Introduction
La périnatalité, une période charnière dans la vie d'une famille, suscite un intérêt croissant en raison de son impact profond sur la santé et le bien-être de la mère et de l'enfant. Cet article explore les différentes facettes de cette période, en s'appuyant sur les définitions de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et les recherches récentes, notamment le rapport de Santé Publique France.
Définition et Durée de la Périnatalité
Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la période dite « périnatale » est comprise entre la 28e semaine de grossesse (environ 6 mois) et le 7e jour suivant la naissance du bébé. Toutefois, il est important de noter que d'autres définitions existent. La périnatalité peut couvrir une période plus large allant de la conception aux 2 ans de l’enfant. Cette extension reflète la reconnaissance croissante de l'importance des facteurs pré-conceptionnels et du développement infantile précoce. La « périnatalité » renvoie à la période qui débute au moment du désir d’enfant et jusqu’à la fin de la première année de l’enfant. On pourrait inclure également la période conceptionnelle et pré-conceptionnelle, car le désir d’enfant manifeste, et construit, déjà, les futurs parents.
La Périnatalité: Une Période Sensible
La période périnatale, « il s’agit d’une période sensible pour le développement et la sécurisation de l’enfant, qui contient les prémisses de la santé et du bien-être de l’individu tout au long de la vie. La périnatalité est le domaine qui s’intéresse à ce qui se passe autour de la naissance.
Impact Psychologique et Émotionnel
La période périnatale peut générer des moments d’angoisse, de stress ou de tensions. Les parents peuvent ainsi traverser des troubles de l’humeur, voire des états de détresse. Les femmes enceintes peuvent aussi ressentir l’envie de vivre plus sereinement cette période particulière. C’est en effet une période intense, riche, source de changements physiques et/ou internes, qui peuvent fragiliser sur le plan psychologique. La grossesse est jalonnée de perturbations hormonales, qui provoquent des réactions émotionnelles exacerbées. Notamment en début et en fin de grossesse, qui sont des périodes particulièrement impactantes pour la future maman.
Les Défis de la Grossesse
Les nausées du début laissent place aux divers maux et inconforts du dernier trimestre. Cependant, toutes les femmes ne sont pas égales devant à la fois l’inconfort physiologique et émotionnel que créée la grossesse. Certaines vont adorer cette état, s’épanouissant dans ce corps qui change, d’autres rencontreront des difficultés avec leur image, allant jusqu’à cacher leur grossesse. Certaines rencontreront, à cette étape cruciale de leur vie, de fortes angoisses. Mon bébé va-t-il être normal ? Comment savoir si son coeur bat ? Ai-je fait quelque chose qui puisse porter atteinte à son bon développement ? Pour certaines, le simple fait d’imaginer cette vie grandissant en elle fait figure d’une responsabilité tellement écrasante que l’anxiété peut prendre le pas sur le bonheur d’être mère, par exemple. Les cauchemars et rêves étranges autour du bébé, fréquents durant la première partie de la grossesse, peuvent témoigner de ce sentiment « d’aliénation » au sens premier du terme. Vivre son corps « habité » peut-être une épreuve… La peur de donner la vie peut jouxter celle de provoquer la mort. Les angoisses autour d’une grossesse qui n’est pas pathologique peuvent aussi être alimentée par un environnement et une culture vouée au « principe de précaution ».
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L'Accouchement: Un Moment Clé
L’accouchement impressionne et à raison : il constitue un moment de vie extrême, un rite de passage où se côtoient de près la vie et la mort : le risque est toujours présent, pour la mère et l’enfant, d’une complication, la douleur et la peur jouxtent la joie intense. Et les traces du déroulement de cet événement majeur dans la vie d’une femme resteront, pour elle comme pour bébé, présentes. Même lorsque l’accouchement parait « sans histoire », il est un choc, de début d’une nouvelle vie, voire une véritable re-naissance pour la mère. Ou au contraire, il n’est pas vécu émotionnellement, la mère s’est senti absente, dépossédée. On parle souvent du » premier regard », de l’enfant envers la mère, qui serait source de lien immédiat. Et pourtant, la rencontre avec son enfant est unique, et ne se construit pas selon un modèle pré-établi. Parfois, c’est plus tard. Parfois, c’est d’abord avec le père, parce que les conditions médicales n’ont pas permis d’établir le lien corporel avec la mère directement. L’accouchement laisse des traces, et pour autant il ne définit pas les liens futurs mère-enfant. En cas de difficultés dans la parentalité, il est à regarder comme une étape marquante, à ne pas négliger.
Le Post-Partum: Une Période de Vulnérabilité
Les variations hormonales brutales, la fatigue, le choc, autant de critères qui font que la femme, durant les premières semaines après l’accouchement, vit une période délicate. Le manque de sommeil, la fatigue de l’accouchement se mêlent aux angoisses de la prise de conscience de tant de responsabilité devant ce petit être entièrement dépendant de nous. C’est la période des « angoisses de la nuit tombée« , qui touchent à la fois le nouveau-né, qui peut être pris d’une crise de pleurs à la tombée de la nuit, et parfois aussi la jeune maman, qui re-contacte à cette occasion ses propres angoisses de bébé. La peur de ne pas être à la hauteur, l’impression d’être démuni devant un bébé qui n’arrive pas à se calmer, ou qui ne se nourrit pas correctement, l’isolement du à la fatigue et au rythme du bébé, les nouvelles responsabilités qui peuvent paraître écrasantes, sont autant de facteurs de vulnérabilité pour la mère. Certaines pourront aller jusqu’à vivre des moments d’hallucinations ou de paranoïa, montrant des états anxieux très avancés. C’est aussi une période où peut se manifester les phobies d’impulsion, où les mère vivent dans l’angoisse fantasmée et indicible de faire du mal à leur bébé. D’autres pourront être touchées par une dépression du post-partum. Cette dernière se caractérise par un sentiment de tristesse, un détachement par rapport à son conjoint ou pas rapport au bébé, des troubles du sommeil même en cas de grande fatigue.
Importance du Soutien et de l'Accompagnement
Comme les troubles psychiques des parents peuvent avoir des répercussions sur le bon développement de l’enfant et sa santé mentale (troubles du sommeil, de l’alimentation, de l’attachement…), Il est primordial de repérer précocement les situations à risque afin de mettre en place un parcours de soins adapté pour soutenir les parents et le bébé. C’est pourquoi il existe, par exemple, un lieu d’accueil enfant-parent (LAEP) est un espace convivial qui accueille tous les enfants de moins de 6 ans avec leurs parents ou un autre adulte familier (grands-parents, proches…). Le service de Soins en Périnatalité accueille des femmes enceintes et des mères avec leur nouveau-né, ayant besoin d’un accompagnement médical, psychologique, social. Même si l’enfant a d’autres repères affectifs dans son environnement, c’est bien la mère qui constitue, durant les tous premiers temps de la vie, la principale référence et figure d’attachement. Qu’elle soit soutenue à ce moment fondateur est important : ne pas se sentir complètement seule avec ces angoisses, ces peurs, ces questions, pouvoir être relayée, échanger avec d’autres adultes sont autant de conditions nécessaires à ce passage, qui peut s’avérer délicat, et pour autant faisant partie de la construction de l’état de parent : accéder à la parentalité peut être bouleversant. Les femmes bénéficiaient d’un réseau familial serré, permettant à la fois d’avoir un relai pratique et surtout émotionnel et affectif. Aujourd’hui, les femmes témoignent de la difficulté de l’isolement en tant que jeune mère.
La Stratégie des « 1000 Jours » et le Rapport de Santé Publique France
Dans le cadre de la stratégie des « 1000 jours », qui a pour objectif d’améliorer la santé de la mère et de l’enfant avant, pendant et après la naissance et jusqu’aux trois ans de l’enfant, Santé Publique France a récemment publié un rapport sur la santé périnatale sur la période 2010-2019. Un rapport qui met en lumière les points à améliorer pour favoriser la santé périnatale partout en France. La santé périnatale concerne une période clé dans la santé de la mère et de l’enfant. La périnatalité est donc la période clé qui intéresse la stratégie des « 1000 premiers jours », dont l’objectif est de rassembler des données et des connaissances pour les familles, les acteurs et les pouvoirs publics. Ce rapport a été élaboré à partir du recueil et de l’analyse de données multi-sources, à la fois nationales et régionales. Un certain nombre d’indicateurs ont été suivis pour décrire l’état de santé et les caractéristiques socio-démographiques de la femme enceinte, du fœtus et du nourrisson de la conception jusqu’au post-partum et à l’allaitement. Si ce rapport constitue une première étape clé qui permet de révéler les problèmes liés à la santé périnatale en France, il représente aussi un point de départ d’un système de suivi et de surveillance régulier de la santé périnatale.
Tendances et Inégalités
Parallèlement, plusieurs tendances se dégagent, notamment la baisse du taux de natalité, hormis en Guyane, et une augmentation de l’âge maternel moyen à l’accouchement, qui est de 30.2 ans en 2019. Certaines pathologies maternelles en lien avec la grossesse augmentent également, comme les problèmes d’hypertension artérielle et le diabète gestationnel. Au niveau de l’accouchement, les césariennes représentent toujours un accouchement sur cinq en France, un chiffre élevé par rapport à d’autres pays européens. Au niveau territorial, il apparait capital de prendre en compte les très fortes inégalités entre la métropole et les territoires d’Outre-Mer, avec également de fortes disparités entre les territoires d’Outre-Mer.
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Programme de Santé Publique France
Ce rapport s’intègre dans le programme « Santé périnatale et petite enfance » de Santé Publique France, un programme transversal de surveillance, de prévention et de promotion de la santé périnatale.
L'Évolution de la Médecine Périnatale
La médecine périnatale est définie par les soins à la mère, au fœtus et à l’enfant pendant la grossesse, le travail, l’accouchement et les suites de naissance. Elle s’est développée dans les années 1970. Mais c’est avec les plans périnatalité 1995-2000 et 2005-2007 qu’elle a pris tout son sens.
Importance du Lien Mère-Enfant
Jusque dans les années 1980, tout nouveau-né malade était transféré dans un service de pédiatrie et donc séparé de sa mère. La prise de conscience de l’importance de la création du lien mère-enfant et de l’effet néfaste de la séparation sur ce lien a amené à penser autrement l’hospitalisation de ces nouveau-nés et la prise en compte des parents. Cette évolution s’est produite dans le cadre du développement de la médecine périnatale. Le séjour en maternité a pour intérêt de vérifier la bonne adaptation à la vie extra-utérine du nouveau-né, de faire le point sur ses capacités neurosensorielles et d’accompagner la mise en place de la relation mère-enfant. Tous ces éléments sont essentiels au développement correct de l’enfant.
Transmission Générationnelle et Inconscient Familial
Du bébé surprise à l’adoption en passant par le parcours de PMA, les chemins de la parentalité prennent différentes formes. Même dans le cas d’un projet bébé murement réfléchi, et qui arrive lorsqu’on le souhaite, on n’est jamais réellement préparé à comment cet enfant va nous transformer en nous faisant accéder au statut de parent. Avec lui, nous changeons en tant qu’individu, nous acquérons une place différente dans notre groupe social, mais aussi et surtout dans notre groupe familial. Et ce, consciemment, mais aussi inconsciemment. Cet événement va faire évoluer notre rapport à nos propres parents, puisque nous changeons de place dans la famille d’origine. Mais au-delà des conséquences conscientes (la réjouissance de nos parents à être grands-parents, par exemple), dans cette période de transmission, un nouveau chapitre va s’écrire également dans l’inconscient familial. Dans ce qui se transmet de génération en génération, et qui n’est pas forcément « su » par les membres de la lignée. Comme le dit Nathalie Piquée, gestalt-thérapeute et sage-femme, « La venue d’un tout petit redistribue les cartes de l’arbre généalogique et emporte tout un chacun dans une danse systémique, d’où personne ne ressort indemne1« . Cet événement de transmission qui vient toucher la lignée peut prendre la forme d’une répétition ou encore d’une réaction à une histoire traumatique. Inexorablement, la transmission générationnelle vient bousculer, réveiller l’histoire d’une filiation.
Parcours d'Accès à la Maternité et Histoire Familiale
Les parcours multiples d’accès à la maternité, s’ils peuvent trouver leurs explications biologiques, peuvent aussi témoigner d’autant de pattern signifiants au regard de l’historique familiale, que cela passe par des vécus d’abandon (et d’adoption des générations plus tard), d’enfants « naturels », de deuil périnatal, inscrits dans les mémoires des descendants et qui viennent parler dans les modes de devenir parent, les difficultés rencontrées à cet égard. Lorsqu’on l’enfant tarde à venir, par exemple, sans qu’aucune explication physiologique ne soit apportée, l’exploration des inconscients familiaux peut apporter des réponses… Au-delà de la recherche de sens, l’accompagnement psychothérapeutique en transgénérationnel peut aussi permettre de réecrire l’histoire différemment, en donnant substance, en reconnaissant les traumatismes antérieurs, produisant parfois des résultats impressionnants. Si je soigne le bébé en moi, alors je soigne ma fonction maternelle.
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Difficultés et Soutien Psychothérapeutique
Les difficultés de la vie du jeune parent constituent des étapes, qui, tant qu’elles restent modérée dans leurs conséquences psychiques, sont courantes dans la constitution du statut de parent. Tout comme l’accouchement, ce passage initiatique ne se fait pas sans douleur et le stress dû à la gestion du quotidien d’un nouveau-né, avec son lot d’inquiétudes qui deviennent vite vitales, font souvent côtoyer aux jeunes parents l’angoisse. A cela s’ajoute une réalité sociétale qui touche particulièrement les couples aujourd’hui : celle de l’éclatement des familles claniques au profit de la famille nucléaire, favorisant l’isolement des jeunes parents.
Blessures Non Conscientisées et Relation Mère-Enfant
La périnatalité constitue une période de passage, de transmission, qui peut révéler des blessures non conscientisées. Au-delà des angoisses quotidiennes de la jeune mère, certaines situations particulièrement difficiles à vivre peuvent s’exprimer par les difficultés du bébé à manger ou à dormir, par exemple. On va pouvoir regarder le bébé en lui-même pour tenter de comprendre ces symptômes (pourquoi il prend mal le sein, par exemple), et on va pouvoir aussi s’intéresser à la relation de la mère et de son enfant, à savoir si « l’accordage » mère-enfant se met en place harmonieusement, ou si, à cet endroit, il y a des difficultés, des blocages. Cette relation est le réceptacle du type d’attachement de la mère elle-même, de son histoire affective. Il est intéressant, dans le cadre d’un soutien psychothérapeutique, de regarder comment se manifeste ce lien actuel. Et de permettre un espace d’exploration pour les jeunes mères de leur propre histoire, de celle de leur liens. Comment les angoisses, les difficultés se manifestent-elle ? Parfois, ces manifestations viennent témoigner de traumatismes restés « béants », et non conscientisés, transmis de générations en générations de mères.
Interventions et Prise en Charge
Ainsi, l’équipe mobile du Dispositif de Soins Périnatalité - Petite Enfance du pôle de psychiatrie publique pour enfants, adolescents et familles 59I03 s’adresse aux femmes enceintes et aux enfants de la naissance à 6 ans. Les équipes mobiles sont interpellées par les centres hospitaliers mais aussi par leurs multiples partenaires quand une situation inquiétante est repérée. Spécifiques mais complémentaires, elles interviennent quotidiennement pour une réactivité optimale afin d’évaluer les demandes et de proposer au plus vite une prise en charge.
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