Introduction

L'histoire du Mouvement pour la Liberté de l'Avortement et de la Contraception (MLAC) en France est intrinsèquement liée à l'évolution des droits des femmes et à la bataille pour la légalisation de l'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG). Cet article explore cette histoire, en mettant en lumière les luttes, les acteurs clés et les étapes qui ont mené à la constitutionnalisation de la « liberté garantie » pour une femme d’avoir recours à une IVG.

Le Contexte Historique : Interdiction et Clandestinité

Jusqu'à la loi Veil de 1975, l'avortement était considéré comme un crime ou un délit en France, et ce, pendant plus de quatre siècles, depuis un édit de 1556. La loi de 1920 a renforcé l’interdiction de la contraception, de l’avortement et de la propagande, pénalisant hommes et femmes avec des peines de prison et des amendes. Sous le régime de Vichy, cette loi est devenue encore plus répressive.

Dans ce contexte d'illégalité, les femmes étaient contraintes d'avorter clandestinement, souvent dans des conditions dangereuses. Elles recouraient à des méthodes risquées, utilisant des objets du quotidien tels que des aiguilles à tricoter, des baleines de parapluie ou des scoubidous. Les conséquences étaient souvent dramatiques : septicémie, embolie gazeuse, infections, perforation de l’utérus, voire la mort.

Xavière Gauthier, dans son ouvrage "Avortées clandestines", donne la parole à ces femmes qui ont avorté dans l’illégalité jusqu’en 1975, faisant ainsi vivre cette mémoire.

L'Émergence des Mouvements Féministes et la Question de l'Avortement

Au tournant des années 1970, le mouvement féministe se déploie et pose la question de l’avortement dans le débat public, renversant le stigmate associé à cet acte. Des organisations comme le Mouvement de Libération des Femmes (MLF) revendiquent le droit à l'avortement libre et gratuit au nom de la libre disposition de leur corps par les femmes.

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En 1971, le manifeste des 343 femmes ayant déclaré avoir avorté, publié par Le Nouvel Observateur, marque un tournant. Parmi ces femmes figuraient des personnalités comme Simone de Beauvoir, Marguerite Duras et Françoise Sagan. Elles déclaraient avoir avorté malgré les risques encourus et réclamaient l'avortement libre.

Le mouvement Choisir, fondé par Gisèle Halimi, se distingue du MLF en étant dans une pratique de terrain et en donnant moins d’importance à la tendance psychanalyste. Il vient en aide aux femmes qui souhaitent avorter et milite pour l'abrogation de la loi de 1920.

Le MLAC : Action et Illégalité pour la Légalisation

Créé en 1973, le Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception (MLAC) regroupait des militants du Planning familial, du MLF et du Groupe Information Santé (GIS). Son but était de légaliser l’IVG en France.

Le MLAC aidait les femmes à avorter en France ou à l’étranger, organisant des voyages en Angleterre et en Hollande, où l’avortement thérapeutique était autorisé. De nombreux groupes locaux pratiquaient illégalement l’avortement par aspiration, aussi appelé « méthode Karman ». Ces collectifs défiaient le pouvoir politique en bafouant ouvertement la loi de 1920, dans l’espoir de provoquer le changement.

La Loi Veil : Un Compromis Historique

Dans ce contexte de revendications et de contestations, Simone Veil, ministre de la Santé, est chargée par le président Valéry Giscard d'Estaing de porter un projet de loi sur l'IVG.

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La loi Veil, adoptée en 1975, dépénalise l'avortement, autorisant l'IVG dans un délai de 10 semaines de grossesse si la femme se trouve en « situation de détresse ». Il ne s’agit donc pas d’une liberté sans condition, mais la femme reste la seule juge de son état.

Ce texte est un compromis, encadrant strictement la procédure d’accès à l’avortement et mettant en place des mesures dissuasives. Il prévoit un temps obligatoire de réflexion et réaffirme la clause de conscience pour les professionnels de santé opposés à la pratique de l’IVG.

Les Évolutions Légales Post-Veil : Vers un Droit Renforcé

Après la loi Veil, des lois successives ont permis d'élargir et d'améliorer le cadre de prise en charge de l'avortement. En 1982, le remboursement partiel des actes d'IVG par la Sécurité sociale est instauré.

La loi du 4 juillet 2001 allonge le délai légal de 10 à 12 semaines de grossesse. En 2014, la loi pour l'égalité réelle entre les femmes et les hommes supprime la notion de détresse des conditions de recours à l'IVG et étend le délit d'entrave à l'IVG à l'accès à l'information.

En 2022, le délai légal est à nouveau prolongé à 14 semaines de grossesse. La même année, les sages-femmes sont autorisées à pratiquer des IVG instrumentales en établissement de santé (expérimentation en cours).

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La Constitutionnalisation du Droit à l'IVG : Une Victoire Historique

Le 4 mars 2024, le Parlement français réuni en Congrès à Versailles vote l’inscription dans la Constitution de la « liberté garantie » pour une femme d’avoir recours à une IVG. La France devient ainsi le premier pays au monde à constitutionnaliser la liberté de recourir à l’IVG.

Ce vote historique est un point culminant pour les droits des femmes et un témoignage des années de campagne inlassable de tant de personnes. Il constitue un rempart important contre les mouvements anti-droits de plus en plus virulents.

Les Défis Persistants et la Vigilance Nécessaire

Malgré ces avancées, le droit à l'IVG reste fragile et doit être constamment défendu. Comme le souligne Bibia Pavard, c’est une loi de compromis qui n’établit pas un droit, et comme tous les droits, il peut être supprimé brutalement ou entaillé petit à petit, indirectement.

Il est donc essentiel de rester vigilant et de poursuivre la lutte pour garantir l'accès à l'IVG pour toutes les femmes, en France et dans le monde.

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