L'interruption volontaire de grossesse (IVG) médicamenteuse est une méthode d'avortement qui consiste à mettre fin à une grossesse non désirée par la prise de médicaments. En France, c'est l'une des deux méthodes autorisées, et elle est même plus pratiquée que l'IVG chirurgicale. Cependant, elle ne convient pas à toutes les situations. Cet article a pour but d'informer sur le déroulement de l'IVG médicamenteuse, les délais pour y recourir, et la gestion de la douleur associée.

Délai Légal et Conditions de Réalisation

Depuis la loi du 2 mars 2022, le délai légal pour une IVG médicamenteuse en ville a été allongé de deux semaines. Ainsi, l'IVG médicamenteuse peut être pratiquée jusqu’à la fin de la 7ème semaine de grossesse, soit 9 semaines après le début des dernières règles (9 semaines d'aménorrhée ou SA). Au-delà de ce délai, seule l'IVG chirurgicale est autorisée en France. Il est important de noter que l’IVG médicamenteuse est prise en charge à 100 % par l’Assurance Maladie pour toutes les personnes assurées sociales, ayant-droits ou bénéficiaires de l'Aide Médicale d'Etat (AME).

L'IVG médicamenteuse peut être réalisée par un médecin ou une sage-femme, que ce soit dans un cabinet de ville, un centre de santé, un centre de planification familiale ayant signé une convention avec un établissement de santé, ou même via une téléconsultation.

Les Étapes Clés de l'IVG Médicamenteuse

La méthode de l’IVG médicamenteuse consiste à provoquer une fausse couche en prenant deux médicaments différents à différents intervalles. Ces derniers ont pour effet d’interrompre la grossesse et d’expulser l’œuf. Le traitement médicamenteux peut donc être effectué dans un cabinet, un centre de santé, au planning familial ou à domicile.

1. Les deux temps préalables à l'IVG : information et recueil du consentement

  • Le temps d'information : La première étape consiste en une consultation avec un médecin ou une sage-femme. Au cours de cette consultation, le professionnel de santé vous informe sur les deux méthodes d’IVG (médicamenteuse ou instrumentale) et vous remet un dossier-guide. Il vous propose également de réaliser un entretien psychosocial (obligatoire pour les mineures) et vous oriente vers un autre professionnel de santé s’il ne pratique pas lui-même l’IVG, en vous remettant une attestation prouvant que vous vous êtes conformée aux étapes préalables à une IVG. La téléconsultation est également possible pour cette étape.
  • Le recueil du consentement : Lors de ce second temps, vous choisissez la méthode d’IVG qui convient le mieux à votre situation personnelle et confirmez votre choix par un écrit. C’est également un moment privilégié avec votre médecin ou sage-femme pour discuter de la méthode contraceptive à mettre en place après l’IVG si nécessaire, et pour vous faire prescrire, si tel est votre choix, un dépistage des infections sexuellement transmissibles, dont l’infection par le VIH, ainsi qu’un dépistage du cancer du col de l’utérus (à partir de 25 ans). Il n’existe pas de délai légal entre les deux temps préalables à l'IVG. Si vous le souhaitez, il est possible de réaliser ces deux temps au cours d’une seule et même consultation.

2. La prise des médicaments

Deux médicaments sont nécessaires pour interrompre la grossesse. Si vous avez choisi la méthode médicamenteuse, vous pouvez choisir de prendre les médicaments en présence du professionnel de santé ou à domicile. Si vous souhaitez réaliser l’IVG à domicile, le professionnel de santé vous remet les médicaments ainsi qu’un mémo pratique dans lequel vous retrouverez toutes les informations utiles concernant la procédure. Si vous avez fait le choix de la téléconsultation, vous devrez récupérer les médicaments en pharmacie. La prescription sera transmise par le médecin ou la sage-femme à la pharmacie de votre choix après vérification de la disponibilité des médicaments.

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  • La prise du premier médicament : la mifépristone (MYFEGINE) Ce médicament débute l’interruption de la grossesse. Il est pris soit à domicile, soit à l’occasion d’une consultation. Il bloque l’action de l’hormone nécessaire au maintien de la grossesse (la progestérone), favorise les contractions de l’utérus et l’ouverture du col utérin. Dès cette première étape, vous pouvez avoir des saignements et des douleurs plus ou moins importants, mais la plupart du temps les saignements commencent après la prise du 2e médicament. Les saignements ne sont pas le signe que la grossesse est arrêtée. Il est donc indispensable de prendre le 2e médicament.
  • La prise du second médicament : le misoprostol (GYMISO) Elle a lieu dans un délai de 24 à 48 heures après la prise du premier médicament. Ce médicament est pris soit à domicile, soit à l’occasion d’une consultation, soit au cours d’une courte hospitalisation. Il augmente les contractions et provoque l’IVG. Les contractions utérines provoquent des douleurs qui ressemblent à celles des règles, parfois plus fortes (douleurs pelviennes), mais qui peuvent être réduites grâce à la prescription d’anti-douleurs. Les saignements souvent assez abondants qui accompagnent l’interruption de la grossesse arrivent parfois très vite après la prise du misoprostol, parfois plus tard. La prise de misoprostol est déconseillée par voie vaginale par les laboratoires (risque de douleurs abdomino pelviennes plus fréquentes).

3. La visite de contrôle

14 à 21 jours après la première prise de médicament, vous devez réaliser une visite de contrôle afin de s’assurer que la grossesse est bien interrompue et qu’il n’y a pas de complications. Lors de cette visite, votre médecin ou sage-femme confirme que la grossesse est bien interrompue grâce à un examen médical et/ou une échographie ou un examen sanguin, vérifie l’absence de complications liées à l’IVG médicamenteuse et évoque si nécessaire les moyens contraceptifs les plus adaptés à votre situation. En cas d’échec de l’IVG (si la grossesse se poursuit), le médecin, ou la sage-femme, vous oriente vers l’IVG instrumentale.

Saignements et Expulsion

Les saignements de la patiente lors d’une interruption de grossesse médicamenteuse peuvent survenir entre 30mn et 3 jours après la prise de médicament. Dans la grande majorité des cas, ils surviennent dans les 2 à 4 heures après la prise du 2ème médicament, le misoprostol. Dans 5% des cas, ces saignements surviennent dès la prise de la mifépristone (prévoir des protections menstruelles dès ce moment). La prise de misoprostol est toujours nécessaire car il peut rester des résidus de grossesse qu’il est important d’évacuer.

Les saignements qui s’ensuivent, plus ou moins importants peuvent durer de 10 à 20 jours. Ils sont comparables ou plus abondants que les règles, plus épais avec des caillots (qui proviennent de la muqueuse utérine). Leur abondance dépend du stade de la grossesse et sont souvent plus abondants après 7 SA (semaines d’aménorrhées) c’est-à-dire 5 semaines de grossesse. On peut parfois voir une boule blanche gélatineuse qui correspond à l’œuf appelé aussi le sac ovulaire dans les saignements.

S’il n’y a pas de saignement à 24h, il faut contacter le ou la médecin ou sage-femme pour avoir une appréciation de la situation. Si aucun saignement ne se déclenche après 24h, il faut reconsulter sans attendre.

Contrôle de l'Efficacité

Le contrôle de l’efficacité de l’IVG médicamenteuse est indispensable car il existe entre 1 à 5% d’échec et ou de complications. Ce contrôle peut se faire par une échographie de contrôle ou par une prise de sang de dosage d’hormones de grossesse (Bêta HCG). Le résultat de cette prise de sang sera encore positif même si l’IVG a fonctionné. La vérification du fonctionnement de l’IVG médicamenteuse peut se faire par comparaison des dosages BHCG pré et post IVG. Lorsque le taux de Bêta HCG (dosage d’hormones de grossesse dans le sang), est inférieur à 2000 mUI/ml 2 semaines après l’IVG cela veut dire que l’avortement à fonctionné. Si le taux de Bêta HCG est supérieur au taux initial : la grossesse est évolutive et l’ivg par médicament n’a pas fonctionné.

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Les règles reviennent généralement 4 à 6 semaines après l’IVG, selon la méthode contraceptive mise en place. Des complications peuvent parfois survenir jusqu’à un mois après l’IVG si la consultation de contrôle n’a pas été réalisée dans de bonnes conditions ou pas faite du tout.

Douleur et Effets Secondaires

Pratiquer une IVG par médicaments peut entraîner des douleurs plus ou moins fortes et qui sont très variables selon les femmes. Ces douleurs sont liées aux contractions que fait l’utérus pour expulser l’œuf. Le rapport à la douleur est variable selon les femmes et pour une même femme selon les situations. Des anti-douleurs (antalgiques de la famille des anti inflammatoires non stéroïdiens couplet avec des anti-douleurs de niveau 2 disponible eux sur ordonnance) sont prescrits systématiquement par le ou la médecin ou sage-femme qui suit l’IVG et la prise de ces cachets est recommandée en prévention de la douleur 30 mn avant la prise de misoprostol.

Selon une étude menée en 2016, 27 % des femmes ayant réalisé une IVG médicamenteuse ont ressenti des douleurs très intenses après la prise du second comprimé. Quelque 83 % ont pris des antidouleurs et 88 % ont ressenti une grande fatigue. D'autres effets secondaires peuvent survenir : nausées, vertiges, maux de tête, diarrhées et vomissements.

Le médecin ou la sage-femme va vous fournir un arrêt de travail, mais vous pouvez vous organiser pour prendre le comprimé un week-end. La perte de sang, la chute d’hormones et la fatigue, sans compter le bouleversement émotionnel pour certaines femmes, peuvent rendre cette journée difficile à vivre. Essayez de la rendre la plus confortable possible.

Complications Possibles

Il peut arriver dans certains cas, que des complications surviennent parfois jusqu’à 1 mois après l’IVG. Ces complications peuvent se présenter sous formes de symptômes d’infection (fièvre à 38°qui dure plus de 24h après la prise de misoprostol), des douleurs différentes de celles des règles, des pertes inhabituelles en couleur et odeur. Il peut survenir également des effets indésirables (douleurs, fièvre, vomissements, diarrhées, maux de tête, vertiges, malaises, frissons et bouffées de chaleur) insoutenables et/ou qui persistent plus de 24h. Dans ce cas, la femme doit se rendre aux urgences avec la fiche de liaison IVG que la personne professionnelle de santé lui a donné.

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Le risque principal d’une IVG médicamenteuse est le risque d’hémorragie.

Contre-indications

La Grossesse Extra Utérine (GEU) est une contre-indication à l’IVG médicamenteuse. Elle peut être repérée aux signes cliniques ainsi qu’avec la surveillance du dosage des BHCG. Cependant, en l’absence de facteurs de risque et de symptômes, une grossesse de localisation indéterminée ne contre-indique pas la prise des médicaments pour l’IVG. A contrario, les symptômes possibles d’une grossesse intra utérine peuvent être des seins tendus, des douleurs qui ressemblent aux douleurs de règles ou aux syndromes pré-menstruels, des nausées.

Enfin, il existe d’autres contre-indications à pratiquer une IVG médicamenteuse comme les corticothérapies à long terme, porphyrie, troubles de la coagulation, insuffisance surrénale.

Impact sur la Fertilité et le Bien-être Psychologique

Avoir recours à un ou plusieurs avortements médicamenteux dans sa vie n’entraine pas de risque d’infertilité, n’a aucune conséquence sur la fertilité et ne diminue pas la fécondité, contrairement à certaines idées reçues. Les femmes qui pratiquent une IVG médicamenteuse ne développent pas non plus de troubles psychologiques systématiques post-IVG comme une dépression ou un comportement suicidaire si elles n’en avaient pas avant et elles ne seront pas forcément traumatisées. Chaque femme va vivre l’IVG de manière singulière et si elle ressent le besoin de partager ses sentiments et d’en parler, elle pourra demander à être reçue en entretien individuel.

Conseils et Recommandations

Afin que l’IVG médicamenteuse se déroule dans les meilleures conditions possibles, n’hésitez pas à vous faire accompagner dans vos démarches par une personne de confiance. Si vous avez décidé de prendre les médicaments à votre domicile, essayez, dans la mesure du possible, de vous octroyer du repos. En cas de douleurs, un arrêt maladie peut vous être prescrit. Si vous choisissez de réaliser l’IVG médicamenteuse à domicile il est recommandé de ne pas être seule. En effet être entourée de personnes en mesure de vous soutenir permet de réaliser l’IVG dans un climat favorable.

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