Introduction

Le cancer infantile, bien que rare, représente un défi majeur de santé publique. En France, environ 2 300 enfants et adolescents sont diagnostiqués chaque année. Malgré les progrès significatifs réalisés au cours des dernières décennies, le cancer reste la première cause de décès par maladie chez les enfants de plus d’un an. Cet article examine les statistiques actuelles sur le cancer pédiatrique, les avancées de la recherche, les traitements disponibles et les initiatives mises en place pour améliorer la prise en charge des jeunes patients.

Prévalence et types de cancers pédiatriques

Avec près de 2 300 cas diagnostiqués annuellement, soit environ 0,6 % des cancers tous âges confondus, le cancer de l’enfant (de 0 à 17 ans) est une maladie rare. Sur la période 2014-2020, l’incidence annuelle des cancers de l’enfant de 0 à 17 ans représente environ 2 260 nouveaux cas par an en moyenne. Les cancers de l’enfant diffèrent de ceux de l’adulte par leurs caractéristiques histopathologiques et biologiques, avec une extrême rareté des carcinomes, majoritairement rencontrés chez l’adulte.

Les principaux types de cancers observés chez l’enfant (de 0 à 17 ans) sont :

  • Les leucémies (26 % des cas)
  • Les tumeurs du système nerveux central (25 %)
  • Les lymphomes (15 %)

Un quart des tumeurs de l’enfant sont des tumeurs embryonnaires (ex : néphroblastomes, neuroblastomes, rétinoblastomes), quasiment inexistantes chez l’adulte.

Chez les adolescents et les jeunes adultes (15 et 25 ans), les formes de cancers observées peuvent être les mêmes que chez les enfants ou chez les adultes plus âgés, ce qui rend le diagnostic et le traitement plus complexes pour cette tranche d'âge. Les cancers les plus fréquents chez les jeunes (15-25 ans) sont les lymphomes, les tumeurs cérébrales et les leucémies. Environ 440 nouveaux cas de cancers ont été diagnostiqués annuellement entre 2014 et 2020 chez les 15-19 ans. Les principales localisations pour cette tranche d’âge sont : les lymphomes (29 % des cas, dont 77 % de maladies de Hodgkin), les tumeurs du système nerveux central (17 %) et les leucémies (15 %).

Lire aussi: Solutions pour un sommeil paisible de bébé

Progrès dans les taux de survie

Des progrès considérables ont été réalisés au cours des dernières décennies. Sur la période 2000-2014, la survie globale est estimée à 92 % 1 an après le diagnostic et à 82 % 5 ans après le diagnostic, tous types de cancers et tous âges confondus. Sur la période 2000-2016, le taux de survie globale des enfants entre 0 et 15 ans atteints d’un cancer est estimé à 92 % un an après le diagnostic. À l’échéance de cinq ans, sur cette même période, la survie après un cancer est passée de 81 % à 85 % entre 2000-2004 et 2010-2016. Cette évolution positive est observée pour la plupart des types de cancer, notamment les leucémies (83 % à 87 %) et les tumeurs cérébrales (71 % à 76 %).

Malgré ces avancées, certains cancers pédiatriques restent de mauvais pronostic, comme certaines tumeurs du système nerveux central chez les enfants de moins de 1 an, ainsi que certains gliomes chez les plus âgés. S’attaquer à ces cancers est une des priorités de la stratégie décennale de lutte contre les cancers.

Défis et spécificités des cancers pédiatriques

Les cancers pédiatriques sont un véritable défi pour la recherche car ils représentent une multitude de maladies rares et hétérogènes. Ils présentent par ailleurs des caractéristiques propres, ne se retrouvant pas nécessairement dans les tumeurs de l’adulte, pourtant la recherche en cancérologie est essentiellement axée sur les cancers des adultes. Certaines formes de cancers sont spécifiques à l'enfant tout comme certaines sont spécifiques à l’adulte.

Des études épidémiologiques et génétiques indiquent que ces spécificités peuvent résulter d’expositions à des facteurs de risque environnementaux et de prédispositions génétiques. Ces études visent à identifier des facteurs de risque dont la prise en compte permettrait de prévenir le développement de cancer chez les enfants et de nouveaux marqueurs de la prédisposition génétique au cancer.

Même si le taux de survie à 5 ans dépasse désormais 80 %, ces cancers restent la première cause de décès par maladie chez les enfants de plus de 1 an ; et deux tiers de ceux qui ont survécu ont ou auront des séquelles de leurs traitements, voire des seconds cancers susceptibles de se manifester tout au long de leur vie.

Lire aussi: Violences faites aux enfants : le plan en détail

Traitements actuels et innovations

Alors que le pronostic des cancers chez l’enfant était catastrophique autrefois, les progrès très importants réalisés au cours de ces dernières années dans les traitements de ces maladies, permettent d’aboutir à une guérison de la maladie de plus en plus fréquente, dans une majorité des cas. Différents traitements peuvent être proposés aux enfants atteints de cancer :

  • Une chimiothérapie administrée par voie intraveineuse, avant ou après la chirurgie selon les cas.
  • Une radiothérapie qui, ciblée vers la ou les régions atteintes, utilise des radiations pour détruire les cellules cancéreuses.
  • La chirurgie qui permet de retirer la tumeur - lorsqu’il s’agit d’une tumeur solide - au cours d’une intervention chirurgicale. Cette chirurgie a beaucoup évolué au cours de ces dernières années avec notamment l’utilisation de nouvelles techniques telles que la cœlioscopie ou la CHIP (chimiothérapie hyperthermique intrapéritonéale).
  • Et la greffe de moelle de cellules souches hématopoïétiques (traitement des leucémies) qui consiste à : d’abord faire une chimiothérapie intensive et une radiothérapie pour détruire toutes les cellules souches de l’enfant ; puis injecter par perfusion intraveineuse les cellules souches hématopoÏétiques du donneur ; dans les semaines qui suivent, ces cellules colonisent la moelle osseuse, se multiplient et se transforment en cellules sanguines, (globules blancs, globules rouges et plaquettes).

L’AP-HP participe au développement d’une prise en charge plus personnalisée, grâce à une biologie innovante et une vision pluridisciplinaire de la cancérologie. Les équipes de l’AP-HP sont fortement engagées dans la recherche clinique, participant ainsi au développement de nouveaux traitements anti-cancéreux chez l’enfant et l’adolescent. Elles ont été particulièrement impliquées dans le développement des thérapeutiques innovantes dont l’immunothérapie par anticorps bi-spécifiques et CAR-T cells. Depuis l’apparition de cette innovation thérapeutique, 150 patients porteurs de leucémie ont reçu une immunothérapie par CAR-T Cells à l’AP-HP.

Initiatives et acteurs de la lutte contre le cancer pédiatrique

De nombreux acteurs se coordonnent pour lutter contre les cancers de l’enfant et portent des actions en partenariat. Les patients et leurs parents sont réunis en associations dans l’objectif d’apporter entraide et soutien pendant et après la maladie. Ils sont des partenaires des institutions, des chercheurs et des cliniciens pour soutenir la recherche et l’accès aux médicaments. Certaines de ces associations sont rassemblées dans des collectifs en s’associant parfois à d’autres acteurs caritatifs ou privés. Parmi eux, les trois collectifs GRAVIR, Grandir Sans Cancer et l’UNAPECLE sont engagés aux côtés de l’Institut national du cancer pour soutenir la recherche fondamentale.

Les professionnels de santé, les cancérologues pédiatres, les chercheurs, réunis au sein de la Société française de lutte contre les cancers et les leucémies de l’enfant et de l’adolescent (SFCE), la Ligue contre le cancer et la Fondation ARC pour la recherche sur le cancer portent particulièrement cette cause.

L’Institut national du cancer au travers de ses missions et des plans cancers a pour préoccupation constante la lutte contre les cancers de l’enfant. Pour la recherche, il agit avec l’ITMO Aviesan et assure les interfaces avec les industriels. Des actions sont également menées au niveau international.

Lire aussi: Plus d'informations sur la révolution de l'avortement ici

La loi n°2019-180 du 8 mars 2019 vise à renforcer la prise en charge des cancers pédiatriques par la recherche, le soutien aux aidants familiaux, la formation des professionnels de santé et le droit à l’oubli. Cette loi, portée par la députée Nathalie Elimas, propose une stratégie globale d’amélioration de la prise en charge des cancers pédiatriques. Afin d’encourager la recherche dans ce domaine, elle renforce le rôle moteur de l’Institut national du cancer et lui confère la mission de proposer une stratégie décennale de lutte contre les cancers pédiatriques.

Paris Kids Cancer: Un centre d'excellence pour la recherche

L’AP-HP (Assistance Publique - Hôpitaux de Paris), Gustave Roussy et l’Institut Curie, ainsi que plusieurs universités (Paris Cité, Paris Saclay, PSL, Sorbonne Université), organismes de recherche et centres partenaires (Centre de Recherche des Cordeliers, Institut Imagine, CEA, Inserm, CNRS), et trois grandes associations de parents (l’association Imagine for Margo - Children without cancer, l’association Hubert Gouin - Enfance et cancer et l’association Laurette Fugain), s’associent pour porter des programmes de recherche intégrés ambitieux, faisant le lien entre la recherche fondamentale et la pratique clinique, afin de mettre au point des traitements innovants et guérir plus de jeunes patients.

Face à cette situation, Paris Kids Cancer s’engage à trouver des solutions nouvelles et innovantes grâce à une approche moderne et collaborative. En ce sens, leurs principaux travaux vont d’abord être orientés sur la compréhension et le contrôle des processus de reprogrammation cellulaire des cellules cancéreuses, le développement de nouvelles pistes d’immunothérapie et l’utilisation de nouveaux biomarqueurs.

Répondant aux enjeux de recherche définis dans la nouvelle stratégie décennale de lutte contre les cancers 2021-2030, le Paris Kids Cancer va permettre de lever les contraintes et faciliter le rapprochement entre chercheurs et médecins chercheurs, pour attirer plus de « praticiens-chercheurs ». In fine, ce programme, Paris Kids Cancer, ambitieux et structurant, intégrant 30 équipes de recherche, est une première étape cruciale de l’alliance des institutions parisiennes vers une recherche plus intégrée et plus collaborative pour améliorer la compréhension des tumeurs et les mécanismes de résistance, et rechercher des solutions thérapeutiques innovantes pour guérir toujours plus les enfants atteints de cancer.

Mobilisation et perspectives d'avenir

En 2023, l’attribution de 20 millions d’euros supplémentaires permettra de mieux structurer la recherche française en la dotant de Centres de recherche intégrée d’excellence afin d’accélérer la production de nouvelles connaissances. Les actions contre les cancers pédiatriques ont également été initiées au niveau international. Les premières Rencontres européennes de l’Institut national du cancer, en février 2022, ont marqué une étape clé dans l’engagement de l’Europe dans la lutte contre les cancers pédiatriques. En 2023, le lancement du G7 Cancer, réunissant les acteurs les plus avancés dans la lutte contre les cancers dans le monde a identifié un axe de travail sur la stratégie internationale du partage des données des cancers pédiatriques. Une conférence de haut niveau se tiendra en novembre prochain sur ce sujet.

tags: #lutte #contre #le #cancer #pediatrique #statistiques

Articles populaires: