L'espérance de vie est un sujet de fascination et d'étude constant. Elle représente un indicateur clé de la santé d'une population et de son bien-être général. Bien que de nombreux facteurs influencent la durée de vie, des études récentes ont suggéré un lien potentiel entre le mois de naissance et l'espérance de vie. Cet article explore cette hypothèse intrigante, en examinant les preuves disponibles et les explications possibles.
Qu'est-ce que l'espérance de vie ?
L'espérance de vie à la naissance est un indicateur synthétique qui reflète les conditions de mortalité prévalant dans la population à un moment donné. Elle correspond au nombre moyen d'années que pourrait vivre un nouveau-né qui connaîtrait tout au long de sa vie les risques de décès identifiés au moment de sa naissance. L'espérance de vie à la naissance se calcule à partir des quotients de mortalité par âge, c'est-à-dire des probabilités de décéder dans l'année pour des personnes qui atteignent un âge donné.
Il est important de noter que l'espérance de vie est une notion complexe, souvent simplifiée dans le débat public. On présente le plus souvent l’espérance de vie à la naissance, mesurant le nombre moyen d’années que vivrait un nourrisson compte tenu des conditions de mortalité du moment. Cet indicateur est purement théorique car ce nourrisson ne connaîtra pas tout au long de sa vie les conditions de mortalité de l’année de sa naissance. On ne peut pas dire que les Français « vivent » en moyenne X années mais qu’ils peuvent « espérer » - si rien ne change en matière de mortalité - vivre X années. Historiquement - hormis durant les catastrophes ou les guerres -, le niveau de santé s’améliore et les taux de mortalité diminuent. La probabilité est donc très grande pour que notre nourrisson vive plus longtemps que l’espérance de vie affichée l’année de sa naissance.
Tendances globales de l'espérance de vie
L'espérance de vie moyenne dans le monde a connu une progression remarquable entre les années 1950 et les années 2000, passant de 46 ans (1950-1955) à 68 ans (2005-2010). Depuis lors, sa hausse est moins forte (72 ans en 2022) et a même connu une période de baisse en 2021 lors de la crise du Covid 19. Cette progression se fait à des rythmes variables selon les pays. Contrairement à une idée reçue, c’est dans les pays les moins développés qu’elle progresse le plus vite, ce qui induit un rattrapage entre les pays favorisés d’une part, et les précaires et les émergents d’autre part. Toutefois, si l’écart se réduit, il ne disparaît pas, puisque l’espérance de vie continue de progresser dans les pays riches, certes à un rythme plus lent. Son allongement continu contribue au vieillissement de la population et à l'évolution des causes de décès. En corrélation positive avec le niveau de développement, l'espérance de vie est un bon indicateur de santé. On note par ailleurs que le plus souvent (mais pas toujours), l'espérance de vie des femmes est plus élevée que celle des hommes. Depuis 1994, les gains moyens d’espérance de vie en France sont de 3 mois par an pour les hommes et 2 mois par an pour les femmes.
Il est également crucial de considérer l'espérance de santé, qui évalue les effets du vieillissement sur la qualité de vie. L'OMS déclarait dès son Rapport sur la santé dans le monde de 1997 que « qu'une longévité accrue ne présente guère d'intérêt. L'espérance de santé est plus importante que l'espérance de vie ». Les espérances de santé sont une famille d'indicateurs correspondant au nombre d'années que l'on peut espérer vivre dans un état de santé déterminé, compte tenu des conditions de vie du moment. Les plus fréquentes dans la littérature sont les espérances de vie sans incapacité (EVSI), les espérances de vie sans maladies chroniques, les espérances de vie en bonne santé (perçue), les années de vie corrigées de la qualité. L'EVSI correspond à l'espérance de vie diminuée du nombre d'années vécues avec une ou plusieurs incapacités (déficiences) modérées ou sévères. Ces indicateurs visent à créer des mesures qui soient plus sensibles à la dynamique et aux déterminants de la santé. Les indicateurs d’espérance de santé combinent des informations provenant de tables de mortalité et d’enquêtes sur la santé dans la population.
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L'étude de l'Université de Chicago : Mois de naissance et longévité
Une étude récente menée par des chercheurs de l'université de Chicago a examiné le lien possible entre le mois de naissance et l'espérance de vie. Les chercheurs se sont basés sur l’analyse de 1 500 centenaires américains nés entre 1880 et 1895. Afin de donner plus de poids à leurs conclusions, les données de ces personnes ont été comparées à celles de leurs frères, sœurs et conjoints. Cette méthode a permis de réduire l’impact de l’environnement et de la génétique familiale, offrant ainsi une évaluation plus précise de l'influence du mois de naissance.
Les résultats révèlent une tendance frappante : une proportion significativement plus élevée de centenaires serait née à l’automne, en particulier entre septembre et novembre. En revanche, les naissances au printemps et en été sont moins représentées dans ce groupe. Les auteurs de l'étude soulignent que cet effet se manifeste même en tenant compte du cadre familial et social partagé, ce qui laisse entrevoir une influence plus profonde que ce que l'on pourrait penser. Ainsi, et d’après leurs études, la majorité des centenaires seraient nés à l’automne. Plus précisément entre le mois de septembre et novembre. À l’inverse, ils étaient rares à être nés au printemps ou en été. « Les résultats de cette étude démontrent que les effets du mois de naissance sur la longévité exceptionnelle persistent après prise en compte de l’environnement partagé pendant l’enfance et des caractéristiques communes des parents », stipule l’étude.
Hypothèses explicatives
Malgré ces résultats intrigants, la raison exacte de ce phénomène n'est pas encore clairement établie. Plusieurs pistes sont à explorer :
L'impact des maladies infectieuses
Certaines maladies, comme les pics d’épidémie de poliovirus qui surviennent durant l'été, pourraient avoir des conséquences sur la santé à long terme. En effet, une exposition durant la grossesse pourrait affecter le développement et, par conséquent, la longévité de l'enfant. Il a été démontré que les épidémies de poliovirus culminent en juillet-août et que l’exposition à ce virus au cours du deuxième trimestre de la gestation semble produire une schizophrénie adulte ultérieure dans les cohortes de naissances de février », développent les auteurs de l’étude.
Les déficits nutritionnels
Durant le développement prénatal et la petite enfance, des pénuries de vitamines ou de nutriments saisonniers pourraient également jouer un rôle. Ces déficits peuvent influencer la santé globale et le développement des individus au cours de leur vie. Autre hypothèse, des carences saisonnières en vitamines pendant les périodes critiques du développement du fœtus et du nourrisson peuvent affecter la santé ultérieurement.
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L'effet des conditions environnementales
Les variations de température et d'ensoleillement au cours de phases critiques de croissance pourraient également avoir un impact sur la santé physique et mentale. Une exposition limitée à la lumière naturelle, par exemple, peut affecter le bien-être général.
Importance des autres facteurs influençant l'espérance de vie
Il est important de noter que ces observations ne signifient pas que toutes les personnes nées en automne deviendront centenaires. L’espérance de vie dépend de multiples facteurs :
- Alimentation : Une nutrition équilibrée est essentielle au maintien de la santé.
- Activité physique : L'exercice régulier joue un rôle crucial dans le bien-être physique.
- Habitudes de vie : Le tabagisme, l'alcool et d'autres comportements influencent la durée de vie.
- Progrès médicaux : Les avancées en matière de santé et de médecine ont un impact significatif sur l'espérance de vie.
L'évolution de l'espérance de vie à travers l'histoire
Au milieu du XVIIIe siècle, la moitié des enfants mouraient avant l’âge de 10 ans et l’espérance de vie ne dépassait pas 25 ans. Elle atteint 30 ans à la fin du siècle, puis fait un bond à 37 ans en 1810 en partie grâce à la vaccination contre la variole. La hausse se poursuit à un rythme lent pendant le XIXe siècle, pour atteindre 45 ans en 1900. Au cours du XXe siècle, les progrès sont plus rapides, à l’exception des deux guerres mondiales. Les décès d’enfants deviennent de plus en plus rares : 15% des enfants nés en 1900 meurent avant un an, 5 % de ceux nés en 1950 et 0,4 % (3,5 pour mille exactement) de ceux nés en 2015. La hausse de l’espérance de vie se poursuit grâce aux progrès dans la lutte contre les maladies cardio-vasculaires et les cancers. En 2020, l’espérance de vie en France atteint 79,2 ans pour les hommes et 85,3 ans pour les femmes.
Indicateurs et évaluations
On peut préciser la notion d’espérance de vie en tenant compte de l’état de santé de la population à partir d’enquêtes pour lesquelles on demande aux personnes si elles sont limitées depuis six mois par un problème de santé dans les activités de la vie courante. Attention : ces incapacités sont déclarées par les individus, ce qui peut influencer l’évolution de l’indicateur. Une sensibilité plus grande à l’état de santé au fil des générations va avoir tendance à limiter les progrès de l’espérance de vie sans incapacité. L’espérance de vie sans incapacité comprend des personnes qui déclarent qu’elles sont limitées, mais « pas fortement ». L’espérance de vie est l’un des rares indicateurs systématiquement calculés pour les hommes et les femmes, ces dernières vivant plus longtemps. Il existe aussi des évaluations en fonction de la catégorie sociale. L’Insee a publié l’espérance de vie en fonction du niveau de vie, un indicateur qu’il faut utiliser avec précaution puisque, contrairement au sexe et dans une moindre mesure la catégorie sociale, le revenu varie sensiblement au cours de la vie des individus.
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