L'interruption volontaire de grossesse (IVG), ou avortement, est une décision complexe avec des implications à la fois physiques et psychologiques. Si l'accès à l'IVG est un droit fondamental pour les femmes, il est essentiel de comprendre les potentielles conséquences, en particulier dans le cas d'avortements répétés. Cet article vise à explorer ces conséquences, en s'appuyant sur des études scientifiques et des témoignages, afin de fournir une information complète et nuancée.
Examen Médical Après une IVG
Après une IVG, des examens médicaux sont effectués pour s'assurer que la grossesse est bien interrompue. En plus de l'examen clinique, le médecin ou la sage-femme peut proposer une prise de sang pour doser les β-hCG ou une échographie. Ces examens et consultations sont pris en charge à 100% par l'Assurance maladie, sans avance de frais, que la patiente soit majeure ou mineure.
Risques Physiques Potentiels
Bien que l'IVG soit généralement une procédure sûre, réalisée dans des conditions médicales appropriées, il existe des risques physiques potentiels, surtout en cas d'IVG répétées.
- Infertilité: Le risque d'infertilité n'est pas directement lié à l'IVG elle-même, mais peut être une conséquence de complications rares telles que l'infection ou des lésions à l'utérus lors de l'aspiration. Ces complications sont rares lorsque l'IVG est pratiquée dans des conditions sécurisées avec du personnel formé et du matériel stérile. Des études ont montré qu'il n'y a pas d'augmentation du risque d'infertilité dans les pays où l'IVG est légale, même chez les patientes ayant eu plusieurs IVG.
- Saignements: Après une IVG, les saignements peuvent être plus abondants que les règles habituelles pendant les premiers jours et peuvent durer de quelques jours à trois semaines.
- Complications lors de Grossesses Ultérieures: Un travail de recherche de 2012 a mis en évidence un risque accru d'hypotrophie et de prématurité chez les femmes ayant subi trois avortements ou plus, en particulier s'il s'agissait d'IVG chirurgicales.
Impact Psychologique : Démêler les Idées Reçues
L'impact psychologique de l'IVG est un sujet complexe et souvent controversé. Il est important de distinguer les faits des idées reçues.
- Le Syndrome Post-Avortement : Un Mythe ? L'idée d'un "syndrome post-avortement" circule, notamment sur internet, avec des descriptions de symptômes tels que la perte d'estime de soi, les troubles alimentaires, les troubles du sommeil, la dépression et les pensées suicidaires. Cependant, les grandes revues médicales sont formelles : ce syndrome n'existe pas en tant qu'entité clinique reconnue.
- Une Expérience Personnelle et Variable : Le vécu d'une IVG est personnel et varie d'une femme à l'autre. Le contexte de sa réalisation et l'accompagnement autour de l'IVG peuvent avoir un impact psychologique significatif. Les discours moralisateurs ou culpabilisants peuvent également contribuer à un mauvais vécu de l'IVG.
- Deuil et Perte : Carlo V. Bellieni, néonatalogiste, souligne que la perte d'un enfant avant la naissance, qu'il s'agisse d'une fausse couche ou d'un avortement, est traumatisante et nécessite un deuil. Certaines études indiquent que le deuil peut être plus lourd en cas d'avortement, car il est culturellement et socialement moins accepté d'élaborer un deuil sur une mort due à un avortement.
- Troubles Psychiques Après un Avortement Spontané: Une étude a confirmé la fréquence élevée des troubles psychiques survenant après un avortement spontané, qu'il s'agisse d'anxiété, de symptômes dépressifs et, tout particulièrement, de stress post-traumatique.
Facteurs Influençant le Vécu Psychologique
Plusieurs facteurs peuvent influencer la façon dont une femme vit un avortement :
Lire aussi: L'avortement aux États-Unis : une analyse juridique
- Le Soutien Social : L'absence de soutien de la part du partenaire, de la famille ou des amis peut rendre l'expérience plus difficile.
- Les Difficultés Matérielles : Les problèmes financiers ou logistiques liés à l'IVG peuvent augmenter le stress et l'anxiété.
- La Culpabilisation : La culpabilisation par l'entourage ou par la société peut avoir un impact négatif sur le bien-être psychologique de la femme.
- Les Antécédents de Violence : Les femmes ayant subi des violences conjugales peuvent être plus vulnérables aux conséquences psychologiques négatives de l'IVG.
L’Avortement Répété : Quelles Spécificités ?
Une étude a interrogé des femmes ayant recours d’une manière répétée à l’avortement (entre 2 et 7 IVG au moment de l’entretien) et a permis de mettre en lumière plusieurs facteurs :
- Problèmes de Contraception : Plusieurs femmes ont été confrontées à des effets indésirables avec différentes méthodes de contraception hormonales ou avec le DIU au cuivre, et ont décidé d’arrêter ces méthodes. D'autres se sont tournées vers des méthodes peu fiables.
- Maladies Chroniques : Plusieurs des femmes suivies étaient atteintes de maladies chroniques, physiques ou psychiques.
- Violences Conjugales : Une proportion significative des femmes interrogées ont subi des violences conjugales.
- Addiction à l'Avortement : Le Dr Pascale Pissochet explique qu’il existe une forme d’addiction à l’avortement. Le fait même d’avoir souffert à cause d’une IVG peut inciter certaines femmes à reproduire cet acte, pour essayer de changer ce qu’elles ont vécu, ou pour se donner la preuve que ce n’est pas un acte grave.
Contraception Après une IVG : Un Choix Essentiel
Après une IVG, il est crucial de choisir une méthode de contraception adaptée pour éviter une nouvelle grossesse non désirée.
- Information et Choix : Au cours des consultations pour l'IVG, les femmes reçoivent des informations détaillées sur les méthodes contraceptives disponibles et peuvent discuter avec le médecin ou la sage-femme pour choisir celle qui leur convient le mieux.
- Méthodes Disponibles : Toutes les méthodes contraceptives sont possibles après une IVG, sauf cas particulier. Un dispositif intra-utérin (DIU) peut être posé immédiatement après l'IVG instrumentale ou lors de la visite de suivi pour une IVG médicamenteuse. Une contraception hormonale (pilule, patch, implant, injection) peut être débutée le jour même ou le lendemain d'une IVG instrumentale, ou le jour de la prise de misoprostol pour une IVG médicamenteuse. Les préservatifs peuvent être utilisés dès la reprise des rapports sexuels.
- Contraception Gratuite ou Remboursée : Pour les femmes de moins de 26 ans avec une couverture sociale, certains contraceptifs sont délivrés en pharmacie sur prescription médicale avec une prise en charge à 100% et sans avance de frais. Les centres de santé sexuelle délivrent gratuitement des contraceptifs aux mineures désirant garder le secret et aux personnes ne bénéficiant pas d'une couverture sociale.
Quand Reprendre une Vie Sexuelle Normale ?
Il est conseillé d’attendre une dizaine de jours avant la reprise des rapports sexuels avec pénétration après une IVG. En effet, si le col de l’utérus n’est pas refermé, il existe un risque que des germes puissent remonter du vagin vers l’utérus et soient à l’origine d’une infection. Pour les mêmes raisons, il est également recommandé de ne pas utiliser de tampons durant cette période. Si vous ne souhaitez pas de grossesse, il est nécessaire d’utiliser une contraception dès la reprise des rapports sexuels après une IVG (une grossesse est possible même avant la reprise de vos règles).
Quand Réapparaissent les Règles Après l'Intervention ?
Après une IVG, les règles reviennent généralement dans les 4 à 6 semaines. Cela peut varier en fonction du type de contraception choisi et du moment où elle a été débutée. Avec une pilule oestro-progestative, les règles surviendront à la fin de la première plaquette. Avec un DIU hormonal, les règles peuvent être irrégulières ou absentes.
Soutien Psychologique : Une Ressource Précieuse
Il est important de reconnaître que certaines femmes peuvent avoir besoin d'un soutien psychologique après une IVG, qu'elle soit unique ou répétée.
Lire aussi: Tout savoir sur les caillots après une interruption de grossesse
- Consultation Psychologique : Les femmes qui ressentent des difficultés émotionnelles après une IVG peuvent se tourner vers un psychologue ou vers des associations comme le Planning familial, qui peuvent apporter un soutien important. Un accompagnement psychologique par un professionnel peut également être mis en place à plus long terme si nécessaire.
- Légitimer la Douleur Morale : Il est essentiel de légitimer la douleur morale liée à la perte du fœtus et de mettre en place des rituels laïques ou religieux pour ceux qui le souhaitent.
Lire aussi: Front Uni pour l'Avortement
tags: #conséquences #physiques #et #psychologiques #de #plusieurs
