Le poulinage est une étape délicate pour la jument et son petit, nécessitant une surveillance attentive pour assurer le bien-être du poulain. Même si la naissance s'est bien passée, il est essentiel de rester vigilant car le poulain est très vulnérable dans les premiers jours, semaines et mois de sa vie. À cet âge, certaines maladies sont plus fréquentes.

Les malformations congénitales chez les poulains sont des anomalies structurelles ou fonctionnelles présentes à la naissance. Ces malformations peuvent affecter divers systèmes corporels et avoir des conséquences variables sur la santé et la survie du poulain.

Causes des malformations congénitales

Les causes des malformations congénitales chez les poulains sont multifactorielles et peuvent inclure :

  • Facteurs génétiques : Certaines malformations sont héréditaires et sont transmises des parents aux poulains. Le WFFS (Warmblood Foal Fragile Syndrome) est une maladie génétique cutanée principalement observée chez les chevaux de sport. Il est porté par un allèle récessif et transmis exclusivement par les reproducteurs. Le dépistage permet d'éviter les croisements à risque. D'autres maladies génétiques incluent le nanisme, l'atavisme squelettique, la fibrose hépatique congénitale, le syndrome d'insensibilité aux androgènes (AIS), la thrombasténie de Glanzmann (GT), l'atrophie cérébelleuse (AC), l'hydrocéphalie (HCP), le syndrome du poulain lavande (LVS), la malformation Occipito-Atlanto-Axiale (OAAM), le syndrome d'immunodéficience chez le poulain (FIS) et le syndrome d'immunodéficience sévère combinée (SCID).
  • Facteurs environnementaux : L'exposition à des toxines, des médicaments ou des infections pendant la gestation peut entraîner des malformations chez le poulain en développement.
  • Facteurs nutritionnels : Une alimentation déséquilibrée chez la jument gestante, notamment des carences en vitamines ou minéraux, peut augmenter le risque de malformations congénitales chez le poulain.
  • Facteurs infectieux : Certaines infections chez la jument gestante, comme la rhinopneumonie, peuvent entraîner des malformations congénitales chez le poulain.

Types de malformations congénitales

Les malformations congénitales chez les poulains peuvent affecter divers systèmes corporels, notamment :

  • Système squelettique :
    • Déviations angulaires : Les déviations angulaires (DA) à l'origine des jambes en X (valgus) et des jambes en O (varus) constituent donc une autre forme de déviation de la position des membres. Il s'agit de déviations courantes que l'on observe à la fois sur les antérieurs et les postérieurs. La prévalence des DA est élevée, surtout chez les pur-sang et les trotteurs dans le premier mois de vie. L’inspection statique et dynamique du poulain permet d’évaluer l'axe du membre, la répartition des charges et l'usure du pied. Le diagnostic radiographique est indispensable pour mesurer l'angle de déviation (ligne diaphysaire vs ligne épiphysaire) et localiser l'origine de la déviation (articulaire, métaphysaire ou physe).
    • Contracture des tendons : Dans certains cas, les tendons fléchisseurs des poulains peuvent être trop « courts », ce qui rend l'extension de la jambe difficile. Par conséquent, ces poulains ont des jambes contractées. C'est ce qu'on appelle la rétraction des tendons. Les poulains peuvent naître avec ce problème, mais cela peut aussi survenir plus tard dans leur vie. Outre les tendons trop courts, l'articulation elle-même, en état d'hyperflexion, est également raidie.
    • Laxité des tendons : Les poulains faibles ou dysmatures (nés avant ou après terme) présentent souvent des tendons et des ligaments fléchisseurs insuffisamment forts à l’origine d’une hyperlaxité, ce qui peut entraîner un affaissement important des articulations du boulet et rendre le jarret instable.
  • Système nerveux :
    • Syndrome d'inadaptation néonatale (SIN) : Aussi connu sous le sigle SIN ou le syndrome du poulain factice, le syndrome d’inadaptation néonatale est une maladie neurologique rare, touchant environ 1 % à 5 % des poulains, notamment chez les Pur-Sang.
    • Atrophie cérébelleuse (AC) : L’AC est une pathologie neurologique récessive, elle touche les poulains au cours de leur croissance. La plupart des poulains touchés naissent normaux, puis développent des symptômes type ataxie, perte d’équilibre, difficulté à garder la tête stable (balancement large).
  • Système digestif :
    • Atresia coli : Une obstruction congénitale du côlon.
    • Rétention de méconium : Le méconium, ce sont les premières selles d’un poulain nouveau-né. Ces dernières doivent impérativement être expulsées dans les 24 premières heures de vie. Après ce délai, on parle de rétention de méconium et il faut agir, et vite.
    • Hernies ombilicales : Comme chez les humains (et bon nombre de mammifères), les hernies ombilicales sont possibles chez les foals. Assez curieusement, les hernies ombilicales chez le poulain sont fréquentes et relativement bénignes. La plupart disparaissent de manière spontanée et ne nécessitent aucune intervention chirurgicale.
  • Système cardiovasculaire :
    • Malformations cardiaques congénitales : Diverses anomalies structurelles du cœur peuvent être présentes à la naissance.
  • Système tégumentaire :
    • Syndrome du poulain fragile (WFFS) : Les chevaux atteints du Syndrome du poulain fragile WFFS sont porteurs homozygotes c’est-à-dire qu’ils ont deux copies de l’allèle muté pour le gène PLOD1. Les chevaux présentant cette maladie ont une fragilité extrême de la peau due à une production anormale du collagène dans l’épiderme mais aussi dans les articulations. Cela a pour effet de créer facilement des plaies ou des ulcérations de la peau qui ne cicatrisent pas ainsi qu’une hyper-laxité car le collagène est également présent dans les articulations.
    • Asthénie dermique localisée héréditaire équine (HERDA) : L’HERDA est une mutation récessive qui s’apparente elle aussi au syndrome d’Elhers-Danslos, et qui entraîne des soucis au niveau de la peau à cause d’un problème de collagène.
    • Epidermolyse bulleuse jonctionelle (JEB1 et JEB2) : La JEB est une mutation récessive due aux gènes LAMC2 et LAMA3, qui provoque une perte des structures attachées à la peau ainsi que des désordres des muqueuses.
    • Syndrome du poulain nu (NFS) : C’est une mutation récessive due au gène ST14. Elle touche l’ensemble des phanères du poulain (dents, muqueuses, sabots) mais le plus impressionnant est l’absence de poils sur le corps.

Diagnostic des malformations congénitales

Le diagnostic des malformations congénitales chez les poulains repose sur un examen clinique approfondi, complété par des examens complémentaires si nécessaire. L'examen clinique comprend l'observation du poulain au repos et en mouvement, la palpation des différentes structures anatomiques et l'évaluation des fonctions physiologiques.

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Les examens complémentaires peuvent inclure :

  • Radiographies : Pour évaluer les anomalies squelettiques. Sur les clichés radiographiques, le praticien trace ensuite les axes des rayons osseux et observe le point de croisement des droites. Le pronostic est toujours plus favorable quand le point d’angulation est au-dessus de l’articulation.
  • Échographies : Pour visualiser les organes internes et détecter d'éventuelles anomalies.
  • Analyses sanguines : Pour évaluer la fonction des organes et rechercher des signes d'infection ou d'inflammation.
  • Tests génétiques : Pour identifier les mutations génétiques responsables de certaines malformations.

Traitement des malformations congénitales

Le traitement des malformations congénitales chez les poulains dépend du type et de la gravité de la malformation. Certaines malformations peuvent se corriger spontanément avec la croissance, tandis que d'autres nécessitent une intervention médicale ou chirurgicale.

Les options de traitement peuvent inclure :

  • Traitement conservateur : Repos, contention, parage correctif des sabots. Le parage de la face externe du pied pour les valgus et de la face interne pour les varus est à renouveler tous les dix jours, jusqu'à correction. Dans de nombreux cas, un parage correctif des sabots associé à l’adaptation du régime alimentaire suffit à inhiber quelque peu la croissance.
  • Chirurgie : Correction chirurgicale des anomalies squelettiques, fermeture des hernies ombilicales. L’élévation périostée permet d’accélérer la croissance osseuse du côté concave de la déviation. Elle est réalisée précocement lorsque la plaque de croissance est encore fonctionnelle, le plus souvent avant le troisième mois. Le pontage de la plaque de croissance permet de retarder la croissance osseuse du côté convexe de la déviation. Il peut se faire à l’aide d’agrafes, avec deux vis associées à un cerclage, ou avec une plaque et des vis. Dernièrement, une simple vis de traction a été utilisée avec succès sur le carpe, le boulet ou le jarret.
  • Ondes de choc : Une nouvelle technique de traitement non invasif, décrite depuis 2005, utilise les ondes de choc avec de bons résultats. Le protocole utilisé pour l’application des ondes de choc est un protocole intermédiaire à celui mis en place par Barthe. Le poulain reçoit 2 000 chocs, d’abord à 2 bars de pression (pour les 200 premiers chocs) puis à 2,5 bars.

Prévention des malformations congénitales

La prévention des malformations congénitales chez les poulains passe par une gestion rigoureuse de la jument gestante, notamment :

  • Alimentation équilibrée : Assurer une alimentation adéquate et équilibrée, riche en vitamines et minéraux, pendant toute la gestation. Un équilibre minéral et vitaminique est indispensable et permet une bonne calcification des plaques de croissance. Des plaques de croissance insuffisamment ossifiées sont moins résistantes et se déforment donc plus rapidement en cas de surcharge, ce qui entraîne une croissance tordue.
  • Vermifugation et vaccination : Mettre à jour les vermifugations et vaccinations de la jument gestante. Une mère vaccinée aura dans son colostrum des anticorps contre les maladies pour lesquelles elle a été vaccinée, notamment la grippe et la rhino.
  • Éviter l'exposition aux toxines : Éviter l'exposition de la jument gestante à des toxines, des médicaments tératogènes ou des infections.
  • Dépistage génétique : Effectuer des tests génétiques sur les reproducteurs pour identifier les porteurs de gènes responsables de malformations congénitales.

Importance du suivi vétérinaire

Un suivi vétérinaire régulier est essentiel pour détecter précocement les malformations congénitales chez les poulains et mettre en place un traitement approprié. Le vétérinaire peut également conseiller les éleveurs sur les mesures de prévention à mettre en œuvre pour réduire le risque de malformations congénitales dans leur élevage. Après la naissance du poulain, les membres doivent être évalués en permanence afin de pouvoir réagir immédiatement dès l'apparition d'une position anormale. Si les aplombs de votre poulain vous paraissent suspects le vétérinaire peut l’examiner chez vous ou à la clinique.

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