L’interruption volontaire de grossesse (IVG) est un droit fondamental pour les femmes en France. La loi du 2 mars 2022 a étendu ce droit en portant le délai légal de recours à l'IVG de 12 à 14 semaines de grossesse. Une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) révèle des tendances significatives concernant le recours à l’IVG, les méthodes utilisées et les lieux de réalisation. Cet article examine en détail les chiffres et les évolutions récentes, en mettant en lumière les disparités territoriales et les facteurs socio-économiques qui influencent ces pratiques.

Hausse du nombre d'IVG en 2024

En 2024, la France a enregistré 251 270 IVG, soit 7 000 de plus qu'en 2023. Ce chiffre inclut 16 370 IVG concernant des résidentes des départements et régions d’outre-mer (DROM), y compris Mayotte. Cette augmentation fait suite à une baisse notable en 2020 et 2021, liée à la pandémie de Covid-19. Le taux de recours à l’IVG s’établit à 17,3 pour 1 000 femmes âgées de 15 à 49 ans en 2024, contre 16,8 pour 1 000 en 2023. Dans les DROM, le taux reste élevé, passant de 32,3 pour 1 000 en 2023 à 32,2 pour 1 000 en 2024.

Évolution des taux de recours par âge

Les taux de recours à l’IVG augmentent pour toutes les classes d’âge. Le taux le plus élevé est observé chez les femmes de 25 à 29 ans, avec 29,8 pour 1 000 en 2024 contre 29,4 en 2023. Chez les moins de 20 ans, le taux de recours demeure plus faible qu’il y a dix ans (5,5 pour 1 000 contre 8,7 pour 1 000). Le Dr Jeanne Fresson de la Drees souligne que l’augmentation du recours à l’IVG ne concerne pas toutes les tranches d’âge, car le taux diminue chez les plus jeunes (15-19 ans) par rapport à 1990.

Disparités territoriales

Les disparités territoriales restent marquées en France. Le taux de recours à l’IVG est deux fois plus élevé dans les DROM qu’en métropole. Les taux varient du simple au quadruple entre les Pays de la Loire et la Guyane. En France métropolitaine, ils oscillent entre 12,4 pour 1 000 dans les Pays de la Loire et 23,1 pour 1 000 en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Dans les DROM, les taux fluctuent entre 19,0 pour 1 000 à Mayotte et 46,5 pour 1 000 en Guyane.

La Drees prévoit d’explorer plus précisément l’hypothèse de la précarité pour expliquer ces disparités. Une étude de 2019 a révélé que les 10 % des femmes ayant les niveaux de vie les plus élevés ont un taux de recours à l’IVG inférieur de 11 points à celui des 10 % des femmes ayant les niveaux de vie les plus faibles.

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Méthodes d’IVG : prédominance de la méthode médicamenteuse

En France, il existe deux types d’IVG : médicamenteuse et instrumentale (chirurgicale). L’IVG médicamenteuse consiste à prendre des médicaments qui provoquent l’interruption de la grossesse et l’expulsion de l’embryon. L’IVG instrumentale repose sur la dilatation du col et l’évacuation du contenu utérin par aspiration.

Depuis 2005, et l’autorisation de sa pratique hors établissement de santé, l’IVG est de plus en plus souvent réalisée de façon médicamenteuse, seule méthode permise hors établissement (excepté dans certains centres de santé où la méthode instrumentale peut être utilisée, ce qui concerne moins de 200 IVG). Par ailleurs 64 % des IVG en établissement sont désormais pratiquées par voie médicamenteuse. Ainsi en 2024 45 % des IVG sont réalisées hors des établissements de santé, et la méthode médicamenteuse concerne 80 % de l’ensemble des IVG.

La part de l’IVG médicamenteuse a considérablement augmenté depuis 1995, passant de 16 % à 78 % en 2022. En 2022, 38 % des IVG étaient réalisées en ville par méthode médicamenteuse, 40 % à l’hôpital par méthode médicamenteuse et 22 % par méthode chirurgicale.

Lieux de réalisation des IVG

Jusqu’en 2005, toutes les IVG étaient réalisées au sein d’établissements de santé. Depuis, la part des IVG réalisées hors des établissements de santé n’a cessé d’augmenter, représentant 45 % en 2024. En 2022, 38 % des IVG étaient réalisées en ville. Parmi les IVG réalisées en établissement de santé, 91 % se déroulent dans le secteur public, 3 % dans le secteur privé non lucratif et 6 % dans le secteur privé à but lucratif.

La pratique de l’IVG par les sages-femmes libérales, autorisée depuis 2016, s’est beaucoup développée. En 2024, 1 442 sages-femmes, 900 gynécologues ou gynéco-obstétriciens et 920 médecins généralistes ont réalisé des IVG en cabinet libéral. Les sages-femmes ont réalisé la moitié des IVG en cabinet libéral.

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Impact de l’allongement du délai légal

L’allongement du délai légal de recours à l’IVG de 12 à 14 semaines de grossesse en mars 2022 a eu un impact limité sur le nombre total d’IVG. En établissement de santé, trois IVG sur quatre sont réalisées avant 10 semaines d’aménorrhée (SA). Les IVG dites tardives, réalisées à partir de 12 SA, représentent 9,8 % de l’ensemble des IVG hospitalières. Cet allongement a permis un recours plus tardif à l’IVG sans avoir à se déplacer dans une clinique à l’étranger.

Facteurs explicatifs de l’augmentation du recours à l’IVG

Plusieurs facteurs peuvent expliquer l’augmentation du recours à l’IVG :

  • Contexte socio-économique : La dégradation du contexte socio-économique peut inciter les femmes à recourir à l’IVG, en particulier dans les tranches d’âge où la fécondité est la plus élevée.
  • Manque d’information sur la contraception : Le Planning familial déplore le manque d’informations sur la contraception et l’absence de campagnes nationales depuis dix ans.
  • Accès aux soins : L’amélioration de l’accès aux soins, notamment grâce à la diversification des lieux et des professionnels pratiquant l’IVG, facilite le recours à cette intervention.
  • Allongement du délai légal : L’allongement du délai légal de 12 à 14 semaines de grossesse permet aux femmes d’avoir plus de temps pour prendre leur décision.
  • Évolution des modes de contraception : Un moindre recours à la pilule et une augmentation de l’utilisation du DIU (dispositif intra-utérin ou stérilet) peuvent influencer le recours à l’IVG.

Téléconsultation et IVG médicamenteuse

Les médecins et les sages-femmes peuvent recourir à la téléconsultation pour réaliser tout ou partie des consultations prévues dans le cadre du parcours d’IVG médicamenteuse. Toutefois, la téléconsultation ne peut être imposée et nécessite le consentement libre et éclairé de la patiente. Lorsque les médicaments nécessaires à une IVG médicamenteuse sont prescrits lors d'une téléconsultation, le professionnel de santé établit l’ordonnance et la transmet à la pharmacie choisie par la patiente. Près de 1 600 médicaments ont été remis directement à la femme par une pharmacie dans le cadre d’une IVG en téléconsultation.

Obstacles persistants et perspectives

Malgré les avancées, des obstacles persistent pour l’accès à l’IVG. Les disparités territoriales, les délais d’attente et le manque d’information sur la contraception restent des défis à relever. Le ministère de la Santé reconnaît l’existence de « zones de tensions » identifiées localement, mais assure qu’il n’existe pas de « zone blanche » en termes d’accès à l’IVG.

Le projet de loi d’inscription de l’IVG dans la Constitution, présenté en Conseil des ministres, témoigne de la volonté politique de renforcer ce droit fondamental. En améliorant l’accès à l’information, en réduisant les inégalités territoriales et en garantissant des soins de qualité, il est possible de permettre à toutes les femmes d’exercer pleinement leur droit à l’interruption volontaire de grossesse.

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