L'interruption volontaire de grossesse (IVG) médicamenteuse est une méthode légale en France depuis 1974 pour mettre fin à une grossesse non désirée. Cet article vise à informer sur les risques, les effets secondaires et les aspects à considérer après une IVG médicamenteuse.
Cadre Législatif et Accès à l'IVG en France
En France, l'IVG est légale depuis la loi Veil votée en 1974, modifiée en 2001. Elle est autorisée pour mettre fin à une grossesse non désirée. Le délai d’intervention est de 14 semaines d’absence de règles comme en Allemagne, en Italie, en Belgique ou encore en Grèce. En France, le délai de réflexion de sept jours avant l’IVG n’est désormais plus obligatoire et le consentement parental n’est plus un préalable obligatoire pour les mineures. Malgré le nombre croissant et l’efficacité des méthodes de contraception hormonale, le nombre d’IVG n’a guère baissé en trente ans en France. L’interruption de grossesse est également autorisée, sans délai limite d’intervention, lors de malformations fœtales importantes ou de maladie grave de la mère. On parle alors d’interruption médicale de grossesse (IMG).
L'IVG médicamenteuse peut être réalisée jusqu'à 7 semaines de grossesse (soit 9 semaines après le début des dernières règles). Elle peut être pratiquée en cabinet médical, dans un centre de planification ou un centre de santé, ou encore à l'hôpital.
Déroulement de l'IVG Médicamenteuse
La méthode médicamenteuse implique la prise de deux médicaments :
- Mifépristone (MIFEGYNE) : Ce médicament bloque l'action de la progestérone, une hormone essentielle au maintien de la grossesse.
- Misoprostol (GYMISO ou MISOONE) : Pris 24 à 48 heures après la mifépristone, ce médicament provoque des contractions utérines pour expulser l'œuf. Lorsque l’IVG médicamenteuse est réalisée à l’hôpital, le géméprost par voie vaginale (CERVAGEME) peut être utilisé à la place du misoprostol.
Ces médicaments peuvent être prescrits par un médecin ou une sage-femme, dans un centre de planification, dans un centre de santé ou en téléconsultation. Ils peuvent être pris dans un centre de soins ou, si la femme le souhaite, à domicile, à un moment adapté à son emploi du temps.
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L’hémorragie vaginale survient le plus souvent dans les 3 ou 4 heures qui suivent la prise du second médicament. Il est recommandé de ne pas être seule à son domicile à ce moment là. Il existe un petit risque d’échec ; en l’absence de saignement, il faut consulter un médecin.
Alternatives : L'IVG Chirurgicale
La méthode chirurgicale consiste dans l’aspiration du contenu de l’utérus sous anesthésie locale ou générale. L’aspiration est précédée d’une préparation du col de l’utérus par la prise de mifépristone (MIFEGYNE) 38 à 48 heures avant ou de misoprostol (GYMISO ou MISOONE) 3 à 4 heures avant ou de géméprost (CERVAGEME) 3 heures avant. Une courte hospitalisation (souvent seulement de quelques heures) est nécessaire pour pratiquer l’intervention. Une visite de contrôle est nécessaire 2 à 3 semaines après l’intervention.
Effets Secondaires et Risques de l'IVG Médicamenteuse
L'IVG médicamenteuse peut entraîner divers effets secondaires, dont :
- Douleurs : Dans le cas d’une IVG médicamenteuse, les douleurs peuvent être très intenses (entre 8 et 10 sur une échelle de 10) avec un pic au troisième jour après la prise du premier médicament. Pour soulager la douleur, il est possible d’avoir recours à un antalgique ou à des antispasmodiques prescrits par le médecin.
- Saignements : Les saignements peuvent être importants au moment de l’expulsion de l’œuf et ne pas être compatibles avec les activités professionnelles. Les saignements après une IVG peuvent être un peu plus abondants que les règles habituelles dans les premiers jours. Ils durent de quelques jours à 3 semaines.
- Nausées et vomissements : Ces symptômes peuvent survenir après la prise de misoprostol.
- Diarrhées : Certaines femmes peuvent éprouver des diarrhées.
- Fièvre et frissons : Ces symptômes sont généralement temporaires.
Bien que rare, des complications peuvent survenir :
- Hémorragie importante : Nécessitant parfois une intervention médicale.
- Infection : Si des signes d'infection apparaissent (fièvre, douleurs abdominales persistantes, pertes vaginales anormales), il est impératif de consulter un médecin.
- Échec de l'IVG : Dans environ 5% des cas, l'IVG médicamenteuse peut échouer et nécessiter une aspiration chirurgicale. Il existe un petit risque d’échec ; en l’absence de saignement, il faut consulter un médecin.
En cas de fièvre, de pertes de sang importantes ou de fortes douleurs abdominales dans les jours qui suivent l’IVG chirurgicale, il est recommandé d’appeler rapidement l’établissement où a eu lieu l’IVG.
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Suivi Médical Après une IVG
Après l’IVG les examens médicaux ont pour objectif de vérifier que la grossesse est bien interrompue. En plus de l’examen clinique qui peut être réalisé, si la consultation est en présentiel, le médecin ou la sage-femme pourra vous proposer de réaliser une prise de sang pour doser les β-hCG ou une échographie. Tous ces examens et consultations sont pris en charge à 100% par l’Assurance maladie sans aucune avance de frais que vous soyez majeure ou mineure.
Les symptômes de grossesse (nausées ou sensibilité des seins) disparaissent généralement quelques jours après l’IVG médicamenteuse ou instrumentale.
Un test de grossesse peut rester positif jusqu’à trois semaines après une IVG. C’est la visite de contrôle qui permettra de confirmer que l’IVG a fonctionné.
Après une IVG les règles reviennent généralement dans les 4 à 6 semaines. Cela peut varier en fonction du type de contraception que vous avez choisi d’utiliser et du moment où vous l’avez débutée. Avec une pilule oestro-progestative par exemple, les règles surviendront à la fin de la première plaquette. Avec un DIU hormonal les règles peuvent êtres irrégulières ou absentes.
Impact Psychologique et Soutien
Parmi les idées reçues qui circulent autour de l’IVG, on retrouve fréquemment l’existence d’un syndrome post avortement. Pourtant, de nombreuses études scientifiques fiables ont montré que l’IVG n’est pas à l’origine de troubles psychologiques spécifiques. Le vécu d’une IVG est personnel et varie d’une femme à l’autre. C’est souvent le contexte de sa réalisation et l’accompagnement autour de l’IVG qui peuvent avoir un impact psychologique. Par ailleurs, les discours moralisateurs ou culpabilisants peuvent contribuer au mauvais vécu d’une IVG.
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Il est important de noter que l'IVG n'entraîne pas de stérilité si elle est réalisée dans des conditions médicales appropriées. Le risque d’infertilité est souvent pointé comme une complication à long terme de l’interruption volontaire de grossesse. Ce risque n’est pas lié à la réalisation de l’IVG en tant que telle mais peut être une conséquence des éventuelles complications qui y sont associées (infection, lésions au niveau de l’utérus lors de l’aspiration, etc).
Toutefois, ces complications sont rares quand l’IVG est réalisée dans des conditions sécurisées (personnel formé, matériel stérile, établissement équipé, etc.) comme c’est le cas en France. Le risque de survenue de complications lors de la réalisation d’une IVG n’est pas supérieur à celui d’un avortement spontané ou d’une grossesse menée à terme. D’après les études qui ont évalué le risque d'infertilité après une IVG, il n'y a pas d'augmentation du risque dans les pays où la pratique de l’IVG est légale. Ce risque n’est pas plus important chez les patientes ayant eu deux IVG ou plus.
Vous pouvez également vous tourner vers un psychologue ou encore vers des associations, comme le Planning familial, qui peuvent vous apporter un soutien important. A plus long terme, un accompagnement psychologique par un professionnel peut également être mis en place si vous en ressentez le besoin.
Contraception Après une IVG
Après une IVG quelle contraception choisir ? Au cours des différentes consultations effectuées pour réaliser l’IVG, vous recevez une information détaillée sur les méthodes contraceptives disponibles et pouvez échanger avec le médecin ou la sage-femme afin de choisir la contraception qui vous convient le mieux.
Il est conseillé d’attendre une dizaine de jours avant la reprise des rapports sexuels avec pénétration après une IVG. En effet, si le col de l’utérus n’est pas refermé il existe un risque que des germes puissent remonter du vagin vers l’utérus et soient à l’origine d’une infection. Pour les mêmes raisons il est également recommandé de ne pas utiliser de tampons durant cette période. Si vous ne souhaitez pas de grossesse il est nécessaire d’utiliser une contraception dès la reprise des rapports sexuels après une IVG (une grossesse est possible même avant la reprise de vos règles).
Aucune méthode n’est contre-indiquée après une IVG, sauf cas particulier. Seuls les moyens de contraception nécessitant des manipulations vaginales (anneau vaginal, cape cervicale, etc.) ne sont pas recommandés immédiatement après l’intervention, pendant le premier cycle suivant l’IVG.
La contraception que vous avez choisie peut être mise en place dès la réalisation de l’IVG.
Un dispositif intra-utérin (au cuivre ou à la progestérone) peut être posé immédiatement après la réalisation de l’IVG instrumentale (sauf en cas d’épisode infectieux) ou lors de la visite de suivi pour une IVG médicamenteuse.
Une contraception hormonale, œstroprogestative (pilule, patch transdermique) ou progestative (pilule, implant, injection intra musculaire) peut être débutée :
- le jour même ou le lendemain d’une IVG instrumentale ;
- le jour de la prise de misoprostol - prise du 2e médicament - pour une IVG médicamenteuse.
Les préservatifs externes (dits masculins) ou internes (dits féminins) peuvent être utilisés dès la reprise des rapports sexuels. Ce sont les seuls contraceptifs qui protègent des infections sexuellement transmissibles, dont le VIH-Sida.
Remboursement de la Contraception
Sont remboursables par l'Assurance maladie :
- certaines pilules contraceptives ;
- les implants contraceptifs hormonaux ;
- les progestatifs injectables ;
- les dispositifs intra-utérins (DIU) ou stérilets ;
- les diaphragmes ;
- certaines marques de préservatifs externes (masculins).
Pour les femmes de moins de 26 ans avec une couverture sociale, ces contraceptifs sont délivrés en pharmacie sur prescription médicale avec une prise en charge à 100% et sans avance de frais. Concernant les préservatifs externes, ils sont pris en charge à 100% pour tous et toutes jusqu'à 26 ans, sans ordonnance. Le parcours de contraception pour toutes les personnes mineures est protégé par le secret.
Pour les femmes de plus de 26 ans, ces contraceptifs sont remboursés à 65 % par l'Assurance maladie dans les conditions habituelles.
Les centres de santé sexuelle (anciens centres de planification et d’éducation familiale) délivrent à titre gratuit des médicaments ou dispositifs contraceptifs aux mineures désirant garder le secret et aux personnes ne bénéficiant pas d’une couverture sociale.
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