L'omniprésence du plastique dans notre société moderne a conduit à une contamination généralisée de l'environnement, y compris de nos organismes. Une étude récente de l'Inrae et du CNRS a mis en évidence l'infiltration des plastiques et microplastiques dans tous les aspects de notre vie, des sols aux animaux, en passant par les humains. Parmi les découvertes les plus préoccupantes figure la présence de microplastiques dans le lait maternel, soulevant des questions quant aux risques potentiels pour la santé des nourrissons.
La contamination généralisée par les microplastiques
Près d'un siècle après la démocratisation du plastique, l'humanité peine à mesurer l'ampleur des effets négatifs de sa diffusion. Le plastique, matériau peu coûteux, polyvalent et résistant, s'est infiltré dans notre quotidien, nos écosystèmes et nos organismes. Une étude du CNRS et de l'Inrae a révélé que 20 % des plastiques consommés sont destinés aux secteurs agricoles et alimentaires, dont 91 % servent à l'emballage des aliments.
Ces déchets constituent une source directe de contamination des écosystèmes. Ils se dégradent en particules de tailles diverses, des macroplastiques aux microplastiques et nanoplastiques. La taille microscopique de ces derniers leur permet de se faufiler partout. Tous les types de sols, même désertiques, sont contaminés par des microplastiques, avec des taux allant de 100 à 10 000 particules par kilogramme de sol dans le premier mètre de profondeur. La contamination des sols est même estimée comme étant supérieure à celle des océans.
Microplastiques : un "cheval de Troie" dans nos organismes
Outre leur présence dans les sols, les microplastiques infiltrent également les animaux et les humains. On en retrouve dans la plupart des organes, tels que les poumons, le placenta humain et les fluides comme le lait maternel. Sous leur forme la plus réduite, les nanoplastiques peuvent même pénétrer dans les cellules. Au niveau moléculaire, ils induisent un stress oxydatif et altèrent le métabolisme énergétique des cellules, révélant un danger pour l'ensemble des organismes des écosystèmes.
Les effets des microplastiques sur la santé humaine sont multiples. Certaines études ont mis en évidence une probabilité accrue de développer des troubles du système reproducteur, tels que l'infertilité, ainsi que des inflammations ou des fibroses. De plus, les microplastiques peuvent agir comme un "cheval de Troie", transportant des produits toxiques tels que des métaux ou des polluants au cœur de nos organismes. Cependant, les risques induits par la présence de ces indésirables dans nos organismes nécessitent davantage de recherches.
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Découverte de microplastiques dans le lait maternel
Une étude de chercheurs italiens, publiée en juillet 2022 dans la revue Polymers, a révélé la présence de microplastiques dans le lait maternel humain. Cette découverte est d'autant plus inquiétante que l'on connaît mal les effets potentiellement toxiques de ces microparticules sur les nourrissons.
Pour parvenir à ce résultat, les scientifiques ont analysé le lait maternel de 34 femmes en bonne santé, une semaine après la naissance de leur enfant. Dans 26 des 34 échantillons de lait maternel étudiés, du polyéthylène, du PVC et du polypropylène ont été retrouvés, soit des composants que l'on retrouve dans les emballages.
Cette découverte est la première fois que des microplastiques sont retrouvés dans du lait maternel.
Facteurs de risque analysés
Les chercheurs italiens ont comparé les échantillons de lait de mères ayant consommé du poisson ou des crustacés dans les sept jours précédant l'étude, avec ceux de mères ayant mangé ou bu des ingrédients emballés dans du plastique, ou encore ayant utilisé des produits d'hygiène corporelle contenus dans du plastique.
Risques potentiels pour les nourrissons
L'altération potentielle de la santé causée par l'absorption et l'accumulation de microplastiques est une préoccupation majeure, en particulier pour la population vulnérable que représentent les nourrissons. Des études ont montré que les nourrissons sont particulièrement sensibles aux particules chimiques.
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Des études ont prouvé les effets toxiques de ces microplastiques sur des animaux de laboratoire, sur la faune marine et sur des lignées cellulaires humaines.
Les avantages de l'allaitement maternel priment
Malgré la découverte de microplastiques dans le lait maternel, les chercheurs soutiennent que l'allaitement reste la meilleure manière de nourrir un bébé. Les avantages de l'allaitement sont supérieurs aux désavantages causés par la présence de cellules polluantes.
La docteure Valentina Notarstefano de l'Université polytechnique des Marches à Ancône, auteure principale de l'étude, a souligné qu'il sera crucial d'évaluer les moyens de réduire l'exposition à ces contaminants pendant la grossesse et l'allaitement. L'équipe a par ailleurs appelé la communauté scientifique à mener des recherches sur les risques liés aux microplastiques pour l'homme.
Impact des microplastiques sur la santé : études et constats
De plus en plus d'études scientifiques se penchent sur l'impact des microplastiques sur la santé humaine, et leurs conclusions sont alarmantes.
Résistance accrue aux antibiotiques
Une étude publiée par la revue American Society for Microbiology a révélé que les microplastiques peuvent favoriser la résistance des bactéries aux antibiotiques en leur offrant un habitat. Les chercheurs ont cultivé des bactéries intestinales (Escherichia coli) sur différents types de microplastiques, puis ont mesuré la quantité d’antibiotique nécessaire pour limiter leur croissance. Au bout de dix jours, ils ont constaté que, quelle que soit la taille ou la concentration de microplastique, ceux-ci augmentent leur résistance aux antibiotiques, tels que l'ampicilline, la ciprofloxacine, la doxycycline et la streptomycine. Cela signifie que les microplastiques augmentent considérablement le risque d'inefficacité des antibiotiques contre diverses infections graves.
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Cancers et maladies respiratoires
D'autres recherches établissent des liens entre l’exposition aux microplastiques et des pathologies comme le cancer ou les maladies respiratoires. Une étude publiée dans la revue The Lancet indique qu'une fois inhalées, ces particules peuvent provoquer des inflammations pulmonaires, des affections chroniques et des cancers du poumon. Lorsqu’elles sont ingérées via l’eau, les aliments ou les emballages, elles risquent de perturber le microbiote intestinal, provoquer des inflammations et accroître les risques de maladies gastro-intestinales. Elles sont également soupçonnées de réduire la fertilité ou de perturber le système hormonal.
Perturbateurs endocriniens et additifs toxiques
Les microplastiques contiennent des additifs plastiques, qui, une fois libérés dans l'organisme, peuvent agir comme perturbateurs endocriniens et être toxiques pour la reproduction. Une analyse a identifié plus de 10 000 substances chimiques utilisées dans les plastiques, dont certaines comme les phtalates, le bisphénol A ou des produits ignifuges bromés interfèrent avec notre système hormonal.
Accumulation de métaux lourds
Une équipe a étudié l’accumulation de 55 métaux ou semi-métaux sur deux types de microplastiques communs, le polyéthylène et le polyéthylène téréphtalate. Certains comme le chrome, le fer ou l’étain se lient très fortement aux microplastiques. Les particules de polyéthylène ont tendance à accumuler ces composés plus facilement que celles de polyéthylène téréphtalate. Dans des conditions reproduisant celles du tube digestif, les métaux fixés aux microplastiques se détachent.
Transport de bactéries pathogènes
Les matières plastiques qui dérivent sur l’océan sont colonisées par une communauté de bactéries et autres micro-organismes. La longue durée de vie des microplastiques offre un habitat durable à ces espèces, qui peuvent dériver sur de grandes distances. Des chercheurs ont identifié la présence de bactéries appartenant au genre Vibrio, dont des espèces pathogènes pour l’homme (V. cholerae et V. parahaemolyticus) sur des microplastiques. Des bactéries affectant le système digestif de la famille des Campylobacteraceae ont également été identifiées sur des microplastiques présents en station d’épuration.
Effets sur le système respiratoire
L’inhalation de microplastiques met à mal le système respiratoire. Lorsque des souris reçoivent un spray nasal contenant ces fines particules, elles se dispersent dans l’ensemble des poumons. Leur présence désorganise la structure de l’épithélium bronchique, qui représente la barrière physique protectrice de l’organe. Les microplastiques stimulent la production de divers messagers pro-inflammatoires au niveau de ces cellules. Ces contaminants pourraient augmenter la sensibilité aux allergènes respiratoires, en facilitant leur passage à travers la membrane protectrice des alvéoles. L’exposition conjointe de souris asthmatiques à des acariens et des microplastiques aggrave leur situation.
Effets sur le système digestif
Une étude menée chez la souris a montré que les microplastiques provoquent une diminution de la sécrétion de mucus. Le mucus intestinal joue un rôle essentiel dans la protection et le bon fonctionnement de l’intestin. Il forme une couche protectrice qui empêche les agents pathogènes, les toxines et les particules indésirables d’endommager la paroi intestinale. Il favorise également la lubrification et la régulation de l’absorption des nutriments. Les chercheurs ont ensuite constaté une diminution de la production de certaines des protéines participant à la formation des jonctions serrées, la zonuline-1 et la claudine-1. Celles-ci sont les garantes de l’intégrité de la barrière intestinale, qui empêche les molécules indésirables d’entrer dans la circulation sanguine. Ces polluants mettent par ailleurs à mal l’écosystème qui peuple l’intestin. Les déséquilibres du microbiote se traduisent par une élévation des niveaux d’inflammation de l’intestin.
Effets sur le système reproducteur
Plusieurs anomalies dans la fonction reproductrice ont été observées chez des animaux exposés de façon expérimentale aux microplastiques. Des chercheurs ont récemment identifié la présence de microplastiques dans les tissus de testicules humains et de chiens domestiques. Une corrélation négative a pu être établie entre la quantité de certains microplastiques comme le PVC et le PET et le poids des testicules. La fertilité féminine semble également menacée. Chez des souris femelles, l’exposition aux microplastiques induit une inflammation des ovaires et diminuent le taux de survie des ovules. L’exposition des mères en cours de gestation se traduit par une réduction du nombre de petits par portée. Le poids de naissance des souriceaux est plus faible qu’à la normale.
Effets sur le cerveau
L’administration de nanoplastiques pendant 7 jours à des souris se traduit par une augmentation de la perméabilité de l’enveloppe qui protège le cerveau. Les chercheurs ont pu vérifier que les nanoplastiques pénétraient dans des cellules humaines couramment employées comme modèle d’étude de la barrière hémato-encéphalique. La présence de ces nanoplastiques a des conséquences très concrètes : les fonctions cognitives des souris diminuent, notamment leur mémoire à court terme.
Comment réduire son exposition aux microplastiques ?
Bien que les microplastiques soient massivement répandus dans l’environnement, il est possible de prendre certaines mesures pour réduire son exposition :
- Choisir des produits cosmétiques exempts de microplastiques. Dans la liste des ingrédients, de nombreux termes peuvent évoquer leur présence, tels que polyamide, polyéthylène, polystyrène, polyuréthane, acrylate ou des mots se terminant par -one, -oxane, -vinyl, -polymer.
- Privilégier les aliments bruts et en vrac pour votre alimentation quotidienne.
- Limiter sa consommation des aliments les plus contaminés comme les fruits de mer.
- Bannir le thé en sachets, car ils sont souvent élaborés en plastique (nylon ou PET).
- Éviter l’eau en bouteille.
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