment en ce qui concerne le statut de l'embryon humain. En France, cette question est particulièrement sensible, en raison de l'histoire du pays en matière de recherche sur les embryons humains.

Dans un pays où la recherche sur les cellules souches embryonnaires humaines a été totalement interdite jusqu’en 2005, et où elle est encore associée à des débats bioéthiques sensibles sur les embryons humains et la reproduction, cet essai clinique peut être envisagé comme l’accomplissement d’une « ambition nationale » (Sleeboom-Faulkner, 2011). Cette dernière conciliait l’excellence scientifique et une forte préoccupation en matière de bioéthique. Cependant, les cellules ne sont jamais génériques. Elles appartiennent à des lignées de cellules souches spécifiques, dans ce cas la lignée I6 développée à l’Institut de Technologie Technion en Israël.

À travers la circulation des lignées cellulaires, les « histoires repronationales » font référence aux manières dont les identités nationales et les politiques de reproduction se constituent mutuellement (Yuval-Davis, 1998 ; Franklin et Inhorn, 2016 ; Roux et Courduriès, 2017). Elles sont centrales dans l’émergence du domaine de la médecine régénérative. Ceci suggère que les lignées de CSEH humaines circulant à l’international ne sont pas entièrement « dissociées » de leurs provenances locales et de leurs contextes reproductifs. Inspiré par la notion de « coproduction », cet article est le fruit d’une collaboration entre deux chercheuses en sciences sociales et un chercheur en sciences de la vie (Jasanoff, 2004). Il vise à souligner le fait que, même lorsque les matériaux scientifiques sont dissociés des contextes de reproduction, ils demeurent liés aux représentations de la reproduction au niveau national. Le « passage » indique le processus par lequel les CSEH traversent les pays et les institutions.

Les politiques nationales en matière de reproduction

Les politiques nationales en matière de reproduction jouent un rôle important dans la circulation des cellules souches embryonnaires humaines (CSEH) entre les pays. En effet, ces politiques déterminent les conditions dans lesquelles la recherche sur les CSEH est autorisée, ainsi que les règles qui régissent le don et l'utilisation des embryons.

Nous soulignons quatre passages qui constituent la coproduction de la lignée I6 grâce à sa circulation à travers des biobanques. En nous fondant sur le projet français de différentiation cardiaque des CSEH, nous expliquerons pourquoi l’équipe a décidé d’avoir recours à un réseau international pour importer les cellules. Au début du projet, en 2005, juste après que la recherche sur les CSEH a été autorisée dans des circonstances exceptionnelles, il n’existait pas de biobanque en France. Le cadre réglementaire national privilégie la reproduction par rapport à la science fondamentale, et réglemente cette dernière en fonction de l’encadrement de la procréation médicale assistée. C’est le premier passage. Le deuxième passage suppose la présence de nombreuses biobanques d’embryons surnuméraires issus de fécondation in vitro en Israël, ce qui a donné lieu à une interface très poussée « entre fécondation in vitro (FIV) et cellules souches ». Le troisième passage concerne le stockage de la lignée cellulaire I6 dans un centre de recherche israélien, en lien étroit avec des réseaux scientifiques internationaux qui fournissent les ressources et expertises pour réaliser des innovations technologiques. Enfin, le quatrième passage implique la mise en place d’une biobanque de la lignée I6 dans le laboratoire de sciences fondamentales français après son importation. En traversant les frontières entre Israël et la France, les cellules sont nationalisées à travers la réglementation française afférente aux biobanques.

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Les pratiques de fécondation in vitro (FIV)

La fécondation in vitro (FIV) est une technique de procréation médicalement assistée qui consiste à féconder un ovule en laboratoire, puis à implanter l'embryon résultant dans l'utérus de la femme. La FIV est de plus en plus utilisée dans le monde entier, mais elle soulève également des questions éthiques, notamment en ce qui concerne le statut des embryons surnuméraires.

Le contexte actuel de la guerre entre Israël et le Hamas dans la bande de Gaza n’est pas sans rapport avec le propos de cet article qui souligne l’importance de la reproduction nationale et sa promotion à travers la technoscience. En effet, la reproduction est au cœur du conflit actuel, dans son rapport à la mort. Alors que le pilonnage systématique des hôpitaux laisse 50 000 Palestiniennes enceintes accoucher dans des conditions tragiques, quand elles ne sont pas létales, l’État israélien organise le recueil de sperme des soldats tombés au combat à Gaza afin d’inséminer des femmes porteuses volontaires (Merleau-Ponty, 2023). La reproduction dite « posthume » ne date pas du conflit et est partie prenante de la politique pronataliste du sionisme et son expansion coloniale. Les politiques de la recherche, quelle que soit la discipline, sont également centrales dans ce conflit. En effet, collaborer avec des centres de recherche israéliens participe à promouvoir les conditions de leur établissement. À ce titre, l’appel au boycott des universités israéliennes est une réponse directe à la colonisation de la Palestine. Il souligne que la production du savoir n’est jamais possible hors-sol.

Erreurs et incidents en FIV : l'exemple de Monash IVF

Malgré les progrès de la technologie et les protocoles de sécurité stricts, des erreurs peuvent survenir dans les cliniques de FIV. Un incident récent impliquant Monash IVF en Australie met en lumière les conséquences potentiellement dévastatrices de ces erreurs.

Une femme a donné naissance à l'enfant d'une autre après une confusion d'embryons lors d'une FIV. Cet incident a conduit à des excuses publiques de la part de Monash IVF et à des enquêtes pour déterminer les causes de l'erreur.

"J'aimerais dire à quel point je suis désolé pour ce qui est arrivé" a déclaré dans un communiqué Michael Knaap, directeur de la clinique de Brisbane, Monash IVF, en Australie."Nous sommes tous dévastés à Monash IVF et nous nous excusons auprès de toutes les personnes concernées. Nous continuerons à soutenir les patients dans cette période extrêmement pénible."Une erreur humaine avait entraîné le "transfert incorrect" de l'embryon d'une patiente à une autre, qui a ensuite accouché, poursuit le communiqué."Erreur humaine"L'erreur a été découverte en février quand les parents de l'enfant ont demandé que le reste de leurs embryons en stocks soient transférés à une autre clinique. Le personnel a trouvé un embryon de plus que prévu.Une enquête a établi qu'un embryon d'une autre patiente avait été "incorrectement décongelé" et transféré à la mère.

Monash IVF a déclaré avoir informé les patients concernés dans un délai d'une semaine pour leur présenter ses excuses et leur offrir son soutien.

Cet incident souligne l'importance de la vigilance et du respect des protocoles de sécurité dans les cliniques de FIV. Il met également en évidence la nécessité d'un soutien psychologique pour les patients affectés par de telles erreurs.

Impact à long terme de la FIV sur la santé et le bien-être

Des études récentes suggèrent que les enfants nés par FIV pourraient avoir une meilleure qualité de vie et une meilleure santé à l'âge adulte. Une étude menée en Australie a révélé que les adultes nés par FIV avaient une meilleure santé, de meilleures relations sociales et une meilleure qualité de vie que leurs homologues nés naturellement.

Autour de la trentaine, les enfants nés grâce à une FIV seraient en meilleure santé, sauraient mieux gérer leurs relations sociales et auraient une meilleure qualité de vie que leurs homologues nés naturellement. Pour expliquer ces résultats, les chercheurs avancent l’hypothèse d’un investissement parental plus important dans le cas des enfants nés par PMA. En effet, les parents qui passent par la science pour concevoir un enfant ont davantage tendance à adopter une éducation dite « autoritaire », qui implique une plus haute exigence envers les enfants mais aussi davantage de soutien apporté par les parents que par rapport à une éducation dite « libertaire ».

Ces résultats suggèrent que la FIV peut avoir des effets positifs à long terme sur la santé et le bien-être des enfants. Cependant, il est important de noter que ces études sont encore préliminaires et que des recherches supplémentaires sont nécessaires pour confirmer ces résultats.

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