La leucémie est le cancer le plus fréquent chez l'enfant. En France, près d'un tiers des nouveaux cas de cancers diagnostiqués chez les enfants de moins de 15 ans sont des leucémies. Cet article aborde les différents aspects de la leucémie infantile, notamment les types, les symptômes, le diagnostic et les traitements, ainsi que les progrès réalisés dans la recherche et les espoirs pour l'avenir.

Comprendre la leucémie infantile

La leucémie est un cancer du sang qui affecte la moelle osseuse, le tissu mou à l'intérieur des os où sont fabriquées les cellules sanguines. Dans le cas de la leucémie, la moelle osseuse produit un grand nombre de cellules anormales qui ne fonctionnent pas correctement. Ces cellules leucémiques se multiplient de façon exagérée et empêchent la production de cellules sanguines normales, perturbant ainsi le fonctionnement du sang et de divers organes.

Types de leucémie infantile

Il existe différents types de leucémies, classés en fonction de leur rapidité d'évolution (aiguë ou chronique) et du type de cellules sanguines affectées (lymphoïdes ou myéloïdes). Chez l'enfant, les leucémies aiguës sont les plus fréquentes, représentant environ 90 % des cas.

  • Leucémie lymphoblastique aiguë (LLA) : C'est le type de leucémie le plus courant chez les enfants, représentant environ 80 % des cas de leucémies aiguës. Elle affecte les lymphocytes, un type de globule blanc.

  • Leucémie myéloïde aiguë (LMA) : Elle représente environ 20 % des leucémies aiguës chez l'enfant. Elle affecte les cellules de la lignée myéloïde, qui donnent naissance aux globules rouges, aux plaquettes et à certains types de globules blancs.

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Les leucémies chroniques sont très rares chez l'enfant, avec seulement quelques cas par an en France. Les types les plus courants sont la leucémie myéloïde chronique (LMC) et la leucémie myélomonocytaire chronique juvénile (LMMJ).

Symptômes de la leucémie infantile

Les symptômes de la leucémie chez l'enfant peuvent varier en fonction du type de leucémie et du stade de la maladie. Ils peuvent également être similaires à ceux d'autres maladies courantes chez les enfants, ce qui rend parfois le diagnostic plus difficile. Il est essentiel de noter que ces symptômes sont assez courants et peuvent être causés par d’autres maladies. En cas de doute, ou si ces signes persistent ou s’aggravent, il est important de consulter un professionnel de la santé pour une évaluation approfondie.

Les symptômes les plus courants comprennent :

  • Fatigue et faiblesse : causées par une anémie (manque de globules rouges).
  • Pâleur : également due à l'anémie.
  • Saignements et ecchymoses faciles : causés par une thrombocytopénie (manque de plaquettes).
  • Infections fréquentes ou persistantes : dues à une leucopénie (manque de globules blancs normaux).
  • Fièvre : souvent associée aux infections.
  • Douleurs osseuses ou articulaires : susceptibles de faire boiter.
  • Gonflement des ganglions lymphatiques : en particulier au niveau du cou, des aisselles ou de l'aine.
  • Augmentation du volume de la rate ou du foie.
  • Perte d'appétit.
  • Petites tâches rouges sous la peau (pétéchies).
  • Saignements des gencives ou du nez.

Diagnostic de la leucémie infantile

Le diagnostic de la leucémie chez l’enfant nécessite des analyses sanguines et des examens médicaux spécifiques, effectués par un pédiatre ou un spécialiste en oncologie pédiatrique. Consultez un professionnel de la santé : si vous remarquez des symptômes préoccupants chez votre enfant, prenez rendez-vous avec un pédiatre ou un médecin généraliste. Il est essentiel de ne pas paniquer et de laisser les professionnels de santé mener une évaluation complète.

Les principaux examens utilisés pour diagnostiquer la leucémie chez l'enfant sont les suivants :

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  • Analyses sanguines : le médecin peut prescrire des analyses sanguines pour vérifier les niveaux de globules rouges, de globules blancs et de plaquettes, ainsi que d’autres marqueurs pertinents. Une numération formule sanguine (NFS) peut révéler une anémie, une thrombopénie et une neutropénie.
  • Myélogramme : Un myélogramme est nécessaire. Il s'agit d'un examen au cours duquel la morphologie des cellules de la moelle osseuse est étudiée au microscope. Le prélèvement de ces cellules est effectué, par ponction dans le sternum ou dans l'os du bassin.
  • Ponction lombaire : cet examen consiste à prélever un échantillon de liquide céphalo-rachidien pour vérifier si les cellules leucémiques se sont propagées au système nerveux central.
  • Biopsie de la moelle osseuse : elle permet d'analyser les cellules de la moelle osseuse et de confirmer le diagnostic de leucémie.
  • Examens d'imagerie : radiographie des poumons et échographie de l'abdomen. Ces examens d’imagerie permettent de vérifier les voies respiratoires et la présence d’une infection pulmonaire et/ou de ganglions anormaux dans le thorax.
  • D'autres examens de laboratoire sont indispensables pour affiner le diagnostic et le pronostic. C'est le cas de l'étude des protéines présentes à la surface ou à l'intérieur des cellules leucémiques (immuno-phénotype). Différentes techniques permettent de repérer des anomalies chomosomiques (caryotype) ou génétiques acquises (biologie moléculaire), caractéristiques de cellules leucémiques.

Une fois le diagnostic posé, l'équipe médicale évalue le risque associé à la maladie en intégrant les données cliniques et biologiques. Cette évaluation guide les premières phases du traitement. L'évaluation précise de la réponse à la première séquence de traitement (induction) puis à la deuxième (consolidation) permet d'affiner le pronostic et de définir le meilleur traitement à proposer.

Traitements de la leucémie infantile

Le traitement de la leucémie chez l’enfant dépend du type spécifique de leucémie, du stade de la maladie, de l’âge de l’enfant et de sa santé globale. Les traitements visent à détruire les cellules leucémiques, à prévenir la propagation de la maladie et à soulager les symptômes. Les protocoles de traitement sont standardisés par des comités d'experts nationaux, européens ou internationaux.

Les principales options de traitement comprennent :

  • Chimiothérapie : la chimiothérapie est le traitement principal pour la plupart des enfants atteints de leucémie. Ce traitement circule dans tout l’organisme et vise à détruire les cellules cancéreuses et ramener la production de cellules sanguines à la normale. Elle implique l’utilisation de médicaments puissants pour détruire les cellules leucémiques et empêcher leur croissance. La chimiothérapie se déroule en plusieurs phases:

    • Induction : C'est la phase initiale du traitement. Elle a pour but de réduire fortement la quantité de cellules cancéreuses. Elle dure environ 35 jours et nécessite une hospitalisation. Grâce à ce type de protocole, une « rémission complète » est obtenue dans plus de 95 % des cas et les principaux symptômes disparaissent. La rémission complète, ou « réponse complète », est définie par un nombre de cellules anormales inférieur à 5 % sur le myélogramme fait en fin d’induction.
    • Consolidation : Elle débute dès l'obtention de la rémission complète c'est à dire l'absence de symptômes et de signes cliniques (on ne détecte plus de cellules cancéreuses dans le sang ni dans la moelle osseuse). D’une durée de 4 à 10 mois, cette deuxième phase de traitement peut être réalisée en hospitalisation de jour et souvent dans le centre de proximité. Avec certains médicaments, de courtes hospitalisations sont toutefois nécessaires. Les réhospitalisations sont aussi nécessaires si surviennent des complications de ces traitements intensifs. Le traitement peut se fonder sur l’administration de la même polychimiothérapie que lors de la phase d’induction, ou passer par l’utilisation d’autres médicaments (cyclophosphamide, étoposide, méthotrexate, mercaptopurine, cytarabine…). Les cellules leucémiques résiduelles (qu’on ne voit plus au microscope) doivent être éliminées pour éviter une rechute.
    • Entretien : Pendant 12 à 24 mois, un traitement à base de méthotrexate et de mercaptopurine est administré par voie orale. L’enfant peut alors reprendre une vie normale et retourner à l’école.
  • Radiothérapie : les traitements de radiothérapie utilisent des rayons ou des particules de haute énergie pour détruire les cellules cancéreuses. La radiothérapie utilise des rayonnements à haute énergie pour cibler et détruire les cellules cancéreuses.

    Lire aussi: Combattre la leucémie infantile

  • Thérapie ciblée : la thérapie ciblée décrit un traitement médicamenteux qui s’attaque à des vulnérabilités spécifiques des cellules cancéreuses. dans certains cas, des médicaments de thérapie ciblée peuvent être utilisés pour attaquer spécifiquement les cellules leucémiques sans endommager les cellules saines environnantes. Un inhibiteur de tyrosine kinase (imatinib ou dasatinib) (traitement appartenant à la famille des « thérapies ciblées ») peut être prescrit en association à une chimiothérapie chez les patients présentant un chromosome Philadelphie ou une anomalie voisine nommée Philadelphie-like qui se voit aussi dans de rares cas de LAL.

  • Immunothérapie : Un traitement d’immunothérapie, le blinatumomab, peut être indiqué en cas de mauvaise réponse à la chimiothérapie avant une allogreffe de moelle. Une thérapie innovante, la thérapie CAR-T, basée sur l’immunothérapie, suscite un formidable espoir pour tous les enfants touchés par la leucémie. Cette technique repose sur la modification génétique de globules blancs, des lymphocytes. Administrés au patient atteint de leucémie, ces lymphocytes génétiquement modifiés vont détruire les cellules cancéreuses.

  • Greffe de cellules souches hématopoïétiques (greffe de moelle osseuse) : Après un traitement de chimiothérapie et de radiothérapie, le patient reçoit une injection de moelle osseuse ou de cellules souches, qui permettent de reformer la moelle osseuse pour qu’elle fonctionne correctement en fabriquant des cellules sanguines saines. L'allogreffe de cellules souches hématopoïétiques (greffe de moelle) La greffe de cellules souches hématopoïétiques est une thérapeutique complexe et lourde à mettre en oeuvre. Elle est surtout utilisée après une rechute et implique l’obtention d’une nouvelle rémission complète auparavant. Le but est d’éliminer les cellules leucémiques résiduelles (non visibles) du receveur qui seront détruites par les lymphocytes d’un donneur compatible ; mais aussi de remplacer la moelle osseuse du patient par une moelle ne possédant pas de cellules anormales. Les cellules souches peuvent provenir d’un donneur ou du patient lui-même. On injecte dans le cathéter central, par une transfusion, des « graines », les cellules souches du donneur, après un conditionnement combinant plusieurs chimiothérapies et souvent une irradiation de tout le corps. Elle nécessite un séjour de 6 à 8 semaines en chambre dite « stérile » pour prévenir les risques infectieux pendant l’installation de la nouvelle moelle. Pour envisager une allogreffe, le donneur et le receveur doivent être compatibles pour la transplantation et donc présenter des « groupes HLA » similaires ou proches. La phase d’induction passe par l’administration d’une polychimiothérapie plus lourde que dans le cas d’une LAL. Elle associe classiquement une anthracycline ou équivalent (mitoxantrone, daunorubicine ou idarubicine) et la cytarabine, administrées sur une période d’une semaine à 10 jours. Le protocole actuel franco-britannique rajoute un anticorps couplé à une chimiothérapie (gemtuzumab-ozogamycine). Cet anticorps reconnait spécifiquement une protéine (CD33) à la surface des cellules cancéreuses permettant à la molécule de chimiothérapie de cibler précisément ces cellules.

Un cathéter dit « central », facilitant les prélèvements sanguins, l’administration de médicaments par voie veineuse et les transfusions, est posé au cours d’une courte anesthésie générale, avant le début du traitement proprement dit. Il est inséré, au niveau du cou ou du thorax, dans l’une des grosses veines qui mènent au coeur.

Gestion des complications et des effets secondaires

Plusieurs mesures sont prises pour prévenir et traiter les complications infectieuses, telles que l'administration d'antibiotiques et d'antifongiques. Les complications de la lyse tumorale, résultant de la destruction massive des cellules tumorales, sont surveillées et prévenues pour éviter une insuffisance rénale aiguë. D'autres effets secondaires de la chimiothérapie, tels que les nausées, les vomissements, les mucites et l'alopécie, sont également pris en charge de manière appropriée.

Pronostic et suivi

Les taux de réussite du traitement de la leucémie chez l’enfant ont considérablement augmenté au fil des années grâce aux progrès de la médecine et de la recherche. De nos jours, de nombreux enfants atteints de leucémie peuvent être guéris ou maintenus en rémission à long terme. Le taux de guérison est de près de 90 % pour les enfants atteints de leucémie aiguë lymphoblastique et d'environ 60 % pour les leucémies aiguës myéloblastiques. On peut parler de guérison à partir des 5 ans du diagnostic de la leucémie aiguë, délai après lequel une rechute est exceptionnelle. En moyenne, 89 % des enfants âgés de 0 à 14 ans sont toujours en vie 5 après une leucémie aigüe lymphoblastique, contre 67 % pour une leucémie aigüe myéloblastique.

Après le traitement, un suivi régulier est essentiel pour surveiller les éventuelles rechutes et détecter les complications tardives. Ce suivi comprend des examens médicaux et des analyses sanguines régulières.

Recherche et espoirs pour l'avenir

La recherche sur la leucémie infantile est en constante évolution, avec des efforts considérables déployés pour améliorer les traitements et trouver de nouvelles approches thérapeutiques. Des projets de recherche tels que EPI-MOD-ALL et les travaux de Françoise Pflumio visent à décrypter les mécanismes biologiques de la leucémie et à identifier de nouvelles cibles thérapeutiques. L’Institut de la Leucémie Paris Saint-Louis est une structure hors les murs, unique en Europe.

L'immunothérapie, en particulier la thérapie CAR-T, suscite un formidable espoir pour les enfants atteints de leucémie. Cette technique innovante consiste à modifier génétiquement les lymphocytes du patient pour qu'ils puissent détruire les cellules cancéreuses.

Le rôle des associations

Des associations comme Imagine for Margo jouent un rôle essentiel dans le financement de la recherche contre le cancer des enfants, des adolescents et des jeunes adultes. Ces associations contribuent à accélérer les progrès et à améliorer les chances de guérison pour les jeunes patients atteints de leucémie.

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