Les droits sexuels et reproductifs sont en constante évolution au sein de l'Union européenne, mais demeurent un sujet de discussion controversé, suscitant des débats intenses. Ces droits, bien que fondamentaux, sont loin d'être universellement garantis et font face à des remises en question régulières.

Un symposium pour éclairer le débat

Le 1er décembre 2023, le Programme de recherche et d’enseignement des savoirs sur le genre (PRESAGE) de Sciences Po a organisé un Symposium sur les droits sexuels et reproductifs en Europe. Cet événement scientifique, organisé par Hélène Périvier, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), et Hazal Atay, post doctorante au Laboratoire interdisciplinaire d'évaluation des politiques publiques (LIEPP), visait à mieux comprendre les enjeux et les perspectives liés à l'avortement.

Pourquoi un tel symposium ?

Hélène Périvier souligne que, au niveau international, des forces conservatrices opposées aux droits reproductifs, en particulier au droit à l'avortement, se sont renforcées au cours des deux dernières décennies. Ces forces, bien organisées et financées, cherchent à convaincre que les droits reproductifs, et plus largement les droits des femmes et des personnes LGBTQI+, représentent une régression pour les sociétés modernes. La recherche a donc un rôle essentiel à jouer pour soutenir les mouvements progressistes et démontrer que ces droits sont essentiels pour l’égalité. Le droit de contrôler son propre corps est une condition nécessaire pour garantir les droits politiques, sociaux et économiques.

Hazal Atay ajoute que des changements significatifs ont eu lieu dans le paysage juridique et politique autour du droit à l’avortement pendant et depuis la pandémie de Covid-19. La France a été l'un des premiers pays, avec le Royaume-Uni, à autoriser l'avortement médical par téléconsultation pour garantir l'accès à l'avortement pendant la pandémie et au milieu des confinements.

L'importance d'une approche interdisciplinaire

L'accès à l’avortement est un droit humain fondamental, crucial pour l'autonomisation économique et sociale des femmes. Hazal Atay insiste sur la nécessité de dépasser le cadre médico-légal ou le dilemme moral pour comprendre le rôle de l'avortement dans la vie des gens et son impact sur les sociétés. Cela nécessite une approche interdisciplinaire, intégrant des perspectives scientifiques, féministes et les expériences des femmes elles-mêmes. Le concept de justice reproductive encourage à dépasser le “paradigme du choix” dominant, en élargissant le champ de réflexion.

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Une perspective internationale

L'avortement reste criminalisé dans la plupart des régions du monde et demeure un "droit fragile", même dans les pays où il est légalisé ou dépénalisé. La décision de la Cour suprême des États-Unis en 2022, annulant la constitutionnalité du droit à l'avortement, a démontré que les droits à l'avortement et l'accès à celui-ci ne peuvent être considérés comme acquis. Hazal Atay souligne que les lois et politiques en matière d'avortement ne sont pas seulement déterminées au niveau national, mais sont également influencées par des dynamiques internationales. D'une part, des pays comme les États-Unis, le Honduras, la Hongrie, la Pologne et le Turkménistan restreignent les droits et / ou l'accès à l'avortement. D'autre part, des pays comme le Népal, l'Argentine, le Mexique, etc., élargissent les droits et l'accès à l'avortement.

La France : un droit en constante consolidation

En France, le droit à l'avortement a connu des avancées significatives, notamment avec l'inscription de l'IVG comme liberté garantie dans la Constitution. Cette inscription est le résultat d'un long combat mené par des femmes et des hommes engagés, et elle témoigne de l'importance accordée à ce droit fondamental.

Les figures emblématiques de la lutte pour l'IVG

Des figures emblématiques comme Gisèle Halimi et Simone Veil ont joué un rôle crucial dans la dépénalisation et la légalisation de l'avortement en France. Gisèle Halimi, avocate et féministe, s'est battue pour la dépénalisation de l'avortement et pour l'émancipation des femmes. Simone Veil, ministre de la Santé, a porté la loi qui a légalisé l'avortement en 1975, malgré une forte opposition.

La loi Veil : une étape décisive

La loi Veil, promulguée le 17 janvier 1975, a marqué une étape décisive dans la reconnaissance du droit à l'avortement en France. Elle a autorisé l'IVG dans un délai de dix semaines de grossesse, sur simple demande à un médecin. Cette loi a été rendue définitive par la loi du 31 décembre 1979.

Les défis persistants

Malgré les avancées législatives, le droit à l'avortement reste un droit fragile, même en France. Des obstacles persistent, tels que le manque d'accès à l'IVG dans certaines régions, les difficultés financières rencontrées par certaines femmes et les pressions exercées par des groupes anti-avortement.

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L'avortement clandestin : un passé douloureux

Avant la légalisation de l'avortement, de nombreuses femmes ont eu recours à des avortements clandestins, souvent dans des conditions dangereuses et traumatisantes. L'Institut national de l’audiovisuel (INA) a lancé un recueil de témoignages inédits autour du vécu ordinaire de l’avortement avant sa légalisation en France. Ces témoignages poignants révèlent la peur, la solitude, la honte et la détermination des femmes qui ont vécu cette expérience. Ils soulignent également l’ampleur des violences physiques, psychologiques et parfois sexuelles que ces femmes ont eu à subir.

"Il suffit d'écouter les femmes"

Le documentaire "Il suffit d'écouter les femmes", réalisé par Sonia Gonzalez, donne la parole à ces femmes qui ont vécu l'avortement clandestin. Le film, enrichi d’archives et de films générationnels, est nourri des témoignages d’une quinzaine de femmes, issues de tous les territoires et de tous les milieux sociaux. Elles racontent la peur, la solitude, la honte, la détermination, aussi. Elles disent les pièces sans fenêtre et les tables de cuisine en Formica. Le charcutage : « Un curetage à vif, c’est abominable : on vous griffe le ventre », dit l’une d’entre elles.

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