L'interruption volontaire de grossesse (IVG), communément appelée avortement, est un droit fondamental pour toute femme enceinte qui ne souhaite pas poursuivre sa grossesse. En France, la loi encadre strictement cette pratique, garantissant un accès sécurisé et remboursé à l'IVG. Cet article détaille spécifiquement l'IVG médicamenteuse, en abordant les étapes clés, les délais, les méthodes, les aspects médicaux et psychologiques, ainsi que les conditions de prise en charge.

Cadre Légale et Accès à l'IVG

Toute femme enceinte, y compris une mineure, a le droit d'interrompre sa grossesse. Il n'y a pas de condition d'âge à respecter. Si une mineure souhaite garder le secret, l'IVG peut être pratiquée à sa seule demande. Dans ce cas, elle doit être accompagnée d’une personne majeure de son choix à chaque étape de la démarche. La pratique de l'avortement est réglementée et plusieurs étapes doivent être respectées, avant et après l'intervention.

Le délit d'entrave à l'IVG est puni de 2 ans d'emprisonnement et de 30 000 € d'amende. Des annuaires répertoriant les structures et professionnels réalisant des IVG sont accessibles en consultant les sites internet des Agences Régionales de Santé (ARS).

Les Différentes Méthodes d'IVG

Il existe deux méthodes d'IVG :

  • IVG instrumentale (chirurgicale) : Pratiquée obligatoirement en établissement de santé (hôpital ou clinique autorisé en gynécologie obstétrique ou chirurgie). Sous certaines conditions, elle peut avoir lieu dans un centre de santé autorisé ayant établi une convention avec un établissement de santé autorisé en gynécologie obstétrique ou chirurgie. Elle consiste en une aspiration de l'œuf, précédée d'une dilatation du col de l'utérus.
  • IVG médicamenteuse : Pratiquée en établissement de santé (hôpital ou clinique), en cabinet de ville, en centre de santé sexuelle ou en centre de santé. Elle consiste à prendre 2 médicaments (le 1er servant à interrompre la grossesse et le 2nd à provoquer l'expulsion de l’œuf).

Le choix de la technique d'avortement dépend du choix de la patiente et du terme de sa grossesse. Ce choix peut être effectué avec l'aide du médecin ou de la sage-femme. Jusqu'à 7 semaines de grossesse (9 semaines d'aménorrhée), la patiente a le choix entre les différentes méthodes d’IVG : médicamenteuse (en établissement de santé ou à domicile) et instrumentale. Au-delà de ce délai et jusqu’à la 14e semaine de grossesse, soit 16 semaines après le 1er jour des dernières règles, la méthode instrumentale est privilégiée.

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Déroulement de l'IVG Médicamenteuse

La technique médicamenteuse consiste à prendre deux médicaments pour interrompre la grossesse et provoquer l'expulsion de l'œuf. Elle ne nécessite ni anesthésie, ni intervention chirurgicale.

Les Étapes Clés

La demande d’IVG se fait en deux temps :

  1. Consultation d'information : Lors de cette consultation, la patiente formule sa demande d'avortement. Elle reçoit des informations orales et un guide sur l'IVG qui portent sur les différentes méthodes d’IVG, les lieux de réalisation et notamment le choix dont elle dispose mais aussi sur les effets indésirables possibles. Le médecin ou la sage-femme propose un entretien psycho-social (obligatoire si la patiente est mineure et doit être réalisé avant le recueil de son consentement). Cet entretien a lieu dans un Espace Vie Affective, Relationnelle et Sexuelle (EVARS), dans un centre de santé sexuelle ou dans un organisme agréé. A la fin de cette consultation, si la patiente souhaite toujours réaliser une IVG, une attestation lui est alors remise formulant son choix de demande d'IVG.
  2. Recueil du consentement : La patiente remet son consentement écrit de demande d'avortement au médecin ou à la sage-femme. Elle confirme son choix de demande d'IVG en remplissant un formulaire de consentement. Rappelons qu'il n'existe plus de délai de réflexion imposé en matière d'avortement. Si la patiente est majeure et ne souhaite pas réaliser d’entretien psycho-social, elle peut choisir de réaliser le temps d’information et le temps de recueil du consentement au cours d’une seule et même consultation.

Les Médicaments Utilisés

  1. Mifépristone (1er médicament) : Cette première molécule bloque l'action de l'hormone nécessaire au maintien de la grossesse. Le premier médicament est administré au cabinet lors de la 2ème consultation par le/la professionnel·le de santé, ou peut être pris à domicile. Il est également possible de le prendre en téléconsultation.
  2. Misoprostol (2ème médicament) : Ce médicament provoque des contractions utérines pour expulser l'œuf. Le misoprostol est remis en main propre à la patiente pour la prise au domicile 36 à 48 heures plus tard. La prise du 2nd médicament a lieu entre 24 et 48 heures après la prise du 1er en consultation ou à domicile.

Pour garantir l’accès aux médicaments concernés (mifépristone et misoprostol), l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM) a modifié leurs conditions de prescription et délivrance - ils ne sont plus réservés à l’usage professionnel - et établi un cadre de prescription compassionnel pour le misoprostol (en l’absence d’AMM au-delà de 7 SA). La mifépristone et le misoprostol sont délivrés à la femme par le professionnel en présentiel, ou par la pharmacie d’officine en cas de téléconsultation.

Déroulement à Domicile

A son domicile, 36 à 48 heures après la prise de la mifégyne, la patiente prend les comprimés de misoprostol. L'expulsion a lieu dans les heures suivant la prise de ce traitement. Deux heures après la prise du misoprostol, la patiente est tenue d'appeler le professionnel de santé qui lui aura remis le traitement afin de s'assurer que tout se passe normalement et de répondre à d'éventuelles questions. Pendant cette journée, il est important de ne pas être seule au domicile.

Si la patiente choisit de débuter une contraception hormonale, elle doit être commencée le jour de la prise de prostaglandine (misoprostol) ou au plus tard dans les 48 heures suivantes.

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Consultation de Contrôle

Quelques jours après la prise du misoprostol, une prise de sang ou une échographie de contrôle est réalisée. Les résultats de cet examen doivent être apportés lors de la consultation de contrôle. La consultation de contrôle est programmée 14 à 21 jours après la prise du misoprostol. Cette visite de contrôle permet de vérifier que la grossesse a bien été interrompue, qu’il n’y a pas de complication, et de faire le point sur la méthode contraceptive envisagée lors de la première consultation.

Symptômes et Effets Secondaires Possibles

Des douleurs pelviennes (type règles) sont ressenties et accompagnées de saignements. Il est tout à fait normal de ressentir de la fatigue. Des douleurs pelviennes modérées et des saignements (types règles) peuvent durer quelques jours.

Les événements indésirables immédiats les plus fréquents et non inquiétants sont des douleurs pelviennes, des saignements et parfois des troubles digestifs (nausées, vomissements, diarrhée). Les complications sont très rares. Il peut s’agir d’une infection ou d’une hémorragie, pour lesquelles le/la professionnelle de santé aura expliqué les signes devant faire consulter en urgence : fièvre (température supérieure à 38°C), importantes pertes de sang, fortes douleurs abdominales, malaise. Un ou plusieurs de ces signes doit amener à consulter rapidement un professionnel de santé ou un service d’urgence gynécologique.

Aspects Médicaux et Suivi

Examens Médicaux

Avant l’IVG plusieurs examens peuvent être réalisés pour confirmer le diagnostic de grossesse et déterminer l’âge de celle-ci. L’âge gestationnel de la grossesse est principalement déterminé par l’interrogatoire et l’examen clinique mais une échographie peut également être réalisée ou une prise de sang pour doser les β-hCG. D’autres examens sanguins sont réalisés afin de déterminer le groupe sanguin afin de proposer une injection d’immunoglobulines anti-D si nécessaire et de permettre la réalisation d’une anesthésie générale dans le cas d’une IVG instrumentale si c’est le choix de la patiente. Avant l’IVG, il est également possible d'effectuer si la patiente le souhaite un dépistage du VIH et des autres IST ainsi qu’un examen de dépistage du cancer du col de l’utérus si elle n’est pas à jour de celui-ci (dépistage à réaliser tous les 3 ans entre 25 et 30 ans puis tous les 5 ans jusqu’à 65 ans).

Après l’IVG, les examens médicaux ont pour objectif de vérifier que la grossesse est bien interrompue. En plus de l’examen clinique qui peut être réalisé, si la consultation est en présentiel, le médecin ou la sage-femme pourra proposer de réaliser une prise de sang pour doser les β-hCG ou une échographie.

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Consultation Psycho-Sociale

Une consultation psycho-sociale est systématiquement proposée après l’IVG. Elle permet de parler de sa situation si la patiente en ressent le besoin. Une consultation psycho-sociale est systématiquement proposée et obligatoirement réalisée pour les femmes mineures. Elle se déroule entre les deux temps préalables à l’IVG. Si la patiente est majeure et n’a pas souhaité le réaliser à cette étape de la procédure, elle a la possibilité de le réaliser par la suite à n’importe quelle étape de la procédure d’IVG. Au cours de cette consultation, il sera proposé un accompagnement social et psychologique. Elle a lieu avec un professionnel qualifié, au choix : dans un centre de santé sexuelle (anciennement centre de planification ou d’éducation familiale), dans un Espace vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS), dans un service social ou autre organisme agréé.

Contraception

Lors de la consultation de contrôle, le médecin ou la sage-femme s'assure que la patiente dispose d'un moyen contraceptif adapté à sa situation si nécessaire. Si la patiente choisit de débuter une contraception hormonale, elle doit être commencée le jour de la prise de prostaglandine (misoprostol) ou au plus tard dans les 48 heures suivantes.

Risques et Complications

Qu'il s'agisse d'une IVG instrumentale ou médicamenteuse, il existe un risque de complications mais ce risque n’est pas supérieur à celui d’un avortement spontané (fausse couche) ou d‘une grossesse menée à terme. Mis à part les risques de lésions au niveau du col de l’utérus ou des parois de l’utérus qui sont spécifiques à la méthode instrumentale, les complications qui peuvent survenir en lien avec l’IVG sont les mêmes quelle que soit la technique employée. Il s’agit principalement des hémorragies et des infections de l’utérus. Ces deux dernières peuvent également survenir lors d’une évacuation incomplète de la grossesse. Toutefois, comme l’indique l’Organisation mondiale de la santé (OMS) lorsqu’il est pratiqué dans des conditions sécurisées (personnel formé, matériel stérile, établissement équipé, etc.) comme c’est le cas en France, l’avortement est une intervention sans risque. En effet, un avortement réalisé dans de bonnes conditions quelle que soit la méthode permet de réduire très fortement les risques de complications et de les prendre en charge rapidement et efficacement si elles surviennent.

Prise en Charge Financière

Pour toutes les femmes assurées sociales (majeures ou mineures), l'avortement et tous les actes associés (consultations, échographies, prises de sang…) sont pris en charge à 100 % par l'Assurance maladie. Il n'y a aucune avance de frais et aucun dépassement d’honoraire possible. Pour les femmes résidant en France en situation irrégulière et non admises à l'aide médicale de l'État (AME), il existe une prise en charge des soins urgents (dont fait partie l’IVG) à l'hôpital (hospitalisation ou consultation en établissement de santé).

Le coût d'une IVG instrumentale est remboursé par l'Assurance maladie à 100 % sur la base d'un tarif forfaitaire. Ce tarif est compris entre 579,06 € et 830,06 € en fonction de l'établissement de santé (hôpital ou clinique), du type d'anesthésie (locale ou générale) et de la durée de l'hospitalisation. Le coût d'une IVG médicamenteuse, en établissement de santé (hôpital, clinique), est remboursé par l'Assurance maladie à 100 % sur la base d'un tarif forfaitaire fixé à 353,64 €. Le coût d'une IVG médicamenteuse de ville (cabinet médical, centre de santé, centre de santé sexuelle appelé avant centre de planification et d'éducation familiale) est remboursé par l'Assurance maladie à 100 %, avec des tarifs fixés par arrêté à chaque étape.

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